Le Sahara occidental

 

Le Sahara occidental est un territoire de 266 000 km2 du Nord-Ouest de l'Afrique, bordé par la province marocaine de Tarfaya au nord, l'Algérie au nord-est, la Mauritanie à l'est et au sud, tandis que sa côte ouest donne sur l'Atlantique.

Le territoire est revendiqué à la fois par le Maroc et par la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée par le Front Polisario en 1976. Celui-ci est un mouvement dont l'objectif est l'indépendance totale du Sahara occidental, revendication soutenue par l'Algérie. Devenu un enjeu global illustrant la rivalité entre le Maroc et l'Algérie, le dossier saharien bloque toujours la construction de l'Union du Maghreb arabe (UMA). Le Polisario s'appuie sur un « consensus écrasant parmi les Sahraouis vivant sur le territoire en faveur de l'indépendance et en opposition à l'intégration avec tout pays voisin ». Le Maroc fonde sa revendication sur les accords de Madrid, sur la base de liens d'allégeance passés entre les tribus sahraouies et les sultans du Maroc et sur la marocanité du territoire avant la colonisation.

Depuis le cessez-le-feu de 1991, le Maroc contrôle et administre environ 80 %5 du territoire, tandis que le Front Polisario en contrôle 20 % laissés par le Maroc derrière une longue ceinture de sécurité, le « mur marocain » devenu aujourd'hui la frontière de facto. La Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental patrouille l'ensemble du territoire.1

 

Islamisation du Sahara occidental

L'islamisation du Sahara occidental a commencé dès le VIIIe siècle mais a longtemps été superficielle, une grande partie de la population conservant des pratiques animistes. Elle n'est pas directement le fait de la conquête arabe ; ce sont les Berbères eux-mêmes qui ont propagé l'islam vers le sud en commerçant de plus en plus régulièrement à travers le Sahara. En particulier, l'or du Sénégal est indispensable aux États arabes pour pouvoir frapper leur monnaie.

En 745, le gouverneur de l'Ifriqiya, Abderrahman Ibn Habib, fait construire une série de puits entre le sud du Maroc et Aoudaghost (oasis et ville marchande, au sud de la Mauritanie actuelle).

Vers le IXe siècle, la confédération berbère des Zénètes (kharidjite) contrôle les oasis et centres marchands au nord du désert, dont Sijilmassa. Trois grandes tribus berbères sanhadja (malékites) contrôlent alors le désert : les Djoddala à l'ouest, près de la côte Atlantique, les Messoufa au nord, dans la vallée du Draâ et l'Anti-Atlas, et les Lemtuna, au centre et au sud. Une des routes caravanières les plus importantes relie Sijilmassa à l'empire du Ghana, passant par Aoudaghost, devenue la plus importante ville des Lemtuna. C'est là que le sel, extrait dans le nord du désert, est échangé contre l'or du Bambouk.

Vers la fin du Xe siècle, le Ghana s'empare d'Aoudaghost et les Lemtuna se réfugient dans l'Adrar mauritanien tandis que d'autres Berbères se soumettent aux Ghanéens. Les Zénètes chassent au même moment les Sanhadja de Sijilmassa.

À la même époque, la dynastie des Idrissides, qui régnait sur le Maroc, est vaincue par les Fatimides puis les Omeyyades de Cordoue.

Au début du XIe siècle, l'émir Tarsina fonde une nouvelle confédération sanhadja à partir des Lemtuna, Djoddala et Messoufa. Tarsina est tué peu après (1023) et son gendre Yahya Ibn Ibrahim lui succède.2

 

La période précoloniale 

En 1048, des Berbères sanhadjas de l'ouest du Sahara (actuelle Mauritanie) se coalisent sous l'impulsion d'un prédicateur malikite marocain, Abdullah Ibn Yassin et d'un chef local et fondent le mouvement almoravide.

Ils conquièrent et unifient les tribus du Sahara occidental entre 1042 et 1052, puis s'emparent du Maroc actuel (alors éclaté en petits émirats à la suite de la chute de l'empire chérifien des Idrissides) et d'une grande partie de la péninsule Ibérique (Al-Andalus). Les Almoravides ont pour capitale et base Marrakech ; on parle alors de l'Empire de Marrakech. À leur chute aux mains des Almohades (1147), le territoire perd son organisation.

À partir de 1514, avec l'avènement de la dynastie marocaine des Saadiens, l'ascendant marocain devient effectif sur le Sahara occidental.

Aux XVe et XVIe siècles, les Portugais et les Espagnols installent des forts sur la côte, mais en sont chassés après quelques décennies.

 

Le Sahara espagnol 

En 1884, l'Espagne place ce territoire sous son protectorat ; la prise de contrôle est confirmée par la conférence de Berlin de 1884-1885. Elle établit des comptoirs commerciaux et une présence militaire. Les frontières ne sont pas clairement définies, jusqu'au traité entre la France et l'Espagne, datant du début du XXe siècle. Les tribus locales luttent contre la puissance coloniale avec l'aide du sultan marocain. Cet appui cesse lorsque ce dernier est soumis à un protectorat franco-espagnol en 1912. Le Sahara espagnol est créé à partir des territoires de Río de Oro et de Saguia el-Hamra en 1924. Il est administré en commun avec le territoire de Cap Juby (Tarfaya), séparément des territoires marocains sous protectorat espagnol. Entre octobre 1957 et avril 1958, le Maroc à la suite de l'indépendance de sa partie nord, tenta de libérer Ifni, Tarfaya et le Sahara occidental de l'occupation espagnole, à travers la guerre d'Ifni, sans succès.

Dès 1965, l'ONU pousse l'Espagne à décoloniser ce territoire ainsi que Cap Juby et l'enclave d'Ifni, et dans ce but engager des consultations avec le Maroc. Mais l'Algérie est alors en conflit ouvert avec le Maroc au sujet du tracé de leur frontière commune (guerre des sables, 1963). De plus, le Maroc et la Mauritanie ont aussi des revendications territoriales opposées sur ce territoire, le Maroc refuse de reconnaître la Mauritanie. De ce fait, les trois voisins du Sahara occidental ne parviennent pas à créer un front commun face à l'Espagne qui perpétue ainsi sa domination.

Le règlement du conflit algéro-marocain et un accord conclu entre le Maroc et la Mauritanie permettent d'unifier le front anti-espagnol. Parallèlement, plusieurs groupes locaux se lancent dans la résistance armée aidé par l'armée de libération nationale marocaine issue de la lutte populaire marocaine contre l'occupation hispano-française du Maroc.3

 

Fondation des mouvements indépendantistes

Après l'écrasement des soulèvements de 1957-1958, il faut attendre plusieurs années avant la reconstitution de nouveaux mouvements d'abord pacifistes puis plus enclins à obtenir l'indépendance par la force.

Le premier mouvement indépendantiste, le Frente de Liberacíon del Sahara bajo Dominacíon Española, est fondé en 1966 mais il n'entreprend aucune action.

En 1967, Mohammed Bassiri fonde le Harakat Tahrir Saqia al-Hamra wa Wadi al-Dhahab (mouvement de libération du Seguia el-Hamra et Oued ed-Dahab), précurseur pacifique du Polisario. Le 17 juin 1970, des manifestants conduits par Mohammed Bassiri amènent une pétition au gouverneur général du Sahara espagnol à Laâyoune. Alors que la manifestation se disperse, la police tente d'arrêter les meneurs ; les manifestants résistent, le gouvernement fait intervenir les Tercio Africanos qui tirent sur la foule, faisant 11 morts. Des centaines de personnes sont arrêtées dans les jours suivants dont Bassiri qui disparaît en prison, vraisemblablement assassiné ou torturé à mort.

En 1969, Edouard Moha (Moha R'guibi) fonde le Mouvement révolutionnaire des Hommes bleus - le (Morehob)- qui revendique le rattachement au Maroc et s'oppose aux indépendantistes.

En 1971, El-Ouali Moustapha Sayed, un Sahraoui alors étudiant en droit, et d'autres étudiants à Rabat commencent à envisager la possibilité de libérer le Sahara occidental par la force en refusant toute ingérence marocaine. En 1973, les autorités marocaines interviennent pour dissoudre son groupe et Sayed fuit dans le désert. Le 10 mai 1973, le Frente Popular de Liberación de Saguía el Hamra y Río de Oro ou Front Polisario est fondé à Aïn Bentili (Mauritanie) afin de contraindre l'Espagne par la force de renoncer à la colonisation mais aussi en opposition au rattachement avec le Maroc et la Mauritanie. El-Ouali Moustapha Sayed est élu secrétaire général. Le 20 mai, lors du raid de Khanga, le Polisario s'empare d'un poste militaire et saisit des armes.

Pour contrer le Polisario, Hassan II encourage en 1974 la fondation du Front de libération et de l'unité (FLU), pro-marocain.

Enfin, en février 1975, les Espagnols autorisent un Partido de la Union Nacional Sahraoui afin de conserver un lien avec l'Espagne mais son dirigeant, Khalihenna Ould Rachid, fait allégeance au roi Marocain et se rallie rapidement au Maroc. À l'instar de Khalihenna Ould Rachid plusieurs chioukhs Sahraouis font allégeance au Maroc.4

 

La guerre du Sahara occidental

En 1975, un avis consultatif de la Cour internationale de justice confirme l'existence de liens historiques entre les populations du Sahara occidental et le Maroc, ainsi que l'ensemble mauritanien, mais conclut qu'ils ne sont pas de nature à empêcher un référendum d'autodétermination, en y rendant inapplicable la notion de terra nullius. Le rapport stipule :

« […] En revanche, la Cour conclut que les éléments et renseignements portés à sa connaissance n'établissent l'existence d'aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara occidental d'une part, le Royaume du Maroc ou l'ensemble mauritanien d'autre part. La Cour n'a donc pas constaté l'existence de liens juridiques de nature à modifier l'application de la résolution 1514 (XV) de l'Assemblée générale des Nations Unies quant à la décolonisation du Sahara occidental et en particulier l'application du principe d'autodétermination grâce à l'expression libre et authentique de la volonté des populations du territoire. »

Quelques jours après cet avis, Hassan II, Roi du Maroc organise la marche Verte (6 novembre 1975) pour marquer la volonté d'une souveraineté marocaine sur ce territoire. Ceci amène l'Espagne à signer les accords de Madrid avec le Maroc et la Mauritanie, le 14 novembre 1975, pour officialiser le partage du territoire. Le Maroc obtient les deux tiers nord, et la Mauritanie le tiers sud ; l'Algérie et les Sahraouis ne sont pas consultés. Le retrait des troupes espagnoles, décidé peu avant la mort de Franco, s'effectue entre 1975 et 1976.

Le 27 février 1976, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) est proclamée par le Front Polisario à Bir Lehlou, au lendemain du départ du dernier soldat espagnol du territoire. Dans le même temps, la lutte armée du Front Polisario attaque par des incursions éclairs les forces marocaines et mauritaniennes qu'il considère comme de nouvelles forces d'occupation. La bataille d'Amgala en 1976 entre forces marocaines et algériennes sur le territoire du Sahara occidental montre le soutien actif de l'Algérie au Polisario. Entre fin 1975 et 1976, des dizaines de milliers de Sahraouis quittent le Sahara occidental, fuyant la guerre vers les camps de réfugiés de Tindouf en Algérie, encadrés par le Polisario.

Après le putsch en Mauritanie qui renverse Moktar Ould Daddah en juillet 1978, le Front Polisario déclare un cessez-le-feu unilatéral avec Nouakchott. Le cessez-le-feu est approuvé par l'ONU et le 10 août 1979 un traité de paix est signé dans lequel la Mauritanie cède sa partie du Sahara au Front Polisario. Le 14 août 1979, le Maroc annonce l'annexion de l'ancien territoire mauritanien.5

 

Construction du mur marocain et enlisement du conflit (1980-1987)

En 1980, le Maroc entreprend la construction du « mur marocain » en commençant par la région Laâyoune-Smara-Boukraa qui concentre l'essentiel de l'activité économique. Le mur est constitué de bermes (remblais) de sable et de pierre d'environ trois mètres de haut ; des tranchées de plusieurs mètres sont creusées en plusieurs endroits en contrebas de façon à minimiser le risque d’une incursion adverse. Tout le long du mur, des unités de surveillance se relaient aux unités d’intervention, équipées de radars et protégées de barbelés.

Construit en six étapes jusqu'en 1987, il comporte cinq « brèches » censées assurer le droit de poursuite pour les troupes marocaines. Chaque mur est censé sécuriser la zone qui le sépare de l’Atlantique. D’une longueur totale d'environ 2 700 kilomètres, le mur de défense est surveillé par plus de 90 000 hommes. Une bande de plusieurs centaines de mètres de champs de mines en interdit l’accès.

Le mur est une parade décisive à la stratégie de guérilla du Polisario et il change radicalement le cours du conflit. Le Polisario se trouve rejeté à l'extérieur du mur et est incapable de mener des incursions significatives à l'intérieur du territoire contrôlé par l'armée marocaine. L'armée marocaine bénéficie d'une excellente position défensive mais le coût du mur et de la force de surveillance grève le budget du Maroc, malgré l'aide de l'Arabie saoudite et des États-Unis, et contribue à la dégradation de la situation économique et sociale.

 

Négociations pour un cessez-le-feu (1984-1991)

En 1982, lors d'un entretien avec le président algérien Chadli Bendjedid, Hassan II lui aurait déclaré dans un signe de bonne volonté « laissez-moi le timbre et le drapeau, tout le reste est négociable ». La même année, les diplomates du Polisario, appuyés par la diplomatie algérienne, obtiennent l'admission de la République arabe sahraouie démocratique dans l'Organisation de l'unité africaine ce qui provoque le départ du Maroc en 1985. Au cours des années 1980, la RASD est reconnue par 75 États, principalement africains. Les camps de réfugiés de Tindouf hébergent son gouvernement en exil.

En 1984, l'OUA adopte la résolution AHG104 qui réaffirme le droit des sahraouis à l'autodétermination et appelle à des négociations directes entre le Maroc et le Polisario, à un cessez-le-feu et à l'organisation d'un référendum. En août, le Maroc signe le traité d'Oujda avec la Libye par lequel celle-ci s'engage à ne plus soutenir le Polisario. En septembre, à l'Assemblée générale de l'ONU, Hassan II s'engage en faveur du référendum d'autodétermination. En décembre, l'Assemblée générale de l'ONU reprend le plan de paix de l'OUA à son compte.

Le secrétaire général des Nations unies, Javier Pérez de Cuéllar, s'implique directement à partir de 1986. Chaque partie expose ses positions dans un questionnaire : le Maroc refuse des négociations directes préalables à une médiation de l'ONU mais accepte le principe d'un référendum supervisé par celle-ci. Le Polisario souhaite lui aussi un référendum supervisé par l'ONU mais également une administration directe du territoire par l'ONU, une force de sécurité conjointe de l'ONU et de l'OUA et le retrait des forces armées marocaines ainsi que des résidents marocains non originaires du Sahara occidental avant la tenue du référendum.

En 1987 se tient une nouvelle réunion entre Hassan II et Chadli Bendjedid à Akid Lofti (près de la frontière algéro-marocaine) et l'année suivante le Maroc et l'Algérie reprennent leurs relations diplomatiques.

En août 1988, l'ONU présente au Maroc et au Polisario son plan de règlement du conflit. Les propositions de l'ONU sont acceptées « en principe » par les deux parties mais sont accompagnées de commentaires contradictoires adressés directement à Pérez de Cuellar et Issa Diallo. Ces commentaires ne sont pas communiqués à la commission chargée de la mise en œuvre du plan.

En janvier 1989, une délégation du Polisario est reçue par Hassan II à Marrakech, sans résultat. Peu après, Hassan II déclare que « le Maroc ne céderait pas un pouce de son territoire » et en octobre qu'« il n'y a rien à négocier, car le Sahara occidental est un territoire marocain ». La dernière offensive significative du Polisario a lieu en octobre-novembre, contre le Mur.

L'affrontement armé direct entre l'armée marocaine et l'armée du Polisario dure jusqu'en septembre 1991, date d'un cessez-le-feu organisé par l'ONU et faisant partie du plan de règlement.

 

Le cessez-le-feu et l'impasse 

Au début des années 1990, à partir des propositions conjointes de l'OUA et de l'ONU, s'établit une dynamique de paix. Mais même après l'établissement d'un cessez-le-feu durable, la perspective d'un référendum est toujours aussi éloignée.6

Depuis 1991, le référendum n’a toujours pas eu lieu, malgré les rappels annuels des instances internationales qui réaffirment le droit du peuple originaire du Sahara occidental à se prononcer sur l’avenir de sa terre et de ses ressources, et la présence de la Minurso (mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental). Les conditions changent peu pour le peuple sahraoui.

Pour fausser le référendum et acter la « marocanité », le Maroc a subventionné des milliers de colons marocains pour qu’ils s‘installent dans le territoire occupé, interdit par l’article 49 de la IVe convention de Genève. Selon certaines sources, il y a aujourd’hui plus de cinq Marocains pour un Sahraoui en territoire occupé.

Les grandes manifestations pacifiques dans ces territoires occupés en 1999, 2005, 2010, les manifestations hebdomadaires, toutes durement réprimées par les forces d’occupation marocaines montrent la résistance et la constance des Sahraouis dans la revendication du respect de leurs droits, et de l’autodétermination.

La France s’illustre tristement dans ce conflit ensablé par le soutien systématique et ambigu au colonisateur marocain, malgré l’affirmation de son attachement au droit international et au règlement pacifique du problème.

 

Une colonie, occupée militairement

Pour les Sahraouis, 2015 marque 40 ans de vie sous occupation, 40 ans de vie dans les campements de réfugiés. C’est aussi l’anniversaire des 24 ans du choix de la lutte pacifique pour faire respecter le droit à l’indépendance.

La question rituelle accompagnant le très long salut sahraoui est : « qu’y a-t-il de nouveau ? » Hors les formules de politesse, les Sahraouis disent « rien » : rien de nouveau tant que ce n’est pas l’indépendance.

Le pays est en effet un territoire non autonome, une colonie, occupée militairement sur les trois-quarts de sa surface par le Maroc qui y a envoyé de nombreux colons.

Pour l’ONU, le Maroc n’est pas administrateur du territoire en droit. De fait, il administre par la force la partie du territoire qu’il occupe.

L’Espagne semblait avoir totalement oublié ses responsabilités mais le 21 novembre 2014, la Haute Cour nationale espagnole a rappelé que l'Espagne « reste la puissance administrante du Sahara Occidental » et doit, selon la Charte des Nations unies, achever la décolonisation du territoire. Comment va-t-elle s’y prendre, sachant que derrière les principes, elle est une actrice illégale du pillage des ressources naturelles du Sahara Occidental ? 7

Car cette région possède des côtes parmi les plus poissonneuses du monde et surtout un sous-sol riche en minerai de fer et en phosphates (le Maroc est déjà l'un des tout premiers producteurs mondiaux de phosphates).8

 

L’exploitation des ressources conditionnée à l’accord du Polisario

Un juge espagnol, spécialiste de la question, accuse le Maroc de génocide. Il représente des Sahraouis pour des faits ayant eu lieu dans la période précédant le retrait officiel de l’Espagne, soit fin 1975 début 1976. Les Sahraouis sont encore alors des « Espagnols ». Pendant cette période, nombreux attestent avoir été pourchassés, bombardés. L’intention manifeste des forces marocaines était, selon les témoins, de les supprimer. En 2013, alors que l’instruction était en cours, la découverte, dans les territoires occupés, d’une fosse commune contenant huit corps vient corroborer cette affirmation. Identifiés, ce sont les corps de bergers sahraouis disparus 40 ans auparavant. Les familles avaient entendu de la part du Maroc une série de mensonges au fil des ans.

En prévision de la plainte pour génocide, le 9 avril 2015, le juge d’instruction Pablo Ruz au tribunal suprême de Madrid émet des mandats d’arrêt contre sept fonctionnaires marocains de haut rang et quatre autres impliqués.

En juin 2015, en se référent à l’article 96 du protocole additionnel I, le Front Polisario adhère aux conventions de Genève et à leurs protocoles additionnels. Cela est possible parce que l’autre partie en conflit, le Maroc, y a elle-même adhéré en 2011. En tant qu'autorité représentant le peuple sahraoui, le Polisario obtient ainsi les mêmes droits et obligations que le Maroc. En conséquence, le droit international humanitaire s’applique au Sahara Occidental et les entreprises doivent le respecter. L’exploitation des ressources naturelles du territoire est donc conditionnée à l’aval du Polisario.

En novembre 2012, le Front a présenté son recours contre l'accord agricole Union européenne-Maroc, dont le champ d’application n’exclut pas explicitement le Sahara Occidental.

L'action est dirigée vers le Conseil de l'Union européenne en tant que signataire de l'accord, et dans une deuxième phase également contre la Commission européenne qui a choisi d'intervenir dans la procédure. La Cour de Justice européenne a évalué l’accord sur cette question le 16 juin 2015 et n’a encore rien publié. En juin 2014, un autre recours est présenté par le Polisario pour l’annulation de l'accord de pêche UE-Maroc (publié au JO de l’UE le 16 juin 2014).

L’ASVDH, (Association sahraouie des victimes de violations graves des droits de l’homme commises par l’État marocain) a reçu le 24 août 2015 son « reçu final d'enregistrement » par le Maroc. L'association a été créée en 2005, il a donc fallu 10 ans de demandes et procédures juridiques multiples pour que le Maroc applique son propre droit. Paradoxalement, l’association est connue et reconnue dans le monde entier comme organisation de référence, et ce depuis peu après sa création.

 

Ressources naturelles : le pillage continue sans que les Sahraouis soient jamais consultés

Rappel du droit international sur cette question précise. Hans Corell, alors secrétaire général adjoint aux affaires juridiques et conseiller juridique, a émis en 2002 à la demande du président du Conseil de sécurité un avis sur les activités pétrolières au Sahara Occidental. Si des activités économiques, conclut-il, « devaient être entreprises au mépris des intérêts et de la volonté du peuple du Sahara occidental, elles contreviendraient aux principes de droit international applicables aux activités touchant aux ressources minérales des territoires non autonomes ». H. Corell a depuis lors régulièrement précisé et élargi la portée de son texte à l’ensemble des ressources naturelles du Sahara Occidental. Il faut donc qu’il y ait consultation et accord du peuple pour toute activité concernant les ressources naturelles, et il faut aussi, et c’est indissociable, que ce soit à son bénéfice.

Or le pillage par des compagnies étrangères et au bénéfice du Maroc se poursuit sans que les Sahraouis soient jamais consultés.

Ainsi, l’Américain Kosmos Energy a commencé à forer en mer, au large de Boujdour en décembre 2014. La plateforme pétrolière d’exploitation coûte 600 000 dollars par jour. La première découverte en mars 2015 est non significative. L’entreprise a ensuite déplacé la plateforme et continué à forer.

La compagnie San Leon (Irlande-Grande-Bretagne) veut creuser la terre, à quelques kilomètres d’El Aaiun avec l’entreprise française Entrepose Drilling, du groupe Vinci. Les vives protestations des habitants, du front Polisario auprès de l’ONU et d’organisations de la société civile sont restées sans réponse et sans effet.

L'autorisation de reconnaissance sur le bloc Anzarane Offshore, au Sud, sur plus de 100 000 km2, attribué à Total par le Maroc a été prorogée jusqu'en décembre 2015.

Les compagnies franco-marocaines, Idyl et Azura, produisent des fruits et légumes dans la région de Dakhla. Ces produits entrent en Europe sous couvert de l’accord européen, de façon déloyale et illégale. La Confédération paysanne a saisi le tribunal de commerce de Tarascon à l’encontre de la compagnie Idyl. La procédure est en cours.

Alors que l’eau est un problème crucial dans ce pays quasi désertique, sa gestion à usage domestique en territoire occupé est particulièrement hasardeuse et corrompue. Une information de l’Équipe Média, un groupe de journalistes sahraouis des territoires occupés en donne les détails.

 

Discriminations quotidiennes et problèmes sociaux

En territoire occupé, ce sont des discriminations quotidiennes et violentes contre les Sahraouis s’ils affirment leur identité et revendiquent le respect du droit international. Dans les rues, dans les commissariats, dans les prisons…

Ce sont aussi des expulsions, quasi systématiques ces dernières années, de toutes les délégations étrangères, qui connaissent le droit international, et cherchent à s’informer auprès des Sahraouis.

Dans les campements de réfugiés, ce sont des fréquentes alertes sanitaires des ONG internationales. Malnutrition aiguë (7,6 % des femmes et des enfants), anémie (60 % des femmes, 25 à 30 % des enfants en déficit de croissance). C’est aussi avec l’usure du temps, l’impatience croissante des jeunes, attirés par la reprise des armes, et par la contrebande. Ces dernières années est apparue une petite délinquance qui marque les esprits mais aussi indique la gravité de la situation sociale.

 

Les Sahraouis aux Jeux africains

Le coup d’éclat de la participation de l’équipe nationale sahraouie de football à la coupe du monde non FIFA (N.F.-Board) au Kurdistan en 2012 n’a pas été renouvelé faute de compétition de ce niveau. Néanmoins en 2015, dans le même cadre, l’équipe de la FA sahraouie a rencontré fin juillet, à Lille, l’équipe de la FA Espéranto, à l’occasion du 100e congrès d’espéranto.

Le score final a été de 4-0 en faveur des Sahraouis. L’arbitre a décidé d’arrêter le match à la mi-temps après que les deux équipes eurent constaté que leurs vestiaires avaient été dévalisés et beaucoup de leurs affaires de valeur et papiers volés.

En 2015, pour la première fois de son histoire, le Sahara Occidental a participé aux Jeux africains, organisés par le conseil du sport de l’Union africaine, avec une délégation de 40 sportifs. Cette édition 2015 avait lieu à Brazzaville, au Congo, du 4 au 19 septembre. Il était représenté en athlétisme, boxe, cyclisme, karaté, taekwondo et volley-ball. Les sportifs sahraouis engagés dans le pays de leur exil et dont ils ont pris la nationalité ne peuvent pas y participer pour le Sahara Occidental, particularité qui prive le pays de grand(e)s champions et championnes.

 

Une question clivante pour les progressistes marocains

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la question sahraouie divise radicalement les progressistes marocains en deux camps, tant le royaume féodal en a fait la question de sa survie.

Trois partis qui se revendiquent de la gauche ont fondé la Fédération de la gauche démocratique. Composée du parti socialiste unifié, du parti de l’avant-garde démocratique et socialiste et du congrès Ittihadi, elle a décidé de fonder l’union sur trois principes : la monarchie constitutionnelle, la participation aux élections, la marocanité du Sahara. Par conséquent, ils excluent de fait un autre parti de gauche, la Voie Démocratique.

La Voie Démocratique est le seul parti marocain légal à avoir une ligne claire et constante sur le Sahara Occidental depuis sa création. Les points forts sont l’autodétermination du peuple sahraoui, la laïcité, le changement constitutionnel fondé sur la souveraineté populaire. Puisqu’il s’agissait d’être démocrate, pourquoi faire deux poids deux mesures sur la question du Sahara Occidental quand le droit international ne montre pas d’ambiguïté ? Historiquement, il y a eu une forte émulation idéologique entre les créateurs du Front Polisario et de la Voie Démocratique, alors mouvement clandestin Ila Al Amame. Les militants ont alors payé le prix fort pour cette position, 139 condamnations en 1977, en grande majorité des responsables du groupe de la gauche radicale.

En ce qui concerne la défense des droits de l’homme, l’Amdh (association marocaine des droits humains) partage le principe de l’autodétermination des peuples avec la Voie Démocratique. Elle a une vision cohérente sur les droits humains, et dénonce donc les violations sur les Marocains et Sahraouis.

L’Asdhom (Association de défense des droits de l’homme au Maroc), basée à Paris, dénonce les violences qui ont lieu au Sahara Occidental et mène une campagne de parrainage des prisonniers politiques du Maroc, qui compte des Sahraouis.

Le journaliste Ali Lmrabet, rédacteur des hebdomadaire et magazine Demain, de Doumane, du site web satirique Demain Online, après avoir été condamné et fait 3 ans de prison pour avoir traduit un article espagnol sur le budget royal, accompagné de caricatures, a, en 2005, été condamné à 10 ans d’interdiction d’exercer au Maroc, après un voyage dans les campements de réfugiés sahraouis. Il avait affirmé que les Sahraouis y étaient « réfugiés » et non « séquestrés », comme l’affirme la thèse officielle.

Les 10 ans écoulés, il subit actuellement des tracas administratifs à n’en plus finir, l’empêchant d’exercer son métier, de voyager, d’agir.

Parmi les opposants au système monarchique, le mouvement du 20 février, né en 2011 dans la mouvance des révoltes populaires contre les régimes totalitaires d’Afrique du Nord, n’a pas formulé de position officielle sur la problématique du Sahara Occidental.

De même, d’autres groupes comme celui de Mustapha Adib – ancien capitaine de l’armée de l’air et ancien prisonnier politique condamné pour sa dénonciation de la corruption dans l’armée – (Alliance contre la dictature au Maroc) concentre son combat sur les biens royaux mal acquis, notamment le château de Betz en France. La fortune du roi doit beaucoup aux ressources volées aux Sahraouis. Le groupe n’a pas de position officielle sur le Sahara Occidental mais dénonce régulièrement la répression violente des manifestions pacifiques en territoires occupés.

Actuellement, la position de la Voie Démocratique sur la participation aux élections est le boycott, tant que le parti ne peut pas s’exprimer librement et expliquer son programme. Selon le communiqué de presse du 2 septembre 2015, 83 militants avaient déjà été convoqués ou arrêtés, violentés, placés et gardés abusivement en garde-à-vue, leurs tracts et journaux confisqués et supprimés. Les soutiens français et internationaux dénoncent ces pratiques totalitaires.

 

Qui sont les Sahraouis ?

Les Sahraouis sont traditionnellement nomades. Ils étaient guerriers, chasseurs, marabouts, commerçants, artisans, éleveurs et forgerons. Avant la colonisation et jusqu’en 1975, ils étaient organisés en qabilas (« tribu »), et confédérations de qabilas qui se partageaient le territoire. Chacune interagissait avec les autres, et partageait les valeurs d’hospitalité et de liberté que la sédentarisation forcée durant la période coloniale et l’exil n’ont pas dissoutes.

Le 12 octobre 1975 à Ain Bentili, les Sahraouis déclarent l’unité nationale. Il n’y a plus de qabilas, il y a le peuple sahraoui. Le 12 octobre est un jour de fête nationale depuis lors.

L’esclavage, qui existe en Mauritanie – héritage ancestral pour certaines familles –, a été interdit par les Sahraouis. Cela n’aurait aucune cohérence avec le projet d’indépendance nationale.

On peut néanmoins faire remarquer que les conditions d’exil dans les campements sont telles que chacun travaille pour l’intérêt commun sans recevoir de salaire, mais seulement sa pitance et un toit. Si la liberté fait la différence d’avec le statut d’esclave, sa violation par l’absence de respect du droit international y ramène peut-être dans les faits. Les Sahraouis esclaves du droit ? 9

 

 

Sources

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Sahara_occidental
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Sahara_occidental
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Sahara_occidental
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Sahara_occidental
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Sahara_occidental
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Sahara_occidental
(7) Publié par Afrique en lutte  https://www.npa2009.org/idees/sahara-occidental-un-territoire-decoloniser
(8) René Cyrille  http://www.lutte-ouvriere-journal.org/2001/09/14/referendum-au-sahara-occidental-lonu-soutient-ouvertement-la-monarchie-marocaine_3509.html
(9) Publié par Afrique en lutte  https://www.npa2009.org/idees/sahara-occidental-un-territoire-decoloniser