L'Ukraine

 

 

Préhistoire et Antiquité

Après les populations préhistoriques que les Grecs désignaient comme « Pélasges », les principaux groupements venus peupler ce qui est aujourd’hui l’Ukraine, durant le IIe millénaire av. J.-C., furent des indo-européens de langue iranienne septentrionale : les Cimmériens, les Scythes et les Sarmates, qui furent rejoints et influencés par les Grecs en Crimée. Un royaume Scythe hellénisé, la Bosphoranie, se forma au IIIe siècle avant notre ère, autour du « lac Méotide » ; sa brillante capitale était Panticapée (Kertch). Au Ier siècle de notre ère, celui-ci devient un état-client des Romains, devenus par la suite les « Byzantins ».

À partir du IIIe siècle de notre ère les Goths et d’autres peuples nomades se succédèrent durant le Ier millénaire av. J.-C. : la culture matérielle de ces peuples (artisanat, rites funéraires, etc.) se retrouve dans les sites archéologiques de la culture de Tcherniakov. Parmi ces peuples, les Antes sont d’un intérêt particulier pour les Ukrainiens, car on pense que les Antes sont une civilisation proto-slave. Beaucoup d’objets trypiliens remontent à cette époque. Alors que divers peuples turcophones ou finno-ougriens se succèdent d’est en ouest le long de la mer Noire (du IIe siècle au XIIIe siècle : Huns, Avars, Bulgares, Khazars, Magyars, Péchénègues, Coumans et Tatars Mongols), les tribus slaves occupent pacifiquement l’Ukraine occidentale, centrale et septentrionale à partir du VIe siècle : elles ont joué un rôle important dans la fondation de Kiev par les Scandinaves.

 

État de Kiev

Au VIIIe siècle le commerce varègue (des Vikings orientaux) de la Baltique à la mer Noire fédère les tribus slaves, et au IXe siècle, Kiev est prise aux Khazars par le varègue Oleh le Sage, fondateur d’un "État des rameurs" ou Rodslagen, en proto-slave Rous’ : c’est l’âge d’or de sa capitale, Kiev. Le territoire de la Rous’ couvrait le Nord de l’actuelle Ukraine ainsi que la Biélorussie et l’Ouest de la Russie. De Rous’ viennent la dénomination des "Russes", mais aussi celle des "Ruthènes" ou "Russins" désignant les Ukrainiens occidentaux. Le nom d’"Ukraine", qui signifie "marche frontalière" en russe, est venu avec l’expansion de la Moscovie, bien plus tard.

Au XIe siècle, la Rous' de Kiev était géographiquement le plus vaste État d’Europe. En 988, sous le règne de Volodymyr le Grand, un missionnaire grec, Cyrille, convertit l’aristocratie kiévienne (surtout varègue) et la majorité de la population au christianisme. Sous le règne de Iaroslav le Sage, le prestige de l’État kiévien atteint son apogée : il s’étend de la Baltique à la mer Noire et du confluent de l’Oka avec la Volga jusqu’aux Carpates septentrionales. Yaroslav fut un grand bâtisseur, c’est lui qui fit construire la célèbre cathédrale Sainte-Sophie à Kiev, et un grand législateur. Le droit, l’éducation, l’architecture et l’art kiévien connaîtront un renouveau impressionnant sous son règne.

La succession au trône de Kiev n’est pas héréditaire en ligne directe : le pouvoir va au membre le plus âgé de la famille princière. Le territoire est divisé en différents apanages hiérarchisés qui, selon leur puissance, vont à un membre plus ou moins âgé de la dynastie. Le décès d’un d’entre eux entraîne le passage des autres princes à l’apanage supérieur. Ce système engendre de nombreux conflits et, à terme, la fragmentation de l’État. Kiev fut saccagée par le prince de Vladimir (1169). Les convoitises extérieures se font plus fortes. Kiev est pillée par les Coumans puis par les Tatars Mongols en 1240. Par conséquent, les principautés russes et ruthènes durent reconnaître la souveraineté des Mongols. L’autorité mongole et tatare était très cruelle, notamment en matière pénale, et, durant ces siècles de soumission, le peuple a souvent fui vers d’autres pays comme la Pologne, la Hongrie, la Moldavie ou la Crimée gréco-arménienne.

 

Galicie-Volhynie

La principauté de Galicie succéda à l’État de la Ruthénie sur le territoire de l’Ukraine occidentale d’aujourd’hui. Elle fut la plus puissante des principautés ruthènes, englobant bientôt la Volhynie (ou Vladimirie) et faisant de la Moldavie sa vassale. Durant cette période (XIIIe-XIVe siècle), chaque principauté ruthène mena sa propre politique ; celles du Nord-Est (Tchernihiv, Pereïaslavl) se rapprochèrent des principautés russes telles Novgorod ou Moscou, tandis que celles du centre (Kiev et Tourov) cherchèrent l’alliance lituanienne.

C'est en 1253 que le pape accorda au prince Daniel de Galicie (Danylo Halytskyï) la couronne royale qu’il détint jusqu’à sa mort en 1264. Mais le royaume de Galicie-Volhynie devint finalement lui aussi un vassal de l’Empire mongol, tout en continuant à rechercher l’appui des autres européens (Polonais, Lituaniens).

 

Domination lituano-polonaise

Durant le XIVe siècle, les Polonais et les Lituaniens combattirent les Mongols et finalement toute l’Ukraine septentrionale passa sous l’autorité de la Pologne et de la Lituanie, qui annexe Kiev en 1362. Les Tatars se maintiennent sur le littoral de la mer Noire et en Crimée ; toutefois, de 1382 à 1484, le Grand Duché de Lituanie atteignit la mer Noire du côté d’Otchakiv (vers l’actuelle Odessa). La Lituanie prit le contrôle de la Volhynie au nord-ouest de l’Ukraine (y compris les régions autour de Kiev). Quant à la Pologne, elle prit le contrôle de la Galicie. À la suite de l’union entre la Pologne et la Lituanie, conclue en 1385, une intense politique de repeuplement a lieu : des Polonais, des Moldaves, des Allemands, des Arméniens et les Juifs immigrèrent dans le pays. Nombre de villes et villages furent fondés. La noblesse d’Ukraine occidentale fut souvent « polonisée ». La législation polonaise est introduite en Ukraine occidentale en 1434. Si la Pologne mène une politique relativement tolérante vis-à-vis de l’orthodoxie, le catholicisme progresse dans les territoires sous sa domination.

L’influence polonaise pénètre plus lentement dans les territoires relevant du grand-duché de Lituanie. L’orthodoxie y garde sa prédominance. Pourtant, les rapports de force au sein de l’État polono-lituanien tournent à l’avantage des Polonais. L’Union de Lublin (janvier 1569) consacre le triomphe de la Pologne. La Lituanie perd la plus grande partie de ses possessions ukrainiennes (Podlachie, Volhynie, Podolie, région de Bratslav et de Kiev). La noblesse de ces régions se polonise et se convertit au catholicisme. Le haut-clergé orthodoxe est tenté par le rapprochement avec Rome. Le métropolite de Kiev et une partie du haut-clergé, en réaction contre les interventions réformatrices du patriarche de Constantinople, se rallie à Rome lors du concile de Brešč (Brest-Litovsk) en 1596.

C’est durant cette domination lituano-polonaise, à partir du XVe siècle, que se formèrent les Cosaques, des paysans ruthènes orthodoxes qui refusaient la servitude et l’assimilation aux Polonais catholiques. Le royaume de Pologne les tolère et les utilise contre les Tatars, puis, à partir du XVIe siècle, contre les Turcs ottomans, devenus suzerains des Tatars de Crimée.

 

État cosaque, embryon de la nation ukrainienne

Au XVIe siècle, plusieurs soulèvements cosaques eurent lieu contre la noblesse polonaise dont le plus célèbre fut mené par le Hetman cosaque Severyn Nalyvaïko en 1594. L’hetman Petro Sahaïdatchnyi contribua à la création d’un centre culturel à Kiev et chercha à unifier l’armée cosaque avec la noblesse et le clergé ruthènes. En 1648, l’hetman Bohdan Khmelnytskyi se soulève à son tour contre la Pologne. Le 16 mai, allié aux Tatares de Crimée et aux Russes de Moscou, il bat les Polonais à Jovti Vody et le 26 mai à Korsoun. Ce fut le début de la guerre de libération qui ébranla les fondations et la stabilité de l’union lituano-polonaise. Ce soulèvement a finalement abouti à la naissance d’un territoire Cosaque autonome appelé « Ukraine » (« Notre Pays », en ukrainien) dans le bassin du Dniepr, entre la Pologne et la Russie. L’Ukraine de la Rive Gauche a été intégrée à la Russie en tant qu’Hetmanat cosaque par le traité de Pereïaslav en 1654 et la guerre russo-polonaise qui s’en est suivie. Les Cosaques ont combattu la Pologne, plus tard la Russie pour leur indépendance. Au tournant du XVIIIe siècle, l’Hetmanat était parmi les pays les mieux alphabétisés de toute l’Europe. Il y avait des écoles dans la plupart des villages, les Cosaques ukrainiens étaient connus pour être des personnes très bien éduquées. Les hetmans Bohdan Khmelnytskyï, Petro Sahaïdatchnyï et Ivan Mazeppa savaient parler plusieurs langues.

 

Partages, domination russe et autrichienne

En 1708, l’hetman Ivan Mazeppa fait reconnaître l’indépendance par Charles XII de Suède mais dès 1709, le tsar Pierre Ier bat Ivan Mazeppa et les Suédois à Poltava. Les Cosaques deviennent vassaux de la Russie, qui les utilise dans son expansion contre l’Empire Ottoman et la Pologne. Quant au sud de l’Ukraine, il était sous le contrôle de l’Empire ottoman. En 1772, lors du 1er partage de la Pologne, la Galicie (Ukraine de l’ouest) devint autrichienne. En 1793, lors du 2e partage, Catherine la Grande, impératrice de Russie, supprime l’autonomie des Cosaques, et étend l’Empire russe jusqu’à la mer Noire. Les trois quarts de l’actuelle Ukraine sont dès lors russes. Bucovine et Bessarabie sont encore moldaves, tandis que le comté de Marmatie, l’actuelle Ruthénie transcarpatique est encore hongrois.

Les intellectuels et écrivains ukrainiens (notamment Tarass Chevtchenko) s’inspirèrent de l’esprit nationaliste qui remuait les autres peuples d’Europe soumis à divers Empires, et décidèrent de ranimer la langue ukrainienne, et les traditions culturelles ruthènes afin de constituer un État-Nation. Les Russes en particulier étaient virulents contre toute tentative de rehausser la langue ukrainienne, allant jusqu’à interdire son utilisation et son étude. Le sort des Ukrainiens était plus positif sous les Autrichiens ou les Moldaves. En 1892, Kiev compte près d’un demi-million d’habitants, mais c’est une ville russifiée, alors qu’à Lviv (Lemberg) et Tchernivtsi (Czernowitz) des associations culturelles ukrainiennes prospèrent.

L’Ukraine resta partagée entre les Empires autrichien et russe jusqu’à la Révolution de février 1917. 1

 

L'Ukraine indépendante (1917-1920)

Dans la foulée de la Révolution de Février 1917, se constitue le 15 mars 1917 une Rada (un conseil) autonome, présidée par l'historien Mykhaïlo Hrouchevsky. La Rada centrale manifeste son opposition à la Révolution d'Octobre en proclamant le 19 novembre la République populaire ukrainienne, non séparée de la République russe. Les bolcheviks refusent de reconnaître la Rada centrale et fondent une série de républiques : la République populaire ukrainienne des soviets (dans l’est), la République soviétique de Donetsk-Krivoï-Rog, la République soviétique d’Odessa, la république socialiste soviétique de Tauride, devenue ensuite la république socialiste soviétique de Crimée. Néanmoins en 1917, le parti bolchevik est peu implanté en Ukraine, exception faite dans les régions industrielles de l'Est et du Sud.

En réaction la Rada proclame l'indépendance de l'Ukraine le 22 janvier 1918. Dès le mois de février, les troupes bolcheviques contrôlent les principales villes du pays, dont Kiev. La Rada se réfugie alors à Jytomyr. Les États bolcheviks d'Ukraine s’unifièrent les 17-19 mars 1918 pour former la République soviétique ukrainienne avec Kharkov pour capitale.

La république populaire d'Ukraine signe un traité séparé avec l'Allemagne à Brest-Litovsk le 9 février 1918. L'Allemagne joue la carte du séparatisme ukrainien pour mettre la main sur les richesses du pays, alors essentielles pour leur victoire. L'armée allemande envahit le pays et la République soviétique d'Ukraine est balayée en avril 1918.

Les Allemands contribuent à l'instauration de l'hetmanat, en la personne de Pavlo Skoropadsky. Ce dernier mène une politique réactionnaire. Il est contraint de se réfugier en Allemagne en décembre 1918. Après cet événement, un Directoire, présidé par Simon Petlioura, restaure la République populaire ukrainienne et combat l'Armée rouge. À partir de ce moment, plusieurs camps se disputent le contrôle du territoire ukrainien : les troupes de Simon Petlioura, les armées blanches de Denikine, épaulées par les Français qui occupent Odessa jusqu'en avril 1919, les troupes anarchistes de Makhno et enfin, les soviétiques.

Le pouvoir soviétique reprend définitivement pied en Ukraine au printemps 1919. La République socialiste soviétique d’Ukraine est proclamée le 10 mars 1919 comme gouvernement autonome. Ceci est le résultat du 3e congrès des soviets d’Ukraine réuni du 6 au 10 mars à Kharkov. En 1920-1921, les bolcheviks éliminent alors leurs opposants et mènent la répression. À la faveur de la progression de l'Armée rouge, ils constituent au sein de la république soviétique d'Ukraine des territoires autonomes : la république socialiste soviétique de Bessarabie (de mai à septembre 1919) et la république socialiste soviétique de Galicie (de juillet à septembre 1920). Cependant, le traité de Riga (1921) les rattachent respectivement à la Roumanie et à la Pologne.

C'est en effet par le traité de Riga que la Pologne reconnaît la République socialiste soviétique d'Ukraine et que les frontières occidentales de cet État sont fixées. Un mouvement armé et encouragé par les États occidentaux subsiste néanmoins quelque temps sur la rive droite du Dniepr.2

 

La période soviétique

Le 30 décembre 1922, l’URSS naissait du traité qui réunissait la RSFSR, la Biélorussie, l’Ukraine et la Transcaucasie. Dans le conflit qui opposa les communistes du centre (Moscou) et les partis communistes nationaux, c’est le centre qui l’emporta et imposa une fédération. Quand Joseph Staline lança le premier plan quinquennal en 1928, l’Ukraine devint l’une des sources indispensables de son financement. Les années d’industrialisation furent marquées par la construction de la plus grande centrale hydraulique de l’Europe sur le Dniepr (le DnieproGuES), ce qui contribua à l’électrification de la République, ainsi qu’une importante mise en valeur du grand bassin minier et métallurgique, le Donbass.

 

Malgré une brève période d’ukrainisation à la fin des années 1920, se traduisant par le retour à la langue d’origine dans les publications, la réouverture des écoles et des universités avec un enseignement en ukrainien et la promotion des cadres nationaux, Staline ne ménagea pas pour autant ses efforts pour réprimer le moindre signe d’un réveil national ukrainien, interprété comme un rejet du pouvoir stalinien et une menace à l’intégrité territoriale de l’Union soviétique.

La catastrophe démographique des Ukrainiens commença en 1922 avec une première famine à la suite de la guerre civile russe puis la tristement célèbre famine de 1933 que les Ukrainiens appellent l’Holodomor. Provoquée par les collectivisations des terres elle fit jusqu’à huit millions de morts en Ukraine et dans d'autres régions de l'URSS. Ce fut l’avant-dernière grande famine d’Europe avant la troisième et dernière, celle de 1947 également en Ukraine soviétique3. La question de savoir si l'Holodomor constitue ou non un génocide reste âprement débattue. Fin 2006, l'Ukraine a officiellement qualifié l'Holodomor de génocide, qualification reconnue par un certain nombre de pays dont les États-Unis. Le caractère génocidaire de cette famine est cependant contesté par le Kazakhstan et la Russie, qui arguent notamment que l'Ukraine n'a pas été la seule république touchée, et n'est pas reconnu par l'ONU. Le Parlement européen a reconnu en 2008 l'Holodomor comme un crime contre l'humanité, jugeant qu'il s'agissait d'une famine provoquée et d'un « crime contre le peuple ukrainien et contre l'humanité ». De nombreux chercheurs, en particulier ukrainiens ou proche du milieu des émigrés ukrainiens américains, soutiennent que cette famine est un génocide car elle résulterait de la volonté délibérée de Joseph Staline de détruire la nation ukrainienne comme ensemble politique et entité propre, en s'attaquant à sa racine et à ses représentants les plus nombreux, les paysans ukrainiens répartis sur les territoires de l'Ukraine et du Kouban.4

Le régime stalinien a ensuite commis d’innombrables arrestations et assassinats, surtout d’intellectuels ukrainiens. Ce fut notamment le cas pendant les Grandes Purges de 1937-1938 qui coûtent la vie à des milliers d’Ukrainiens. Après l’invasion de la Pologne en septembre 1939 par les troupes allemandes puis soviétiques, l'Union soviétique annexa les régions polonaises à majorité ukrainienne ; les régions à minorités ukrainiennes de Roumanie suivirent en juin 1940. Tous ces gains territoriaux furent incorporés à la République socialiste soviétique d'Ukraine en août 1940, à l'exception du centre de la Bessarabie qui fut constitué en République socialiste soviétique moldave.

L’Ukraine agrandit ainsi son territoire, mais le régime stalinien était si répressif, que lorsque l’Allemagne nazie envahit l’URSS en 1941, certains Ukrainiens (essentiellement dans l'ouest du pays) accueillirent la Wehrmacht en libératrice. Un certain nombre d’Ukrainiens s’engagèrent notamment dans les forces de police, l’Armée de libération de l'Ukraine, les Hiwis, et la 14e division de la Waffen SS. Plusieurs milliers d’Ukrainiens rejoignirent, eux, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), réseau de Résistance nationaliste. Le 22 juin 1941, l’organisation des nationalistes ukrainiens proclama l’indépendance de l’Ukraine à Lviv. L’armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) continuera son combat contre l’armée rouge, jusqu’à son anéantissement en 1954. En 1944, l’Armée rouge libère l’Ukraine. Les Ukrainiens qui avaient servi les Allemands, et également les membres de l’UPA, furent en 1945, pour la plupart internés au Goulag comme traîtres (la majorité d'entre eux vont être amnistiés et libérés par Khroutchev après la mort de Staline). À la fin de la guerre, les pertes ukrainiennes s’élèvent à 8 millions de personnes dont 1,377 million de militaires soviétiques de nationalité ukrainienne (15,9 % des pertes totales de l’armée rouge). En 1945, pour souligner son rôle dans la défaite des nazis, l’ONU fait de l’Ukraine, en même temps que de l’URSS et de la Biélorussie, l’un des membres fondateurs de cette organisation. L’URSS y disposera ainsi de 3 voix au lieu d’une. En outre, 4 villes ukrainiennes : Odessa, Kertch, Sébastopol et Kiev portent le titre honorifique de ville héros (accordé aux villes d'Union soviétique dont les habitants ont héroïquement combattu la Wehrmacht au cours de la Seconde Guerre mondiale).

En 1945, Staline enlève à la Tchécoslovaquie la Ruthénie transcarpatique jadis hongroise (jusqu’en 1918) et la rattache à la République socialiste soviétique d'Ukraine. Enfin, en 1954, son successeur Nikita Khrouchtchev, qui avait été élevé en Ukraine, pour marquer le 300e anniversaire du traité de Pereïaslav, transféra la Crimée à la RSS d’Ukraine, dont l’unité territoriale est ainsi parachevée.

À partir de 1955, avec la relative période de libéralisation commencée sous Nikita Khrouchtchev, les communistes ukrainiens commencèrent à poursuivre des objectifs nationaux. À cette époque du dégel, dans les années 1960, il y eut un mouvement dissident en Ukraine, mené par des personnalités telles que Viatcheslav Tchornovil, Vassyl Stous, Levko Lukyanenko. Comme dans les autres républiques membres de l’URSS, les mouvements ont été rapidement réprimés, leurs membres condamnés à des peines de Goulag et d’exil. Et c’est pendant la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev que ces objectifs ont pu être concrétisés. Le Mouvement populaire d'Ukraine « Roukh », le premier parti politique indépendant ukrainien, fut ainsi fondé en 1989. En 1986, dans la ville de Tchernobyl, une explosion eut lieu dans une centrale nucléaire qui devint la plus importante catastrophe nucléaire du siècle, et qui contamina non seulement l’Ukraine, la Biélorusse et la Russie, mais aussi d’autres pays de l’Europe.5

 

Catastrophe nucléaire de Tchernobyl

L'accident a été provoqué par l'augmentation incontrôlée de la puissance du réacteur no 4 conduisant à la fusion du cœur. Cela a entraîné une explosion et la libération d'importantes quantités d’éléments radioactifs dans l’atmosphère, provoquant une très large contamination de l'environnement, et de nombreux décès et maladies survenus immédiatement ou à long terme du fait des irradiations ou contaminations.

Il s'agit du premier accident classé au niveau 7 sur l'échelle internationale des événements nucléaires (INES) (le second étant la catastrophe de Fukushima du 11 mars 2011), et il est considéré comme le plus grave accident nucléaire jamais répertorié.

La centrale nucléaire est située sur un affluent du Dniepr à environ 15 kilomètres de Tchernobyl (Ukraine), et à 110 kilomètres de la capitale Kiev, près de la frontière avec la Biélorussie.

L'accident de Tchernobyl est la conséquence de dysfonctionnements importants et multiples :

  • un réacteur mal conçu, naturellement instable dans certaines situations et sans enceinte de confinement ;
  • un réacteur mal exploité, sur lequel des essais hasardeux ont été conduits ;
  • un contrôle de la sûreté par les pouvoirs publics inexistant ;
  • une gestion inadaptée des conséquences de l'accident.

 

Les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, controversées, sont importantes aussi bien au plan sanitaire, écologique, économique que politique. Plus de 200 000 personnes ont été définitivement évacuées.

Le rapport de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) établi en 2005 recense près de 30 morts par syndrome d'irradiation aiguë directement attribuables à l'accident et estime que 5 % des décès de liquidateurs seraient liés à la catastrophe. Dans les populations locales, 4 000 cancers de la thyroïde ont été diagnostiqués entre la catastrophe et 2002, dont la grande majorité est attribuée à la catastrophe. De plus, ce rapport estime que le nombre de morts supplémentaires par cancer dans ces populations (estimé à 4 000 morts d'après les modèles de radioprotection) est trop faible par rapport à la mortalité naturelle (100 000 morts, soit 4 % d'accroissement) pour être détectable par les outils épidémiologiques disponibles.6

 

 

TCHERNOBYL = TCHER NOBYL

TCHER = 20x3x8x5x18 = 43200

43200 = 432 00

432 = DC2

D C 2 se prononce DÉCÉDE.

Dieu te fait comprendre qu'à cause du nucléaire, tu DÉCÈDES à petit feu mais tu ne le vois pas car l'irradiation aux déchets nucléaires est imperceptible.

00 = tes yeux ne peuvent pas le voir.

Le code postal 43200 est celui de la commune d'YSSINGEAUX.

YSSINGEAUX = YS SIGNEAUX

Dieu nous envoie des SIGNEAUX pour nous protéger car nous sommes incapables de voir que le système capitaliste nous détruit la santé.

D'après le CERI (Comité européen sur le risque de l'irradiation) le nucléaire est responsable de 61,6 millions de morts par cancer depuis 1945, contre 1,1 million selon les sources officielles. Le nombre de cancers est pour sa part évalué a 132,3 millions contre 2,3 et l'étude estime en outre que les radiations ont induit une importante mortalité infantile et fœtale (3,4 millions).7

 

Les déchets nucléaires

À chacune de ses étapes, la filière nucléaire produit des déchets. Extraction de l'uranium, enrichissement de cet uranium, combustion, retraitement pour faire du plutonium : toutes ces opérations entraînent des déchets. Des centaines de milliers de tonnes depuis le lancement de l'industrie nucléaire ! Une partie de ces déchets est hautement radioactive pendant des dizaines, voire des centaines de milliers d'années. Et personne ne sait quoi en faire. Des décennies de recherches et d'investissements colossaux n'ont pas fourni de solution. Le retraitement ne convient pas, car il est lui-même producteur de déchets. Une fois coupé et dissout, le combustible irradié se divise en trois catégories : environ 95 % d'uranium, 1 % de plutonium et 4 % de déchets ultimes. Une petite partie du plutonium est réutilisée pour produire un nouveau combustible, le Mox. Une vingtaine de centrales nucléaires françaises sont autorisées à carburer avec un combustible composé au maximum d'un tiers de Mox.

Les 4 % de déchets ultimes sont vitrifiés et stockés sur place. Ils n'ont à ce jour, aucune solution d'avenir. Leur radioactivité sera extrêmement dangereuse pour des milliers d'années.

Restent donc la majeure partie : l'uranium de retraitement, qui représente 95 % du résultat du retraitement. Cette partie est scandaleusement exportée en Russie par les industriels français du nucléaire, Areva et EDF. Depuis 2006 environ 33 000 tonnes de déchets nucléaires ont été exportés vers la Russie où ils sont simplement entreposés à l'air libre en Sibérie.

 

La transmutation (c'est-à-dire la transformation d'éléments radioactifs à vie longue en éléments radioactifs à vie courte) est une usine à gaz. L'enfouissement est une véritable bombe à retardement. C'est pourtant l'option privilégiée par la France. L'enfouissement est actuellement à l'étude au laboratoire de Bure (Meuse) dans la perspective d'une mise en service en 2025. Il reposerait entièrement sur le concept de « réversibilité ». L'enfouissement ne devrait pas être définitif, pour que les générations à venir puissent décider de ce qu'elles feront de ces déchets. Mais si ce stockage n'est pas définitif, sera-t-il assez sécurisé ? Aujourd'hui, en l'absence de solution, on stocke à la Hague et dans l'Aube (sites de Soulaines et Morvilliers). On entrepose. En tout, l'Andra (Agence nationale des déchets radioactifs) recense plus de mille sites où sont conservés, de manière plus ou moins légale, avec ou sans conditionnement, des déchets radioactifs en France.

En clair, les déchets s'accumulent, faisant peser une menace de plus en plus grande sur l'environnement et les générations futures. Il est temps de sortir de cette impasse. Si l'industrie nucléaire n'a aucune solution pour ses déchets, elle doit arrêter d'en produire.

 

Les rejets radioactifs

Toutes les installations nucléaires rejettent de la radioactivité dans l'environnement. Ces pollutions contaminent quotidiennement et durablement les fleuves, les océans, les nappes phréatiques et l'air. Les seules usines de retraitement d'Areva à La Hague (Manche) et de Sellafield (sa cousine anglaise) constituent le rejet radioactif le plus important au monde résultant d'une activité humaine. Un rapport réalisé en 2001 pour le compte du Parlement européen conclut que ce rejet est équivalent à un accident nucléaire à grande échelle chaque année. Plusieurs études ont d'ailleurs établi une recrudescence statistiquement importante de leucémie dans la région de La Hague.

Ces activités de retraitement du site de La Hague sont en complète contradiction avec deux conventions internationales. La Convention de Londres (entrée en vigueur en 1975) interdit de déverser des déchets nucléaires en mer. La Convention OSPAR (qui vise à préserver l'Atlantique du Nord-Est) a officiellement condamné les activités de retraitement en 2000-2001. La France est signataire de ces deux conventions. Areva continue pourtant de polluer tous les jours les eaux de la Manche.8

 

Les conséquences de Tchernobyl sur la santé publique

En résumant sommairement les données publiées dans le rapport du CERI, la contamination radioactive de Tchernobyl a touché près de 400 millions de personnes (205 millions en Europe et environ 200 millions hors d’Europe). L’analyse des courbes de la morbidité générale des enfants vivant dans les territoires contaminés de l’ex-URSS est particulièrement désespérante : seulement 20 % d’entre eux sont en bonne santé. Dans certaines régions du Polessié il n’y en a plus un seul. En Allemagne, les dents des enfants nés après la catastrophe contenaient 10 fois plus de strontium 90, tout comme on retrouve de l’uranium dans les dents de lait des enfants anglais résidant près de Windscale (depuis rebaptisé Sellafield) 53 ans après cette autre catastrophe atomique. Le nombre des victimes de Tchernobyl croîtra pendant plusieurs générations. Au cours des 15 premières années suivant la Catastrophe, il peut être estimé de la manière suivante :

 

Biélorussie, Ukraine, Russie d’Europe : 237 000

Reste de l’Europe : 425 000

Asie, Afrique, Amérique du Nord : 323 000

Monde entier : 985 000 9

 

 

L'Indépendance de l'Ukraine

Ce n’est qu’en 1989 que la libéralisation du régime soviétique et la libération de tous les détenus politiques permit aux Ukrainiens de s’organiser pour défendre leurs droits. En 1989, le Mouvement populaire d'Ukraine fut créé. Lors des élections de mars 1990, les partis ukrainiens du bloc démocratique ont alors obtenu environ 25 % des sièges au Parlement. Sous l’influence des députés démocrates, le Parlement adopta, le 16 juillet 1990, la Déclaration sur la souveraineté politique de l’Ukraine. Ce fut le premier pas vers l’indépendance complète de l’Ukraine. Celle-ci fut proclamée le 24 août 1991 et confirmée par le référendum organisé le 1er décembre 1991 : 90,5 % d’électeurs votèrent pour l’indépendance.

 

Le 8 décembre 1991, l'URSS cessa d'exister à la suite de la dissolution décidée lors de la réunion à Minsk des dirigeants russe, ukrainien et biélorusse où fut signé l'Accord de Minsk.

 

Le 12 décembre, Leonid Kravtchouk est élu président de la République. Des conflits d’intérêt opposent alors l’Ukraine à la Russie notamment sur le statut de la Crimée et sur le contrôle de la flotte de la mer Noire.10

 

 

Présidence de Leonid Koutchma (1994-2005)

En 1994, Leonid Koutchma, ancien Premier ministre, est élu à la présidence de la République. Il voulait stimuler l'économie par le rétablissement des relations économiques avec la Russie et plus rapidement passer à l'économie de marché après des dizaines d'années passées sous l'économie planifiée. Il a été réélu en 1999. Certains journaux d'opposition au cours de sa présidence ont été interdits et des journalistes sont morts dans des conditions mystérieuses.

 

Politique économique et intérieure

En octobre 1994, Koutchma a annoncé la réalisation de réformes économiques, y compris la réduction des subventions, la levée des contrôles des prix, la baisse des taxes, la privatisation de l'industrie et de agriculture, et des réformes financières et bancaires. Le parlement a approuvé les principaux points du plan. Le Fonds monétaire international a promis un prêt de 360 millions de dollars pour initier ses réformes.

Il a été réélu en 1999 pour son second mandat. Les opposants l'ont accusé d'implication dans l'assassinat en 2000 du journaliste d'opposition Gueorgui Gongadze, ainsi que d'autres scandales, ce qu'il a toujours nié. Des critiques ont également blâmé Koutchma pour les restrictions sur la liberté de la presse. Koutchma semble avoir joué un rôle clé dans le limogeage du Conseil des ministres de l'Ukraine de Viktor Iouchtchenko par la Verkhovna Rada (le parlement) le 26 avril 2001.

Le Premier ministre de Koutchma à partir de 2002 jusqu'au début de janvier 2005 a été Viktor Ianoukovytch, qui deviendra quelques années plus tard président à son tour.

 

Politique étrangère

Koutchma a signé un « traité d'amitié, de coopération et de partenariat » avec la Russie, et a approuvé une série de pourparlers avec la CEI. En outre, il évoqua la langue russe comme « l'une des langues officielles ». Il a signé un accord de partenariat spécial avec l'OTAN, et même évoqué la possibilité d'adhésion à l'Alliance atlantique.

La popularité de Koutchma en Ukraine et à l'étranger a bien baissé par la suite, embourbé dans des scandales de corruption, tourné vers la Russie comme son nouvel allié, en disant que l'Ukraine avait besoin d'une politique étrangère qui équilibre les intérêts de l'Est et l'Ouest.11

 

 

La révolution orange

La « révolution orange » est le nom donné à une série de manifestations politiques ayant eu lieu en Ukraine à la suite de la proclamation le 21 novembre 2004 du résultat du deuxième tour de l'élection présidentielle, que de nombreux Ukrainiens perçoivent comme truqué par le gouvernement de Viktor Ianoukovytch et par le puissant clan de Donetsk, dont l'oligarque Rinat Akhmetov. Certains sont également outrés par l'appui médiatique, politique et logistique de Vladimir Poutine et du gouvernement russe à Ianoukovitch. Organisées par le candidat malheureux à la présidence, Viktor Iouchtchenko et son alliée Ioulia Tymochenko, les protestations prennent rapidement de l'ampleur. Elles sont financées par des opposants du clan de Donetsk, dont certains avaient des fortunes considérables. La révolution bénéficie du soutien des nombreux gouvernements occidentaux, dont celui des États-Unis et de financements d'organisations américaines, elle mobilise plus d'un demi-million de manifestants à Kiev et à travers le pays pendant une quinzaine de jours.

Le résultat immédiat de la Révolution orange est l'annulation par la Cour suprême du scrutin et l'organisation d'un nouveau vote le 26 décembre 2004 qui voit la victoire de Viktor Iouchtchenko, qui réunit 52 % des voix contre 44 % pour son rival Viktor Ianoukovytch ; sa présidence est cependant entachée de crises politiques multiples avec les gouvernements successifs. D'un point de vue géopolitique, la Révolution orange marque un rapprochement de l'Ukraine avec l'OTAN et avec l'Union européenne.12

 

Le financement de la Révolution orange

La logistique de cette manifestation semble avoir été largement prévue par les organisations Pora et Znayu, qui ont des liens avérés avec le mouvement Otpor qui avait réussi à faire chuter l'ex-président serbe Slobodan Milošević en juillet 2000 et s'était déjà impliqué dans la Révolution des Roses géorgienne de décembre 2002, ainsi que dans les tentatives de renversement du régime biélorusse de 2001 et 2004.

Ces organisations seraient elles-mêmes alimentées par des organisations occidentales, telles le Konrad Adenauer Institut, proche de la CDU, l'Open Society Institute de George Soros, le National Democratic Institute, proche du parti démocrate américain et la Freedom House, proche du gouvernement américain. Selon le journal britannique The Guardian, le gouvernement des États-Unis a dépensé 14 millions de dollars pour organiser la révolution orange, et plusieurs autres organisations américaines, notamment le parti démocrate et le parti républicain, y ont contribué.

L'origine de ces fonds a été pointée du doigt par l'ex-pouvoir ukrainien, le gouvernement russe ainsi que des groupes occidentaux d'extrême gauche, qui ont accusé le gouvernement américain d'avoir organisé une manipulation de la population ukrainienne pour étendre leur zone d'influence.

Depuis 1991 les États-Unis financent des groupes politiques pro-européens en Ukraine par l'intermédiaire d'ONG comme la Fondation Carnegie. La diplomate américaine Victoria Nuland, représentante du Bureau des Affaires Européennes et Eurasiennes à Washington, indique que ce financement a dépassé 5 milliards de dollars depuis 1991.

En décembre 2004, Madeleine Albright, à la tête du National Democratic Institute, finance à hauteur de 65 millions de dollars signé par le gouvernement américain pour le renversement du président, Leonid Koutchma.

 

Pourquoi les USA étaient si intéressés par l’Ukraine

Après l'effondrement de l'Union soviétique, en 1991, les multinationales ouest-européennes et américaines estimaient que le temps était venu pour ce que Hitler appelait le Drang nach Osten, la « conquête de l'Europe de l'Est ». À l'époque, le principal stratège américain, l'ancien conseiller national à la sécurité Zbigniew Brzezinski publiait son ouvrage Le grand échiquier.

 

On pouvait y lire : « Sans l'Ukraine, la Russie n'est plus qu'une grande puissance asiatique. Si la Russie reprend le contrôle de l'Ukraine, de ses 52 millions d'habitants, des richesses de son sous-sol et de son accès à la Mer Noire, elle redeviendra une grande puissance s'étendant sur l'Europe et l'Asie. L'Europe doit être un tremplin pour poursuivre la percée de la démocratie en Eurasie. Entre 2005 et 2010, l'Ukraine doit être prête à des discussions sérieuses avec l'Otan. Après 2010, le principal noyau de sécurité en Europe consistera en : la France, l'Allemagne, la Pologne et l'Ukraine. Via un partenariat transatlantique plus consistant, la tête de pont américaine sur le continent eurasien doit se renforcer. »

 

On ne peut comprendre correctement les événements de 2004 sans ce contexte : l'Ukraine devait faire partie de l'Otan et ne pouvait en aucun cas constituer une alliance avec la Russie. Brzezinski est allé assister personnellement aux débats parlementaires à Kiev afin de pousser l'Ukraine dans cette voie. Non sans succès : en 1997, le président Koutchma signait à Madrid la Charte de partenariat de l'Ukraine avec l'Otan. La même année, l'Ukraine recevait 47 millions de dollars des Etats-Unis afin de financer la collaboration militaire.

 

En 1997 et 1998, le port d'Odessa a vu se dérouler les manœuvres navales Sea-Breeze, auxquelles ont pris part des navires de guerre ukrainiens, américains, turcs, allemands, français, britanniques, italiens et grecs. L'Ukraine a signé le pacte du GUUAM, qui réunit également la Géorgie, l'Ouzbékistan, l'Azerbaïdjan et la Moldavie sous les auspices de l'Otan. L'Ukraine a également envoyé 1700 soldats en Irak afin de participer à la force d'occupation.

 

Le peuple veut du changement

Le président sortant Koutchma et son ex-Premier ministre, Viktor Ianoukovitch, dont la victoire aux présidentielles étaient ainsi contestée, ont donc particulièrement abondé dans le sens des multinationales occidentales, des dirigeants politiques occidentaux et de l'Otan. Mais les Américains (et les Européens) estimaient que tout cela n'allait pas assez vite à leur goût ni, surtout, assez loin. Et ils craignaient un nouveau rapprochement entre la Russie, la Biélorussie et l'Ukraine. Tel était l'enjeu des élections présidentielles et de la lutte qui faisait rage en 2004.

 

Longtemps avant les élections, Viktor Iouchtchenko a annoncé qu'il ne reconnaîtrait le résultat... que s'il était déclaré vainqueur. Il pouvait compter sur une machine bien payée pour organiser la « résistance populaire ».

 

Cette machine pouvait fonctionner avec succès parce que le peuple était en colère, mécontent et inquiet. Le démantèlement de l'Union soviétique, en décembre 1991, n'a apporté au peuple ukrainien qu'effroi et misère. Les entreprises occidentales ont racheté les meilleurs morceaux de l'économie et mis la majorité en faillite. L'économie s'est effondrée. En dix ans, la population est passée de 52 à 50 millions d'habitants.

 

Au début des années 90, des épidémies de diphtérie et de syphilis ont éclaté. Les médicaments en provenance de Moscou ne sont plus disponibles et les médicaments occidentaux sont hors de prix. Le nombre d'homicides et de suicides est en hausse, les décès dus à l'alcoolisme ont doublé. Dans les charbonnages privatisés, les mineurs ne reçoivent plus de lampes, ni de vêtements de sécurité. En mars 2000, quatre-vingts d'entre eux perdent la vie dans une catastrophe, à Krasnodon.

 

Des dizaines de millions de dollars investis dans la « résistance populaire »

Le peuple voulait du changement. Mais dans quelle direction ? Les Américains ont créé une machine censée pousser le pays et les gens dans la direction de Washington. Et, comme toujours, cela s'est fait sous le masque de la « liberté » et de la « démocratie ». Cette machine fut le fruit d'une collaboration intense entre l'Etat américain et le multimilliardaire George Soros.

 

L'État américain a mobilisé un certain nombre d'organisations : le National Democratic Institute (du Parti démocrate), l'International Republican Institute (des Républicains), USAID (du ministère des Affaires étrangères) et l'organisation prétendument non gouvernementale Freedom House. Ces organisations auraient déjà mis au moment des manifestations 13 millions de dollars sur la table afin d'organiser la « résistance populaire spontanée » à Kiev.

Freedom House et le National Democratic Institute ont fait en sorte que des milliers d'« observateurs », formés et payés par eux, se postent à la sortie des bureaux de vote. Ceux-ci ont demandé aux électeurs pour qui ils avaient voté. Ce sondage à la sortie, affirment nos médias, prouverait que le candidat de l'Occident a largement gagné. Il a été l'arme principale pour faire descendre immédiatement des milliers de gens dans la rue et lancer ainsi la « résistance populaire ».

 

Le candidat occidental Iouchenko était également soutenu financièrement et organisationnellement par le multimilliardaire George Soros. Cet homme a déjà investi 8 millions de dollars sur Iouchtchenko. En Ukraine, Soros a créé le Fonds Vosrodgeniye, ce qui signifie « Renaissance ». À la veille des élections, ce fonds avait alloué d'importantes sommes d'argent à Gromadskje Radio et à l'Institut des Mass Media. Il finance également le Syndicat indépendant des médias, dirigé par Andrei Chevtchenko, le rédacteur en chef d'Express-Inform, qui exploite cinq chaînes de télévision.

Les organisations américaines et George Soros ont fait en sorte que des milliers de manifestants soient encadrés, même si, à l'extérieur, il fait dix degrés sous zéro. Ils reçoivent à manger et, si nécessaire, un toit pour se loger. Les organisateurs distribuent gratuitement des vêtements chauds tels pull-overs, cache-nez, manteaux et gants fourrés.

 

En 2004, les Américains et pro-Américains ont suivi la voie pacifique. C'est la tactique qui suscite le plus de sympathie mais un an auparavant, Soros et les organisations américaines avaient financé le mouvement Kmara (« Assez ») en Géorgie. Les partisans de Kmara avaient envahi le Parlement, certains armés de roses, mais d'autres de revolvers. Ils ont recouru à la violence pour faire tomber le président Chevardnadze et ont mis au pouvoir Saakatchvili, l'homme des Occidentaux.13

 

 

 

2005-2010 : la politique ukrainienne sous Viktor Iouchtchenko

Pour la majorité des Ukrainiens comme pour les observateurs internationaux, l'arrivée au pouvoir de Iouchtchenko symbolisait un nouveau départ pour l'Ukraine. Viktor Iouchtchenko prônait notamment l'importance d'une meilleure démocratie et d'un rapprochement vers l'Union européenne, rompant avec le régime « post-communiste » du Président Leonid Koutchma (1994-2005) caractérisé par le manque de libéralisme, la censure de la presse, la partialité de la justice, la collusion entre la sphère politique et la sphère économique, et des soupçons d'intimidation envers l'opposition, notamment avec l'affaire d'empoisonnement de Viktor Iouchtchenko au cours de l'année 2004.

Les années de présidence de Viktor Iouchtchenko ont été controversées. Accusé de « russophobie » dans un pays très divisé entre l'est russophone et l'ouest plutôt pro-occidental, Viktor Iouchtchenko bat très vite des records d'impopularité. Quelques années après son élection, il ne parvient pas à gérer les problèmes de la crise économique mondiale de 2008-2010 dans un pays qui en est fortement affecté. La révolution orange peut être considérée comme close par la victoire du pro-russe Viktor Ianoukovitch à l'élection présidentielle ukrainienne de 2010, élection au cours de laquelle Iouchtchenko ne recueille que 5,45 % des voix.

 

La manière de gouverner a peu évolué

Selon Gilles Lepesant, « nombre d’acteurs de la "révolution orange" se sont révélés aussi âpres au gain que leurs adversaires. » Sur le plan économique tout d'abord, il est vrai que le nouveau pouvoir est parfois resté lié à certains intérêts industriels : Ioulia Tymochenko était une ancienne oligarque et ses contacts avec l'entreprise sidérurgiste Nikipol Ferro-Alloy ont été le motif de son renvoi du poste de Premier Ministre en 2005. Néanmoins, Gilles Lepesant emploie surtout l'expression « âpres au gain » pour désigner la rudesse des stratégies politiques (et non leurs liens avec l'économie) employées par les anciens leaders de la Révolution au détriment des idéaux démocratiques les ayant amenés à leurs fonctions.

D'une manière générale, au cours des cinq années de présidence de Viktor Iouchtchenko, chaque acteur majeur de la vie politique ukrainienne a joué un jeu peu honnête de manière à s'attribuer davantage de pouvoir à court terme. Le Président Iouchtchenko, pourtant leader de la Révolution Orange et très critique envers les abus de pouvoir de Leonid Koutchma, a lui aussi utilisé parfois la manière forte pour renforcer son pouvoir. Lors de son arrivée à la tête de l’État, Viktor Iouchtchenko a certes supprimé l'administration présidentielle très influente du Président Koutchma, en remplaçant cet organe politiquement influent par un "Secrétariat présidentiel" uniquement administratif et donc neutre dans le paysage politique. Cependant, lors de la cohabitation avec le Premier Ministre Viktor Ianoukovitch, le Président Iouchtchenko a changé de stratégie en transformant de nouveau ce secrétariat en une administration puissante capable d'influer à la fois sur le Parlement, le Conseil des Ministres, la Cour constitutionnelle et les administrations régionales de manière à assurer les positions présidentielles et d'évincer en partie le pouvoir décisionnel du Premier ministre. De même, en 2006, Viktor Iouchtchenko a nommé un proche de "Notre Ukraine" (Petro Porochenko, par ailleurs oligarque) à la tête du Conseil national de défense et de sécurité, avec des compétences larges empiétant sur les compétences normales du Premier Ministre. Les 20 avril et 1er mai 2007, le Président a par ailleurs limogé deux juges de la Cour constitutionnelle soupçonnés de corruption, sans qu'aucun procès ni jugement n'ait eu lieu pour prouver leur culpabilité.

Ioulia Tymochenko a elle aussi été vue comme une personne avide de pouvoir, demandant fréquemment à partir de 2007 un renforcement des compétences du poste de Premier Ministre qu'elle occupait alors. En 2010, lors de l'élection à la présidence de Viktor Ianoukovitch, Ioulia Tymochenko a refusé de quitter le poste de Premier Ministre, estimant illégitime la victoire du nouveau Président, et le Parlement a dû voter une motion de censure pour qu'elle abandonne son poste.

Les Ukrainiens ont finalement été considérablement déçus par les leaders de la Révolution Orange, en particulier par Viktor Iouchtchenko qui n'est arrivé qu'à la cinquième place aux élections présidentielles de 2010 avec 5 % des suffrages, contre 35 % pour son ancien adversaire Viktor Ianoukovitch. Certes, une partie de ce lourd échec peut être attribuée à la crise économique mondiale qui a très fortement touché l'Ukraine en 2009, néanmoins c'est surtout l'attitude du Président au cours de son mandat qui lui a valu une chute de popularité dès 2005-2006.

 

La présidence de V. Ianoukovitch

Le retour au pourvoir du parti pro-russe avec l'élection de Viktor Ianoukovitch en 2010 a été marqué par une régression des avancées faites sous la présidence de Viktor Iouchtchenko en termes d'État de Droit.

Si les pratiques politiques ont parfois été critiquables sous la présidence de Iouchtchenko, le nouveau pouvoir utilise quant à lui des méthodes beaucoup plus préoccupantes. Viktor Ianoukovitch s'est fait élire sur le thème de la lutte contre la corruption, mais rapidement cette lutte a massivement été tournée contre les personnalités affiliées à Notre Ukraine et au Bloc Ioulia Tymochenko. La condamnation de Ioulia Tymochenko à sept ans de prison en novembre 2011 laisse penser à un procès politique dans lequel la justice a été partiale. L'accusée a elle-même exprimé l'opinion répandue que le juge l'ayant condamnée serait une "marionnette" suivant des instructions reçues par le Président Ianoukovitch. L'UE, par la voix de Catherine Ashton, a condamné le retour à de telles pratiques.

De même, aux élections municipales de 2010, les partis déclarés depuis moins d'un an n'ont pas pu se présenter. La censure de la presse est par ailleurs partiellement revenue : la télévision évoque très peu les sujets politiques, et les journaux subissent des pressions qui, selon Gilles Lepesant, ne s'étaient plus vues depuis la Révolution Orange.

Il faut néanmoins soulever dans le bilan provisoire de la présidence de Viktor Ianoukovitch que les relations de l'Ukraine avec la Russie se sont grandement améliorées et ont permis une stabilité des tarifs gaziers à des prix abordables. La politique d'ouverture envers l'Union européenne a été conservée jusqu'au 28 novembre 2013, date à laquelle les relations entre l'Ukraine et l'Union européenne se sont considérablement dégradées à la suite du refus de la part du Président Ianoukovitch de signer un accord de coopération prévu avec l'Union européenne, déclenchant de nouvelles manifestations massives à Kiev semblables à celles des premiers instants de la Révolution Orange de 2004-2005. Le 23 février 2014, Ianoukovitch fuit en Russie et l'opposition prend le pouvoir.14

 

La crise ukrainienne

Une manifestation pro-européenne a débuté le 21 novembre 2013 à la suite de la décision du gouvernement ukrainien de ne pas signer un accord d'association avec l'Union européenne. Ces manifestations ont été marquées par de fortes violences entre le 30 novembre et le 8 décembre 2013, qui n'ont fait qu'accroître les mouvements de protestation, avec entre 250 000 et 500 000 manifestants à Kiev. Du 18 au 21 février 2014, des affrontements ont à nouveau éclaté, faisant plus de quatre-vingts morts.

Ce mouvement, appelé « Euromaïdan », a débouché le 22 février 2014 sur la fuite puis la destitution du président Viktor Ianoukovytch, remplacé par Oleksandr Tourtchynov, la libération de Ioulia Tymochenko et la mise en place d'un nouveau gouvernement dirigé par Arseni Iatseniouk.15

En réaction, la Crimée proclame son indépendance et vote pour son rattachement à la Russie, provoquant une crise diplomatique internationale. Plusieurs autres provinces ukrainiennes à forte population russophone, notamment le Donbass, vivent des soulèvements similaires et organisent à leur tour des référendums d'autodétermination afin de se séparer du gouvernement ukrainien en place. Le 17 juillet 2014, un vol Malaysia Airlines reliant Amsterdam à Kuala-Lumpur qui survolait le Donbass est abattu en plein ciel près de la frontière russe, tuant les 298 personnes à bord et amplifiant la crise diplomatique, l'armée ukrainienne et les séparatistes pro-russes s'accusant mutuellement d'avoir abattu l'avion.16

 

Genèse d’une crise majeure au cœur de l’Europe

C’est le refus du président ukrainien Ianoukovitch de signer l’accord d’association avec l’Union européenne (UE) que les autorités négociaient depuis cinq ans, et cela à la veille du sommet européen de Vilnius des 28 et 29 novembre 2013, qui mit le feu aux poudres. Rappelant ce qui s’était passé lors de la « révolution orange » de 2004, le centre de la capitale fut secoué par une succession de vagues de manifestations, l’occupation de la place de l’Indépendance, la grand-place (Maïdan en ukrainien) rebaptisée Euromaïdan, les manifestants s’emparant également de divers bâtiments, dont certains où siègent habituellement des instances du pouvoir.

Les autorités répliquèrent violemment. Il y eut des morts par balles, des blessés par centaines. Mi-février 2014, on comptait des centaines d’arrestations, plus de 2 000 actions judiciaires intentées contre des manifestants encourant jusqu’à quinze ans de prison. Une des principales revendications du mouvement était une amnistie complète et effective. S’y ajoutaient, mais là les courants participant au mouvement ne soutenaient pas toutes ces exigences, la tenue immédiate d’élections, la démission du président (celle du gouvernement avait déjà eu lieu), l’élaboration d’une nouvelle Constitution. Et, bien sûr, la remise en chantier du traité d’association avec l’UE.

La répression, qui fit un pas supplémentaire avec l’adoption par l’Assemblée nationale (la Rada), mi-janvier, de lois criminalisant toute forme de contestation, ne parvint pas à briser cette dernière. Confronté à une crise politique de grande ampleur et dont il ne voyait comment sortir, le pouvoir tenta alors de jouer l’apaisement. Il évinça le maire de Kiev, promu bouc émissaire des violences policières. Puis il engagea des pourparlers avec l’opposition parlementaire. Le gouvernement ayant démissionné pour laisser les mains libres au président, celui-ci proposa alors aux deux principaux leaders de l’opposition, Iatseniouk et Klitchko, les postes de Premier ministre et vice-Premier ministre. Ils refusèrent, de crainte que l’extrême droite mais aussi une partie des manifestants, qui ne se reconnaissent ni dans l’opposition de droite ni dans les groupes fascisants, ne les accusent une nouvelle fois de collusion avec le pouvoir.

Début février, le gouvernement ayant (très provisoirement) rangé la matraque semblait miser sur un essoufflement du mouvement. Il paraissait même parier sur son pourrissement, car l’opposition parlementaire, qui n’a guère de poids auprès de ceux qui animent l’occupation du Maïdan, semblait sans perspectives, en tout cas sans marge de manœuvre.

Aucune des parties ne semblant en mesure de l’emporter, l’Union européenne et les États-Unis s’activaient désormais au grand jour et en coulisses à concocter une solution de compromis, en multipliant les rencontres avec les leaders de l’opposition et Ianoukovitch, tout en recherchant la collaboration de Poutine, censé avoir l’oreille du pouvoir ukrainien.

Alliées autant que rivales, l’Europe et l’Amérique voulaient s’imposer chacune comme celle qui aurait mis un terme à cette crise. Une crise qu’elles avaient contribué à exacerber et qui a, dès le début, eu des relents de guerre froide contre la Russie, car ses implications débordaient de toute évidence les frontières de la seule Ukraine : elle impliquait, notamment dans le cadre de ce que l’Union européenne appelle son « partenariat oriental », l’immense territoire de ce qui avait été l’Union soviétique jusqu’à 1991.

 

Les manœuvres des grandes puissances

Depuis un quart de siècle, les puissances impérialistes qui dominent la planète n’ont eu de cesse de chercher à faire passer dans leur orbite des États issus de la décomposition de l’URSS. Les trois républiques baltes ont été les premières de la liste à être intégrées à l’OTAN ainsi qu’à l’Union européenne, et maintenant à la zone euro pour deux d’entre elles. La Géorgie a suivi, qui est candidate à l’entrée dans l’OTAN et dans l’Union européenne : elle a d’ailleurs paraphé, le 28 novembre 2013, ce même accord d’association avec l’Union européenne qu’a refusé l’Ukraine.

Les États-Unis ont été à la pointe de l’offensive visant à réduire l’influence russe en ex-URSS, que ce soit en Europe orientale, dans le Caucase ou en Asie centrale. L’Union européenne, tiraillée qu’elle se trouve entre les intérêts et ambitions de l’Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne, peinait à adopter une position commune en Ukraine. La Pologne, par exemple, voulait étroitement lier l’UE à son voisin ukrainien, en qui elle voyait une réserve de main-d’œuvre qualifiée très bon marché, et plus encore un possible allié, en tout cas un futur glacis face à Moscou. La France et l’Allemagne, elles, ne voulaient pas de solutions qui exacerberaient les tensions avec Moscou, et d’abord parce que leurs gouvernements comptaient sur l’influence de la Russie en Ukraine pour dégager une solution à cette crise, et pour partager le discrédit des mesures d’austérité qui seront prises contre la population par le prochain gouvernement ukrainien, quel qu’il soit.

Mais en même temps, si l’Allemagne apparaissait aux yeux de l’opposition ukrainienne comme la principale puissance du continent, et celle qui aurait vocation à parler fort dans cette Europe orientale et centrale qui est son hinterland historique, la France défendait aussi ses propres intérêts. Et d’abord ceux de ses groupes financiers, qui dominent le secteur bancaire en Ukraine, de son grand commerce (Auchan notamment), ainsi que de ses capitalistes de l’agro-alimentaire ou ceux qui, tel Charles Beigbeder, ancien numéro 2 du Medef, ont investi dans les riches terres noires de l’ancien grenier à blé de la Russie des tsars.

Autant dire que face aux États-Unis, principale puissance impérialiste mondiale, dont les enjeux se situent à une tout autre échelle – ce qui ne les empêchaient pas de pousser les pions de Chevron dans l’exploitation du gaz de schiste en Ukraine –, l’Union européenne, tiraillée entre les intérêts divergents de ses membres, n’avait guère les moyens de ses ambitions en Ukraine. Et cela ne date pas de cet hiver 2014. Cela s’est manifesté dans le fait, par exemple, que les dirigeants que la « révolution orange » avait portés sur le devant de la scène en 2004 semblaient, tel le président Iouchtchenko, avoir les yeux plus tournés vers Washington que vers Paris ou Berlin, qui n’avaient rien à lui offrir. Cette fois encore, on pouvait lire sur de pleines pages de la presse locale favorable à l’opposition, tel Den (Le Jour) du 4 février, des interviews où l’ambassadeur américain en Ukraine, après avoir assuré les contestataires de son soutien, leur disait, sur le ton d’un proconsul qui ordonnait, ce qu’ils devaient faire : ne plus occuper de bâtiments publics par la violence, ne pas jeter de l’huile sur le feu, laisser les débats sur les « réformes » se faire entre parlementaires, accepter les offres d’apaisement du président… Bref, accepter une politique sanctionnée par les États-Unis.

Si l’Union européenne a dépêché des représentants à Kiev, ou à Munich lors de discussions sur la sécurité consacrées à l’Ukraine, les États-Unis y ont envoyé à diverses reprises leurs représentants au plus haut niveau : le secrétaire d’État, c’est-à-dire le ministre des Affaires étrangères, John Kerry et son adjointe chargée de l’Europe, Victoria Nuland. YouTube a publié une discussion entre cette dernière et l’ambassadeur américain déjà cité, discussion que les services spéciaux russes auraient interceptée. Cela a fait scandale dans les chancelleries, mais cela éclairait surtout le rapport des forces entre puissances impérialistes. On y apprenait comment les deux diplomates américains « gèrent » les leaders de l’opposition ukrainienne qu’ils estimaient pouvoir accéder au pouvoir. On les entendait discuter des capacités des uns et des autres à gouverner, de ce qu’ils en attendaient, de ce qu’ils leur demandaient. Iatseniouk, bras droit de Timochenko et chef du parti Batkivchtchyna (la Patrie), avait visiblement le soutien des responsables américains : l’ayant souvent rencontré, ils disaient apprécier « son expérience économique et son expérience gouvernementale ». Chef du parti Oudar (le Coup), Klitchko « doit faire ses classes », et prouver qu’il n’est pas seulement attentif aux intérêts de Berlin. Quant à Tiagnibok, chef des néo-fascistes de Svoboda, s’il demandait aux dirigeants ukrainiens de « mettre fin aux activités criminelles » de la « juiverie organisée », Nuland l’a reçu plusieurs fois. Elle le tenait pour l’un des « trois grands » de l’opposition et voulait que lui et Klitchko restent hors du futur gouvernement, afin d’apporter leur soutien de l’extérieur à un Iatseniouk qui le dirigerait avec l’onction de Washington.

Et l’Union européenne ? « Qu’elle aille se faire foutre », déclarait la vice-ministre américaine. Ses propos s’étalant sur la place publique, elle a dû faire des excuses. Mais, comme dit le dicton : « Qui paie les musiciens choisit le morceau qu’ils vont jouer. » Cette Europe, qui a montré qu’elle n’avait ni l’envie ni les moyens de payer, en tout cas pas d’ouvrir à l’Ukraine un crédit à hauteur de ses demandes, et a apporté à l’opposition à Ianoukovitch un soutien que celle-ci jugeait bien chiche, ne pouvait guère masquer non plus qu’elle a, pendant vingt ans, refusé de faire le moindre geste à destination de ce pays. À moins de considérer comme un cadeau d’avoir subventionné sur son sol des centres de rétention pour sans-papiers lorsque, avec les derniers élargissements de l’Union européenne, ses nouvelles frontières orientales l’ont mise au contact direct de l’Ukraine.17

 

Les raisons d'une colère largement partagée

Derrière l'image de propagande élaborée par les médias et chancelleries des pays occidentaux présentant de façon unilatérale et exclusive les contestataires du Maïdan comme de jeunes proeuropéens épris de démocratie, on a vu se profiler une masse de gens fort peu recommandables : les ultranationalistes de Svoboda, les néonazis de Pravyi Sektor, qui encadraient les manifestations, occupaient des bâtiments officiels au centre de Kiev et qui, affrontant les forces de sécurité, ont renforcé leur influence à la mesure de la couardise de l'opposition parlementaire face au pouvoir de Ianoukovitch.

Sur cette grand-place de Kiev vers laquelle convergeaient toutes les caméras du monde, on a aussi vu accourir toute une brochette de dignitaires américains et ouest-européens qui, tel Fabius, ne manquaient pas une occasion de prendre la pose pour les chaînes de télévision, entre deux conciliabules avec les leaders de l'opposition.

Cependant, derrière la scène d'une agitation en partie factice, il y avait un mécontentement diffus, mais large, contre un régime pourri et corrompu. Et, alors qu'augmentait le nombre des victimes de sa police antiémeute, cette contestation populaire allait enfler, y compris dans l'est industriel et russophone présenté comme le fief de Ianoukovitch.

Ce rejet de la population, tout le monde a pu le toucher du doigt, ici, en voyant à la télévision ces gens qui, venus visiter la datcha du président déchu, laissaient éclater leur indignation devant un tel étalage de luxe, avec de l'or jusque dans les toilettes. Surtout s'agissant des moins jeunes, donc de ceux qui avaient été éduqués du temps de l'Union soviétique, sous le choc perçait le dégoût pour l'enrichissement spectaculairement rapide de Ianoukovitch et de ses pareils. Car ces parvenus des affaires et du pouvoir doivent leur fortune au pillage de biens et de ressources qui, il y a vingt-cinq ans, appartenaient encore à l'État, dans ce pays où n'existait pas de propriété privée des moyens de production, où l'exploitation capitaliste n'était pas la source consacrée, et admise par la conscience collective, de la richesse. Ce que cette situation a d'original, et qui dénote une différence de nature de classe, on peut le mesurer au regard des réactions qu'avaient suscitées ici, voici quelques années, les révélations du majordome de Liliane Bettencourt sur l'île que la femme la plus riche de France, propriétaire de L'Oréal, s'était offerte dans l'océan Indien. Ce qui avait choqué tenait plus à la méthode employée, fort douteuse, qu'à l'achat lui-même. Contrastant avec cela, même les Ukrainiens peu politisés ont paru choqués par ce qu'ils entrevoyaient de la fortune de leur bandit d'ex-président.

De ce pillage par la couche dirigeante, toutes les masses populaires d'Ukraine, à l'est comme à l'ouest, russophones ou pas, en ont été les victimes. Car ces fortunes colossales, amassées en quelques années (on parle en milliards de dollars s'agissant de la fortune personnelle de Ianoukovitch et de son entourage), ne sont pas tombées du ciel. Pour les amasser, il fallait qu'il y ait de l'argent à voler, et des protections en haut lieu pour ce faire. Et pendant qu'à Kiev des publicités s'étalent sur plusieurs étages d'immeubles entiers du centre-ville, qui vantent le dernier modèle de Mercedes ou des marques de montres de luxe, plus de 20 % de la population, selon les statistiques officielles, vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Dans la capitale, il y a une petite bourgeoisie nombreuse qui prospère plus ou moins à l'ombre des nantis de l'oligarchie et de l'appareil d'État. Mais elle sait sa position fragile, menacée par le fait que le pays, déjà en récession, se trouve au bord de la faillite. Quant aux travailleurs de Kiev, essentiellement dans les transports et les services, ceux dont l'emploi peut passer pour stable gagnent difficilement l'équivalent de 600 ou 700 euros. Mais, à côté d'eux, des centaines de milliers d'autres n'ont que de petits boulots précaires, parfois sans même un salaire minimum assuré.

À l'ouest du pays, le taux de chômage déclaré dépasse 30 % dans certaines régions. Saisonnière ou permanente, l'émigration de travail y est importante vers la Pologne. S'agissant des migrants ukrainiens partis chercher du travail en Russie, le phénomène est plus massif encore : plus de deux millions de travailleurs ukrainiens, soit un actif sur dix toutes régions confondues, travaille chez le grand voisin du nord, notamment sur des chantiers. Car dans l'est aussi, chômage et précarité font des ravages. Dans le Donbass, où de nombreuses mines ont fermé, bien des sans-emploi n'ont rien trouvé d'autre pour survivre que de creuser dans des kopanki, des mines exploitées sans autorisation, où la sécurité est encore plus inexistante que dans les autres, d'où de fréquents accidents mortels. Ces mines sauvages, comme il en existe un peu partout dans l'est de l'Europe, assurent une part notable de la production de charbon ukrainienne, à des coûts moindres que les mines étatisées devenues propriété des oligarques. Ce charbon produit à vil prix, mais au prix de la vie des mineurs, ces mêmes oligarques l'écoulent sur les marchés européens au prix « officiel », en empochant donc d'énormes bénéfices.

Alors il faut avoir l'esprit (socialement) bien borné, tel celui de certains journalistes, pour « découvrir », plusieurs mois après le début de la contestation, que même dans l'est russophone bien des petites gens, des travailleurs ne voulaient plus de Ianoukovitch et de sa clique ! Comme si avoir une langue ou une culture commune, russe en l'occurrence, effaçait les antagonismes sociaux...18

 

Des « oligarques » qui jouent sur tous les tableaux

Les conditions de restructuration et d’ouverture des marchés, qu’imposait l’UE avec son contrat d’association, auraient été défavorables à de larges pans de l’économie ukrainienne, notamment dans l’industrie, qui pèse pour un tiers dans le produit intérieur brut (PIB) du pays. Mais certains secteurs – l’énergie, l’agriculture… – ou plutôt ceux qui les contrôlent auraient pu trouver un intérêt à cet accord même fortement inégalitaire. Cela valait également pour ceux des bureaucrates et affairistes prêts à se transformer en intermédiaires du pillage du pays par les groupes capitalistes occidentaux. Mais combien d’autres, parmi les privilégiés locaux, y auraient eu plus à perdre qu’à gagner ? Apparemment, la réponse à cette question ne va pas de soi. Et elle divise les cercles du pouvoir et de la fortune.

L’attitude qu’ont adoptée plusieurs « oligarques » ukrainiens durant cette crise est en tout cas révélatrice des choix face auxquels se trouvent les privilégiés du système. L’Ukraine a, comme la Russie, ses oligarques, des membres de la bureaucratie qui ont prospéré sur le pillage de l’économie étatisée après la fin de l’URSS, sous l’aile protectrice d’une caste dirigeante restée politiquement déterminante dans l’accès aux sources d’enrichissement. Certains d’entre eux ont pourtant critiqué les choix répressifs du gouvernement dès décembre 2013, et même soutenu la contestation, parfois ouvertement.

Parmi quelques dizaines d’oligarques ukrainiens, seuls une douzaine sont connus d’un large public car ils possèdent les grands médias. Détenant ou contrôlant d’autres secteurs d’activité en marge d’un secteur public qui reste important, ils ont un poids économique non négligeable : on estime que trois d’entre eux, Rinat Akhmetov, l’homme le plus riche du pays avec 11 milliards d’euros, Viktor Pintchouk et Igor Kolomoïski, représentaient 12 % du PIB ukrainien.

La plupart ont la source de leur richesse dans l’est du pays, avec ses mines, sa sidérurgie, sa pétrochimie. Akhmetov doit sa fortune au fait d’être devenu le « roi de l’acier » dans le Donbass, le fief politique de Ianoukovitch ; une assise au sein de la puissante bureaucratie de l’Est industriel qui avait permis à Ianoukovitch de devenir Premier ministre du président Koutchma, à la fin des années 1990, et de favoriser de bien des manières ses protégés.

Dmitri Firtach, lui, est devenu le magnat de la chimie et de l’énergie, toujours sous l’aile protectrice du clan Ianoukovitch. Durant le précédent gouvernement, celui issu de la « révolution orange » de 2004, Firtach n’avait pas les faveurs d’Ioulia Timochenko : Premier ministre de Iouchtchenko, celle qu’on appelait la « princesse du gaz » avait la haute main sur les gazoducs et n’entendait partager avec personne les revenus colossaux qu’ils génèrent. Les dirigeants « orange » s’étant discrédités, Ianoukovitch devint président en 2010, cette fois sans être accusé de tricherie. Il mit fin au monopole d’importation du gaz et jeta en prison Timochenko qui en avait fait sa chose : la chance souriait à Firtach. Soutenu par Kiev, il négocia un accord de fourniture de gaz à tarif préférentiel avec le géant russe Gazprom, ce qui permit de conclure de juteux contrats d’approvisionnement gazier avec certains pays de l’UE.

Lié aux clans que la « révolution orange » porta aux commandes, Petro Porochenko a été ministre avant 2010 et est un magnat de l’agro-alimentaire. Ses produits furent les premiers touchés par le blocus douanier russe l’été précédent, quand Moscou donna à Kiev un avant-goût de ce qu’il lui en coûterait de se tourner vers Bruxelles.

Ne devant pas grand-chose au clan présidentiel, Porochenko n’a pourtant pas cessé les derniers mois de se proposer pour prendre la tête d’un éventuel gouvernement de coalition. Son attitude a été celle qu’ont adoptée d’autres oligarques qui, obligés du président, ne voulaient pas insulter l’avenir quand celui-ci ne parvenait pas à imposer son ordre. Ils ont donc donné la parole à l’opposition dans leurs journaux et sur leurs chaînes de télévision, en publiant des déclarations réprouvant les violences policières et appelant le pouvoir à négocier.

Certains ont même été loin. Firtach soutenait financièrement le parti Oudar du champion mondial de boxe devenu la figure de proue de la contestation, Vitali Klitchko. Homme d’affaires prospère, gendre de l’ex-président « pro-russe » Koutchma et coqueluche du parti de la chancelière allemande Angela Merkel, avec lequel il était en relation financière, on pouvait dire de Klitchko qu’il incarnait à lui seul le souhait des nantis du régime de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier. Quant à Kolomoïski, autre oligarque en vue, on le soupçonnait d’aider le parti néo-fasciste antirusse Svoboda, en pointe dans le mouvement anti-Ianoukovitch.

Ces hommes des clans et milieux politico-affairistes de la bureaucratie post-soviétique ont prospéré, avec l’appui du clan présidentiel, dans le cadre des liens qui unissent l’industrie ukrainienne à la Russie. Mais ils ont aussi diversifié leurs activités en Europe de l’Ouest et aux États-Unis. Peinant à s’y débarrasser de l’image de mafieux, ils aimeraient que leur fragile « respectabilité » ne pâtisse pas trop de leurs liens avec Ianoukovitch et la Russie. Il leur déplaît aussi que les « troubles » qui frappent le pays depuis plus de deux mois perturbent, ou puissent perturber, la bonne marche de leurs affaires. Alors ils se démarquent et cherchent à étendre et diversifier leurs protections.

Pour beaucoup, cela commence par se concilier les hommes et clans pour l’heure écartés du pouvoir, mais qui pourraient y accéder si se mettait en place un gouvernement de coalition ou à l’issue de la présidentielle que Ianoukovitch a décidé d’anticiper.

En Ukraine comme en Russie, on le sait, nul ne peut espérer faire fortune sans une « krycha » (un « toit », cette protection acquise contre rémunération auprès du pouvoir). Or l’expérience fâcheuse de l’homme jadis le plus riche de Russie, Khodorkovski, envoyé en camp pour dix ans et dépouillé d’une partie de sa fortune par la seule volonté de Poutine, ou celle de Timochenko, cette politico-affairiste de haut vol que Ianoukovitch a gardée en prison malgré les appels des gouvernements européens et américain – même si, le 21 février, la Rada a décidé de la libérer –, sont là pour rappeler aux parvenus locaux ce que leur statut de privilégiés a de précaire. De là à se demander si un accord labellisé UE ne pourrait pas les protéger de leur propre État, et des hommes qui le colonisent, il n’y a qu’un pas. Certains veulent sans doute croire que cela ferait disparaître ce que la Coface, organisme public français d’assurances pour le commerce extérieur, désigne, concernant l’Ukraine, comme des « lacunes persistantes en termes d’environnement des affaires ». En clair : l’arbitraire et une corruption généralisée des autorités (sur 177 pays examinés, l’Ukraine figure au 144e rang du classement que Transparency International a publié fin 2013).

Et puis, un rapprochement avec l’Europe pouvait les mettre à l’abri des appétits de leurs homologues grands-russiens. Surtout en cette période de crise mondiale où l’Ukraine se trouve particulièrement affaiblie économiquement, au bord du défaut de paiement et moins que jamais en mesure de marchander avec ses partenaires.

À avoir fait un peu monter les enchères en jouant Bruxelles contre Moscou et inversement, Ianoukovitch a obtenu de la Russie la promesse d’une réduction du prix de ses livraisons de gaz et d’un crédit de 15 milliards d’euros. Si Moscou ne se contente pas des 4,5 milliards qu’il a versés, essentiellement pour éponger les créances locales des banques russes, et débloque le reste quand il aura des assurances sur ce que fera le prochain gouvernement ukrainien, Ianoukovitch espère pouvoir boucler son budget.

Mais, ce faisant, il a provoqué la colère de toute une partie de la population qui avait placé – à tort ou à raison, c’est une autre question – ses espoirs dans la conclusion d’un accord avec l’Union européenne.

 

La petite bourgeoisie descend dans la rue

En tournant le dos à cette perspective, que le régime avait pourtant lui-même vantée jusque-là, et en signant un accord de collaboration économique avec Moscou, Viktor Ianoukovitch a déclenché une crise majeure. Dans un premier temps, on a pu constater qu’elle avait un air de déjà-vu, celui de la prétendue « révolution orange » de 2004. Mais, à partir du 18 février, cette crise s’est emballée. Et elle a viré à l’affrontement ouvert et massif entre le pouvoir et son opposition, même si les leaders parlementaires de cette dernière semblent avoir été débordés par la frange la plus radicalisée des manifestants, parmi lesquels – pour autant que l’on puisse en juger de loin – l’extrême droite joue un rôle notable.

Fin novembre, le quartier général de la contestation a été d’emblée, comme il y a dix ans, la place de l’Indépendance, transformée en un camp de tentes retranché par ceux que les médias occidentaux ont présentés avec enthousiasme comme des jeunes tournés vers l’Europe, par opposition au président et à la formation sur laquelle il s’appuie, le parti des Régions, décrits comme pro-russes.

Sur le devant de la scène, on a aussitôt retrouvé certains des protagonistes de la crise de 2004, et d’abord Ianoukovitch qui, à l’époque, venait d’accéder par la fraude à un fauteuil présidentiel que la pression de la rue allait le forcer à quitter : ses tombeurs et les dirigeants occidentaux le disaient déjà inféodé à Moscou. Face à lui, on trouve comme alors Ioulia Timochenko. Chef du parti de droite Batkivchtchyna, elle est emprisonnée pour des trafics financiers au profit de son propre clan quand elle était Premier ministre : une chose banale. Le piquant de l’affaire est que les juges ont condamné cette dame pour avoir signé un contrat gazier avec Moscou qui favorisait outrageusement la partie russe : un comble pour une personnalité se disant pro-européenne !

Mais depuis 2004, d’autres formations et politiciens ont percé, sur fond de récession et d’accroissement de la pauvreté, qui tous se situent ouvertement à droite ou à l’extrême droite du spectre politique : le parti Oudar de Klitchko ; les néo-fascistes de Svoboda ; les pronazis de Pravyi Sektor… Mais si les réactions du pouvoir et sa contestation sont bien plus violentes qu’il y a dix ans, sur le fond, on trouve à l’initiative du mouvement, et parmi ceux qui lui donnent sa consistance et son image, les mêmes forces sociales qu’alors.

Les premiers à avoir contesté la décision de tourner le dos à Bruxelles furent les étudiants, surtout ceux des universités privées de la capitale, celles qui reçoivent le plus de dotations des gouvernements ou institutions occidentaux. Mais quand les autorités ont lâché leur police anti-émeutes contre ces quelques centaines de protestataires, la violence de la répression a apporté des troupes au mouvement : des petits entrepreneurs de province, des petits-bourgeois de Kiev, nombreux dans une ville où dominent les activités tertiaires. Il s’agissait là de gens motivés, car enrageant de voir que l’on contrariait les opportunités que l’Europe leur aurait proposées et dont beaucoup avaient déjà escompté les hypothétiques retombées. Certains, des jeunes mais pas seulement, y voyaient la possibilité d’une plus grande ouverture sur le monde, d’aller étudier à l’étranger, de voyager avec moins de contraintes. D’autres, plus prosaïques, en attendaient des occasions de faire des affaires, ou de développer les leurs, sans avoir à verser des pots-de-vin à une multitude de parasites, sans avoir à craindre, comme en Ukraine ou en Russie, que des bureaucrates mis en appétit ne veuillent vous spolier.

Ces aspirations, car il faut bien leur donner un nom, certains les appellent « démocratie », les nationalistes « indépendance à l’égard de Moscou », d’autres « esprit européen ». Mais, quant au fond, les manifestants de cet hiver à Kiev, et ceux qui sympathisent avec eux, ont les mêmes aspirations que le gros des bataillons qui contestaient Poutine à Moscou, fin 2011-début 2012. Ils aspirent à pouvoir mener une vie de consommation, à faire librement des affaires, à vivre ce qu’on a appelé le « rêve américain », bref, à tout ce qui motivait et mobilisait des millions de petits-bourgeois des grandes villes de Russie et d’Ukraine soviétiques, il y a un quart de siècle, lors de la perestroïka gorbatchévienne.

La différence entre ces deux époques, c’est qu’aujourd’hui les petits-bourgeois ukrainiens (ou russes) sont peu ou prou persuadés qu’on leur a volé leur rêve – on, ce sont « les voleurs et les escrocs au pouvoir » pour reprendre un slogan des manifestants – et que, en fait du capitalisme qu’ils avaient idéalisé, ils auraient eu un capitalisme de bandits.

Que les bureaucrates-affairistes aient confisqué à leur profit les ressources de l’économie ukrainienne (ou russe) en écartant des gens qui se considéraient comme d’honnêtes outsiders du « business », c’est un fait. Que l’Union européenne puisse restaurer à l’usage de ces derniers un capitalisme de libre concurrence, c’est se bercer d’illusions. Ou tourner les pages d’un livre d’histoire à rebours.

L’Ukraine du « rêve européen » de certains serait encore plus largement ouverte aux produits occidentaux, mais ceux qui pourraient se les offrir seraient encore moins nombreux qu’actuellement. Car les « réformes » que prônent les dirigeants des grandes puissances et la pénétration accrue de marchandises occidentales, produites ailleurs pour le compte de grands groupes ouest-européens et américains, auraient inévitablement pour effet de conduire de nombreuses entreprises ukrainiennes à la fermeture, et leurs travailleurs à la rue.

Et pour contraindre ceux-ci à accepter leur sort, il y aurait toujours les Berkout, (« aigles royaux » en ukrainien), la police anti-émeute, mais aussi ces groupes fascisants, dont Svoboda n’est que le plus connu. Durant les événements, et surtout à partir de la mi-février 2014, on a vu que cette mouvance a des troupes, qu’elle dispose de groupes paramilitaires, avec un équipement ad hoc, ainsi que du soutien financier de certains milieux occidentaux et de magnats locaux.

Cette extrême droite ne se contente pas d’afficher une idéologie réactionnaire abjecte, raciste, anti-ouvrière ; sa xénophobie et son nationalisme lui servent à diviser les rangs de la population travailleuse pour l’affaiblir. Dans l’Ouest ukraïnophone, les nationalistes expliquent tous les maux dont souffre la population par le diable « moscoutaire », qui chercherait, comme sous les tsars et sous Staline, à « priver l’Ukraine de son âme », disent-ils. Mais dans les autres régions, elles largement russophones, Svoboda n’est pas en reste pour tenter d’exploiter les frustrations sociales, la haine des nantis et des parasites, qu’elle décrit comme forcément juifs ou russes, et jamais comme ukrainiens.

Le pire est que, durant ce mouvement, tout comme il y a dix ans, ceux qui voulaient sincèrement dire leur refus d’un pouvoir honni, car corrompu et répressif, n’ont trouvé face aux hommes du pouvoir que ceux de la droite dans ses diverses variantes, parlementaire ou extrême. Cette droite se sentait d’ailleurs si sûre, en l’absence de toute force qui lui dispute son hégémonie sur l’opposition au régime, que, début février, elle a même envisagé d’appeler à une grève générale pour la fin du mois.19

 

 

Comment l’Occident influence notre opinion

Par Stephen Gowans

Le soulèvement en Ukraine représente une lutte entre l’Occident et la Russie pour intégrer économiquement et militairement l’Ukraine dans leurs orbites respectifs. Je ne prends aucune position dans cette lutte, mais chaque clan veut que je prenne part tout aussi bien que vous. Comme je vis en Occident et que j’ai une meilleure exposition aux déclarations de ses hommes d’État ainsi qu’auprès de ses médias de masse que je n’en ai de leurs contreparties russes, je me concentrerai ici sur l’analyse des tentatives occidentales pour influencer l’opinion publique à supporter le camp ouest du conflit.

 

D'abord, quelques points sur le contexte :

 

  • L’Ukraine est divisée nationalement entre les Ukrainiens ethniques (les indigènes), concentrés dans l’ouest, et les Russes, concentrés à l’est, principalement en Crimée. Les Russes de Crimée et de l’est penchent pour l’intégration avec la Russie tandis que les Ukrainiens de l’ouest tendent à éprouver une certaine appréhension vis-à-vis de la domination historique de l’Ukraine par la Russie ;

 

  • La Crimée, une péninsule proéminente sur la mer Noire, est le siège de la flotte russe de la région. Le président d'alors, Viktor Ianoukovytch, a prolongé le bail russe portant sur la base navale ;

 

  • Le gaz russe pour l’Europe transite par l’Ukraine ;

 

  • La Russie ne veut pas que l’Ukraine soit intégrée dans l’OTAN, ce qu’elle voit, pour de solides raisons, comme une alliance militaire anti-russe.

 

 

Pour l’Occident, l’intégration de l’Ukraine dans son orbite signifie :

 

  • De nouvelles opportunités commerciales ;

 

  • L’isolation grandissante de la Russie, l’un des seuls pays assez forts pour défier l’hégémonie américaine ;

 

  • Une influence sur les exportations gazières russes vers l’Europe ;

 

  • Un avantage militaire stratégique.

 

Il est instructif de mettre en contraste le traitement du soulèvement ukrainien par les états occidentaux et leurs médias avec les révoltes concomitantes en Égypte (que l’ouest condamne) et en Syrie (que l’ouest supporte).

 

La révolte syrienne, contrairement au portrait d’une bataille pour la démocratie dressée par les forces occidentales, est la dernière et la plus violente éruption d’une insurrection islamiste en cours depuis les années 60 et des efforts de la confrérie islamiste pour évincer les « infidèles » non sectaires du gouvernement nationaliste arabe.

 

L’insurrection s’est depuis lors mutée en une tyrannie dominée par des salafistes, takfiristes, des combattants alignés avec Al-Qaïda et supportée par des tyrannies héréditaires arabes ; les dictatures royales qatarienne et saoudienne, ainsi que d’anciens pouvoirs coloniaux, la Turquie, la France et l’Angleterre.

 

Le discours occidental fait nécessairement référence au gouvernement syrien en tant que régime, se plaint de sa nature autoritaire et maintient que l’insurrection jaillit des protestations pacifiques des activistes prodémocratiques et encourage les rebelles « modérés ». Ceux-ci sont en fait pour la plupart des Frères musulmans.

 

Pour sûr qu’ils sont modérés comparé au front al-Nosra et à l’État Islamique en Irak et en Syrie, mais ils ne sont pas les libéraux ou sociaux-démocrates séculiers que beaucoup à l’ouest voudraient croire qu’ils sont.

 

En comparaison, le soulèvement en Égypte contre la dictature militaire (alliée de l'Occident) qui avait chassé le gouvernement élu des Frères musulmans est traité de manière très différente. La dictature n’est pas appelée comme telle, ni même qualifiée de régime, mais de façon neutre, en tant que gouvernement militaire. Les Frères musulmans, qui sont descendus dans les rues en protestation au coup d’État et qui se sont fait tirer dessus et enfermer pour leurs troubles, ne sont pas qualifiés d’activistes prodémocratiques comme le sont les Frères musulmans de Syrie, ou même certains rebelles modérés, mais de rébellion islamiste émergente. La dictature qui leur a tiré dessus et les a enfermés n’est pas non plus qualifiée de dictature brutale.

 

La dictature égyptienne qualifie les mutins de terroristes, ce qui est froidement relayé dans les journaux occidentaux, pendant que les descriptions des insurgés syriens contre Assad, qui font exploser des voitures dans des rues bondées du centre-ville, sont rejetées au rang de propagande évidente.

 

La dictature militaire égyptienne a banni les partis politiques, jeté ses opposants en prison avec de fausses charges et arrêté les journalistes. Durant un week-end, l’armée égyptienne a tué environ 50 à 60 manifestants. Cela fut reporté machinalement dans les principaux journaux occidentaux. Personne ne demande l’intervention occidentale.

 

Les événements en Ukraine sont traités très différemment. Les morts de quelques émeutiers ont déclenché une couverture médiatique et une dénonciation dans les capitales occidentales enfiévrées, pendant que les tentatives du président pour dissiper le désordre en invoquant des lois réduisant les libertés civiles sont traitées comme une enfreinte majeure aux droits de l’homme.

 

Comparez cela au silence relatif concernant la mort de plus de manifestants en Égypte et à la suspension de toutes les libertés politiques dans le pays. Si nous devions nous inquiéter de l’état des affaires en Ukraine, certainement devrions-nous être encore plus outragés par l’état des événements égyptiens.

 

Les gouvernements étrangers, qui restent en relation avec l’ouest en tant que satellites, sont dans ce cas appelés alliés, et les non-satellites, dans ce cas, sont des ennemis, ou s’ils sont assez grands des « rivaux ». Des événements comparables seront traités par les mass-media occidentaux différemment et avec un langage différent selon que le pays est un satellite (allié) ou un non-satellite (ennemi ou rival), peut-importe le pays.

 

En Syrie (un pays non satellite) un gouvernement élu (élu, pour sûr, sous des conditions restrictives) est qualifié de régime dirigé par un dictateur, alors qu’en Égypte (un satellite) un gouvernement militairement désigné ne sera pas appelé un régime, mais un gouvernement, et de facto le chef d’État (un dictateur) est simplement désigné comme le chef de l’armée.

 

En Égypte, l’insurrection émergente menée par les Frères musulmans et des islamistes fanatiques, est qualifiée d’insurrection islamiste, alors qu’en Syrie une rébellion rallumée par les Frères musulmans, et ensuite dominée par des fanatiques islamistes, est qualifiée de soulèvement contre la dictature.

 

En Ukraine (un non-satellite jusqu’à présent et pour autant que le gouvernement continue avec ses plans pour s’aligner avec la Russie et non l’Europe) une répression de la dissidence qui est douce comparée à la répression égyptienne (ou au Bahreïn, à l’Arabie saoudite ou quelque autre monarchie du golf, satellite des États-Unis) est traitée comme une transgression majeure des droits de l’homme, justifiant une quelconque forme d’intervention de l’ouest.

 

Cependant, aucune intervention n’est nécessaire pour couper la main de l’armée égyptienne. Par l’usage adroit du langage, l’accentuation sélective et le silence, les États occidentaux concoctent et diffusent grâce aux médias de masse une interprétation des événements dans ces lieux lointains concordant avec la poursuite de leurs propres intérêts (qui, plus justement, lorsque vous les distinguez bien, sont les intérêts de la classe de leurs plus riches citoyens).

 

Les efforts pour intégrer l’Ukraine dans l’Union européenne sont motivés par le désir des pays occidentaux d’assurer des avantages pour leurs élites économiques, alors que les efforts pour intégrer l’Ukraine dans la Russie visent à engranger des bénéfices pour les entreprises et les investisseurs russes.

 

Les intérêts de la majorité des Ukrainiens n’entrent cependant pas dans l’équation. Leur rôle est simplement de produire de la richesse pour des investisseurs — Russes, Occidentaux ou les deux — tout en agissant ainsi avec la plus faible compensation en salaires, bénéfices et services étatiques que possible afin de permettre aux investisseurs de se sauver avec le plus possible. Les intérêts de la majorité des citoyens ukrainiens ne reposent ni dans l’intégration avec l’Europe, ni avec les élites russes, mais avec eux-mêmes.20

 

 

La question de la Crimée

L'initiative prise par les autorités de la République autonome de Crimée d'organiser un référendum pour ou contre le rattachement à la Fédération de Russie a provoqué de la part des États-Unis et des États de l'Union européenne une réaction « légaliste », alors qu'ils soutenaient jusque-là une rébellion s'achevant par un coup d'état.

 

Le monde occidental et leur nouvel allié de Kiev dénoncent avant tout « l'intervention de la Russie » en Ukraine, et particulièrement les mouvements de troupes en Crimée. La Russie menacerait l'intégrité territoriale de l'Ukraine et l'intangibilité de ses frontières. Le référendum d'autodétermination en Crimée du 16 mars 2014 serait illicite : il ne pourrait être légal que dans le cadre constitutionnel ukrainien (la Constitution, d'ailleurs, ne reconnaît pas le « droit de sécession »). Enfin, un peuple ne s'auto-définit pas : le « peuple » de Crimée n'existerait pas.

 

Ces arguments, qui semblent appartenir au droit international « classique », par ailleurs si souvent critiqué par les « Occidentalistes », peuvent être réfutés avec des moyens relevant eux-mêmes des principes les plus « classiques ».

 

Il n'y a pas « intervention » militaire russe illicite en Crimée. Deux accords régulièrement conclus entre la Russie et l'Ukraine (accords du 31 mai 1997 et pacte de Kharkiv du 21 avril 2010) autorisent la présence de troupes russes en Crimée (une base maritime et deux bases aériennes) jusqu'en 2042 (en échange de livraison de gaz à tarif préférentiel). De plus, rien n'empêche en droit les autorités de Crimée de constituer des groupes « d'autodéfense », comme il en existent aussi à Kiev à l'initiative des « révolutionnaires ».

 

La disparition des autorités constitutionnelles à Kiev au profit d'un pouvoir de fait ouvertement anti-russe justifie les mesures prises pour assurer le respect des accords conclus (pacta sunt servanda), y compris à l'encontre des garnisons de l'armée ukrainienne et pour protéger les civils russes et russophones.

 

Cette protection des civils, très fréquemment invoquée par les États occidentaux dans leurs relations internationales et servant de justifications à leurs ingérences, s'impose par diverses mesures prises par Kiev à l'encontre des intérêts des populations russes et russophones : suppression de la langue russe en tant que langue légale, mesures discriminatoires à l'encontre des russophones, agressions physiques à Kiev et dans différentes régions de l'Ukraine. L'argument selon lequel les « révolutionnaires » de Kiev ont été victimes d'une répression brutale source de nombreuses victimes mériterait par ailleurs une enquête objective : les membres des forces de l'ordre tués sont nombreux et nul ne peut attester de l'origine des snipers qui ont tiré sur la foule.

 

Il n'y a pas de fondement à refuser l'argument humanitaire invoqué au profit des minorités (majoritaires en Crimée) placées dans une situation d'insécurité, source de menace, en raison de la déstabilisation de toute l'Ukraine.

 

Kiev et les États occidentaux ne peuvent non plus faire le procès d'une « intervention » russe, alors que les ingérences occidentales multiformes se sont multipliées pour obtenir que Kiev prenne ses distances vis-à-vis de la Russie. Le principe légal est celui de la « non-ingérence », par quelque moyen que ce soit : or les révoltes qui ont bouleversé de nombreux pays, ces dernières années, ont été « animées » selon des méthodes et par des groupes (armés ou non) financés et organisés par les États-Unis et leurs alliés.

 

Croire à la spontanéité des masses populaires, à leur libre capacité d'organisation et à leur persévérance (la révolte s'est prolongée plus de trois mois à Kiev) relève de la naïveté, quelles que soient les raisons légitimes de contestation de la gouvernance ukrainienne. Cette prétendue « aide à la démocratie », financée essentiellement par les États-Unis, viole l'esprit et la lettre du principe de non-ingérence, y compris si elle n'utilise pas ouvertement la force armée.

 

Pour le moins, s'interroger sur le contenu de la notion « d'ingérence » et « d'intervention » est une exigence pour la question ukrainienne, comme pour toutes les interventions occidentales qui se sont multipliées depuis la disparition de la bipolarité Est-Ouest. À défaut, une seconde « guerre froide » risque de se développer au détriment des intérêts de tous.

 

La France, quant à elle donneuse de leçons de démocratie, n'a pas été très rigoureuse lorsqu'elle a organisé en 1974 un référendum concernant l'accès à l'indépendance des Comores sans le moindre respect de leur intégrité territoriale : a posteriori, la France a en effet déclaré que les résultats devaient être appréciés « île par île », ce qui a conduit malgré la très large majorité globale des voix en faveur de l'indépendance, à détacher Mayotte, l'une des quatre îles, pour en faire ensuite (en 2009) un département français, et ce malgré un avis contraire des Nations Unies et le refus du gouvernement comorien.21

 

 

Lors de la guerre de CRIMÉE (1853 à 1856), pour la première fois dans l'Histoire, un photographe, Roger Fenton, se rendait sur un conflit de guerre marquant ainsi la naissance de l'opinion publique.

Fenton obtint un financement de la part du Ministère de la Guerre, de la Couronne et d'un éditeur de livres illustrés sur l'actualité, Thomas Agnew.

De mars à juin 1855, il prit avec son équipe environ 360 photos dans des conditions particulièrement difficiles. En mission officielle, on dirait aujourd'hui de propagande, il n'a photographié que les aspects acceptables de la guerre, pas de soldats morts après l'assaut, pas de blessés dans les postes de secours, pas de malades agonisant.22

 

Related image

 

La guerre de CRIMÉE marque ainsi l'apparition des photographes de guerre et l'endoctrinement de l'opinion publique. Dieu nous fait comprendre à travers la guerre de CRIMÉE que les dominants contrôlent les médias et ils manipulent ainsi l'opinion publique en cachant leurs CRIMES. Par conséquent, nous ne voyons jamais à la télévision les millions d'êtres humains assassinés chaque année par la cupidité des capitalistes, ni les centaines voir milliers de civils tués par l'armée française dans ses guerres impérialistes en Irak, en Syrie, au Mali ou en Centrafrique.

 

La capitale de la CRIMÉE est SIMFEROPOL.

 

SIMFEROPOL = FER POLO

 

Le POLO est un sport collectif équestre mettant aux prises deux équipes de quatre joueurs, chacun monté sur un CHEVAL.

 

Le POLO symbolise ainsi le CHEVAL.

 

SIMFEROPOL = SIM FER CHEVAL

 

Le SIM est un personnage qui vit dans un univers virtuel, à l'image du monde créé de toute pièce par la propagande de guerre.

 

Le « PLAN FER A CHEVAL » est l'exemple type de la manipulation médiatique qui permet aux puissances impérialistes de justifier leurs guerres dont l'objectif est de conquérir de nouveaux marchés, afin de permettre aux capitalistes occidentaux de monter sur le dos de nouveaux travailleurs (les chevaux) afin d'agrandir leur empire.

 

Le Plan Fer-à-cheval aurait été, selon le ministre allemand de la Défense Rudolf Scharping s'exprimant le 9 avril 1999, élaboré et longuement préparé par le gouvernement Milosevic, pour expulser la totalité de la population albanaise du Kosovo, ou pire, pour la massacrer, soit un « nettoyage ethnique ». Ce plan fut utilisé comme argument pour justifier la campagne de bombardement de l'OTAN lors de la guerre du Kosovo et a été retenu à charge contre Slobodan Milošević par le TPIY en 2000.23

 

 

Le « plan fer à cheval » 

 

Le 12 avril 1999, l'OTAN explique les raisons de sa décision d'intervention militaire au Kosovo : Présenté le 8 avril par l'inspecteur général allemand de la Bundeswehr ; Hans-Peter von Kierchbach, le « plan fer à cheval » « L'application manifeste d'une stratégie d'expulsions de la part des autorités serbes » que le communiqué nomme « fer à cheval ». Le communiqué indique : « Début d'avril, étaient révélés les détails d'un plan secret serbe (Opération Fer à cheval) établi des mois auparavant et visant à expulser par la force les Albanais de souche du Kosovo. »

 

La machine de désinformation

 

L'Otan « informe »

L'ensemble des télévisions embraye immédiatement et reprend, parfois en l'amplifiant, le communiqué de l'OTAN. Le Nouvel Observateur, l'Express, le Monde, le Monde Diplomatique, Libération rivalisent en surenchère. Le plan devient rapidement assimilé à la solution finale : un plan d'expulsions massives, voire d'extermination, existe. Joschka Fischer, ministre allemand des Affaires étrangères (vert), est le premier à parler en public de ce plan. Personne n'ira vérifier : le journaliste n'est ici devenu que le transmetteur de communiqués de l'OTAN. La résolution 1244 de l'ONU vient entériner le 10 juin 1999 l'action déjà engagée sans son aval (ce qui choquera hautement des personnalités politiques et journalistes qui ne s'en étaient préoccupés pour bombarder Belgrade, quelques années plus tard dans la deuxième guerre d'Irak : "les USA osent engager un conflit sans l'accord de l'ONU !" s'indignèrent souvent les mêmes).

 

Le sénat suit

M Durrieu : « L'Europe sera notre avenir. Elle se fait ou se fera, elle se fera même sur le plan de la sécurité - le Kosovo précipitera les choses. Mais prenons garde ! Elle se défait entre nos doigts qui tissent l'ouvrage, parce que l'Europe implose, victime de son histoire, de ses peuples, de ses nationalismes, de ses ultranationalismes, de certains hommes, de ceux qui opposent la dictature à la démocratie, le nettoyage ethnique au respect des droits de l'homme. J'en cite un : il s'appelle Milosevic. Il y a aussi les autres. Ceux-là nous devons les combattre jusqu'au bout. Le bout, ce sont la paix et la justice pour " l'homme du fer à cheval ", le retour des réfugiés, leur protection. » Interventions des Sénateurs - Session des 26-30 avril 1999 du Conseil de l'Europe-
-http://www.senat.fr/europe/ceueo/session_avril_1999_texteintegral.html

 

Les experts expliquent

Le général (cr) Tanneguy Le Pichon, ancien commandant de la région militaire Ouest, explique sur le Nouvel Ouest, n° 33, du 14 au 28 mai 1999 : « La volonté de Milosevic, notamment pour éradiquer l'UCK, en le privant du soutien de la population chassée des villages et des villes, n'a jamais varié. Il fallait changer la donne démographique. Il fallait chasser les Kosovars. C'est l'application implacable du plan Fer à cheval. »
http://www.nouvelouest.com/no/mag/mag/033/a1/art-p22.htm

Alain Joxe Directeur d'Etudes à l'EHESS CIRPES : « On sait que le plan d'expulsion massive avait été mis en route à partir du 26 février, selon le ministre Vert des affaires étrangères de la RFA, Joschka Fischer, citant un document yougoslave en sa possession, et décrivant le plan de déportation sous son nom code, "fer à cheval" (Le Monde 9 avril p.3). »
L'OTAN en l'air, l'Europe au pied du mur (17 avril 1999 - Le Monde) http://www.ehess.fr/cirpes/publi/ajlm0499.html

Rudolf Scharping, ministre allemand de la Défense, dans le Figaro, le 02/04/1999 : "Milosevic avait planifié l'extermination des habitants du Kosovo dès le début janvier 1999".

 

La presse relaie aussitôt :

La Une du Monde, le 08/04/1999 :
« Selon des informations « crédibles mais non confirmées » Joschka Fischer [.] redoute que l'on ne découvre un « véritable abattoir » au Kosovo [.] il a présenté à la presse, jeudi, le plan baptisé « Potkovica » ( « fer à cheval »), document d'origine serbe, qui détaille les méthodes et les trois phases du projet d'épuration ethnique de Belgrade ».

Le Monde du 10/04/1999, Daniel Vernet :

 

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L'Express 08/04/1999, "L'exode de tout un peuple" par Marc Epstein : « Les récits des réfugiés l'attestent : le régime de Belgrade semble décidé à chasser tous les Albanais du Kosovo ».
« En deux semaines, environ un demi-million d'Albanais du Kosovo ont été expulsés, à la pointe des fusils, vers l'Albanie, la Macédoine et le Monténégro ».
« Aucun témoignage n'est vérifiable sur place, mais les récits des réfugiés sont étayés et paraissent se recouper. Il s'agit bien d'une politique d'expulsion systématique de tous les Albanais du Kosovo, menée par les soldats de l'armée fédérale yougoslave, appuyés par des milices et des civils serbes. Les opérations, planifiées à l'avance, semble-t-il, ont commencé dans les villages et les petites villes et se sont poursuivies dans les agglomérations plus importantes » (..)
http://www.lexpress.fr/info/monde/dossier/kosovo/dossier.asp?id=231455

L'Express du 10/06/1999- "Que faire de Milosevic ? -Le dossier de ses crimes" par Jean-Michel Demetz :
« Apparue en 1992, lors des déportations massives de Musulmans des villes de l'est de la Bosnie, la notion de nettoyage ethnique désigne précisément le déplacement systématique et forcé des membres d'un groupe ethnique ou religieux avec l'objectif de changer la composition ethnique d'une région donnée. Exactement le calvaire imposé au Kosovo du printemps 1999. Pour vider les villages, les forces serbes ont suivi une méthode dont l'exécution ne laisse aucun doute sur l'existence d'un plan concerté au plus haut niveau ».
« Selon un document officiel yougoslave, révélé par le gouvernement allemand et daté du 26 février, les autorités de Belgrade ont planifié dès ce moment l'expulsion des Albanais des centres urbains du Kosovo. Sous le nom de code « Fer à cheval », ce texte reprenait un projet établi en 1937 par l'universitaire Vaso Cubrilovic, un des conjurés, en 1914, de l'attentat de Sarajevo contre l'archiduc d'Autriche ».
http://www.lexpress.fr/info/monde/dossier/tpi/dossier.asp?ida=418643



L'opinion acquiesce

"Un sondage BVA réalisé pour Paris-Match indique que 58 % des personnes interrogées, estiment que la France a eu raison de participer aux frappes aériennes." France-Info, le 1/04/1999.

"Il ne reste guère à la France d'autre arme que la propagande, laquelle s'avère d'une grande efficacité, puisque les Français sont 73 % à approuver les bombardements ! Ce qui traduit une certaine frustration après des années passées à jouer les seconds couteaux sur la scène internationale". Extrait d'un article du journal roumain Curentul, traduit par le Courrier international, 06/05/1999.

 

Le pot aux roses est découvert par des militaires

Le 23 mars 2000, le quotidien espagnol El Pais : "Le général de brigade Heinz Loquai questionne l'existence du plan dit "Fer à cheval", l'opération de purification ethnique systématique dont on suppose que Slobodan Milosevic l'aurait planifiée contre les Albanais. Les dirigeants allemands se servirent de ce plan, dont le ministre allemand des Affaires étrangères Joshka Fischer fut le premier à parler en public. (…) Selon Loquai, les "contradictions et incohérences" dans les sources disponibles pour attester de l'existence du plan Fer à cheval "suscitent des doutes considérables sur l'existence même de ce plan". Loquai qui fait partie depuis 1995 de la représentation allemande au siège de l'OSCE à Vienne, conteste également que le ministre allemand de la Défense ait disposé des documents du plan en question. Le quotidien Hamburger Abendblatt a révélé ce mardi que les documents parvenus au ministère des Affaires étrangères relevaient d'un "matériel analytique non structuré d'un analyste des services secrets bulgares" qui l'avaient fait parvenir aux ministres de l'OTAN via l'Autriche. Le général Loquai a accusé Scharping d'avoir fourni au Parlement et à l'opinion publique des informations fausses sur la situation au Kosovo et de les avoir trompés sur les intentions des Serbes afin de justifier l'attaque aérienne. Scharping a qualifié les déclarations de Loquai d'"ignorantes et de sournoises", assurant que le Tribunal de La Haye disposait du plan Fer à cheval et que celui-ci constituait la base de l'accusation contre Milosevic". 24

 

D’un ordre mondial à un autre...

« La crise yougoslave des années 1990 exprimait la transition d’un ordre mondial (marqué par la confrontation États-Unis/URSS) à un autre dans toutes ses ambiguïtés : restauration capitaliste qui ne disait pas son nom brisant toute forme de propriété et protections sociales entre le marteau des nouveaux États et l’enclume de l’actionnariat introduisant les ''valeurs'' de marché ; brouillage des étiquettes des ''ex'' virant à l’anti-communisme virulent (comme Franjo Tudjman dirigeant croate) ou au social-libéralisme cherchant à s’intégrer dans le nouvel ordre mondial mais... pas comme de simples pions (c’était le cas de Slobodan Milosevic...) ; brouillages et mensonges médiatiques cherchant à légitimer les guerres, qu’elles soient de nettoyage ethnique pour s’emparer de territoires ou qu’il s’agisse de la ''guerre humanitaire'' de l’OTAN aux enjeux occultés par les présentations dominantes ; interactions d’intérêts conflictuels géo-politiques mondiaux ou nationaux, aux temporalités différentes et qui ne se laissent pas ''dissoudre'' les uns dans les autres... »25

 

Ainsi, à travers le « plan FER à CHEVAL », qui fait référence à SIMFEROPOL en CRIMÉE, Dieu nous fait comprendre que les capitalistes contrôlent les médias ce qui leur permet de cacher leurs CRIMES aux yeux de l'opinion publique, ou à l'inverse, d'annoncer des plans de CRIMES de masse qui n'existent pas afin de justifier leurs guerres impérialistes qui ont pour but de préserver ou d'agrandir leur empire.

 

SIMFEROPOL = SIM

 

Le jeu vidéo Les SIMS permet de créer un univers VIRTUEL.

 

La propagande de guerre crée un monde VIRTUEL pour justifier les guerres impérialistes, ainsi, certains cas de désinformation célèbres sont devenus des cas d’école : les 80 000 morts de Timisoara en 1989 étaient VIRTUELS ; le débranchement des couveuses par les soldats irakiens à Koweït en 1990 était VIRTUEL ; les armes de destruction massive en Irak en 2003 étaient VIRTUELLES ; et plus récemment, les bombardements de manifestants par l’aviation libyenne, dont on sait maintenant qu’ils étaient VIRTUELS. Ce monde VIRTUEL permet aux puissances impérialistes de justifier leurs guerres au yeux de l'opinion publique et ainsi renverser des dirigeants qui nuisent à leurs intérêts, pour construire le monde tel qu'ils l'entendent, à l'instar d'un joueur qui crée son propre monde en jouant au jeu vidéo Les SIMS.

 

Les journaux télévisés créent ainsi un monde VIRTUEL dans lequel, par exemple, les alliés de la France – les dirigeants d'Arabie Saoudite et d'Égypte – ne massacrent jamais dans leur pays les opposants politiques ou les femmes adultères. Les journaux télévisés sont obligés de créer ce monde VIRTUEL puisque l'opinion publique n'accepterait pas que les marchands d'armes français s'enrichissent en vendant des engins de mort à des dictateurs sanguinaires, par conséquent, les CRIMES des dirigeants de ces deux dictatures sont cachés à des millions de téléspectateurs pour protéger les intérêts d'une minorité de capitalistes français. Par ailleurs, dans le monde VIRTUEL créé par les journaux télévisés, l'impérialisme n'est jamais responsable du terrorisme islamiste, et nos alliés – le Qatar et l'Arabie Saoudite – ne financent jamais des groupes terroristes. D'autre part, dans ce monde VIRTUEL, l'armée française multiplie les interventions militaires uniquement pour préserver la paix dans le monde mais jamais pour protéger les intérêts de Total, Bolloré ou Orano (ex-Areva), ni pour conquérir de nouveaux marchés, car le régime totalitaire veut nous faire croire que le gouvernement français dépense des milliards d'euros chaque année pour faire la guerre seulement par charité afin de venir en aide aux peuples opprimés. D'ailleurs, le 2 novembre 2014, le journal de 20H de France 2 diffusait l'interview d'un enfant africain qui déclarait après l'intervention militaire de la France au Mali ou en Centrafrique : « François Hollande, c'est un guerrier et c'est un ange aussi. » Dans le monde VIRTUEL créé par les journaux télévisés, François Hollande est donc un « ange » et il fait la guerre uniquement pour venir en aide aux peuples opprimés. Voilà comment les journaux télévisés manipulent l'opinion publique.

 

Nous avons eu un parfait exemple de cette manipulation médiatique lors de la crise politique en CRIMÉE en 2014.

Après la chute du régime autoritaire et corrompu de Victor Yanoukovitch sous la pression de la contestation populaire, l'Ukraine s'est enlisée dans les affrontements entre nationalismes rivaux faute d'autres perspectives. La rapidité avec laquelle les affrontements internes à l'Ukraine se sont transformés en crise internationale montrait la fragilité de la situation internationale. Elle montrait aussi comment se mettait en marche l'appareil de propagande des médias pour distiller un climat de va-t-en guerre. La presse, toutes les télés, ont relayé en l'amplifiant le bras de fer entre la Russie et les États-Unis en le présentant comme un affrontement entre autoritarisme et démocratie, entre une Russie menaçante et un camp occidental porteur de liberté et de prospérité. Quelle triste plaisanterie ! Les classes laborieuses d'Ukraine payaient durement la crise de l'économie capitaliste, elles payaient aussi la décomposition de l'économie engendrée par l'éclatement de l'Union soviétique qui a débouché sur le pillage de nombres d'entreprises, de mines et de banques par les oligarques issus de la bureaucratie mais aussi par les grands groupes industriels et bancaires occidentaux. 26

La crise de CRIMÉE s'inscrivait dans le cadre de ce bras de fer entre l'Occident et la Russie, suite à l'occupation de la péninsule de Crimée par des troupes pro-russes non identifiées puis à des mouvements des troupes de l'armée fédérale russe près de la frontière ukrainienne, à partir des 28 février-1er mars 2014.

Le 18 mars 2014, à la suite d’un référendum tenu le 16 mars, le gouvernement russe a annoncé que la République de Crimée (correspondant à l’ancienne République autonome de Crimée) et la ville de Sébastopol, anciennement ukrainiennes, devenaient deux nouveaux sujets fédéraux de la Fédération de Russie et le gouvernement ukrainien commença alors à retirer ses troupes de Crimée.

Au niveau international, les États-Unis, l'Union européenne et d'autres pays s'opposèrent à la Russie, l'accusèrent de violer le droit international et la souveraineté de l'Ukraine.27

 

La capitale de la CRIMÉE est SIMFEROPOL.

 

SIMFEROPOL = SIM FER POLO

Le capitalisme se résume à un match de POLO lors duquel les travailleurs sont les chevaux des capitalistes et les médias font le nécessaire pour que le cheval ne se révolte jamais contre son cavalier.

En 2014-2015, les médias ont très largement médiatisé le match de POLO opposant les capitalistes russes face aux capitalistes occidentaux. Les deux équipes employant la propagande médiatique dans leur pays respectif pour manipuler l'opinion.

« La propagande orchestrée par la Russie était écœurante mais celle des médias occidentaux était tout aussi dangereuse. Ils dénonçaient ''la main de Poutine'', mais quid de Washington, qui œuvrait en sous-main depuis des années pour mettre l’Ukraine dans son giron économique, politique et militaire ?

Quid de ce bras de fer que les Occidentaux ont déclenché pour combattre l’influence de la Russie en Ukraine alors même que l’histoire, l’économie et la population de ces deux pays étaient intimement liées ?

Les dirigeants américains et européens ont soutenu un gouvernement provisoire à Kiev qui comprenait des ministres pro-nazis. Preuve que, comme Poutine, ils étaient prêts à s’appuyer sur les forces les plus rétrogrades. Comme Poutine, ils sont à compter parmi les criminels de guerre. »28

« Avec la crise ukrainienne, on constatait, une fois de plus, que les médias classiques n’informent plus et ne sont là que pour nous faire accepter ce qui est acté. Il faut alors connaître différents avis et donc multiplier les moyens d’observation via internet pour exercer son sens critique en politique internationale, et pouvoir se faire sa propre opinion.

En effet, sur la crise ukrainienne, les médias grands publics, qui ne font que prendre leur contenu rédactionnel auprès du Quai d’Orsay, quand ce n’est pas directement auprès de Washington, par AFP interposée. Dans le traitement médiatique de cette crise, comme souvent en cas de guerre, on retrouve des constantes :
- bafouage du droit international avec le refus de reconnaître le droit à l’autodétermination des peuples pourtant inscrit dans la charte des Nations Unies.
- usage du double standard, avec le refus d’accorder aux régions de l’Est de l’Ukraine ce qui l’a été pour le Kosovo, sans même un référendum.
- traitement inégal de 2 populations, avec l’idéalisation des pro-OTAN et pro-UE et diabolisation des russophones et russophiles.
- justification de la violence : “guerre juste” pour l’instauration de la démocratie.
- camouflage des raisons véritables : économiques, stratégiques et militaires. Les représentants français et de l’UE ont depuis longue date l’habitude de donner des leçons de démocratie, de liberté et de valeurs universelles à l’étranger. Le politiquement correct, les schémas simplistes, le conformisme et les slogans, associés à la presse idéologique médiatique dominante et malveillante, ont désormais réduit la liberté et l’esprit critique des européens de manière objective. »29

 

 

La manipulation de l'opinion publique lors d'un conflit est ainsi apparue pour la première fois lors de la guerre de CRIMÉE (1853-1856). Robert Fenton était alors le photographe officiel de la guerre, ce qui fait de lui le premier reporter de l'histoire de la photographie. Il n'a photographié que les aspects acceptables de la guerre, pas de soldats morts après l'assaut, pas de blessés dans les postes de secours, pas de malades agonisant.

 

Robert Fenton est mort le 8 août 1869.

 

8 août = 88

 

88 = HH = Heil Hitler = le salut nazi = signe d'allégeance au IIIe REICH.

 

Dieu nous fait comprendre que les médias sont aux ordres du nazi-capitalisme, et effectivement, jamais un photographe ne nous montre lors du journal de 20H, les photos des cadavres des millions d'êtres humains qui meurent de pauvreté chaque année. Ainsi, nous ne voyons jamais les CRIMES commis par le RICHE dans la guerre qu'il mène contre le pauvre car nous vivons sous le IIIe REICH.

 

Robert Fenton est mort le 8 août 1869, soit 147 ans avant le 8 août 2016.

 

8 août = 88

 

88 = HH

 

Les 2 H assemblés forment une échelle.

 

2016 = TAF

 

147 = 14 juillet

 

Le 14 juillet est le jour symbolique de la Révolution française.

 

 

À travers la mort du premier photographe officiel de guerre lors de la guerre en CRIMÉE, Dieu nous fait comprendre que pour monter l'échelle qui mène au paradis, notre TAF est de faire la révolution pour mettre un terme aux CRIMES du capitalisme que les médias nous cachent quotidiennement afin de ne jamais nous révolter contre le système économique le plus meurtrier de l'histoire de l'humanité.

 

 

La guerre de CRIMÉE s'est déroulée de 1853 à 1856, et la crise de CRIMÉE a eu lieu en 2014.

 

2014 =   20 = VIN    14 = N = HAINE

 

Dieu nous révèle que le journal de VIN heures nous empêche de voir que la HAINE dirige le monde.

 

En effet, le RICHE extermine le pauvre pour assouvir sa soif de richesse et de domination. Nous vivons ainsi à la pire période de l'histoire de l'humanité mais la télévision se charge de nous faire croire le contraire.

 

Lors de la crise de CRIMÉE, le 16 mars 2014, le journal de VIN heures de France 2 a envoyé David Pujadas à SIMFEROPOL dans le cadre d'une édition spéciale réalisée en direct.

 

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Le journal s'est terminé par l'interview d'une journaliste qui sous-entendait, avec une carte virtuelle à l'appui, que le but de Vladimir Poutine était de reconstituer l'ex-URSS. Le JT de France 2 nous annonçait ainsi en direct de SIMFEROPOL que Staline était de retour ! Et la diabolisation de Poutine a été repris en cœur par d'autres médias. « Pourquoi Poutine cherche à ''installer le chaos'' en Ukraine ? (Le Monde) Comment Poutine redessine (brutalement) les frontières en Europe ! (Rue 89 etc.) Poutine en guerre contre l’Ukraine ? (Courrier International) Poutine est de plus en plus imprévisible. (Le Monde) Poutine. Comme un vulgaire gangster. (Le Télégramme) ».30

 

« Relisons 1984, de Georges Orwell. Big Brother, omniprésent à travers des écrans géants qui enregistrent chaque réaction des habitants partout où ils se trouvent, règne en diffusant les terribles images d'un ennemi imaginaire, suscitant dans la foulée la délation et le désir de vengeance. C'est l'embrigadement par la peur. La confusion mentale systématique au plus haut degré. »31

« La lecture orientée des événements en Ukraine, comme les partis pris anti-vénézuéliens et anti-syriens mais pro-Qatar ou pro-israéliens, viennent d'abord de choix idéologiques des rédactions dont la déontologie s'arrête là où commencent les intérêts économiques et financiers des groupes privés qui les détiennent. Les médias publics se font, eux, l'écho de la pensée dominante, notamment celle du gouvernement en place.

Le traitement médiatique orientée de la situation ukrainienne malgré une opposition populaire forte à l'intégration européenne, montre que la neutralité médiatique n'existe pas, sur ce sujet comme sur d'autres.

Les médias, comme le gouvernement, l'éducation ou la justice, ne sont jamais neutres. Ils font partie des infrastructures qui permettent au système économique dominant de maintenir son contrôle sur la société.

Dans cette organisation sociale en faveur du système dominant, les médias français sont là pour rendre l'information conforme aux attentes des donneurs d'ordre économiques, distillant une angoisse sociale, une peur du déclassement et de l'insécurité défavorables à des mobilisations sociales, conditionnant les esprits à la fatalité d'une crise dans un système capitaliste inamovible, traitant l'information étrangère selon des filtres qui orientent la pensée en faveur d'une vision binaire ou capitalisme rime avec démocratie et perfection tandis que toute action ou tout pays troublant ce jeu sont automatiquement dénoncés, décrédibilisés, diabolisés.

L'actualité ukrainienne servait insidieusement de moyen de propagande en faveur d'une Europe dont ne veulent plus une majorité des citoyens européens. »32

 

On se demande bien pourquoi le journal de 20H de France 2 s'est rendu en CRIMÉE pour réaliser une émission spéciale alors que 16 000 enfants meurent quotidiennement de faim et de maladies particulièrement en Afrique ; pourtant le JT de France 2 n'a jamais réalisé une édition spéciale sur ce continent afin de sensibiliser l'opinion publique sur ce massacre.

JUDAS préfère créer des ennemis imaginaires pour mieux cacher les CRIMES du capitalisme. À l'instar du reportage photographique de Robert Fenton lors de la guerre de CRIMÉE, les CRIMES de guerre du capitalisme sont inexistants lors du journal de 20H. Nous ne voyons ainsi aucun enfant sous-alimenté ou atteint du sida, de la tuberculose ou du noma. Nous ne voyons également jamais les photos des civils tués par les bombardements de l'armée française dans ses multiples guerres impérialistes. Dans un registre différent, dans la guerre que le capitalisme mène contre les peuples, nous ne voyons jamais les victimes lors du journal de 20H : aucun expulsé, aucun travailleur handicapé, aucun pauvre vivant sous le seuil de pauvreté, aucun enfant SDF, pratiquement aucun chômeur. Les journaux télévisés veulent nous faire croire que le capitalisme n'apporte que le progrès, la démocratie et la liberté. Selon eux, le monde soumis à l'Occident capitaliste c'est la paix et tout le reste c'est la guerre.

 

La manipulation de l'opinion publique dans le cadre d'une guerre est donc née lors de la guerre de CRIMÉE car Dieu nous fait comprendre que les dominants qui contrôlent les médias cachent leurs CRIMES afin d'asseoir leur domination sur le monde.

 

 

Le crime médiatique

« Depuis la chute du mur de Berlin, l’emprise des médias atlantistes sur les opinions publiques occidentales, au lieu de décliner en raison de la disparition de la menace communiste, s’est développée au point de supprimer quasiment toutes les voix dissidentes des canaux d’information non marginaux ou alternatifs. En France, pays un peu plus rétif que ses voisins à la mainmise atlantiste, ce travaille de nettoyage médiatique a été achevé par Nicolas Sarkozy avec l’aide de personnalités néoconservatrices comme Christine Ockrent ou Philippe Val (legs sur lequel le nouveau Président très atlantiste ne reviendra évidemment pas).

Il en résulte un unanimisme de l’information dont on pourrait s’accommoder en invoquant l’imperfection des Homo Sapiens s’il n’avait pour objectif principal de cacher des crimes de masses dont les élites dirigeantes des démocraties occidentales se rendent coupables avec une impunité déconcertante.

Les crimes médiatiques sont une composante à part entière des crimes politiques plus généraux qui ensanglantent la scène internationale où nos dirigeants déchaînent leur volonté de puissance. Sans une complicité active des médias atlantistes avec les élites occidentales les guerres en Irak et en Afghanistan, le dépeçage de la Libye et la descente aux enfers de la Syrie, n’auraient pas pu être réalisés aussi facilement.

Ainsi, il y a eu crime médiatique quand l’Otan a décidé d’attaquer l’Afghanistan dans la foulée des attentats du 11-Septembre parce que les médias ont refusé sciemment d’interroger les motivations de l’administration Bush dans cette guerre et de questionner la responsabilité directe des néoconservateurs dans ces attentats.

Il y a eu crime médiatique quand les États-Unis et leurs alliés ont envahi l’Irak en 2003 parce que les médias ont relayé volontairement de fausses informations sur la présence d’armes de destruction massive.

Il y a eu crime médiatique quand les médias ont inventé la fable du bombardement de Benghazi par Kadhafi pour envahir la Libye, quand ils ont laissé, sans broncher, les dirigeants occidentaux, avec la caution morale de quelques intellectuels atlantistes (dont J.B. Botul alias Bernard-Henry Lévy), donner le pouvoir à des milices wahhabites proches d’Al-Qaïda et créer une guerre civile afin d’accomplir des objectifs géostratégiques dont les peuples d’Occident et d’Orient ne verront jamais les bénéfices (moraux ou matériels).

Il y a crime médiatique quand les médias attribuent de manière opportune la paternité des massacres en Syrie (Houla) au clan au pouvoir pour faire tomber un régime qui ne répond plus à leurs objectifs dans la région ; il y a crime médiatique quand l’Occident peut, sans que les médias ne s’en émeuvent, armer des groupes terroristes, organiser des massacres de civils et apporter la guerre civile et religieuse dans un pays en paix.

Il y a eu crime médiatique quand les médias ont choisi de taire le soutien des États-Unis à un coup d’État au Honduras en 2009 et que ce silence couvre les cris des torturés et des suppliciés.

Il y a un crime médiatique quand les médias passent sous silence les implications pour les libertés fondamentales de la loi NDAA votée par l’administration Obama en décembre 2011 qui autorise les détentions arbitraires (des citoyens américains ou étrangers) comme au temps de l’absolutisme royal en France.

Il y a crime médiatique quand aucun grand média ne cherche à expliquer les raisons et les dessous de la guerre contre le terrorisme ni l’alliance des Occidentaux avec les défenseurs du terrorisme islamique (Arabie Saoudite et Qatar).

Il y a eu crime médiatique dans tous ces exemples parce que les médias mainstream ont délibérément choisi de se faire les porte-parole d’une élite à laquelle ils appartiennent ou à laquelle ils s’identifient, élite qui commet, de manière répétée, des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité contraires aux valeurs des Lumières.

L’incompétence n’est pas une excuse suffisante pour écarter la responsabilité directe des médias dans les crimes que nous avons mentionnés (d’autant que les médias alternatifs ont offert ou offrent des analyses précises et pertinentes sur l’ensemble de ces événements). L’incompétence ne peut pas être, en effet, à ce point partagée, voire unanime, tandis que la soumission volontaire à la parole officielle peut l’être en raison du commun dénominateur qui caractérise l’ensemble des médias qui comptent pour forger l’opinion des bourgeois cultivés : l’idéologie atlantiste. En effet, sans une idéologie commune et puissante capable de souder ensemble les intelligences humaines les plus diverses, autant d’erreurs et d’approximations dans l’information ne pourraient pas être commises de manière répétée et à propos de la plupart des événements cruciaux.

Nul besoin ici de mentionner tous les crimes médiatiques commis par les médias atlantistes tant la liste est longue et presque sans fin. Il fallait notamment rappeler l’évidence suivante au moment où le traitement médiatique du drame syrien semble atteindre en Occident un degré d’abjection rarement égalé : la désinformation tue des innocents.

Aux citoyens de rendre leurs journalistes comptables de celle-ci lorsque cette désinformation est manifestement volontaire, à défaut d’en accepter la part d’ombre pour soi-même et de démobiliser sa conscience face à la brutalité du monde. Aux citoyens de s’organiser pour faire tomber les tyrannies médiatiques qui dominent les opinions publiques occidentales. Pour que cessent les crimes des mass media. »33

 

 

La guerre du Donbass

La guerre du Donbass est le conflit armé en cours ayant débuté en 2014 lors de la crise ukrainienne et se déroulant au sud-est de l'Ukraine.

La révolution ukrainienne de février 2014 entraîne la destitution du gouvernement de Viktor Ianoukovytch et l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement intérimaire dirigé par les pro-européens Oleksandr Tourtchynov (le 22 février 2014) et Arseni Iatseniouk (nommé Premier ministre le 27 février).

Dès le 23 février, des manifestations pro-russes éclatent dans les villes de Donetsk, Kramatorsk, Louhansk, Marioupol et Sloviansk (région du Donbass), à Odessa (au sud-ouest de l'Ukraine), à Kharkiv, la seconde plus grande ville d’Ukraine (à l'est) et sur la presqu’île de Crimée (au sud). Le 26 février, débute la crise de Crimée qui aboutit au référendum local du 16 mars 2014 sur le rattachement de la Crimée à la Russie.

Au début d'avril 2014, les manifestations « antimaïdans » évoluent dans la région du Donbass et dans ses régions limitrophes en une insurrection armée séparatiste. Cette insurrection pro-russe contre le gouvernement central par intérim de Kiev proclame la création de la République populaire de Donetsk (7 avril), puis la République populaire de Lougansk (11 mai).

Dès le 2 mai, l'armée ukrainienne intervient dans l'est du pays. Elle y progresse en juin et juillet avant d'être stoppée, puis de finalement reculer face à l'intervention de forces qui se sont réorganisées en Russie.

Le 5 septembre 2014, un premier accord de Minsk est négocié et signé pour faire cesser la guerre civile du Donbass. Toutefois, ce plan de paix qui établit un cessez-le-feu et de nouvelles frontières entre armée loyaliste et armée séparatiste, ne perdure que quelques semaines.

En janvier 2015, les combats s'intensifient et l'armée séparatiste progresse. Les 6 et 11 février, François Hollande et Angela Merkel se déplacent en Russie et en Ukraine pour négocier un nouveau plan de paix bâti dans le cadre d'un règlement global. Le 12 février 2015, ils signent à Minsk, en présence de Petro Porochenko et Vladimir Poutine, un nouvel accord de cessez-le-feu prévoyant l'arrêt des combats et la reconnaissance par Kiev d'un statut particulier au Donbass.34

 

 

Le président Porochenko

Se disant décidé à « briser le terrorisme » et à ne pas laisser le pays se « transformer en Somalie », Porochenko se veut un homme à poigne. Il a été élu le 7 juin 2014, alors que depuis des mois le pouvoir central apparaissait sans force et irrésolu, l'image que donnait Porochenko a pu rassurer une partie de la population, y compris russophone. Elle a sans doute ainsi voté pour celui qui lui promettait de remettre de l'ordre dans le chaos et auquel s'était en outre ralliée la majeure partie de la caste dirigeante.

Car Porochenko est un pur produit de cette caste bureaucratico-affairiste. Milliardaire, il l'est devenu sur les ruines de l'Union soviétique, en bâtissant un groupe médiatique et commercial, sa firme Roshen inondant notamment l'ex-URSS en produits de confiserie industrielle. Comme ses comparses en affaires, Porochenko a bénéficié en cela du soutien des clans qui se sont succédé au pouvoir : il a flirté avec les dirigeants de la « révolution orange », mais a aussi soutenu le camp adverse. Il a participé à la création du Parti des régions du président déchu Ianoukovitch, dont il a été ministre de l'Économie. Personnage en vue du pouvoir précédent, il a apporté le soutien de sa chaîne de télévision aux manifestants du Maïdan, quand il apparut que le sort de Ianoukovitch allait basculer.

La plupart de ceux qui se sont le plus enrichis dans le pillage de l'économie, les oligarques, ont agi de même. Ils ont rallié les nouvelles autorités, et en sont même devenus les piliers à l'Assemblée, puis au gouvernement, à la tête des régions et maintenant à la présidence. Ils illustrent à leur façon la variante ukrainienne du « il faut que tout change pour que rien ne change » de fondamental.

En tout cas, pour les nantis, et au détriment de la population laborieuse, qu'elle ait un emploi misérable dans les mines de l'Est russophone ou qu'elle n'ait plus de travail dans l'Ouest ukrainophone. Les petites gens ne voulaient plus des oligarques voleurs et d'un régime corrompu. Eh bien, ils retrouvent la même engeance aux commandes. Mais cette fois, avec la bénédiction des grandes puissances impérialistes. Car elles escomptent déjà les bonnes affaires que ce pouvoir leur permettra de faire. Poutine, lui, va tenter maintenant de négocier avec Kiev la sauvegarde de certains intérêts de Moscou dans la région, après avoir bien montré qu'il laissait choir les bandes qui réclament qu'on rattache l'est de l'Ukraine à la Russie.

S'adressant à tout le pays, Porochenko a promis qu'il « le mènerait sur la voie de l'adhésion à l'Union européenne ». Tous ses prédécesseurs ont déjà fait cette promesse qui n'engage à rien. Car ce n'est ni Kiev ni même Bruxelles qui en décident, mais Berlin, Londres et Paris. Et les puissances impérialistes d'Europe et d'Amérique ont décidé que, pour prix d'un prêt de 25 milliards à l'Ukraine, sa population allait devoir accepter que Porochenko et ses ministres privatisent à tout-va, coupent dans les dépenses sociales, baissent les salaires et les pensions...35

 

 

Le Parti communiste interdit d’élections

En juillet 2015, le ministre de la Justice ukrainien a interdit au Parti communiste d’Ukraine (KPU) de participer aux élections. Cela n’a suscité aucune réaction de la part des États européens et nord-américains qui soutiennent à bout de bras le régime de Kiev, en le présentant comme un exemple de la démocratie en marche.

Les mêmes démocraties occidentales n’avaient d’ailleurs pas plus réagi aux lois votées par la Rada (la Chambre des députés) en avril 2015 qui, mettant sur un pied d’égalité l’apologie du nazisme et celle du communisme, avait interdit l’une et l’autre, en particulier les « production et utilisation des symboles » se rapportant au communisme ou à la période soviétique, sous peines d’amendes, voire de prison. Dans le même temps, le gouvernement de Kiev avait réhabilité les collaborateurs ukrainiens du régime nazi durant la Deuxième Guerre mondiale et fait de leurs chefs, dont le tristement célèbre antisémite et anticommuniste Stepan Bandera, des héros de l’indépendance nationale.

Quant à leurs émules actuels, le parti Svoboda est associé à la majorité au pouvoir à Kiev. Le parti néonazi Pravyi Sektor, qui a contribué à porter la majorité actuelle au pouvoir durant les événements du Maïdan en 2014, a levé, lui, un bataillon de volontaires d’extrême droite pour combattre les pro-russes de l’Est.

Interdit d’élections, le Parti communiste d’Ukraine n’est pourtant pas un adversaire farouche des gouvernements en place. Depuis un quart de siècle que l’URSS a disparu, ce parti participe aux institutions en cherchant à s’y faire une place. Et cela sous tous les gouvernements, qu’ils aient été dits prorusses ou qu’ils se soient affichés pro-occidentaux.

En fait, le régime ukrainien craint surtout que, dans le climat de conflit sans fin à l’Est et de brutal appauvrissement des classes laborieuses, celles-ci puissent se saisir de l’existence d’un parti même aussi intégré à la société que le KPU pour exprimer leur rejet du régime et de sa politique.

Quant à l’interdiction de toute propagande se revendiquant du communisme, elle menace aussi des mouvements d’extrême gauche qui voudraient s’adresser à la classe ouvrière, face aux clans qui se disputent le pouvoir et contre les nantis qu’ils servent.36

 

 

Leur traité européen d’association-pillage

Le 1er janvier 2016, entrait en vigueur le traité d’association de l’Ukraine à l’Union européenne. Fin 2013, le président Ianoukovitch avait, en rejetant ce traité, déclenché la mobilisation du Maïdan. Elle avait entraîné son renversement par une coalition de courants allant des pro-occidentaux aux nationalistes d’extrême droite. Depuis, leurs rivalités ont encore affaibli le pouvoir central qui, n’ayant pu empêcher le rattachement de la Crimée à la Russie, s’avère impuissant à venir à bout de la sécession de l’Est industriel. Cela, malgré l’aide occidentale dans une guerre qui a déjà fait près de 10 000 morts.

Bien que liés historiquement et économiquement à la Russie, nombre de bureaucrates-affairistes, les oligarques, et de privilégiés de moindre envergure du régime précédent avaient fini par se tourner vers l’Occident. Ils escomptaient ainsi élargir leurs perspectives d’enrichissement, car la Russie ne laissait guère de place à une Ukraine moins puissante dans le monde post-soviétique des affaires. Surtout depuis que, frappés par la crise mondiale, les milieux dirigeants russes peinent à s’assurer de nouvelles sources de revenus.

 

Libre-échange et échange inégal

Voyant là une chance d’avancer ses pions sur l’échiquier de l’ex-URSS, Bruxelles proposa une association à Kiev. Mais ce traité ne vaut pas promesse d’adhésion : les États qui dominent l’Europe n’en ont nul besoin. Ils veulent juste assurer la libre circulation de leurs marchandises dans ce pays. Car, avec une Ukraine au bord de la faillite, et dont le produit intérieur a reculé de 11 % en 2015, ce traité ne peut s’exercer qu’à sens unique : les produits européens vont inonder son marché, pour autant qu’il y ait des clients ayant les moyens de les acheter. Alors qu’elle va perdre des positions à domicile, l’Ukraine voit en outre se fermer ses débouchés à l’est. En effet Moscou soumet ses produits alimentaires à un embargo et ses autres productions à des droits de douane dont elles étaient jusqu’alors exemptées.

Tout cela ruinera un peu plus l’Ukraine, mais permettra à des firmes occidentales d’y acheter à vil prix des terres, commerces, usines, ports, etc.

En échange, si l’on ose dire, elle a le droit de vendre à l’Ouest ce qu’elle produit, de plus en plus sous contrôle de capitaux étrangers ayant trouvé là une main-d’œuvre payée cinq à dix fois moins qu’en France ou en Allemagne ! L’économie locale fonctionnant déjà ainsi en partie, le traité va institutionnaliser cet état de fait.

Malgré les illusions de certains, la population n’y gagnera rien, sinon une nouvelle dégradation de son niveau de vie.

Des nantis y laisseront-ils des plumes, tant sont grands la disproportion des forces en présence et le retard technologique des industries qu’ils ont accaparées. En tout cas, ces parasites espèrent que l’ouverture à l’Ouest leur procurera plus d’occasions de trafiquer ce qu’ils volent. Et puis, les États impérialistes, qui ont besoin de maintenir leur ordre dans le pays, sont prêts à y mettre le prix. À preuve : depuis deux ans, ils tiennent à bout de bras l’appareil d’État ukrainien, ses finances et ses politiciens corrompus (fin décembre, 88 % des Ukrainiens interrogés par un sondage disaient leur État corrompu de haut en bas).

 

Leurs « réformes »

C’est cet État en décomposition que Bruxelles et Washington ont chargé de promouvoir des réformes censées mettre l’Ukraine aux normes d’un État dit démocratique.

La chose serait dérisoire si sa mise en application n’était dramatique pour la population. Voici comment, lors de l'été 2015, le Premier ministre ukrainien a décrit dans Le Monde les mesures déjà prises : « Nous avons renvoyé (…) 10 % des fonctionnaires et allons en renvoyer 20 % cette année. Nous avons gelé les salaires et les retraites. Nous avons multiplié par six les tarifs des services » : eau, gaz, électricité, etc. Et ce n’est pas fini. Le budget 2016 sabre les dépenses sociales, alourdit les taxes sur le tabac, l’alcool, les carburants. C’étaient les conditions mises par le FMI pour accorder une nouvelle tranche de crédits à Kiev. N’en faisant pas partie, l’impôt sur la fortune reste à 5 %... de ce que les riches n’ont pas placé dans les paradis fiscaux.

Comment vivent les travailleurs, avec de maigres revenus bloqués alors que l’inflation atteint 50 % en 2015 ? C’est le cadet des soucis des Porochenko et consorts. Comme des dirigeants français, allemands, britanniques ou américains qui s’appuient sur eux.37

 

 

L’oligarque et le “serviteur du peuple”

L’élection présidentielle ukrainienne du 21 avril 2019 a vu le sortant, Petro Porochenko, se faire sortir par un nouveau venu, Volodymir Zelensky. Avec un score de 73 % des voix, le challenger a écrasé le tenant du titre.

Si Zelensky a pu gagner sans avoir fait mine de défendre un programme, c’est que les électeurs voulaient avant tout « dégager » Porochenko. Un président auquel il n’a pas fallu cinq ans à la tête du pays pour surpasser en impopularité son prédécesseur, Ianoukovitch, chassé par la révolte du Maïdan en 2014.

En 2014, on avait fait croire à la population qu’elle pourrait en finir avec la pauvreté et un régime corrompu en s’en remettant à des hommes comme Porochenko. Ce dernier était pourtant un pur produit du système de la fin de l’URSS, qui avait permis à des bureaucrates et à des mafieux de bâtir des fortunes colossales en un rien de temps. Porochenko prit en effet son envol à cette époque, sous la protection de son bureaucrate de père. Fortune faite, il se constitua un empire dans la confiserie industrielle (d’où son surnom de « roi du chocolat »), l’immobilier et l’informatique.

Avec pour seuls slogans de campagne « L’armée, la langue, la foi » et « Mon seul adversaire, c’est Poutine », Porochenko avait voulu rameuter le public nationaliste et bigot. Il a péroré auprès de prélats orthodoxes devant des églises soustraites au patriarcat de Moscou et il a joué, en tenue de camouflage, au chef de guerre près de la ligne de front du Donbass pro-russe. Mais il n’a pipé mot du dernier scandale qui l’éclaboussait : la contrebande de matériel militaire ayant rapporté des millions d’euros en trois ans à l’un de ses proches, membre du Conseil de sécurité et de défense. Cela, sans que bronche l’enfant chéri des conseillers occidentaux du régime, le Bureau national anticorruption…

Lors du Maïdan, Porochenko avait promis de faire le ménage dans les écuries du pouvoir. Depuis, pas un dignitaire de l’ère précédente n’a eu de comptes à rendre. Quand ils n’ont pas fui à l’étranger, les oligarques ont poursuivi leurs affaires sous Porochenko. Aussi proche de celui-ci qu’il l’était de lanoukovitch, et qu’il pourrait le devenir de Zelensky, le magnat de l’industrie et des médias Akhmetov est resté l’homme le plus riche d’Ukraine. Porochenko, lui, a multiplié par huit ses revenus déclarés en cinq ans de mandat !

Cela alors que des millions de gens touchent en moyenne 250 euros de salaire, et même seulement 100 euros pour les retraités, ce qui place l’Ukraine en tête des pays d’Europe les plus pauvres par tête d’habitant, selon le FMI.

Âgé de 41ans, donc trop jeune pour avoir pu partager les turpitudes des régimes précédents, le tombeur du président fait figure d’homme neuf. C’est cela qui lui a permis de capitaliser dans les urnes l’aversion générale pour tous ceux qui se disputent le pouvoir et le butin depuis trente ans. Et puis, il est l’acteur vedette d’une série télévisée très populaire, Le serviteur du peuple, qui évoque la vie difficile des petites gens face à la pourriture des cliques dirigeantes. Beaucoup de téléspectateurs y ont reconnu la réalité. Et ils ont identifié le candidat à son personnage : celui d’un petit prof honnête, élu président par hasard dans un monde de requins, qu’il veut mettre hors d’état de nuire.

L’homme de spectacle usant de sa popularité pour faire carrière politiquement, cela n’a rien d’original : de Reagan à Beppe Grillo, les exemples abondent. Zelensky, qui possède diverses sociétés enregistrées dans des paradis fiscaux, a lui aussi su faire fructifier son capital de sympathie. Il a lancé un parti du nom de sa série télévisée, mais n’a défendu aucun programme dans sa campagne faite uniquement de shows. Le tout avec le soutien de la chaîne privée qui diffuse sa série, et l’appui multiforme de son patron, l’affairiste Kolomoïsky. Un milliardaire dont il faut rappeler qu’il a financé et armé une unité paramilitaire d’extrême droite de 4 000 hommes, ce bataillon Azov censé lutter contre les pro-russes de l’Est du pays, qui lui sert de milice privée et qu’il laisse se déchaîner en pogromes antiroms, comme cela s’est produit en juin 2018.

Réfugié à l’étranger par crainte de la justice, Kolomoïsky peut revenir dans l’Ukraine du nouvel élu, dont il attend des remerciements à la mesure du soutien qu’il lui a apporté. Mais Zelensky a aussi d’autres parrains dans les sphères du pouvoir, tels deux ex-ministres de l’Économie et des Finances de Porochenko. Et il se répand en propos conciliants envers le gouvernement et les députés, acquis à Porochenko qui ne devaient pas changer avant juin, sinon octobre 2019.

On est loin du « Casser le système » qu’avait promis Zelensky. Car, s’il manquait d’expérience, il a vite appris l’art de se servir du peuple, sous couvert de le servir.

Macron et Merkel, qui l’ont reçu entre les deux tours, ont, comme Trump, applaudi à son élection. Diplomatie oblige, mais ils savaient aussi qu’avec le nouvel élu le système serait bien gardé. Quant aux classes laborieuses d’Ukraine, elles restaient face aux mêmes problèmes qu’avant, et à la même engeance d’exploiteurs et de profiteurs.38

 

 

Sources

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l'Ukraine
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_socialiste_sovi%C3%A9tique_d'Ukraine
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l'Ukraine
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Holodomor
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l'Ukraine
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Catastrophe_nucl%C3%A9aire_de_Tchernobyl
(7) http://www.dissident-media.org/infonucleaire/millions.html
(8) http://www.greenpeace.org/france/fr/campagnes/nucleaire/fiches-thematiques/dechets-nucleaires-et-rejets-r/
(9) http://www.fukushima-blog.com/article-pour-un-tribunal-russell-contre-les-crimes-du-nucleaire-civil-94208686.html
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l'Ukraine
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Leonid_Koutchma
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_orange
(13) Jef Bossuyt https://www.investigaction.net/fr/pourquoi-les-usa-sont-si/
(14) https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_orange
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Euroma%C3%AFdan
(16) https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_ukrainienne
(17) http://www.lutte-ouvriere-mensuel.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/ukraine-la-petite-bourgeoisie-la
(18) http://www.lutte-ouvriere-mensuel.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/ukraine-recession-deliquescence-de
(19) http://www.lutte-ouvriere-mensuel.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/ukraine-la-petite-bourgeoisie-la
(20) Stephen Gowans https://www.investigaction.net/fr/l-ukraine-et-comment-l-occident/
(21) Robert Charvin http://www.michelcollon.info/La-question-ukrainienne-une-etape.html?lang=fr
(22) https://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Fenton
(23) https://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_Fer-%C3%A0-cheval
(24) http://myfiles.free.fr/dossiers/kosovo/fer_cheval.php
(25) https://npa2009.org/content/kosovo-1999-2009-quelques-mensonges-de-la-pseudo-guerre-humanitaire
(26) Nathalie Arthaud. Discours, 5 février 2014. https://www.youtube.com/watch?v=DPLvS6MipZQ
(27) https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_de_Crim%C3%A9e
(28) http://www.lutte-ouvriere.org/notre-actualite/editoriaux/article/de-l-ukraine-a-la-france-a-bas-le
(29) Christophe Varnier http://www.mondialisation.ca/que-cache-la-desinformation-des-grands-medias-sur-la-crise-ukrainienne/5383645?print=1
(30) Pierre Van Grunderbeek http://www.mondialisation.ca/ukraine-et-medias-dominants-propagande-occidentale-contre-poutine/5399726
(31) A.Bertrand, L.Kalafatides, « OMC,le pouvoir invisible », Fayard, 2002, p.314.
(32) Andrée Oger http://andree-oger-pour-deputee.over-blog.com/article-la-desinformation-par-les-medias-l-exemple-ukrainien-121300160.html
(33) Guillaume de Rouville http://lidiotduvillage.org/2012/06/13/crimes-mediatiques-ou-les-consequences-meurtrieres-de-la-desinformation/
(34) https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_du_Donbass
(35) Pierre Laffitte http://www.lutte-ouvriere-journal.org/2014/05/28/ukraine-un-president-elu-au-son-du-canon_32540.html
(36) P.L. http://www.lutte-ouvriere-journal.org/2015/07/29/ukraine-le-parti-communiste-interdit-delections_37632.html
(37) Pierre Laffitte http://www.lutte-ouvriere-journal.org/2015/12/29/ukraine-leur-traite-europeen-dassociation-pillage_64522.html
(38) Pierre Laffitte https://journal.lutte-ouvriere.org/2019/04/24/ukraine-loligarque-et-le-serviteur-du-peuple_119213.html