Le Laos

 

 

Préhistoire

Il y a 5 000 ans (3 000 av. J.-C.), des populations des collines et des piémonts du sud de la Chine entament un mouvement de migration vers le sud. Ces populations sont les ancêtres des peuples de langues austroasiatiques que sont les Môns et leurs cousins les Khmers.

À une époque plus récente, peut-être vers 500 av. J.-C., sont édifiés dans la région de Xieng Khouang des mégalithes qui prennent la forme de jarres géantes, de menhirs ou de cromlechs. Les jarres contiennent des ossements incinérés, des objets en bronze et en fer. Plus tard, on appellera cette région la "Plaine des jarres". Il existe également un important site mégalithique à Hintang, dans la province de Houaphan.

Ces diverses populations sont les ancêtres de ceux que l'on appelle maintenant les Lao-Theungs et autrefois, les Kha ("sauvages", "esclaves"). Ils sont établis dans l’est, le sud-est et le sud du pays. Ils y ont été refoulés, au cours des âges, par de nouvelles migrations.

 

Le pays Lao avant le XIVe siècle 

Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, le sud du pays est occupé par des Chams ou habitants du Champa, royaume hindouiste du centre du Viêt Nam. Les Chams sont ensuite évincés par les Khmers. Aux alentours de l'an 900, le royaume de Yasovarman n'englobe que le sud du Laos, alors que deux siècles plus tard, le royaume de Jayavarman VII s'étend jusqu'à la région de Vientiane. Tant les Chams que les Khmers sont indianisés, et par conséquent perméable au bouddhisme qui se répand dans la péninsule indochinoise à partir du VIIe siècle.

C'est à partir du XIe siècle que l'on date habituellement l'irruption des populations thaies (ou t'ai) dans le Laos actuel. Organisés en chefferies, combatifs et conquérants, sans doute poussés par l'expansion chinoise, les T'ai s'infiltrent par Diên Biên Phu et les vallées de la Nam Ou et de la Nam Suong. Au contact de la civilisation khmère, ils se convertissent graduellement au bouddhisme et par la suite imposent dans les régions où ils s'établissent leur langue et leur culture. Les Lao représentent un rameau particulier de la branche T'ai. Ce sont eux qui occupent le Laos actuel et le nord de la Thaïlande actuelle. Une inscription siamoise de 1292 atteste l'existence d'un royaume lao autour de Luang Prabang.

 

Le royaume du Lan Xang  (du XIVe au XIXe siècle)

Le premier royaume lao historiquement reconnu date du XIVe siècle. Son roi s'appelle Fa Ngum, il descend d'un ancêtre plus ou moins légendaire, Khoun Bourom. Le royaume, qui s'étend sur un territoire plus grand que le Laos actuel porte le nom de Lan Xang, ce qui signifie "(royaume du) million d'éléphants". Dans les siècles qui suivirent les souverains du Lan Xang sont souvent en guerre contre les Birmans et les Vietnamiens dont ils doivent parfois accepter la suzeraineté.

Fā Ngum s'efforce de placer tous les Laos sous son autorité. Il conquiert la plus grande partie du plateau de Khōrāt ainsi que des territoires qui sont maintenant situés au nord-ouest du Viêt Nam.

En 1373, Fā Ngum est renversé à la suite d'une intrigue de cour et remplacé par son fils Unheuan connu sous le nom de Sāmsaentai (Chef des 300 000 Thais).

Au début du XVIIIe siècle, le royaume est morcelé en trois entités : le royaume de Luang Prabang, au Nord, le royaume de Vientiane, autour de la capitale actuelle, et le royaume de Champassak, au Sud, tout près du Cambodge, autour de l'actuelle Paksé. En 1768, les royaumes de Vientiane et de Champassak tombent sous domination siamoise. Dix ans plus tard, les Siamois saccagent Vientiane et emportent le Ph'ra Keo, le Bouddha d'Émeraude que l'on peut encore admirer dans le plus célèbre temple de Bangkok.

Morcelé, pillé, le Pays Lao est entré dans une décadence qui se poursuit tout au long du XIXe siècle. Les premiers récits de voyageurs occidentaux datent du XVIIe siècle. C'est alors l'âge d'or du royaume lao, sous le règne du "roi-soleil" lao Sourignavongsa. Le marchand hollandais Van Wuystoff est ébloui par la magnificence de Vientiane. Dans son journal, pour souligner l'importance du bouddhisme et en même temps son aspect pacifique, il évoque ces moines "plus nombreux que les soldats de l'empereur d'Allemagne". À cette époque, Vientiane attire les moines du Cambodge et du Siam qui viennent y faire leurs études.

C'est vraisemblablement cet ancrage affirmé dans l'histoire qui permet alors aux Lao de conserver un sentiment d'unité puissant, au travers du morcellement politique du XIXe siècle, de la colonisation et des guerres post-coloniales du XXe siècle. De Luang Prabang à Paksé (ville principale de l'ancien royaume de Champassak), on parle le lao, langue proche du thaï, et on utilise l'alphabet lao, d'origine sanskrite, également proche de l'alphabet thaï.

Au XIXe siècle, c'est à Luang Prabang, mieux protégée par les montagnes, que les descendants de la dynastie des Khoun Bourom continuent à maintenir la monarchie lao. Beaucoup plus faible que leurs voisins, les royaumes lao doivent alors user de toutes les finesses de la diplomatie pour ne pas disparaître purement et simplement. Mais à la fin du XIXe siècle, l'histoire de ce pays cesse de se dérouler dans un contexte purement régional. Les puissances européennes se partagent le monde, et au Sud-Est asiatique, notamment, les Français et les Britanniques se livrent à une intense compétition. Chassés d'Inde par les Britanniques au XVIIIe siècle, les Français reprennent pied au Viêt Nam en 1858, sous le prétexte de protéger les catholiques.1

 

 

La colonisation francaise (1893-1954)

 

 

Naissance du protectorat

Le peuple Lao, issu de l'éclatement de Lan Xang, est approché par les Français lors de l'exploration du Mékong menée entre 1866 et 1868 par le capitaine français Ernest Doudart de Lagrée, qui a pour but de chercher un moyen d'unir commercialement la vallée supérieure du Mékong au Protectorat du Cambodge et à la Cochinchine. En 1885, un différend éclate entre la France et le Royaume de Siam (actuelle Thaïlande). Le Siam, déjà suzerain du royaume de Luang Prabang et des anciennes provinces du royaume de Vientiane, cherche à s'étendre sur les territoires Lao et à résister aux expansionnismes du Royaume-Uni, présent en Birmanie, et de la France, qui a établi son protectorat sur l'Annam. Le roi de Siam Chulalongkorn revendique ouvertement plusieurs provinces d'Annam, et vise à annexer Luang Prabang. Le 7 mai 1886, la France signe avec le Siam une convention provisoire qui reconnaît implicitement et de manière provisoire l'autorité de ce dernier sur le pays Lao.

 

À la fin 1886, Auguste Pavie est nommé vice-consul à Luang Prabang et explore le pays, reliant Luang Prabang à Hanoï, concluant au potentiel du pays Lao et à sa possibilité de devenir une terre française. En 1888, les pirates chinois Hos, issus des Pavillons noirs, entrent en guerre contre le Siam et contre son vassal de Luang Prabang, et mettent la ville à sac. Pavie intervient alors avec ses hommes : l'un de ses serviteurs cambodgiens organise l'évacuation de la famille royale sur une chaloupe à travers le Mékong. Appelés à l'aide par Pavie, les troupes françaises arrivées de Hanoï libèrent Luang Prabang. Le roi Oun Kham propose alors à Pavie de substituer à Luang Prabang le protectorat de la France à celui du Siam. Pavie requiert l'aide du gouvernement français pour contrer la présence siamoise, aboutissant le 27 mars 1889 à la signature d'une nouvelle convention visant à délimiter les frontières.

 

Après plusieurs incidents entre la France et le Siam, et un ultimatum adressé par Pavie le 5 août 1892, le Siam finit par accepter de reconnaître, par le traité du 3 octobre 1893, les droits français sur la rive gauche du Mékong. Auguste Pavie est nommé un temps résident à Bangkok : il continue d'explorer les pays lao, qu'il met sous tutelle française, sous forme d'un pays baptisé Laos, et dont il devient commissaire général jusqu'à son départ en 1895. La capitale du Laos français est établie à Vientiane : la maison royale de Luang Prabang conserve cependant ses prérogatives, accueillant un vice-consulat permanent, et un résident supérieur. Le Laos est ensuite divisé en deux territoires, le Haut et le Bas-Laos. Le 16 janvier 1896, la France et le Royaume-Uni s'accordent sur le tracé des frontières entre la Birmanie britannique et le Laos français.2

 

 

Auguste Pavie a sauvé le roi Oun Kham des ambitions du Siam en plaçant son royaume sous la tutelle de la France. Le gouvernement siamois avait en effet décidé d'augmenter son emprise sur le royaume en installant à Luang Prabang deux « Kha-luang », commissaires permanents appuyés de gardes pour contrôler le roi.3

 

Auguste PAVIE est né à Dinan, le 31 mai 1847 (31 5 1847).

 

31 5 1847 = GARDE 3

 

3 = TROIS

 

T ROIS se prononce TES ROIS.

 

GARDE 3 = GARDE TES ROIS

 

Le roi Oun Kham est mort le 15 décembre 1895 (15 12 1895).

 

15 12 1895 = LE ROI

 

En plaçant son royaume sous la tutelle de la France, Auguste PAVIE a permis de GARDER LE ROI Oun Kham en place.

 

Dieu veut te faire comprendre que si tu GARDES TES ROIS en place le jour de l'élection présidentielle, il n'y aura PA de VIE pour toi LAOS.

 

LAOS = LAHAUT

 

LA-HAUT c'est le paradis.

 

Tu dois donc couper la tête des ROIS le jour de l'élection présidentielle afin de pouvoir monter LAOS.

 

Auguste PAVIE est né a DINAN.

 

DIS « NAN ! » le jour de l'élection présidentielle au RÈGNE de la monarchie capitaliste.

 

 

Retour en France d'Auguste Pavie

Les frontières du nord de la future Indochine fixées avec le Siam, l'Angleterre et la Chine ; Auguste Pavie, épuisé (il a été souvent victime de fièvres et de la dysenterie), rentre définitivement en France en 1895. Il devient un temps la vedette de la presse parisienne, puis, s'étant rasé sa barbe légendaire, retombe dans un anonymat qu'il préfère. Par l'entremise de sa sœur Adèle, à 50 ans (1897) il épouse une jeune dinannaise, Hélène Gicquelais, et se consacre à la rédaction et l'édition de son travail d'explorateur, la Mission Pavie en dix volumes, qui retrace les 36 000 km explorés et la première carte complète de l'Indochine. Le couple aura un fils, Paul-Auguste, trop tôt victime de la tuberculose en 1940, alors qu'il préparait un ouvrage sur la vie de son père depuis son retour en France.

Bien que ministre plénipotentiaire en titre, Auguste Pavie décline toutes les offres d'ambassades, pour se consacrer uniquement au Laos, "l'unique œuvre", encore menacé par les convoitises anglaises et siamoises. Devant la fadeur de la politique du ministre des Affaires étrangères sur la question, il demande sa mise à la retraite anticipée, consterné par le manque de détermination du gouvernement.

Il veille toujours avec son frère Pierre sur les jeunes étudiants de l'École coloniale, dont les princes Piranit et Monivong, fils du roi Sisowath du Cambodge.

Dès lors il partage sa vie entre son hôtel particulier d'Auteuil où il tient table ouverte à tous les explorateurs de retour, entre autres le célèbre Pierre Savorgnan de Brazza, dit Brazza, avec qui il partage les idées de colonisation pacifique et respectueuse des peuples indigènes ; sa maison de Dinan et la résidence d'été de son épouse, le manoir La Raimbaudière à Thourie. Il rédige un recueil de ses carnets de voyage, A la conquête des cœurs, publié en 1921, des contes traditionnels du Cambodge, et prépare un ouvrage pour la sauvegarde des éléphants. Il sympathise avec Robert Bellanger, sénateur et industriel, son voisin du Theil de Bretagne, et lui achète une limousine Bellanger, qui fera la fierté de son épouse lors des messes dominicales. Devenu maire de Thourie, c'est dans l'exercice de son mandat qu'il décède paisiblement à La Raimbaudière, le 7 juin 1925, à 78 ans.4

 

 

Auguste Pavie avait sympathisé avec le sénateur Robert BELLANGER.

 

Robert Bellanger était un industriel et homme politique français membre du Parti républicain, radical et radical-socialiste. Il fut le dernier particulier privé à occuper le fort de Brégançon, dans le Var, actuelle résidence de villégiature des présidents de la République française. Après la Première Guerre mondiale, en 1919, le fort fut déclassé, l'État le loua alors à des particuliers. Le sénateur Bellanger fut le dernier locataire. Repris dans un état de délabrement avancé, il restaura et aménagea le fort en lui laissant son aspect extérieur primitif. Quand le bail expira en 1963, l'État repris possession du fort qui deviendra résidence officielle en 1968.5

 

Related image

 

BELLANGER = BEL

 

BEL = 25 12

 

Jésus est né un 25 12 (25 décembre).

 

ANGER = ANGE

 

Autrefois, pour devenir un ANGE, il suffisait de boire le VIN de Jésus et laisser les rois diriger le monde, afin de pouvoir aller LA-HAUT dans le royaume de Dieu.

Le dogme a changé car Dieu te dit désormais que si tu GARDES TES ROIS en place, tu ne vivras jamais éternellement LA-HAUT.

 

Le jour de l'élection présidentielle, le « ROI » que tu dois combattre gagne environ 15 000 euros brut par mois et il est logé gratuitement tous les étés au fort de Brégançon, dans lequel il a récemment fait construire une piscine, d'un montant de 34 000 euros, aux frais du contribuable. Il est donc temps d'abolir la monarchie pour mettre un terme à ces privilèges.

 

Je précise que le « ROI » dont je parle est actuellement Emmanuel Macron, qui est plus précisément le « serviteur des ROIS », en l'occurence les riches capitalistes, mais sa fortune personnelle et son train de vie présidentiel lui permettent de vivre comme un ROI.

 

 

Auguste PAVIE est mort le 7 juin 1925 (7 6 1925).

 

7X6X1925 = 80850

 

Le code postal 80850 est celui du village de BERTEAUCOURT-LES-DAMES dans la SOMME.

 

BERTEAUCOURT = BETTENCOURT

 

Actuellement, le deuxième ROI le plus riche de France est une DAME, elle s'appelle Françoise BETTENCOURT. C'est la DAME la plus riche du monde, elle possède une fortune estimée récemment à 47 milliards de dollars, et avec cette SOMME, nous pourrions sauver la vie de millions d'enfants en éradiquant la malnutrition pendant environ 2 ans.

C'est la raison pour laquelle tu ne dois pas GARDER TES ROIS en place le jour de l'élection présidentielle, donc coupe la tête de la BÊTE en votant pour l'humanisme, et récupère NOTRE argent afin de sauver nos frères et sœur de leur extermination programmée par le système capitaliste.

 

 

La réorganisation administrative du Laos

En 1898, le Laos est intégré par le gouverneur général Paul Doumer au sein de l'Union indochinoise, créée en 1887. Le pays est réorganisé par l'unification du Haut-Laos et du Bas-Laos, que Doumer place sous l'autorité d'un résident supérieur, subordonné au gouverneur général et installé à Vientiane. Le Laos est ensuite réorganisé en dix provinces : le royaume de Luang Prabang garde un régime spécial de protectorat, le roi conservant le pouvoir de légiférer, entouré d'un conseil de dignitaires, mais flanqué d'un commissaire du gouvernement et de fonctionnaires français, qui représentent le gouvernement général. Les neuf autres provinces, au statut de principautés, sont placées sous l'administration directe de résidents français. Le Laos adopte le système d'imposition français, les taxes étant payées en piastres ou, dans les régions sans monnaie, en nature, par exemple en journées de corvée. L'administration indigène reçoit en guise de traitement un pourcentage sur les taxes ou les amendes. Chaque province est sous la responsabilité d'un « résident » assisté d'un fonctionnaire chargé des affaires administratives et financières et d'un militaire qui commande le contingent provincial de la garde indigène.

En 1904, un nouveau traité avec le Siam remet au Laos les territoires du royaume de Luang Prabang situés sur la rive droite du Mékong (correspondant à peu près à l'actuelle province de Sayaboury). En 1905, un décret du gouverneur général fixe la frontière entre le Laos et le Cambodge dans la province de Tonlé Repou. En 1907, un nouveau traité avec le Siam lui rétrocède le district de Dan Sai.6

 

Le Laos, une colonie méconnue  

Le Laos n’est pas un pays d’Asie dont on entend beaucoup parler dans les pays occidentaux. Les Français ont beaucoup entendu parler du Vietnam et très peu du Laos qu’ils ont pourtant occupé, exploité, assassiné aux mêmes époques… Parce que le Laos, c’était encore un cran en dessous dans l’horreur coloniale…

Ancienne colonie de la France, cet impérialisme y faisait la pluie et le beau temps, et plutôt la pluie que le beau temps… C’était l’une des plus misérables des anciennes colonies françaises et des plus durement exploitées. Il en est résulté une arriération du pays et un défaut de développement à la fois de la classe ouvrière et de la bourgeoisie laotienne. L’exploitation, pour y avoir pris des formes archaïques et féodales, essentiellement campagnardes et paysannes, n’a pas été moindre ni moins violente. Et la domination des Blancs a été marquée dans le sang et la honte.

En voici un compte-rendu par le révolutionnaire Barta (David Korner) :

« En occupant le pays, ils ne l’ont pas élevé en bloc à un niveau de vie et de culture supérieur. Bien au contraire, ils ont pris sous leur protection et se sont appuyés sur la couche exploiteuse indigène la plus haïe et la plus rétrograde : la féodalité, toute puissante chez les peuplades arriérées du Laos et du Cambodge, et dont les restes, en pays annamite, ont été préservés de la liquidation complète par l’administration française.

Directement et par son intermédiaire, les capitalistes français pressurent et écrèment le pays de ses richesses. Les bénéfices qu’ils en extraient sont tels qu’il leur est possible de céder des "miettes" importantes à cette mince couche indigène privilégiée dont ils ont fait une bande de gouverneurs, d’administrateurs et de fonctionnaires-bureaucrates, valets de l’impérialisme, formant ce qu’on appelle le mandarinat.

En qualité de mandarins, ils défendent les intérêts de leurs puissants maîtres et soutiens, et leurs intérêts propres, ceux des propriétaires fonciers.

La classe laborieuse indochinoise se trouve ainsi doublement exploitée, l’exploitation capitaliste sans frein venant s’ajouter à l’exploitation terrienne féodale. Aussi, comme celle de tous les autres peuples coloniaux, a-t-elle un standard de vie bien inférieur au minimum vital.

Ainsi un ouvrier agricole ne gagne qu’un litre de riz ou 1 franc par journée de travail de 12 heures – rien de plus, sauf un "repas" à midi pour chaque journée de travail effective, et un lopin de terre avec une habitation misérable fourni par le propriétaire.

Le paysan ne peut tirer de l’exploitation de sa parcelle de quoi se nourrir et se vêtir, s’il veut payer ses impôts : impôt individuel de 35 frs, ce qui représente un mois de travail, impôt sur le "revenu", taxe sur chaque pied de tabac, sur chaque oranger, etc... qui frappe d’autant plus lourdement l’exploitation agricole qu’elle est plus petite. Et s’il survient une inondation (assez fréquente dans le delta tonkinois), si la récolte est ravagée, mais que la bicoque ne s’en aille pas complètement à l’eau et que son buffle (le cheval en France) lui reste, il faudra que le petit paysan trime encore plus dur pour payer quand même ses impôts, pour éviter la perquisition, la confiscation de ce qui lui reste ou l’emprisonnement.

La situation des ouvriers n’est pas moins terrible. Ceux des plantations de caoutchouc, thé et café, sont pour la plupart nourris et logés par les patrons dans la dépendance complète desquels ils sont ainsi placés. La maladie les frappe d’autant plus durement que les régions de plantations sont de climat très dangereux, surtout pour des travailleurs sous-alimentés.

L’ouvrier d’usine spécialisé gagne de 5 à 10 frs par jour mais il y en a bien peu. La plupart sont des ouvriers non spécialisés dont le salaire ne dépasse pas 2,50 à 3 frs maximum par jour. Quant à l’ouvrière, avec 1,50 fr par journée de travail de plus de 10 h, elle doit pour vivre chercher à compléter ce salaire dérisoire. Hanoï, capitale du Tonkin, est ainsi renommée... pour sa place au 4ème rang dans le monde, dans le "domaine" de la prostitution ! Voilà la civilisation colonisatrice à l’œuvre...

Mille extorsions s’abattent sur la population, dont les plus connues sont peut-être celles découlant de la régie du sel et de celle de l’alcool. »7

 

Le « parent pauvre » de l'Indochine française

Faiblement peuplé (470 000 habitants en 1900) le protectorat du Laos présente une économie chroniquement déficitaire, compensée par le budget général de l'Union indochinoise. Pour remédier au sous-peuplement du pays et améliorer ses infrastructures, la France fait appel à une main-d'œuvre vietnamienne, importée notamment depuis le Tonkin. Ouvriers, commerçants, artisans, cadres et fonctionnaires vietnamiens prennent rapidement une part prépondérante dans l'économie et le fonctionnement du protectorat laotien, entraînant parfois des frictions avec les indigènes locaux. Le Laos ne réalise pas d'exportations, malgré des tentatives de développer la distillerie d'alcool de riz ou l'élevage de vers à soie. La riziculture demeure peu développée, et les Français ne font que des efforts limités pour améliorer les infrastructures et l'enseignement. Géographiquement isolé et nettement plus pauvre que les autres pays de l'Indochine française, le Laos attire peu les colons : seuls 574 Européens s'y sont installées en 1937, les fonctionnaires représentant l'essentiel de la présence française.

La mise en place du protectorat a été pacifique, et la monarchie de Luang Prabang s'accommode bien d'une tutelle française qu'elle a réclamée à l'origine. Mais certaines minorités ethniques n'acceptent pas le protectorat français, qui s'appuie essentiellement sur les Lao et les autres ethnies Taïs, sans compter les Viêts. Les minorités ne jouissent guère des bienfaits du protectorat et ne voient pas l'intérêt de faire des corvées, de payer des taxes, d'abandonner leurs traditions séculaires et de renoncer à leurs trafics commerciaux dont celui de l'opium et des esclaves.

Dès 1901, des soulèvements éclatent dans le sud du pays, dans le plateau des Bolovens au sein de tribus Lao Theung8. Les Français, en effet, mettent en chantier, à partir du début du XXe siècle, la construction d'un réseau routier desservant l'ensemble de l'Indochine, et entendent mettre à contribution les populations locales. Dans les faits, cette contribution, sous forme de "corvée", repose souvent sur les Lao-Theungs, déjà en situation de quasi-esclavage vis-à-vis des féodaux Lao auprès de qui ils s'endettent9. Les fomenteurs de la rébellion sont connus sous le nom de Pho-Mi-Boun (Maîtres qui ont de la chance). Le caractère de cette révolte a été qualifié de millénariste ou messianique. Son chef le plus connu est Bak-Mi, appelé par ses partisans Ong Kaeo de l'ethnie Alak. Le mouvement s'étend alors jusque dans la région de Kon Tum au Việt Nam et dans la vallée du Mekong où il connaît un certain succès parmi les Lao loum. Le gros des troubles dure jusqu'en 1907, mais ce n'est que vers 1936 que le sud-Laos est considéré par les Français comme entièrement soumis. Le chef Boloven Kommadan est considéré comme l'héritier de cette révolte.

De 1899 à 1910, des troubles existaient au nord du Laos dans la province de Phongsaly, près de la frontière chinoise où l'autorité des chefs Lü était affaiblie par la nouvelle organisation administrative qui les faisait dépendre des autorités lao. Le nom de Vanna Phou (ou Vanna Phoum) est associé à ces révoltes. En 1914, un groupe de plusieurs dizaines de Chinois HÔ et de minorités montagnardes thaïes s'emparent de Sam Neua et tuent le résident français. La révolte s'étend aux hauts plateaux du Vietnam et à la province de Phong Saly, et elle touche l'ensemble des ethnies présentes dans ces régions, notamment les Khmu et les Lü, mais pas les Hmong qui sont présents jusqu'en 1916 parmi les 2500 hommes des troupes coloniales employées pour venir à bout de la révolte. Une des causes de la révolte est le monopole instauré au bénéfice de la Régie de l'opium française et qui lèse les Hô qui faisaient du commerce de l'opium. Les Thaïs ne sont pas concernés par l'opium, mais se sont révoltés à cause de la lourdeur de l'imposition.

Toujours dans le nord du Laos, une révolte des Hmongs - connue sous le nom de guerre du Fou - éclate en 1919. Les Hmong sont les principaux producteurs d'opium au Laos, mais l'opium n'intervient pas dans les motivations de l'animateur de la révolte, Pachai, qui sont tout autant anti-lao qu'anti-françaises. Les révoltés Hmong ne supportent pas d'être subordonnés à d'autres groupes ethniques. Les autorités françaises et la Garde indigène viennent à bout de la révolte en mars 1921. Après la révolte, les Français donnent plus d'autonomie aux Hmongs sous la forme de la nomination d'un « tasseng » (chef de district) hmong dans la région de Xieng Khouang. Touby Lyfoung, élu tasseng de Nong Het en 1938 sera plus ou moins reconnu comme le représentant des Hmongs par les autorités françaises et par le roi de Luang-Prabang.

La France continue de moderniser l'organisation du pays, créant en 1923 une assemblée consultative, et réformant l'administration. Une école de droit et d'administration est mise en place pour former les fonctionnaires lao : ceux-ci demeurent cependant moins utilisés par l'administration française que les fonctionnaires viêts ; seuls quelques fils de bonne famille lao sont appelés à tenir des rôles significatifs dans l'administration et la vie économique du protectorat.10

 

Une présence française peu contestée

Jusqu'en 1940, l'aristocratie Lao accepte volontiers la présence française, qui a empêché l'absorption du pays par le Siam. Les colonisateurs ne remettent jamais en cause la présence du roi dans son palais de Luang Prabang.

Le faible niveau de scolarisation peut expliquer le caractère tardif du réveil nationaliste lao, qui ne s'exprime guère avant 1945, alors que dans le Viêt Nam voisin, dès le début du siècle, des lettrés s'organisent pour résister à la colonisation, laissant la place dans les années 1920 à toute une palette de mouvements nationalistes parmi lesquels le Parti communiste indochinois, dirigé par Nguyen Ai Quoc, plus tard connu sous le nom de Hô Chi Minh.

 

La Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale ébranle la puissance coloniale : la France est contrainte de céder à la Thaïlande, alliée de l'Empire du Japon, les provinces situées sur la rive occidentale du Mékong (province de Sayaboury et une partie de la province de Champassak). Pour compenser les pertes des territoires, Jean Decoux, gouverneur général de l'Indochine, réorganise l'administration laotienne, accorde au gouvernement royal de Luang Prabang une autonomie légèrement accrue, et étend sa souveraineté à trois nouvelles provinces, celles du Haut-Mékong, de Xieng Khouang et de Vientiane. Le prince Phetsarath Rattanavongsa est intégré au conseil du roi et dirige une sorte de gouvernement.

Une anecdote est révélatrice du développement du nationalisme lao à cette époque : face aux menaces japonaise et thaïlandaises, les autorités coloniales sont conduites à s'appuyer davantage sur les élites lao. Le directeur de l'instruction publique de Vientiane encourage les jeunes lao cultivés à retrouver les sources de l'identité culturelle lao : littérature, musique, histoire… En 1944, quand le même fonctionnaire français tente de développer l'usage de l'alphabet romain pour écrire le lao, il se heurte à une vigoureuse résistance de la part du prince Phetsarath, Premier ministre à la cour de Luang Prabang. Le prince estime que l'écriture est un élément essentiel de la culture lao, au même titre que la langue et le bouddhisme. Par ailleurs, Phetsarath encourage ses jeunes demi-frères à suivre des études d'ingénieurs en France ; Souvanna Phouma et Souphanouvong, premiers ingénieurs du Laos incarnent jusqu'en 1975 les deux composantes rivales du nationalisme lao, l'une pro-occidentale et l'autre pro-communiste.

 

La première et la deuxième guerre d'Indochine

En mars 1945, les Japonais occupent militairement toute l'Indochine française. Sisavang Vong, roi de Luang Prabang, refuse cependant de coopérer avec eux et de décréter comme ils le souhaitent l'indépendance du pays, se trouvant en conflit avec son premier ministre, le prince Phetsarath Rattanavongsa. Le monarque finit par céder sous la pression, et se considère ensuite comme prisonnier. La population locale tend à soutenir le monarque et les Français, et des groupes de soldats français et lao mènent des actions de résistance au Laos contre les Japonais. Entre la capitulation du Japon en août 1945, et le retour des troupes françaises au printemps 1946, le prince Phetsarath forme un gouvernement réunissant les nationalistes lao de toutes tendances, qui prend le nom de Lao Issara (Laos libre). En septembre 1945, les troupes Alliées de la République de Chine commencent à pénétrer au Laos, mais se préoccupent moins de remettre de l'ordre que de piller la récolte d'opium. En octobre 1945, un coup de force est organisé pour détrôner le roi et décréter l'indépendance du pays, en tant qu'État unifié. Phetsarath est proclamé chef de l'État lao (Pathet Lao). En novembre, le roi est fait prisonnier dans son propre palais. À partir de mars 1946, les Français, épaulés par les hommes du prince Boun Oum, reprennent progressivement pied au Laos, et le gouvernement nationaliste doit se réfugier en Thaïlande, tandis que le roi est remis sur le trône de Luang Prabang.

 

La première guerre d'Indochine

La « première guerre d'Indochine », entre 1946 et 1954 est une guerre de décolonisation menée pour l'essentiel par les communistes vietnamiens, le Việt Minh de Hô Chi Minh, contre les Français. Une partie des nationalistes laotiens, alliée du Việt Minh, se radicalise dans la lutte contre les Français et s'intègre durablement dans le mouvement communiste mondial. En août 1950, Souphanouvong fonde, avec le soutien du Việt Minh, le gouvernement provisoire du Pathet Lao. Une autre partie du peuple laotien, farouchement anticommuniste, soutient les Français, tels les milliers de partisans rattachés au GCMA (puis GMI). En 1953, la France accorde au Laos son indépendance, mais la division régulière 312 de l'Armée populaire vietnamienne, force armée du Việt Minh, passe la frontière du Laos avec le soutien de la petite guérilla du Pathet Lao. Les communistes laotiens gagnent, grâce à l'appui de leurs alliés vietnamiens, le contrôle d'une zone étendue, comprenant le plateau des Bolovens au sud et plusieurs provinces du nord.

La victoire du Việt Minh à la bataille de Diên Biên Phu, en 1954, précède une conférence internationale à Genève qui entérine la division en Viêt Nam entre deux États vietnamiens : la République démocratique du Viêt Nam (Nord Viêt Nam), communiste, et l'État du Viêt Nam (Sud Viêt Nam), remplacé l'année suivante par la République du Viêt Nam, où l'influence des États-Unis se substitue rapidement à celle des Français. Quant au Laos, la conférence confirme la monarchie constitutionnelle mise en place par les Français depuis 1947, mais reconnaît officiellement le Pathet Lao dont les forces militaires sont autorisées à se regrouper dans deux provinces du Nord-Est. Sans doute trouve-on dans les deux camps des patriotes partisans de l'union, pour le plus grand bien du pays. En particulier, le parti Neutraliste, conduit par le prince Souvanna Phouma, prône la neutralité entre les camps pro-américains et communistes et veut tenir le Laos à l'écart du conflit vietnamien. Mais le contexte géopolitique régional et mondial prend le pas sur les enjeux purement laotiens et donne raison aux plus intransigeants. Le Pathet Lao n'accepte pas le contrôle du gouvernement royal sur ses deux provinces ; pas plus que les militaires de droite n'ont accepté les extensions militaires du Pathet Lao. Fondé officiellement en 1955, le parti communiste laotien, ou Parti du peuple lao, forme secrètement le noyau dirigeant du Pathet Lao. Un gouvernement d'union nationale, formé en 1962 entre les trois partis pro-américains, neutralistes et communistes, vole rapidement en éclat.

 

La deuxième guerre d'Indochine

La deuxième guerre d'Indochine commence quelques années plus tard après un coup d'État pro-américain en 1964 : jusqu'à 500 000 soldats américains sont engagés au Sud-Vietnam pour tenter de contrer les maquis communistes qui reçoivent du Nord une aide massive. La "Piste Hô Chi Minh", réseau de routes et de sentiers que les Nord-Vietnamiens empruntent dans les montagnes de la cordillère annamitique, pour ravitailler leurs alliés Vietcongs du Sud-Vietnam, est située en territoire laotien. Pendant des années, les bombardiers américains basés en Thaïlande s'emploient à bloquer cette artère vitale pour les communistes Vietnamiens. Entre 1964 et 1974, le Laos devient le pays le plus bombardé de l'histoire, si l'on rapporte les bombardements au nombre d'habitants : pendant 10 ans ; le pays subit une mission de bombardement toutes les 7 minutes. Les Américains aident massivement le gouvernement royal, qui autorise en échange la CIA à installer des bases dans les montagnes et à recruter parmi les minorités montagnardes des mercenaires qui mèneront des actions de commandos contre les Nord-Vietnamiens et leurs alliés Pathet Lao. De 1954 à 1974, le Pathet Lao parvient néanmoins à étendre sa zone d'influence à la majorité des zones montagneuses, aidé en cela par une intervention directe mais camouflée des troupes régulières nord-vietnamiennes.

 

Dans le Laos entraîné par le destin dans un conflit qui n'est pas vraiment le sien, les minorités ethniques montagnardes sont, d'un côté comme de l'autre, en première ligne. La CIA américaine enrôla massivement les Hmongs, dirigés par le général Vang Pao, dans ses forces spéciales. La CIA envoie par avion instructeurs et agents dans les montagnes laotiennes, transportant également l'opium des Hmong à destination de la capitale, Vientiane, afin de financer cette guerre, ceci au même moment où les États-Unis s'engagent officiellement dans la « guerre contre la drogue ».

Du côté Pathet Lao, on trouve une majorité de Lao Theung, qui forment une grande partie de la population du territoire contrôlé par le Pathet Lao. Mais on trouve également beaucoup de Lao Theung dans les rangs des forces spéciales et dans les rangs des FAR, les Forces armées royales.

Le conflit aurait fait 350 000 morts (un dixième de la population) et autant de réfugiés.

Pendant cette période (1954-74), les Français réussissent à maintenir leur influence à travers le rôle considérable qu'ils jouent encore (comme Jean Deuve) dans l'encadrement de secteurs comme l'éducation, la justice, la santé et même la formation militaire. Le chef de file de la droite neutraliste, le prince Souvanna Phouma, premier ministre presque sans interruption entre 1951 et 1975, francophile par sa formation et son mariage, maintient volontairement l'influence française, qui n'est pas balayée par l'engagement massif des Américains dans le domaine militaire et économique. Il arrive ainsi à faire monter les enchères de l'aide étrangère. Le Laos est alors le pays le plus aidé au monde, par habitant ; quelques grandes familles s'enrichissent considérablement, mais l'ensemble de la population en profite également. Ainsi, malgré la guerre, on peut noter au cours de cette période des progrès considérables dans le domaine de l'éducation et de la santé.

 

La signature des accords de Paris 

En février 73, suivant d'un mois la signature des accords de Paris qui prévoient un cessez-le-feu précaire au Sud-Vietnam, les accords de Vientiane instaurent également au Laos un cessez-le-feu, et à partir de 1974, la formation d'un gouvernement d'union nationale. Cet accord est dans l'ensemble bien accueilli par la population qui aspire à une réconciliation nationale.

Cependant, au début de l'année 75, les communistes du Cambodge et du Viêt Nam prennent le pouvoir. À leur suite, les communistes laotiens, sous la conduite de Kaysone Phomvihane, dirigeant du Parti révolutionnaire du peuple lao depuis les années 1950, écartent les autres tendances du pouvoir dans le courant de l'année 75.

 

L'instauration du communisme

Dès la fin de l'année 75, il devient clair que la période de réconciliation nationale est terminée. Profitant notamment de la maladie du premier ministre neutraliste Souvanna Phouma, le Pathet Lao s'arroge la totalité du pouvoir au cours d'un processus parfois désigné sous le nom de « révolution de soie ». La monarchie est abolie, et le Laos prend le nom officiel de République démocratique populaire lao. Souphanouvong devient président de la République et le secrétaire général du Parti révolutionnaire populaire lao, Kaysone Phomvihane, est nommé premier ministre. Le roi Savang Vatthana, la reine et le prince héritier sont arrêtés et meurent quelques années plus tard dans un camp de rééducation. Plus de 40 000 laotiens sont envoyés dans des camps. La répression touche une partie très importante de l'administration et de l'armée qui avait collaboré avec les Américains et les Français ; elle perdure de nos jours, notamment avec le génocide des Hmongs une ethnie minoritaire du Laos alliée des troupes françaises (GCMA/GMI) puis américaines (CIA), extermination se traduisant par une vraie chasse à l'homme (poursuite dans les jungles, meurtres, tortures, viols...). On estime à 30 000 le nombre de ceux qui sont alors envoyés en samana, ces « séminaires » qui sont en fait des camps de rééducation. Pour ceux qui ont la chance d'en revenir les séjours en samana se prolongent plusieurs années. Une des conséquences de cette politique sectaire et répressive est l'exode de près de 10 % de la population, débordant ainsi largement la classe aisée et les couches dotées d'une certaine instruction. Entre 350 000 et 400 000 personnes choisissent l'exil entre 1975 et 1987. Le gros de l'émigration a lieu dans les trois premières années ; en mai 1978, environ 8 % de la population a déjà fui le pays, soit un pourcentage huit fois supérieur à celui observé au Viêt Nam voisin. À la fin des années 1970, les Laotiens représentent la majorité des réfugiés installés dans des camps à la frontière thaïlandaise. 75 % des exilés choisissent de s'établir aux États-Unis, au Canada, ou en France. Certains, n'étant pas autorisés à partir pour l'Occident, transitent jusqu'à quinze ans dans les camps. Un accord entre la Thaïlande et le Laos finit par donner l'autorisation de rentrer au Laos à un quota de 300 personnes par mois.

Le communisme instauré au Laos, sans atteindre comme au Cambodge les sommets de la barbarie, démoralise une bonne partie de la population rurale par des méthodes autoritaires complètement inadéquates. Le nouveau pouvoir est, de surcroît, soumis à une forte influence de la part du Viêt Nam (réunifié en 1976 sous le nom de République socialiste du Viêt Nam).

Sous l'ancien régime, le peuple était victime d'abus personnels ou de la concussion des fonctionnaires, et d'une façon plus générale, de la gestion globale de la société par l'aristocratie, qui, pour établir sa domination utilisait des éléments extérieurs tels que la culture française ou le dollar américain. Mais le peuple n'était menacé individuellement que rarement. Par ailleurs, il pouvait trouver un recours dans le jeu d'influence respectif que les grandes familles entretenaient entre elles ou par l'intermédiaire d'une pression morale de la pagode.11

 

« Précisons que les mouvements staliniens qui se sont développés pendant la dernière guerre mondiale en Asie n’avaient rien de commun avec la lutte du prolétariat communiste. Ils ne se sont jamais appuyés sur la classe ouvrière, bien au contraire, et leur combat n’a été rien d’autre qu’une guerre de guérilla menant à une dictature militaire. Leur pouvoir était foncièrement anti-ouvrier. Ils se situaient durant la guerre dans le camp de la bureaucratie du Kremlin mais aussi dans le camp des impérialismes anglais et américain, ce qui est loin d’être révolutionnaire. Leur pérennité provient de la politique des blocs voulu par l’impérialisme et par la faiblesse de la bourgeoisie locale. L’évolution actuelle vers le capitalisme montre que leur politique stalinienne n’avait rien d’anti-capitaliste. »12

 

L'autonomie villageoise

Il existait aussi bien dans l'ancien royaume de Lan Xang que dans le royaume Lao contemporain, une véritable autonomie villageoise dans laquelle l'État s'ingérait peu : un conseil mixte de village, formé par l'ensemble des chefs de famille et les bonzes, détenait l'autorité politique qu'un chef de village, choisi par élection parmi les chefs de famille, exerçait par délégation pour coordonner les activités économiques et socio-culturelles de la communauté villageoise et servir d'intermédiaire auprès de l'État. C'était lui, par exemple, qui percevait les impots et désignait les familles corvéables. Mais l'État qui était représenté localement par un tiao muong (chef de district) ne s'immisçait qu'exceptionnellement dans les affaires du village. Ainsi, presque 90 % de la population laotienne pouvait bénéficier de cette cellule politique privilégiée, démocratique et souveraine, qu'était le village traditionnel. La grande nouveauté, sous le nouveau régime, était le fait que l'État avait forcé les portes des villages…"

 

Le retour de la paix et au capitalisme sous domination communiste  

En 1986, le congrès du Parti introduit "le Nouveau Mécanisme Economique", basé sur la décentralisation, l'initiative privée et la vérité des prix. Quelques années plus tard, la chute du communisme en URSS vide de tout son sens l'appartenance au bloc communiste, mais le Laos reste un régime à parti unique dont les dirigeants ont vécu ce qu'ils appellent « la guerre de 30 ans, de 1945 à 1975 ».

Dépourvu de constitution depuis la proclamation de la République en décembre 1975, le Laos ne débute la préparation d'une constitution qu'en 1989, pour finalement adopter le texte en 1991.

En décembre 1987, un bref conflit frontalier éclate avec la Thaïlande.

Si l'on peut considérer qu'aujourd'hui le Laos vit en paix, de nombreuses provinces ont connu pour certaines la guerre, et pour d'autres une forte insécurité, jusqu'au début des années 1990. Jusqu'à la fin des années 1970, de très violents affrontements ont eu lieu entre les Hmongs et les forces régulières nord-vietnamiennes et laotiennes. Beaucoup de Hmongs sont alors tués, d'autres réussissent à gagner la frontière thaïlandaise, d'autres enfin constituent des bandes pirates qui sévissent encore au début des années 1990.

Beaucoup des émigrés ayant traversé le Mékong ont gagné les pays occidentaux, mais certains essaient de mener des actions de guérilla à partir du territoire thaïlandais. La province de Paksane demeure ainsi longtemps dans l'insécurité. Jusqu'au début des années 1990, des groupes de résistance animés par d'anciens militaires ont fait de cette région un des hauts lieux de la résistance au nouveau régime.

Les petits groupes de Patikan (partisans), mobiles et connaissant parfaitement le pays, opèrent alors parfois en liaison avec des groupes de Hmongs descendus du nord. Leur principale motivation semble avoir été l'opposition à l'occupation vietnamienne.

Jamais la résistance laotienne, partagée en de multiples tendances et groupes ethniques, servant de faire-valoir à quelques anciens dirigeants qui rêvaient de rétablir un régime discrédité aux yeux de la majorité des laotiens, n'a pu réaliser une certaine unité.

En 1999, alors que les troupes vietnamiennes ont regagné leur pays (seuls, quelques groupes de « travailleurs » participent aux grands chantiers du Laos), les quelques attentats ou actes de sabotage relèvent plus du banditisme que d'une résistance organisée.13

 

Situation économique

Le Laos s’est donc lancé dans un capitalisme à la vietnamienne et à la chinoise, surexploitant une classe ouvrière très mal payée, sous la houlette d’un parti stalinien dictatorial.

Mais le Laos est bien moins outillé pour décoller que la Chine, bien sûr, mais aussi que le Vietnam ou la Birmanie.

Un démarrage économique sérieux ne peut être envisageable sans le développement des infrastructures actuellement axé sur le réseau routier et les télécommunications. L’ensemble du réseau d’infrastructures reste cependant modeste : presque pas de réseau téléphonique, peu de routes, pas de chemin de fer, la ligne Bangkok/Vientiane s’arrête à la frontière lao/Thai (Thanaleng).

Le Laos s’est ouvert en 1986 aux « nouveaux mécanismes économiques ». Le Code des Investissements a été promulgué dans la foulée en 1988, suivi du premier Programme d’ajustement structurel adopté en 1989 avec le soutien du FMI et de la Banque mondiale. Les investissements étrangers restent modestes et se portent sur les métiers du tourisme (hôtellerie, restauration, les services) si l’on excepte les grands projets comme le barrage hydroélectrique de Nam Theun 2, dont Électricité de France est l’un des principaux partenaires. Une bourse des valeurs, la bourse de Vientiane, a ouvert en octobre 2010 ; elle a commencé ses cotations en 2011.

La stabilité macroéconomique en termes de change et d’inflation semble se maintenir et le Laos bénéficie actuellement de l’assistance technique de la Banque asiatique de développement (ADB) pour entreprendre les réformes du secteur bancaire. Le revenu par habitant est de 300 dollars. Le Laos est un des pays les plus pauvres du monde. L’aide internationale assure 10 % du PIB en 2009.

Toutefois, le sous-sol du Laos est très riche en matières premières (charbon, zinc, cuivre) et le secteur minier contribue à plus de la moitié des exportations totales. La foresterie, les terres agricoles, l’hydroélectricité et les minéraux représentent plus de la moitié de la richesse totale du Laos. Le tiers de la croissance économique du pays entre 2005 et 2010 s’est appuyée sur l’hydroélectricité et les mines.

Le gouvernement du Laos a décidé de suspendre jusqu’à fin 2015 les concessions de terre pour des projets miniers et l’hévéa...

En 2005, un petit groupe minier, une junior, découvrait un beau gisement de cuivre et d’or à Sepon dans le centre du Laos. Depuis, le Laos est devenu une sorte d’eldorado minier, d’autant qu’il regorge aussi de gypse, de potasse, de charbon, de fer, de saphirs et autres pierres précieuses. Un eldorado, avec toute la liberté qu’offrait le Far West américain au XIXe siècle, mais cette fois, dans le Far East.

Á l’opposé de ce qui se pratique dans les pays voisins, Cambodge et Vietnam, où il est très difficile pour les investisseurs étrangers d’exploiter des gisements ou des plantations agricoles, les autorités de Vientiane n’ont jamais été très regardantes sur les concessions autorisées dans le pays. Des concessions aux sociétés australiennes, mais surtout aux compagnies des pays voisins. La Thaïlande, le Vietnam et la Chine prennent un peu le Laos pour leur réserve personnelle de ressources naturelles et de main-d’œuvre bon marché. Ils y font en particulier l’acquisition de terres par centaines de milliers d’hectares pour y planter de l’hévéa et produire du caoutchouc.

Les études d’impact social et environnemental sont quasi-inexistantes ; les autorisations sont octroyées de manière anarchique à la fois par l’État, les provinces et les districts. Avec à l’arrivée un imbroglio foncier qui crée des conflits avec les communautés villageoises. Sans compter que certains investisseurs accaparent des surfaces pour y geler ensuite toute activité.

Le gouvernement de Vientiane a déjà monté le ton, sans mettre en œuvre ses menaces de moratoire des investissements étrangers. La Banque mondiale est en tout cas venue rappeler au Laos, qui fait partie des pays les moins avancés, que son aide était conditionnée à une gestion durable des ressources du pays.

Adhésion à la zone de libre-échange de l’Asean, accession à l’OMC en 2013, réalisation des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) en 2015, sortie de la catégorie des PMA d’ici 2020 : les objectifs définis par le 7e plan quinquennal de développement socio- économique du Laos confirment son choix d’une économie ouverte et intégrée dans la région et dans le monde. Il mise sur son positionnement stratégique et ses ressources naturelles qu’il négocie en octroyant des concessions sur les mines, les terres, les ressources hydriques. Petit pays enclavé, sous-peuplé (six millions d’habitants), le Laos est attractif pour les investisseurs, notamment des pays voisins (Vietnam, Chine). Illustration de cette ambition, le Laos accueille en 2012 le 9e sommet Asie Europe (Asem), avec pour slogan Friends for Peace, Partners for Prosperity. Mais cet essor économique s’accompagne aussi d’inégalités, d’injustices et de risques non négligeables. Le Laos, qui souhaite devenir la « batterie du Sud-est asiatique », prend le risque de mettre en péril les ressources halieutiques et la sécurité alimentaire de ses populations. Les concessions et la promotion du « agriculture contractuelle », système de contrat entre une entreprise agroalimentaire et un agriculteur parfois imposé par les autorités locales, présentent un risque élevé de fragilisation et de désappropriation des villageois. L’accès et la consolidation des droits des villageois au foncier et aux ressources naturelles constituent des défis de taille.

Alors que 80 % de la population dépend de produits forestiers (alimentation, énergie, artisanat), les forêts ne couvrent plus que 40% du territoire contre 70 % en 1940. En cause : le développement des concessions et des plantations agro-industrielles et l’agriculture sur défriche-brûlis, qui perdure par absence d’alternatives proposées aux communautés rurales, progressivement dépossédées de leurs droits sur les forêts et sur les terres. Pourtant, gérées durablement et articulées avec des filières commerciales stables, les forêts naturelles constituent une source pérenne de revenus pour les villageois. Le Gret appuie la mise en œuvre de la stratégie provinciale de développement du secteur bambou de la Province de Houaphan dans 40 villages de trois districts. Il a testé une méthode participative d’élaboration de plans d’utilisation de sols (PUS), et neuf villages ont désormais des plans de gestion forestière (PGF), élaborés sur des massifs de forêts naturelles de bambou (1400 hectares et 475 familles concernés). Ces plans sont obligatoires pour que les villageois puissent exploiter les forêts. Les revenus des familles se diversifient et s’accroissent tout en préservant les ressources naturelles : en 2011 par exemple, 22 groupes de producteurs d’artisanat ou de meubles, regroupant 350 familles, ont vendu leur production pour 35 000 euros.

Le tourisme est un secteur économique en plein essor au Laos, avec 2,5 millions de touristes –majoritairement originaires de la zone Asie Pacifique- et 380 millions de dollars de revenus en 2010. Cet essor présente toutefois des risques en termes d’impact pour les ressources naturelles et les populations. Depuis 2010, le Gret appuie les acteurs locaux publics, privés et les communautés rurales de la province de Khamouanne dans la définition et la mise en œuvre d’une stratégie de développement touristique responsable et solidaire impliquant les communautés rurales dans la gestion des sites touristiques, et encourageant le développement d’activités économiques. En 2012, le Gret finalise un plan concerté de préservation, d’aménagement et de gestion du site touristique de la grotte de Konglor, associant les villages de Konglor et Natane. Un fonds de développement des activités touristiques dans le village de Natane propose aux femmes des crédits pour lancer des activités génératrices de revenus (tissage, vannerie, location de vélos).

Tous ces développements ne signifient nullement que l’essentiel de la population en ait profité. Il suffit de rappeler que 50 % de la population en zones urbaine et semi-rurale n’a pas accès à l’eau potable.

Le gouvernement laotien prétend pour calmer la montée des luttes, qui se développent au Laos comme au Vietnam ou en Chine, qu’il « prévoit d’augmenter le salaire des fonctionnaires » à partir d’octobre 2012, leur permettant de mieux faire face à la hausse des coûts de la vie et d’assurer leurs conditions de vie dans un temps d’incertitude économique, apprenait-t-on de l’Agence de presse lao (KPL).

En 2012, le salaire est de 3.500 kips par indice basé sur différents niveaux, selon leurs qualifications, expérience et position. Le gouvernement accordera également une allocation de 760.000 kips par mois et par personne en couvrant les coûts de l’électricité, de l’eau, et des vêtements.

Le salaire mensuel des fonctionnaires se situe entre 500.000 et 1,5 million de kips (50-100 euros). L’augmentation de leur salaire était de 3.500 à 4.800 kips (30-40 euros) par indice en 2012-2013, soit 37% à 6.700 kips par indice en 2013-2014 (91%), et à 9.300 kips (80 euros) par indice (une hausse de 156,7% par rapport au niveau actuel).

Le ministre laotien des Finances Phouphet Khamphounvong a déclaré en 2012 que la collecte des recettes au Laos était en augmentation chaque année et qu’il pensait que son ministère pourrait fournir un budget assez large pour couvrir la hausse des salaires.

Cette nouvelle politique salariale dura jusqu’en 2015. En 2007, l’année précédant la crise financière mondiale, le gouvernement a augmenté de 20% les salaires des fonctionnaires de l’État.

Selon la Banque de la RDPL, le taux d’inflation monétaire moyen au Laos en 2011 était de 7,58%. En 2012, le taux d’inflation a diminué, mais demeure relativement élevé à 6,69 % en janvier, 6,11% en février, et 5,33% en mars.

 

Le sort des travailleurs

Ce qui suit est exposé par des syndicalistes réformistes mais est suffisant pour imaginer l’absence de toute liberté pour les travailleurs. Le Laos est une prison pour les travailleurs. Tout mouvement syndical indépendant est combattu férocement de même que toute grève ou toute tentative d’organisation des travailleurs. Seuls 4 % des travailleurs sont syndiqués et encore dans des syndicats acceptés par le pouvoir !

Le Laos a cependant connu plusieurs vagues de grève. Par exemple en 1974 d’importantes vagues de grève ont parcouru à la fois le secteur public et privé et amené des changements importants. De nombreux responsables les ont payé de leur place.

Ce qui suit est donc le point de vue de la fédération syndicale LFTU :

Des élections de pure forme n’ont rien changé à la réalité du Laos : une absence totale de liberté syndicale et la répression de toute contestation. Le seul syndicat demeure étroitement lié au Parti révolutionnaire populaire laotien, le seul parti politique ayant existence légale.

Si la Constitution garantit certaines libertés aux citoyens laotiens, la législation n’accorde pas beaucoup de place aux activités syndicales. Les syndicats doivent être affiliés à la Fédération des syndicats du Laos (LFTU), qui est directement sous la tutelle du parti au pouvoir. La loi interdit, en outre, aux adhérents de syndicats d’organiser un « regroupement, un rassemblement ou une protestation et des actes illégaux » susceptibles de nuire non seulement au syndicat mais aussi aux intérêts de l’État ou à l’intérêt collectif. Les personnes qui adhèrent à une organisation qui incite à la contestation, à la manifestation et à d’autres actions susceptibles d’entraîner des « conflits ou des troubles sociaux » sont passibles d’une peine d’emprisonnement pouvant aller d’un à cinq ans. Qui plus est, la loi réglemente strictement l’organisation interne des syndicats et limite le droit de s’affilier à un syndicat aux seuls ressortissants laotiens.

Bien qu’elle garantisse la protection contre le licenciement antisyndical, la loi ne protège pas les travailleurs contre les représailles à défaut de licenciement comme, par exemple, la mutation pour « motifs disciplinaires. » Aux termes de la législation du travail, le rôle des organisations syndicales n’est reconnu que lorsqu’il s’agit de désigner les travailleurs qui feront l’objet de mesures de licenciement collectif, de la possibilité de négocier les niveaux de salaires et d’assister individuellement des travailleurs/euses dans le règlement de conflits du travail. Le système de règlement des conflits n’offre aucune possibilité d’appeler légalement à la grève, attendu que tout conflit doit être réglé par un recours à la négociation, à la médiation, à l’arbitrage ou au Tribunal populaire.

Vu le lien étroit qui existe entre la Fédération des syndicats du Laos (LFTU) et le Parti révolutionnaire populaire laotien (LPRP), dans les faits, la LFTU constitue plutôt un organe permettant au parti unique de contrôler les travailleurs/euses. Dans ses déclarations officielles, la LFTU évoque fréquemment son rôle de collaboration avec le gouvernement pour ce qui est de l’application de la législation du travail, lequel consiste à veiller à la protection des droits des travailleurs et des employeurs et à élaborer des textes légaux et réglementaires dans le domaine du travail. Cette fonction quasi officielle de la LFTU suppose un rôle double, à la fois de contrôle et de protection éventuelle du monde du travail.

Les représentants de la LFTU dans les usines sont généralement des membres du LPRP et/ou font partie de la direction d’entreprises. Rien n’indique que la LFTU soit réellement en mesure de protéger les droits des travailleurs, en particulier dans les entreprises privées.

Pour l’essentiel, en ce qui concerne les droits des salariés, aucun grand changement ne s’est produit au Laos, l’un des rares pays staliniens restants dans le monde et l’un des plus pauvres pays d’Asie. La législation du travail de 1994 ne protège pas adéquatement les droits syndicaux. La seule organisation syndicale est étroitement liée au parti politique unique, et agit principalement comme bras auxiliaire du parti par rapport aux travailleurs. On observe une non-application systématique des dispositions de la loi qui n’offre presque pas de protection aux travailleurs.

Bien que les grèves ne soient pas illégales, le droit de grève est fortement limité et cette restriction est assortie de peines dissuasives. Le Code pénal prévoit une peine d’emprisonnement pouvant aller de un à cinq ans contre les personnes qui adhèrent à une organisation, qui encouragent des protestations, manifestations et autres actions qui peuvent entraîner de « l’agitation ou de l’instabilité sociales ». La législation du travail n’autorise pas les grèves en cas de « conflits d’intérêts », tandis que les conflits en matière de droits doivent être arbitrés par le biais de procédures donnant lieu à une décision finale qui ne peut pas faire l’objet d’un appel. Par conséquent, il n’y a aucun moyen de mener légalement une grève aux termes de la loi, ce qui signifie que toutes les grèves sont de facto illégales et passibles de sanctions.

Aux termes du Code du travail, les différends doivent être résolus par le biais de comités d’entreprise regroupant les employeurs, les représentants du syndicat local des travailleurs et les représentants de la LFTU. La décision finale revient au MOLSW. Pour sa part, la LFTU affirme également jouer un rôle de conciliation pour la résolution de différends éventuels entre les travailleurs et les employeurs.14

 

 

Vie politique

Depuis 1975, le Laos est une dictature et un État communiste dirigé par le Parti révolutionnaire populaire lao, parti unique d'obédience marxiste-léniniste. Le président de la République démocratique populaire lao est élu par le Parlement pour 5 ans. Choummaly Souriya Sayasone a occupé cette fonction durant deux mandats successifs de 2006 à 2016. Il a été remplacé par Bounnhang Vorachith le 20 avril 2016.

La politique du gouvernement est déterminée par le Parti à travers le Politburo et le Comité central. L'article 3 de la constitution du Laos dispose que « le droit du peuple d'être maître de la Patrie pluriethnique est exercé et garanti par le fonctionnement du système politique dont le Parti populaire révolutionnaire Lao constitue le noyau dirigeant. »15

 

 

La persécution des Hmongs 

Le conflit hmong se poursuit à l'heure actuelle. Cette population isolée a été bannie par les autorités pour avoir lutté contre le communisme pendant trente ans au côté des Occidentaux, une partie a réussi à émigrer dans les démocraties occidentales mais les peuplades montagnardes restantes sont pourchassées par les armées laotiennes et vietnamiennes qui patrouillent sur l'habitat historique des Hmongs ; les derniers survivants sont confinés dans un espace interdit et continuent de résister pour leur survie.

 

La survie dans la jungle

Le fait que les Hmongs se réfugient dans des zones isolées difficilement accessibles et que le gouvernement laotien empêche l'accès aux observateurs et journalistes étrangers rend délicate l'évaluation de la situation. Néanmoins, plusieurs journalistes occidentaux ont réussi à rencontrer clandestinement les communautés Hmongs. Les reportages de Philip Blenkinsop en 2002, de Vincent Reynaud et Thierry Falise en 2003, de Grégoire Deniau et Cyril Payen en 2005, et de l'Américain Roger Arnold en septembre 2006 ont montré la situation désastreuse et désespérée des Hmong dans la forêt laotienne. Leur situation est toujours critique, ils sont toujours traqués et tués par l'armée laotienne en 2010.

Les estimations de la population Hmong survivant dans la jungle sont très variables. Sur 30 000 en 1975, ils ne seraient plus que quelques milliers selon le rapport d'Amnesty International de mars 2007. Le même rapport indique que les communautés sont victimes d'attaques meurtrières régulières de l'armée laotienne et vietnamienne. La plupart du temps, ces attaques ont lieu lors des expéditions quotidiennes visant à collecter de la nourriture, et touchent également les femmes et les enfants.

À titre d'illustration, le 19 mai 2004, un groupe de 5 enfants de 14 à 16 ans a été attaqué par des soldats laotiens pendant qu'ils cherchaient de la nourriture à proximité de leur camp. Non armés, ils ont été brutalement mutilés et tués. Les 4 filles ont apparemment été violées avant d’être tuées, l'une d'entre elles a été retrouvée éventrée.

Pour éviter les confrontations avec les soldats du gouvernement, les habitants sont obligés de se déplacer en permanence. Cela les prive d'un abri décent et les empêche de pratiquer l'agriculture. La recherche de nourriture est une activité qui prend généralement entre 12 et 18 heures par jour selon Amnesty International, pour arriver à récolter des racines et des feuilles. Ce régime entraîne un niveau de sous-nutrition et malnutrition avancé, qui se traduit par les ventres gonflés des jeunes enfants.

L'état de destitution et de dénuement avancé de la population engendre en outre des maladies souvent fatales, en raison de l'absence de soins. Les plaies liées aux balles et éclats d'obus ne peuvent également être soignées. Ce type de blessure semble très répandu, sur une grande communauté de 800 Hmongs, 30 % d'entre eux ont été touchés par ce type d'arme.

 

La question du génocide

Le conflit entre les Hmongs et les soldats laotiens et vietnamiens est parfois considéré comme une guérilla, parfois présenté comme un génocide. Si à l'origine, les Hmongs réfugiés dans la montagne étaient en véritable conflit armé avec le pouvoir communiste, leurs capacités militaires ont très vite été balayées dans les toutes première années après 1975. Malgré la persistance de quelques attaques sporadiques les années suivantes, les différents reportages précités montrent que les Hmongs ont à peine les moyens de protéger leurs familles, en raison d'armes obsolètes et du manque de munitions. Il apparait clairement que les armes portées servent uniquement dans un but défensif.

En outre, les Hmongs qui sont tués directement par balle le sont généralement lors des expéditions pour rechercher des racines pour se nourrir, et non pas lors de combats. Les tirs de l'armée visent aussi les femmes et les enfants. Par ailleurs, le gouvernement du Laos interdit tout contact avec ces populations ainsi que toute aide alimentaire et médicale. La situation s'apparenterait ainsi plus à un génocide qu'à une situation de guérilla armée.16

 

 

Sources

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Laos
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Protectorat_fran%C3%A7ais_du_Laos
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Oun_Kham
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_Pavie
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Bellanger
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Protectorat_fran%C3%A7ais_du_Laos
(7) Robert Paris  http://www.matierevolution.org/spip.php?article2419
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Protectorat_fran%C3%A7ais_du_Laos
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Laos
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Protectorat_fran%C3%A7ais_du_Laos
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Laos
(12) Robert Paris  http://www.matierevolution.org/spip.php?article2419
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Laos
(14) Robert Paris  http://www.matierevolution.org/spip.php?article2419
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Laos