Les États-Unis

 

 

Les Amérindiens

Les Amérindiens sont les premiers occupants du continent américain et leurs descendants. En 1492, l’explorateur Christophe Colomb pense avoir atteint les Indes orientales alors qu’il vient de débarquer en Amérique, aux Antilles. À cause de cette erreur, on continue d’utiliser le mot « Indiens » pour parler des populations du Nouveau Monde. Avec les travaux du cartographe Martin Waldseemüller au début du XVIe siècle, on commence à parler de « continent américain », en l’honneur du navigateur italien Amerigo Vespucci ; ses habitants deviennent les « Indiens d’Amérique » pour les distinguer des populations de l’Inde.

En absence d’appellation qui fasse consensus, on utilise parfois les expressions de « premières nations » ou « premiers peuples ». La formule « Peaux rouges » est ancienne et n’est jamais utilisée aux États-Unis où l’on préfère les expressions Native Americans (Américains d’origine), Native peoples (peuples d’origine), American Indians (Indiens d’Amérique), First Nations (premières nations), Aboriginal Peoples (peuples aborigènes), Indigenous Peoples of America (peuples indigènes d’Amérique), Amerindians (Amérindiens) ou encore Amerinds ; mais aucun n’est vraiment satisfaisant en raison de la diversité de ces peuples et parce que ces derniers les rejettent et préfèrent employer leur nom d'ethnie ou de tribu.

L'arrivée des Européens en Amérique du Nord à partir du XVIe siècle provoqua d'importantes conséquences sur les Amérindiens : leur nombre s'effondra à cause des maladies, des guerres et des mauvais traitements. Leur mode de vie et leur culture subirent des mutations. Avec l'avancée de la Frontière et la colonisation des Blancs américains, ils perdirent la majorité de leur territoire, furent contraints d'intégrer des réserves. Leur situation démographique, sociale et économique ne cessa de se dégrader. Depuis les années 1970, la communauté amérindienne connaît un certain renouveau : leur population augmente, la pauvreté recule lentement, les traditions revivent. Si les Amérindiens sont désormais des citoyens à part entière, ils restent malgré tout à la traîne du développement américain.

 

Rapport à la nature

Pour les Amérindiens des États-Unis la Terre est leur mère. Tout ce qui est dans la nature, êtres vivants ou non, participe au lien sacré de la vie. Chacun à sa manière remplit sa mission. L’homme n’a pas tissé la toile de la terre : il en est simplement le fil. Chaque élément naturel, chaque animal est digne de respect. Dans sa réponse, en 1854, au gouvernement américain qui lui proposait d'abandonner sa terre aux blancs le Chef Seattle déclarait : « (Dieu a créé la terre). La terre Lui est précieuse, et la maltraiter, c’est mépriser son Créateur. J'ai vu des milliers de bisons qui pourrissaient dans la prairie, laissés là par l'homme blanc qui les avait tués d'un train qui passait. Si nous nous décidons à accepter (votre offre), j’y mettrai une condition : l’homme blanc doit traiter les bêtes de cette terre comme ses frères et sœurs ».

 

 

Organisation sociale et politique

L’organisation sociale varie selon les peuples. En schématisant, on peut distinguer deux groupes : des sociétés égalitaires et animistes d'une part, et des sociétés hiérarchisées et déistes d'autre part. Dans le Nord-Ouest, les Amérindiens ont développé une stratification sociale importante, tandis qu’elle est quasi inexistante chez les Navajos, pour lesquels la famille est la base de la société. D’autre part, la notion de propriété privée des terres et des habitations est parfaitement étrangère aux Amérindiens. Chez les peuples sédentaires les travaux dans les champs ou la chasse des grands animaux nécessitent une certaine organisation sociale.

Les femmes ont une place importante dans la vie des tribus. Elles préparent le bison ou les récoltes et elles s’occupent des enfants. Une mère peut avoir suffisamment d’influence pour dissuader son fils de partir à la guerre. Chez les Navajos et les Iroquois, le mode de filiation est matrilinéaire.

Depuis l'effondrement des civilisations du Mississippi et du Sud-Ouest, il n'existait pas d'État en Amérique du Nord. Les Amérindiens se répartissent en tribus, parfois subdivisées en clans, en bandes et en gentes ont des caractéristiques communes : leurs membres élisent et déposent leur chef ; ils sont solidaires les uns des autres et défendent leurs intérêts mutuels. Ils sont enterrés au même endroit. Les membres de la tribu partagent un même sang, un même territoire, une même langue et des coutumes similaires. Le chef de la tribu, parfois appelé sachem, est responsable du bien commun. Il est choisi pour ses capacités et sa sagesse, même si certaines tribus connaissent la transmission héréditaire du pouvoir. Les Amérindiens de l’époque précolombienne n’ont pas de lois écrites mais disposent de normes orales (Gayanashagowa des Iroquois). Les délibérations et les décisions ont lieu autour du feu.

 

La guerre

Bien que les Amérindiens ne soient pas organisés en États, les guerres entre tribus sont fréquentes : avant l'arrivée de Blancs, elle se manifeste par des raids pour montrer son courage ou pour enlever des femmes. Par exemple, à l’Est, les Sénécas (une tribu iroquoise) affrontent régulièrement les Cherokees. Dans les Hautes Plaines, les Sioux massacrent les Mandans et les Apaches s’attaquent fréquemment aux Pueblos dans le Sud-Ouest. Au début du XVIIe siècle, les colonisateurs français prennent part aux attaques des Algonquins et des Hurons contre leurs ennemis iroquois. Ces derniers répliquent au milieu du XVIIe siècle et finissent par affaiblir la confédération des Hurons. Les guerriers les plus redoutables sont les Indiens des Plaines.

Tous ces conflits sont des guerres de territoire, d’honneur, de pillage ou de vengeance. Le courage et la bravoure sont des principes fondamentaux chez les Amérindiens. Le combattant valeureux tient ainsi une place importante au sein de la tribu. Les traités d’alliance sont discutés autour du feu du grand conseil. La paix est annoncée par le calumet, la guerre par la hache. Aucun document n’est signé car la parole d’honneur suffit. Les cérémonies qui précèdent la bataille consistent en des danses de guerriers en armes et des rites de purification. Avant l’attaque, les Amérindiens lancent leur cri de guerre qui doit effrayer l’ennemi et souder le groupe. Après la guerre, les plus courageux reçoivent des distinctions honorifiques : collier de griffes d'ours, coiffe de plume.

En général, les femmes et les enfants sont épargnés lors des attaques. Certains prisonniers sont adoptés (chez les Iroquois), d’autres sont torturés ou frappés à coups de bâton. Certains guerriers mangent les organes des vaincus ou gardent des trophées (doigts ou scalp). Avant l’arrivée des Européens, les Indiens ne disposent que d’armes rudimentaires : hache, Tomahawk, flèches et arc, massue, couteau...

 

Économie et vie quotidienne

L’agriculture amérindienne est traditionnelle et essentiellement vivrière, même si certains produits peuvent faire l’objet d’un commerce. Ignorant les techniques de la métallurgie, ils ne disposent pas d’outils en fer et travaillent la terre au moyen d’instruments agraires simples, en bois et en pierre : houe, plantoir, etc. Les omoplates de bisons servent à fabriquer des sortes de bêches. En général, les travaux agricoles reviennent aux femmes, ainsi que la préparation des repas. Les productions agricoles varient en fonction du climat ; cependant, les principales plantes cultivées, que les Amérindiens surnommaient les « Trois Sœurs », étaient la courge, le maïs et le haricot. Selon les aires culturelles, on peut trouver du tabac, du tournesol ou du coton. Les peuples sédentaires savent mettre en œuvre des procédés pour améliorer les rendements : irrigation dans le Sud-Ouest, engrais et associations culturales dans le Nord-Est, brûlis … Les Amérindiens ne connaissent qu’un seul animal domestique avant l’arrivée des Européens : le chien. Il est un compagnon de chasse et de garde. Certains peuples pratiquent également l’élevage de la dinde.

Les Amérindiens pratiquent un jeu de balle, ancêtre de la crosse : apparu au XIe siècle en Mésoamérique ou au Mexique, il se diffuse dans la région des Grands Lacs et la Côte Est des États-Unis. Certains anthropologues ont vu dans ce sport une sorte de substitut à la guerre. Il existe d'autres jeux comme le Handgame.

 

L'arrivée des Européens (XVIe /XIXe siècles)

Les Amérindiens sont d'abord décrits, dans le cadre de l'interprétation du Mythe de la Frontière (mythe associant esprit pionnier et innovation qui est devenu un gimmick incontournable en politique), comme des obstacles à la conquête de l'Ouest euro-américaine.

 

Il est très difficile d’estimer le nombre d’Amérindiens à la veille de la conquête européenne : l’historien Russel Thorntorn évalue à environ 7 millions le nombre d’habitants vers 1500. Selon d’autres sources, la population en Amérique du Nord était de un ou deux millions d’habitants à 12 millions au début du XVIe siècle.

 

Exploration et colonisation

À partir du XVIe siècle, les puissances européennes se lancèrent dans l’exploration et la colonisation de l’Amérique du Nord. Ils établissent des relations plus ou moins conflictuelles avec les indigènes, dans un contexte de concurrence coloniale. Ils se servent des rivalités entre les tribus et cherchent à dresser les Amérindiens les uns contre les autres.

Dans le Sud-Ouest des États-Unis actuels, les Espagnols étendent leurs colonies de Nouvelle-Espagne depuis le Mexique. À partir de la fin du XVIe siècle, ils s’établissent sur les territoires des Indiens Pueblos qu’ils réduisent en esclavage par le système de l’encomienda. Les frères franciscains évangélisent les peuples de Californie, du Nouveau-Mexique et du Texas grâce à un réseau de missions. Ils n'hésitent pas à recourir au travail forcé, à la torture et aux exécutions pour les Amérindiens qui persistent à pratiquer leurs rites traditionnels. L’armée espagnole doit faire face à plusieurs révoltes au XVIIe siècle : en 1680, la révolte Pueblo dirigée par Popé provoque l'évacuation temporaire de la région par les Espagnols. Dès 1784, une politique d'extermination des Apaches est mise en place : il s'agit de massacrer tout Apache de plus de sept ans. Après 1821, la région passe sous la souveraineté mexicaine. Après l'expédition d'Hernando de Soto (1539-1542), les Espagnols étendent leur influence sur les régions du Sud-Est. Les Amérindiens sont massacrés, réduits en esclavage avant d'être déportés dans les Caraïbes.

Sur la côte orientale, les Britanniques fondent les 13 colonies à partir du XVIIe siècle. Les colons sont beaucoup plus nombreux que dans les autres colonies d’Amérique du Nord et les Amérindiens sont refoulés vers l’Ouest, notamment à cause de l’accaparement de leurs terres (pratique du squatting). Les tribus du Nord-Est s’engagent dans les rivalités franco-britanniques au XVIIIe siècle, pendant la Guerre de Sept Ans.

Dans les Grandes Plaines et dans la vallée du Mississippi, les Français contrôlent l’immense territoire de la Louisiane. Ils font du commerce avec les Amérindiens et organisent la traite des fourrures. Malgré quelques affrontements violents (guerre des Renards, soulèvements natchez et expéditions contre les Chickasaws), les relations franco-indiennes sont relativement bonnes en Louisiane, parce que les Français ne sont pas nombreux. L’impérialisme français s’exprime par quelques guerres et la mise en esclavage d’un certain nombre d’Amérindiens dès le début du XVIIIe siècle, malgré l'interdiction officielle. Ces esclaves sont capturés par les tribus au cours de raids et de batailles.

Enfin, les Russes cherchent à satisfaire la demande des Chinois en fourrures venues des côtes du Nord-Ouest : ils contraignent les indigènes à chasser la loutre de mer.

 

Conséquences sur les Amérindiens

Les Européens introduisent des maladies inconnues des Amérindiens (variole, grippe) qui font des ravages. On estime que, dans les régions les plus touchées par les épidémies, la population a pu se réduire de 90 % avant 1650.

Les Amérindiens échangent avec les Blancs de nouveaux produits, qui modifient leurs modes de vie et tend vers l'uniformisation des cultures : alcool, armes, blé, objets en métal, nouvelles plantes et animaux. La diffusion du cheval vers les Grandes Plaines s'intensifia après la révolte des Pueblos en 1680 dans le Sud-Ouest. Au Texas actuel, le cheval renforça le nomadisme de plusieurs tribus et contribua à modifier leur répartition géographique. Les Navajos se mettent à élever les moutons, introduits par les Espagnols. Les Cinq tribus civilisées (Cherokee, Chickasaw, Choctaw, Creek, Seminole) étaient considérées comme « civilisées » par la société blanche pour avoir adopté beaucoup de coutumes occidentales (dont la possession de plantations, de maisons à l'européenne et d'esclaves noirs) et avoir de bonnes relations avec leurs voisins. L'arrivée des Blancs modifia également les rapports politiques en exacerbant les rivalités et les relations sociales (montée de chefs amérindiens, du machisme). Les Amérindiens tentèrent de s'unir contre l'invasion en formant des ligues et des alliances : les plus célèbres sont celles des Iroquois, des Hurons et des Creek qui réunirent quelques 50 cités disposant chacune d’un chef et d’un conseil. Les tribus se réunissent en conseils (chez les Cheyennes, le conseil des 40 chefs). En période de guerre, les tribus se regroupent en confédérations, mais ces alliances sont la plupart du temps éphémères.

L’Amérique du Nord est vue comme une terre à évangéliser : la christianisation est en partie acceptée par une partie des Amérindiens lorsqu’ils peuvent l’assimiler à leurs cultes traditionnels, il arrive alors que les deux cultures cohabitent dans une bonne intelligence sous l'impulsion de missionnaires plus libéraux. Si la plupart du temps les Européens méprisaient des Amérindiens, certains Européens s’unissent à des Amérindiennes comme certains coureurs de bois français. Pocahontas épouse l’Anglais John Rolfe en 1613. Dans le regard des Européens, l’Indien est au mieux un bon sauvage qu’il faut civiliser, au pire un diable à convertir, à réduire en esclavage, ou à massacrer : en 1763, le commandement anglais de Pennsylvanie fournit aux Indiens des vêtements infestés des germes de la variole.

L'arrivée des Européens provoqua d'importantes migrations ou encore des guerres entre tribus pour le contrôle du commerce. Par exemple, les Sioux ont quitté les forêts de l’ouest du Wisconsin et du centre du Minnesota pour migrer vers l’ouest et le sud à partir du milieu du XVIIe siècle.

Enfin, l'invasion européenne puis américaine engendra une profonde crise morale, qui s'est manifestée par des suicides et une augmentation de la criminalité.

 

Les guerres indiennes et l'ethnocide (XIXe siècle)

La cause principale de ces conflits est la volonté expansionniste des treize colonies britanniques en Amérique du Nord puis du gouvernement américain, qui se traduit par les guerres mexico-américaines, la conquête de l'Ouest par des colons recherchant des terres et de l’or, ce qui renforce l’animosité entre les deux peuples. Ces conflits ont fait l’objet de représailles, de massacres et de pillages de la part des deux camps. Parmi les guerres indiennes les plus connues, on peut citer les guerres séminoles en Floride (entre 1817 et 1858) et la guerre des Black Hills (1876-1877) contre les Sioux.

En 1862, les Sioux Santees massacrent 1 500 hommes, femmes et enfants américains dans le Minnesota. Le 25 juin 1876, la célèbre bataille de Little Big Horn tourne à la tuerie des hommes du lieutenant-colonel Custer par les guerriers menés par Sitting Bull. Le dernier épisode des guerres indiennes est le massacre de Wounded Knee (29 décembre 1890) au cours duquel 250 Indiens Sioux Miniconjous et le chef Big Foot sont tués par les soldats du 7e de cavalerie.

Cependant les relations entre Indiens et Européens n’ont pas toujours été violentes : en 1805, l’expédition Lewis et Clark qui part de Saint-Louis pour rejoindre le Pacifique, a souvent été aidée par des tribus amérindiennes.

 

Déportation et assimilation

Au XIXe siècle, les Amérindiens sont parqués dans des réserves et leur principal gibier, les troupeaux de bisons, exterminés pour leur fourrure sous les incitations du gouvernement fédéral.

Les Amérindiens furent ainsi affamés (prime au massacre de bisons), spoliés de leurs terres par la violence et la fourberie (non-respect des accords signés) et privés de leur liberté de culte ainsi que du droit de parler leurs langues.

La construction du premier chemin de fer transcontinental et l’arrivée des colons par les pistes de l’Ouest dévaste le territoire des Indiens des Plaines. Cette politique est fréquemment nommée ethnocide, terme désignant l’extermination d’une culture. De nombreux Indiens se laissent mourir de désespoir : ce fut le cas des Creeks. Au total, ce sont tous les aspects de la conquête de l'Ouest qui provoquent le déclin de la population et de la culture indigène. L'historien Howard Zinn écrit : « le coût en vie humaine [de l'expansion territoriale vers l'Ouest] ne peut être estimé avec précision. Quant aux souffrances, elles sont purement et simplement incommensurables. »

Le Bureau des affaires indiennes (Bureau of Indian Affairs ou BIA) est ouvert en 1824. En 1830, l’Indian Removal Act inaugure la politique de déplacement des populations indiennes toujours plus vers l’Ouest : le président de l’époque, Andrew Jackson, fait voter une loi déportant les Amérindiens de l’est du Mississippi à l’ouest de ce fleuve, principalement en Oklahoma, afin d’exploiter l’or situé sur leurs territoires, dans l’Ohio et installer les migrants venus d’Europe. Cette loi est déclarée anticonstitutionnelle par la Cour Suprême et entraîne des guerres avec les Cherokees jusqu’en 1838. Jusqu’en 1850, 100 000 Indiens sont déportés. L’épisode le plus célèbre reste celui de la Piste des Larmes en 1838-1839. Ce nom vient des larmes de compassion versées par les Américains qui voyaient passer les Cherokees devant eux. Cette déportation forcée fit au moins 4 000 victimes, à cause du froid, des maladies et de l’épuisement.

Dans le Territoire Indien, les cinq tribus civilisées s’établissent dans des villes et apportent avec eux leurs esclaves noirs. Ils sont surveillés et encadrés par une série de forts construits par le gouvernement fédéral à proximité des réserves. Les terres sont attribuées aux tribus qui les gèrent librement. Les Cherokees relancent leur journal, fondé en 1828, alors que les Creeks rédigent une constitution originale. Tous fondent des écoles de village et développent l’enseignement secondaire. Ils réorganisent leurs églises dans lesquels les pasteurs prêchent en langue indigène. Certains Indiens réussissent à entreprendre des études dans les universités américaines. Mais l'école est avant tout un instrument d'assimilation : les enfants amérindiens perdent leurs repères traditionnels en étant coupé de leur famille. Ils sont contraint d'apprendre de l’anglais et de porter l'uniforme scolaire.

En 1887, le Dawes Act permet la mise en vente des terres des tribus à des particuliers. Amendé en 1891 et 1906, il resta en application jusqu'en 1934.1

 

L'une des plus graves violations des droits de l'homme dans le monde

« En effet, peu rappellent le grand mouvement de délocalisation qui fut la conséquence de l'Indian Removal Act [Loi sur le Retrait Indien, NDA] lequel, au milieu du XIXe siècle, contraint les Indiens à délaisser leurs terres historiques au gouvernement pour se concentrer dans les zones qui leur étaient réservées en échange. En 1890, il était devenu interdit aux Indiens de sortir hors de leurs réserves afin de s'approvisionner en nourriture. Une étude du Professeur Jeffrey E.Holm, de l'Université de Médecine du Nord Dakota, a mis en évidence que le changement de régime alimentaire imposé durant des décennies aux tribus indiennes a engendré une surmortalité aujourd'hui toujours existante, en raison des pathologies qu'elles ont engendrées pour des peuples qui ne pouvaient plus se nourrir comme ils l'avaient fait durant des millénaires.

En 2010, les États-Unis, dans la foulée du Canada, fut le dernier pays au monde à ratifier la Déclaration des droits des Peuples indigènes aux Nations-Unies. Une des rares concessions faites par un pays qui place souvent l'Histoire au dernier rang de ses préoccupations, si ce n'est pour en offrir une version idéalisée. Mais en l'espèce, il est impossible d'idéaliser la réalité sur laquelle s'est construite l'Amérique. En effet, 90 % des tribus amérindiennes ont disparu à la suite de l'arrivée des Européens en Amérique du Nord, la plus grande partie à cause des maladies, la partie restante par les armes.

Mais ce n'est pas tant cette réalité historique qui rend ces jours-ci le rôle du Professeur James Anaya complexe, en tant que Rapporteur spécial des Nations-Unies sur les Peuples indigènes. Bien que, pour la première fois de leur histoire, l'organisation se penche, du 23 avril au 4 mai, sur le sort des Indiens d'Amérique, ce qui en soit est déjà un événement notable, c'est avant tout pour regarder en face une réalité qui n'est pas celle du passé mais celle du présent.

Cette réalité concerne les 2,7 millions d'Indiens vivant actuellement sur le territoire des États-Unis, et qui constitue l’un des cas de violation des droits de l'homme a grande échelle le plus emblématique de toutes les nations développées.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes :

Les Indiens d'Amérique vivent en moyenne 6 ans de moins que les autres Américains.

  • Ils ont 770 % de risques en plus de mourir d'alcoolisme
  • Ils ont 665 % de risques en plus de mourir de Tuberculose
  • Ils ont 420 % de risques en plus de mourir de Diabète
  • Ils ont 280 % de risques en plus de mourir d'accidents
  • Ils ont 52 % de risques en plus de mourir de Pneumonie et de Grippe

 

Un Apartheid constitutionnel

Les Indiens d'Amérique se sont vus accorder la citoyenneté américaine en 1924. Mais ils ont pour longtemps encore été exposés au même sort que les Noirs américains, empêchés d'accéder à l'enseignement scolaire, victimes de la ségrégation.

Ce n'est qu'en 1969 qu'ils se sont organisés, dans la foulée de la loi sur les Droits civils des Indiens votée l'année précédente. C'est à cette époque qu'ils ont obtenu ce dont les Américains blancs jouissaient depuis deux siècles : la liberté d'expression et d'information, la protection contre les recherches et les arrestations arbitraires, le droit d'engager un avocat pour se défendre, la protection contre les punitions inhumaines et dégradantes, contre les cautions excessives, l'abolition de la peine systématique d'un an d'emprisonnement ou de 5000 dollars d'amende quel que soit le délit commis, le droit d'être jugé par un jury, et ainsi de suite.

Mais à l'heure actuelle, aucun Indien d'Amérique, citoyen des États-Unis, n'a accès à la plénitude des droits des autres citoyens américains. Une réalité qui peut prendre des aspects accablants pour l'Administration américaine. Ainsi, le 6 novembre 2008, le Gouverneur du Dakota du Sud, Michael Rounds, décrète l'état d'urgence car son État est recouvert par une épaisse couche de neige et de glace qui le paralyse. Mais les réserves indiennes seront exclues du dispositif.

 

La guerre des États contre les Tribus

Mais le pire pour ces tribus à l'heure actuelle vient probablement de la pression des États pour s'accaparer leurs terres. Les conflits sont nombreux à travers tout le pays. Ils sont allumés sous divers motifs, comme la volonté du Gouverneur de New York, en 2007, d'étendre la taxation de l'État aux territoires de la Nation des Seneca, ce qui a engendré une violente bagarre juridique. Et bien que les territoires laissés aux Indiens soient pour la majorité pauvres en ressources et difficiles d'accès, leur contestation par les États qui les abritent sont de plus en plus courantes.
Toutefois, la pente naturelle démographique et sociologique suivie par cette population dont la Constitution américaine fait fi devrait se résoudre par le procédé le plus naturel du monde dans les décennies qui viennent : l'extinction. »2

 

 

 

De la formation des États-Unis d’Amérique à la Première Guerre mondiale

 

 

 

Période coloniale (1492-1775)

Christophe Colomb découvre le continent américain en 1492 puis explore l’actuelle Porto Rico l'année suivante. Au XVIe siècle, les puissances européennes à la recherche du passage du Nord-Ouest et de richesses, naviguent puis s’installent le long du littoral atlantique. Ici se succèdent des colonies espagnoles, anglaises, françaises, néerlandaises et scandinaves plus ou moins permanentes. Les établissements les plus célèbres et les plus anciens sont ceux de Saint Augustine (Floride, 1565), Jamestown (1607) et Plymouth (fondée par les Pères pèlerins puritains en 1620). Au sud-ouest, les Espagnols agrandissent la Nouvelle-Espagne en menant des expéditions depuis le Mexique. Au nord-ouest, les Russes s’installent le long de la côte Pacifique. Les Blancs entrent en contact et font du commerce avec les peuples autochtones. Mais les Amérindiens ne résistent pas aux épidémies introduites par les Européens (variole, rougeole), à l’acculturation (alcool, armes à feu), aux massacres et aux guerres coloniales.

Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles se forment progressivement les treize colonies britanniques de la côte orientale, ancêtres des États-Unis. La colonisation est assurée par des compagnies et un système de chartes. Les Français explorent la vallée du Mississippi et fondent la Louisiane. L’Amérique du Nord devient rapidement un enjeu entre les puissances coloniales : l'Angleterre (devenue la Grande-Bretagne en 1707 à la suite de son unification avec l'Écosse) assure peu à peu sa suprématie en remportant les guerres anglo-néerlandaises puis la guerre de Sept Ans (1763) contre la France, qui perd ses possessions de l’est du Mississippi. Le peuplement se fait essentiellement par des migrants britanniques et par la traite négrière. Les esclaves noirs sont employés dans les plantations de tabac du sud mais aussi pour le développement des infrastructures. Vers 1775, les treize colonies sont prospères et comptent plus de deux millions d’habitants.3

 

Une république bourgeoise

Les dirigeants des colons d’Amérique ont mené, lors de leur guerre d’indépendance contre la Grande-Bretagne entre 1776 et 1783, le premier soulèvement contre une domination coloniale. Mais les insurgés américains n’étaient pas des esclaves noirs se soulevant contre leurs maîtres, comme ce fut le cas peu après à Saint-Domingue, la future Haïti. C’étaient des descendants de colons venus d’Europe, et leurs dirigeants étaient de riches bourgeois, qui n’acceptaient plus le pacte colonial, c’est-à-dire le lourd tribut fiscal et économique prélevé par la Grande-Bretagne, ainsi que l’obligation de commercer avec elle plutôt qu’avec les autres pays ou même les autres colonies. En bourgeois, les « patriotes » américains voulaient la liberté de commercer et d’entreprendre. Et l’État qui sortit de la guerre d’Indépendance défendait ces intérêts-là seulement.

 

La fameuse Constitution des États-Unis ne mentionnait même pas les Indiens. Elle ne reconnaissait aucun droit aux Noirs. Et les dirigeants du nouvel État ne voulaient pas non plus laisser les Blancs pauvres interférer dans les affaires de la bourgeoisie : les non-propriétaires étaient souvent privés de droits civiques et de nombreux garde-fous institutionnels, comme la séparation des pouvoirs, le suffrage indirect, les deux chambres du Congrès dont un Sénat renouvelé par tiers, étaient mis en place contre ce qu’ils appelaient la « tyrannie de la populace ». Les capitales des différents États et même celle de l’Union, Washington, furent délibérément choisies à l’écart des principaux centres de population. Le nouvel État se construisait en massacrant les Indiens, sur la sueur et le sang des esclaves noirs, et même contre les Blancs pauvres.

Les États-Unis se sont développés extrêmement vite - Washington, qui commandait les armées de la jeune nation avant d’en devenir le premier président, en parlait comme d’un « empire qui se lève » dès 1783. Le pays a été, dès ses origines, la nation capitaliste par excellence, le capitalisme à l’état pur si on peut dire. En Europe, à la même époque, la société était marquée par la féodalité et par les archaïsmes de l’Ancien Régime. La bourgeoisie se heurtait à un fatras d’arriérations : le parasitisme de l’aristocratie, du clergé et des monarchies ; le morcellement du territoire en une multitude de fiefs, de duchés et autres principautés, qui ne faisaient souvent pas plus de quelques dizaines de kilomètres carrés, mais qui représentaient autant d’impôts, de péages, de taxes, de privilèges, de monnaies, de systèmes de poids et mesures ou de législations différentes. En France, cela fut vrai au moins jusqu’à la Révolution ; en Allemagne, l’unité ne fut réalisée qu’en 1871, et encore tout en préservant des royaumes et autres archaïsmes ; en Grande-Bretagne, tout au long du XIXe siècle, l’aristocratie a continué à peser et la monarchie n’a pas été abolie. Aux États-Unis, le territoire était, pour l’essentiel, libre de tout cet héritage de l’Ancien Régime, il était vierge d’une certaine manière. La bourgeoisie et le capitalisme pouvaient s’y développer sans autres entraves que les Indiens.

 

Une nation jeune et expansionniste

Dès ses premières années, la République américaine, qui était encore, par rapport aux vieilles puissances européennes, un État petit, s’est affrontée à celles-ci. Ainsi, dix ans après leur naissance, les États-Unis ont été en guerre avec la France, qui avait pourtant été l’alliée des colonies américaines contre les Anglais ! C’était en 1798 : la France était en guerre avec l’Angleterre, notamment dans les Caraïbes. La Révolution française rencontrait un certain soutien dans les couches populaires des États-Unis et une hostilité comparable chez leurs dirigeants, qui choisirent bientôt le camp britannique. Ils firent voter une législation permettant d’expulser les Français, censés être de dangereux agitateurs républicains. Et les affrontements navals et les prises de navires se multiplièrent entre Français et Américains, au cours d’une guerre non déclarée mais réelle, de 1798 à 1800. Accessoirement, les États-Unis, malgré leur hostilité au nouvel État noir indépendant, aidèrent Toussaint Louverture, qui luttait à Saint-Domingue contre la tutelle française. En 1800, France et États-Unis firent la paix et, en 1803, les États-Unis devaient acheter la Louisiane à la France, un vaste territoire, bien plus grand que la Louisiane d’aujourd’hui.

En fait, au-delà de l’hostilité vouée à la Révolution française par les dirigeants américains - pour l’essentiel issus des grandes familles bourgeoises, quand ils n’étaient pas tout simplement des planteurs esclavagistes cossus, à l’instar de Washington, de Jefferson et de tant d’autres - ce que cette première guerre montrait, c’était surtout la détermination des États-Unis à garantir la navigation de leurs bateaux de commerce. Cette résolution fit d’emblée partie des objectifs de la politique étrangère américaine.

Alors qu’en Europe on se battait encore pour des raisons dynastiques, c’est pour protéger leurs intérêts commerciaux à l’étranger, notamment les exportations des produits de leur agriculture, que, dès leurs débuts, les États-Unis ont fait usage de la force. Au cours du seul XIXe siècle, les États-Unis sont intervenus militairement 99 fois à l’étranger. C’était parfois bien loin, par exemple dans la Méditerranée dès 1801-1805, contre le pacha de Tripoli. C’était une petite guerre où il s’agissait pour les Américains de protéger leurs bateaux de commerce de la piraterie. Le président Jefferson envoya une escadre de frégates qui attaquèrent les bateaux du pacha, firent le blocus de Tripoli où le consul américain fomenta une « révolution », levant une armée de quelque 400 hommes et contraignant le sultan à accepter un accord satisfaisant pour Washington. Cette guerre connut un autre épisode, en 1815, qui opposa cette fois-ci la marine américaine non seulement au pacha de Tripoli, mais aussi aux sultans d’Alger et de Tunis ; désormais, les États-Unis auraient en permanence une escadre en Méditerranée. L’histoire américaine a appelé cela la guerre « barbaresque » ; et comme les « barbares » étaient musulmans, après le 11 septembre 2001, plusieurs auteurs américains ont vu, sans rire, dans ces expéditions navales les origines du choc des civilisations et la première « guerre contre la Terreur » menée par les États-Unis !

Cependant, en 1801, les États-Unis n’avait guère les moyens de mener de grandes entreprises loin de leurs bases. Entre 1812 et 1815, pour protéger leur commerce et garantir leurs frontières, ils durent mener sur leur propre territoire une nouvelle guerre contre la Grande-Bretagne. Il leur fallait d’abord consolider leur place au sein même des Amériques. Et c’est dans ce cadre que s’inscrit la doctrine Monroe de 1823. Les colonies espagnoles en Amérique conquéraient leur indépendance et les dirigeants des États-Unis redoutaient que les autres puissances européennes montantes comme la Grande-Bretagne n’en profitent pour étendre leur présence. Aussi le président Monroe revendiquait « l’Amérique aux Américains ». En échange, les États-Unis s’abstiendraient d’intervenir dans les affaires de l’Europe. Cette doctrine Monroe devait rester une des pierres angulaires de la politique étrangère américaine - enfin, surtout son côté « l’Amérique aux États-Unis », parce qu’on verra qu’à partir de la Première Guerre mondiale, les États-Unis se sentiront suffisamment forts pour intervenir directement en Europe.

 

La conquête de l’Ouest

Et puis, au début du XIXe siècle, les États-Unis se trouvaient à l’étroit dans les limites des treize anciennes colonies, entre la chaîne montagneuse des Appalaches et l’océan Atlantique, entre les possessions britanniques du Canada au nord et celles de l’Espagne au sud. Et la première expansion, le premier empire des États-Unis, ce fut leur empire intérieur. Un futur président américain, John Quincy Adams, l’écrivit en 1811 : « Tout le continent de l’Amérique du Nord semble être destiné par la Divine Providence à être peuplé par une seule nation, parlant une seule langue, professant un seul système général de principes politiques et religieux. » C’est ce que, en 1845, un journaliste new-yorkais a appelé la « destinée manifeste » [de notre peuple] « à envahir le continent qui nous a été alloué par la Providence pour [notre] libre développement ». Cette expression ajoutait une justification morale à l’expansion territoriale, aux rapines et aux massacres auxquels les colons se sont livrés.

Ces colons n’étaient pas forcément riches, loin s’en faut, mais ils étaient Blancs, souvent protestants et anglophones. Au cœur des mythes fondateurs de la nation américaine, il y a cette idée qu’elle s’est construite contre la tutelle coloniale - ce qui est vrai -, et qu’elle n’allait jamais user du colonialisme contre d’autres peuples. Mais en fait, très vite, pour leur développement propre, les États-Unis ont colonisé par les armes des terres vers l’ouest, des terres qui étaient habitées et dont les habitants ont été vaincus, parfois décimés, mais de toutes les façons dépossédés de leurs territoires.

Les guerres contre les Indiens, commencées avant l’indépendance des États-Unis, se sont poursuivies et multipliées après. La conquête de l’Ouest n’était pas le seul fait des colons, c’était la politique de l’État fédéral, qui envoyait des troupes - dans les fameux « forts » - loin à l’ouest des grandes zones de peuplement de la côte Atlantique. Le but était d’obliger les Indiens à renoncer à leurs terres, convoitées par les colons anglo-américains. Ce fut un véritable génocide. On estime que peut-être dix millions d’Indiens peuplaient l’Amérique du Nord lors de l’arrivée des premiers Européens ; à la fin du XIXe siècle, ils n’étaient plus que 250 000 aux États-Unis, parqués dans des réserves sordides.

Les guerres contre les Indiens, menées jusqu’à leur point final en 1890, ont donc permis aux États-Unis d’étendre leur territoire. Mais elles n’auraient pas suffi sans celles menées contre le Mexique. En effet, au cours de la première moitié du XIXe siècle, les États-Unis connaissaient un développement rapide. L’essentiel de la population était alors faite de cultivateurs- des fermiers indépendants au nord et à l’ouest, des planteurs esclavagistes au sud. Un des obstacles à l’expansion vers l’ouest, c’était la présence du Mexique, qui possédait l’essentiel des terres à l’ouest du Mississippi - l’équivalent de la moitié des États-Unis d’aujourd’hui.

Cela se fit en trois temps. Première étape : dès 1819, la Floride espagnole fut acquise par les États-Unis en échange de leur promesse de ne pas toucher à l’immense Texas. Deuxième étape : le Texas. Il faisait un million de kilomètres carrés. Une fois que le Mexique eut arraché son indépendance, en 1821, il s’étendait donc sur les anciens territoires espagnols, soit tout l’ouest américain. En 1836, les colons blancs anglo-saxons qui étaient devenus majoritaires au Texas se séparèrent du Mexique, qui avait un régime despotique, pour devenir une « République à une seule étoile ». En 1845, les États-Unis, acceptèrent ensuite l’admission dans l’Union du Texas, qui s’étendait sur six des États actuels, et qui devint donc américain. Troisième et dernière étape : le reste des possessions mexicaines. Elles couvraient notamment cinq des États actuels, dont l’immense Californie sur la côte ouest. Aux États-Unis, on présenta les Mexicains comme un peuple inférieur, qui devait céder la place, comme les Indiens l’avaient fait. Et, de 1846 à 1848, les États-Unis leur livrèrent une pure guerre de rapine. La partie était inégale, vu leur dynamisme économique. La capitale, Mexico, fut mise à sac par les troupes américaines et 25 000 Mexicains furent tués ou blessés. Les États-Unis mirent la main sur toutes les terres au nord du Rio Grande, soit plus de 1,5 million de kilomètres carrés. Le Mexique perdait 40 % de son territoire, les États-Unis augmentaient le leur d’un tiers. En 1835, les deux pays avaient une superficie et une population voisines ; en 1848, les États-Unis étaient quatre fois plus grands et trois fois plus peuplés que le Mexique.

Les États-Unis récupérèrent aussi l’Oregon, qui couvrait en tout ou en partie cinq des États d’aujourd’hui, grâce à un accord avec la Grande-Bretagne en 1846. Ils connaissaient désormais leurs frontières actuelles, si on excepte quelques additions ultérieures, comme l’Alaska ou Hawaï.

Donc, le premier expansionnisme des États-Unis a été la fameuse « conquête de l’Ouest », non pas outremer mais sur le continent. Cette expansion avait commencé à l’époque coloniale et elle s’est amplifiée après l’indépendance. Deux millions de kilomètres carrés en Louisiane ; 2,3 millions arrachés au Mexique ; 2 millions pour l’Oregon, et 1,7 million pour l’Alaska : en quelques décennies, les États-Unis ont multiplié leur surface par quatre ou cinq et sont devenus un État continental, de l’Atlantique au Pacifique.

Le fait de planter un drapeau, ou d’installer un fort, ne signifiait pas que la colonisation était achevée, que les terres étaient réellement mises en valeur ou exploitées. Ce n’est que vers 1890 que ce qu’on appelait la « frontière » a été fermée, c’est-à-dire que les dernières résistances des Indiens étaient vaincues et que l’ensemble du territoire était colonisé.

Pour ce peuplement, les États-Unis se sont notamment appuyés sur l’immigration. Celle-ci n’a pas toujours été massive : par exemple, dans le premier tiers du siècle, elle était très limitée ; en 1830, 98,5 % des Américains étaient nés aux États-Unis. L’immigration s’est envolée dans les années 1840, pour ne s’interrompre réellement que dans les années 1920, quand le gouvernement fédéral a fermé ses frontières. Mais pendant ces trois quarts de siècle, plusieurs millions d’Européens et, dans une moindre mesure, d’Asiatiques, ont émigré aux États-Unis, alimentant la croissance de l’économie et la colonisation du territoire. Un peu à la manière dont la Grande-Bretagne ou la France encourageaient leurs habitants à émigrer vers leurs colonies, les autorités américaines ont consciemment favorisé cette immigration et l’installation à l’Ouest, par exemple en offrant des dizaines d’hectares de terre à tous ceux qui étaient prêts à s’y installer et à les cultiver. Ce faisant, elles contribuaient à asseoir leur domination sur le continent.

 

Un vaste marché national qui rend superflue la constitution d’un empire colonial

L’expansion vers l’ouest et vers le sud au cours de la première moitié du XIXe siècle eut une autre conséquence : l’intégration d’États esclavagistes dans l’Union semait les germes de la guerre de Sécession. Le conflit économique grandissait entre la bourgeoisie industrielle et dynamique du Nord et le Sud agricole et esclavagiste. Le Sud était une sorte de colonie de l’Angleterre qu’il alimentait en coton brut. Il était attaché au libre-échange, qui lui permettait d’exporter ses denrées. Au contraire, le Nord avait besoin pour son développement industriel de tarifs protectionnistes, mais il était incapable de les imposer comme il l’aurait souhaité en raison de la place politique grandissante des États du Sud dans la Fédération. Ce conflit déboucha sur la guerre de Sécession. Cette guerre, qui menaçait depuis des années, fut déclenchée par l’élection de Lincoln à la présidence en 1861 : Lincoln était du Nord et anti-esclavagiste, et onze États du Sud déclarèrent leur indépendance, autrement dit leur sécession. Lincoln et l’Union refusèrent, d’où cette guerre civile qui dura quatre ans. Ce fut la première guerre industrielle, la plus meurtrière que les Américains aient jamais connue. Le conflit fit 600 000 morts, 2 % des Américains, autant que toutes les autres guerres des États-Unis cumulées, de celle pour l’Indépendance à la guerre du Vietnam. En empêchant la sécession des États du Sud, Lincoln et l’Union tranchaient la question de l’esclavage ; ils assuraient l’unité de la fédération, une unité qui n’était pas acquise. Surtout, ils assuraient l’hégémonie de la bourgeoisie du Nord : c’était le Nord, et non plus l’Angleterre, qui dominait désormais le Sud. Et l’ensemble du pays allait bientôt pouvoir rivaliser avec la Grande-Bretagne et les autres nations industrielles.

Bien que réalisée dans la boue et le sang, la conquête de l’Ouest représentait un progrès historique. Marx et Engels soulignaient que les conquêtes réalisées sur le Mexique allaient permettre dans tout l’ouest américain un développement bourgeois qui aurait été infiniment plus difficile sous l’autorité d’un État mexicain, représentant surtout les intérêts d’une classe de propriétaires terriens semi-féodaux. Que l’on compare le devenir de l’Amérique latine, morcelée entre un grand nombre d’États plus ou moins entre les mains des latifundiaires, avec cet immense territoire unifié où la bourgeoisie capitaliste avait le champ libre, et l’on comprendra pourquoi c’est le nord de l’Amérique qui a connu le développement vertigineux qui allait être le sien.

Et la victoire du Nord dans la guerre de Sécession a permis que les États-Unis existent au sens moderne du terme d’une nation capitaliste unifiée sous la direction de la bourgeoisie. Marx, qui avait soutenu le Nord, notait en 1866 : « Les États-Unis entrent seulement maintenant dans une phase révolutionnaire » . En effet, à l’issue de la guerre civile, le pays connut un formidable développement économique qui en fit, au tournant du siècle, la première industrie au monde. En 1890, l’industrie américaine produisait autant que celles de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne réunies. En 1900, les États-Unis étaient le premier producteur mondial de charbon, de fonte, d’acier, de pétrole ; ils avaient un tiers du réseau mondial de chemin de fer. Au cours de cette période, de véritables trusts se constituèrent, sous la houlette des « barons voleurs » : Vanderbilt dans le chemin de fer, Carnegie dans l’acier, Rockefeller dans le pétrole, Morgan dans la banque, etc. Cet essor économique fut tout à la fois une des conséquences de l’immigration et une de ses causes : au début du XIXe siècle, la population américaine était, avec quatre millions d’habitants, inférieure à celle d’un petit pays comme l’Irlande ; en 1860, avec 30 millions, elle se situait au niveau des nations européennes comme la France ou la Grande-Bretagne ; avec 76 millions d’habitants en 1900, et près de 100 millions pendant la Première Guerre mondiale, les États-Unis les dépassaient largement. Alors qu’en 1860, le pays était loin d’être une nation « achevée », en 1890, tout le territoire américain était colonisé.

C’est là une explication essentielle à l’absence d’empire colonial américain. Dans les années 1870, 1880, 1890, la France, la Grande-Bretagne ou la Belgique s’étaient lancées dans la course aux colonies, en concurrence les unes avec les autres. Leur capital financier étouffait dans les frontières nationales et voulait se donner des marchés protégés, c’est-à-dire interdits aux autres puissances, des réservoirs de main-d’œuvre, des territoires où investir leurs capitaux - c’était tout l’intérêt des chasses gardées coloniales de ce nouvel âge impérialiste. Si les États-Unis ne les ont pas imitées, ce n’est pas en raison de l’idéal « anticolonialiste » dont ils se réclamaient. Mais parce que la bourgeoisie américaine, dont la richesse était à l’origine concentrée dans quelques villes de la côte Est, s’était constitué au long du XIXe siècle un immense marché intérieur, en usant du protectionnisme, tout un continent en somme, qui connut une expansion phénoménale.

 

L’émergence de l’impérialisme

Cependant, les États-Unis protégeaient et développaient leurs exportations vers l’étranger, comme leur approvisionnement dans les ressources dont ils manquaient. J’ai évoqué les incursions précoces de bateaux de guerre américains dans la Méditerranée au début du XIXe siècle. En 1853 et 1854, une énorme armada fut également envoyée contre le Japon pour l’obliger à ouvrir ses ports aux bateaux américains, avec succès. L’acquisition de l’Alaska, acheté à la Russie en 1867, avait notamment pour but de renforcer la présence des États-Unis dans le Pacifique, plaçant le Japon et la Corée à proximité de leur territoire. En 1866, un navire américain, lourdement armé, accosta en Corée pour imposer un accord commercial. Comme le gouvernement coréen fit savoir qu’il ne voulait ni du commerce occidental, ni des missionnaires chrétiens, les États-Unis envoyèrent quelques centaines de marines qui ne firent pas de quartier parmi les Coréens. Un diplomate américain les décrivait comme une « race hostile et semi-barbare », pour laquelle « la vie humaine a peu de valeur et dont les soldats accueillent la mort avec la même indifférence que les Indiens d’Amérique du Nord ». Cela inaugurait une longue présence américaine en Corée. On pourrait multiplier les exemples : en Chine, dans le Pacifique, en Asie, en Argentine, au Nicaragua, en Uruguay, et même dans l’Angola portugais, l’attitude des États-Unis dans les pays où ils envoyaient les marines fut la même que celle des puissances européennes. Ils appelaient cela la « porte ouverte » - c’était une jolie feuille de vigne pour la politique de la canonnière : la porte doit être ouverte au commerce et au pillage ; et si elle résiste un peu trop, il faut l’enfoncer !

Certes, vu l’immensité du marché intérieur américain, la question des marchés étrangers ne revêtait pas la même importance que pour des pays comme la Grande-Bretagne, la France, sans parler de la Belgique. En 1898 encore, 90 % des produits américains étaient vendus sur le marché intérieur. Mais les 10 % restants rapportaient quand même un milliard de dollars par an, et des secteurs comme le tabac, le coton, le blé, le pétrole et de plus en plus de secteurs de l’industrie dépendaient des marchés extérieurs. En outre, des marchés juteux - on parlait déjà avec beaucoup d’excitation, dans les milieux d’affaires, de « l’inépuisable » marché chinois - risquaient d’être fermés par la politique colonialiste et les monopoles établis par les puissances européennes. À la toute fin du siècle, le capitalisme américain commençait aussi à étouffer dans ses frontières. En 1900, avec 5 % de la population mondiale, les États-Unis produisaient 32 % des denrées alimentaires. Le sénateur Beveridge expliquait ainsi : « Les usines américaines fabriquent plus de produits que le peuple américain ne peut en utiliser ; le sol américain produit plus qu’il ne peut consommer. Le destin a tracé notre politique : le commerce du monde doit être à nous, il sera à nous… Nous couvrirons l’océan Pacifique de nos navires. »

Enfin, les grands trusts visaient d’emblée l’échelle internationale, notamment pour leurs approvisionnements. Ne pas être impérialiste, c’était laisser ces ressources sous la coupe des puissances européennes. Donc les trusts américains avaient besoin que leur État utilise la diplomatie et la force armée pour s’assurer la mainmise sur les gisements dont ils dépendaient.

Une fois que les milieux d’affaires furent convaincus que leur salut passait par l’impérialisme qu’on avait jusqu’à présent tant dénoncé chez les Européens, il ne restait plus qu’à le parer des habits de la justice. Ce fut fait avec Cuba, qui était alors une des dernières colonies espagnoles, où plusieurs révoltes indépendantistes s’étaient déjà produites ; la dernière, de 1896 à 1898, fut réprimée de façon extrêmement brutale par l’armée espagnole, qui tua 200 000 Cubains, le huitième de la population. L’opinion publique américaine était indignée, la presse réclamait un soutien aux Cubains. Des compagnies américaines exploitaient la canne à sucre, les fruits, le tabac et le minerai de fer de l’île, située à quelques encablures de la Floride, que les autorités américaines convoitaient depuis longtemps. En février 1898, les États-Unis déclenchèrent et gagnèrent vite la guerre hispano-américaine, surnommée la « splendide petite guerre » par leur secrétaire d’État, c’est-à-dire le ministre des affaires étrangères. Cuba ne fut pas colonisée au sens strict du terme, mais passa totalement sous la tutelle américaine. C’est alors que la fameuse base navale permanente fut concédée à Guantanamo. Désormais, et jusqu’en 1959, la politique extérieure de Cuba et une bonne partie de sa politique intérieure allaient être décidées par les États-Unis, et l’ensemble de l’économie cubaine serait désormais tournée vers le commerce avec eux. Les industriels du bois américains avaient souhaité la guerre, qui leur permettait de mettre la main sur les quatre millions d’hectares de forêts cubaines ; United Fruit s’introduisait dans le sucre cubain ; Tobacco Company s’installait aussi ; en 1901, 80 % des exportations de minerais cubains étaient dans des mains américaines.

Toujours en 1898, les États-Unis s’emparaient de Porto Rico, une autre colonie espagnole de la Caraïbe, encore américaine aujourd’hui ; de Hawaï, qui avait déjà été investie par les missionnaires et surtout par les propriétaires de plantations d’ananas, et qui était décrite par les milieux officiels comme « un fruit mûr prêt à être cueilli » ; des îles de Wake et de Guam dans le Pacifique ; et enfin des Philippines. Là, les choses furent plus compliquées : l’archipel comptait un important mouvement nationaliste, qui était en passe de chasser les Espagnols. Les nationalistes philippins étaient certes très heureux que les Américains les aident, mais beaucoup moins qu’ils veuillent remplacer la domination de l’Espagne par celle… des États-Unis. Aussi la guérilla menée contre l’occupation espagnole se retourna bientôt contre l’occupation américaine. Le poète britannique Rudyard Kipling appelait l’Amérique à assumer le « fardeau de l’homme blanc », c’est-à-dire la colonisation des peuples inférieurs et cela tombait bien car les Américains considéraient effectivement les Philippins comme des sauvages. Ce fut une guerre très dure, bien plus dure que contre l’Espagne : pendant trois ans et demi, 70 000 à 120 000 soldats américains pourchassèrent les Philippins. De 250 000 à un million de Philippins y laissèrent la vie ; les troupes américaines torturaient, tuaient les prisonniers et les civils, brûlaient les villages, mettaient en place des camps de concentration. Le racisme qui prévalait aux États-Unis, où plusieurs centaines de Noirs étaient lynchés chaque année, contribuait à rendre la guerre encore plus brutale. L’écrivain Mark Twain disait que « les bandes blanches [du drapeau américain] devraient être peintes en noir, et les étoiles être remplacées par des têtes de morts ». L’objectif de la guerre n’était pas dissimulé. Le sénateur Beveridge expliquait ainsi au Sénat, en 1900 : «  Les Philippines sont à nous pour toujours… Et à quelques encablures […] se trouvent les inépuisables marchés chinois… Nous ne renoncerons pas à jouer notre rôle dans la mission civilisatrice à l’égard du monde que Dieu lui-même a confiée à notre race… Le riz, le café, le sucre, la noix de coco, le chanvre et le tabac… le bois des Philippines peut fournir le monde entier pour le siècle à venir… le charbon, l’or… Nous avons été accusés d’avoir mené aux Philippines une guerre cruelle. Messieurs les sénateurs, c’est tout le contraire… Les sénateurs doivent se souvenir que nous n’avons pas affaire à des Américains ou à des Européens mais à des Orientaux. » Les Philippines devinrent une colonie, ce qu’elles restèrent jusqu’en 1946. Et leur économie passa totalement sous le contrôle des trusts américains.

Avec Porto Rico et Cuba, les dirigeants américains avaient pris possession des premiers morceaux de ce qui devait constituer l’« arrière-cour » des États-Unis. Cette zone, comprenant les Caraïbes et l’Amérique centrale, puis plus tard l’ensemble de l’Amérique du Sud et du Pacifique, fut établie par une série de présidents à partir de 1898. L’un d’entre eux, Theodore Roosevelt, ne faisait pas mystère de ses méthodes : « J’ai toujours aimé, disait-il, le proverbe d’Afrique de l’Ouest : “Parle doucement, porte un gros bâton, et tu iras loin”. » Roosevelt ne parlait pas doucement, semble-t-il ; en revanche, il se servit à de nombreuses reprises de la force. Le canal de Panama était son premier objectif : au début du XIXe siècle, ce vieux projet n’avait toujours pas été réalisé ; il permettrait pourtant de réduire des deux tiers la distance entre les deux façades côtières des États-Unis. La province de Panama appartenait à la Colombie. En 1903, les États-Unis organisèrent sa sécession. Puis ils conclurent un traité avec la nouvelle république de Panama, par lequel ils obtenaient la concession à perpétuité de la zone du canal, « à l’exclusion totale de l’exercice, par la République de Panama, de ses pouvoirs, autorités et droits souverains ». Le canal fut inauguré en 1914, et demeura sous souveraineté américaine tout au long du XXe siècle.

Et les États-Unis intervinrent désormais de façon similaire dans toutes les Caraïbes et en Amérique centrale, qui constituèrent désormais ce qu’on a appelé le « lac américain ». En 1898, les États-Unis avaient donc, d’une certaine façon, procédé à un tournant, en mettant directement la main sur des territoires outre-mer. Mais ce virage fut éphémère. L’essentiel des terres d’Asie et d’Afrique étaient déjà colonisées et la conquête des Philippines avait posé des difficultés inattendues. Aussi préférèrent-ils désormais plus simplement intégrer des pays à leur zone d’influence, intervenir dans leurs affaires intérieures, y garantir la bonne marche des affaires américaines plutôt que d’y assumer la tutelle politique directe. L’impérialisme américain n’allait certes pas faire marche arrière dans sa conquête de nouveaux marchés, de nouvelles réserves de main-d’œuvre et de ressources naturelles. Mais il mènerait cette conquête au nom de l’anti-colonialisme.

En quelques décennies, les États-Unis étaient donc devenus non seulement la première puissance industrielle et commerciale mais la première puissance tout court, même si cela ne se voyait pas encore bien en Europe, en raison de la distance et du rôle de leur marché intérieur. À l’époque où le monde entier était partagé entre les puissances européennes, ils n’ont pas bâti de grand empire colonial, ils se sont contentés de réclamer ce qu’on appelait alors la « porte ouverte », c’est-à-dire le libre accès de leurs entreprises aux marchés et aux ressources. Et en ayant recours à la force militaire aussi souvent que nécessaire. Comme le dirait un président des États-Unis, « The business of America is business. » (« L’affaire de l’Amérique, ce sont les affaires ») . Cette devise a été à la base de toute leur politique étrangère.

 

La Première Guerre mondiale, ou comment tirer profit tout à la fois de la neutralité et de la participation

À la veille de la guerre de 1914-1918, la suprématie économique américaine ne s’était pas encore vraiment traduite sur le plan politique : le monde demeurait dominé par la vieille Europe. Mais pendant qu’à Londres ou Paris, on avait les yeux rivés sur les incidents coloniaux de Fachoda ou d’Agadir, les États-Unis devenaient la première puissance économique mondiale.

De 1914 à 1917, les États-Unis jurèrent qu’ils allaient rester neutres. Neutres mais pas indifférents. Car la guerre offrait des opportunités à l’économie américaine. D’abord parce que les Alliés, la France et la Grande-Bretagne, avaient besoin de matières premières, de pétrole, de laine, de zinc, de coton, de bois, de fer, de munitions et de nourriture. Le commerce extérieur des États-Unis fut dopé. Pendant les années de guerre, les salaires réels y baissèrent mais il y eut 21 000 millionnaires de plus. Les pays en guerre avaient également besoin d’argent. Officiellement, les États-Unis ne prêtaient pas aux pays belligérants. Mais dans la mesure où ils autorisaient leurs banques comme Morgan à le faire, cela revenait au même. Et c’est pendant la Première Guerre mondiale que les États-Unis devinrent une grande puissance financière et Wall Street la première place boursière au monde.

Enfin, ils mirent la main sur des investissements allemands et surtout britanniques en Amérique du Sud, où ils s’imposèrent. Donc, l’alliance économique officieuse avec la France et la Grande-Bretagne signifiait que les États-Unis les aidaient à mener la guerre tout en minant leur puissance économique. Les milieux d’affaires américains souhaitaient l’entrée en guerre - chaque rumeur de paix faisait baisser les cours de Wall Street, qui ne remontaient que quand il était clair que la boucherie continuait. Il ne restait qu’à convaincre les Américains eux-mêmes, qui étaient très réticents - pourquoi iraient-ils se faire tuer dans une lutte entre les empires européens ? Cela fut fait progressivement, à l’aide de propagande et de quelques incidents bien montés en épingle.

En novembre 1916, Woodrow Wilson se fit réélire à la présidence en critiquant le bellicisme de l’autre candidat et en disant : «  Il est des nations trop fières pour se battre. » Son slogan de campagne disait de lui : « Il nous a tenu à l’écart de la guerre. » Wilson inaugurait ainsi une pratique de plusieurs présidents : promettre la paix avant d’entrer en guerre. Six mois plus tard, alors que l’Allemagne, qui était devenue la principale rivale des États-Unis, menaçait de l’emporter, l’Amérique entrait en guerre, avec cet argument, qui devait resservir pas mal de fois : « Il faut que le monde soit sûr pour la démocratie. » Wilson, qui mentait donc comme un arracheur de dents, a pourtant réussi à se forger l’image d’un pacifiste respectueux des droits des peuples. Quand il avait été élu pour la première fois en 1912, il avait juré que c’en était fini de la politique d’intervention à l’étranger pour les intérêts américains. Mais sous son administration, les marines étaient intervenus au Mexique, en Haïti, en République dominicaine, à Cuba, à Panama, au Honduras, en Chine, au Guatemala, soit plus que sous les trois précédents présidents réunis ! Et il a donc engagé les États-Unis dans la Grande Guerre en 1917 ! Cependant, des rassemblements pacifistes furent organisés dans tout le pays : toute une partie de la population demeurait hostile au conflit, notamment parmi les immigrants, qui ne voulaient pas de la guerre pour les colonies de l’Europe. Il fallait un million de soldats et en six semaines il n’y eut que 73 000 engagés volontaires. Wilson et le Congrès instaurèrent donc la conscription. 900 opposants à la guerre, syndicalistes révolutionnaires, socialistes et anarchistes furent accusés d’« espionnage », arrêtés et jetés en prison.

Les États-Unis, qui mobilisèrent quatre millions d’hommes, des troupes fraîches et un armement moderne, firent basculer l’équilibre militaire et économique en faveur de la France et de la Grande-Bretagne. Les États-Unis en sortaient considérablement renforcés : certes, 116 000 jeunes Américains y avaient laissé la vie mais c’était peu par rapport aux 1 400 000 morts français, aux 1 700 000 Allemands ou Russes ; et ce n’était de toute façon pas cela qui allait gêner les profiteurs de guerre. Certes, les contribuables américains avaient dû financer la guerre mais les entreprises et l’ensemble de l’économie américaines en sortaient renforcés. En 1920, un cinquième de l’or mondial, deux cinquièmes du fer, du charbon, de l’étain et de l’argent, deux tiers du pétrole, 85 % des automobiles étaient produits par les États-Unis ; leurs coffres-forts contenaient presque la moitié des réserves d’or, et leur flotte comptait pour un tiers du tonnage mondial. Sans parler des positions conquises à l’étranger.

Les États-Unis avaient donc d’abord financé le conflit, à distance, puis, par intérêt, ils étaient entrés en guerre. Et leur chef d’État parvint à faire croire à des millions d’hommes à travers le monde qu’ils étaient animés d’un idéal de paix et de justice ! En effet, les quatorze propositions du président Wilson pour le monde de l’après-guerre évoquaient l’autodétermination des peuples, l’intégrité territoriale des petits et des grands États, la fin de la diplomatie secrète, la liberté de navigation sur les mers, la limitation de la course aux armements et une « Société des nations » destinée à mettre tout cela en œuvre. Bref, se moquerait Trotsky, ce serait «  le bonheur général » et « la paix universelle ». Ces 14 points venaient juste après la révolution d’Octobre 1917 et la proclamation par les bolcheviques du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, qui avaient un vaste écho. Pour faire pièce à l’écho de la Révolution russe, Wilson reprenait donc certaines expressions des bolcheviques, à cette différence fondamentale près qu’il ne s’agissait pas de renverser le capitalisme mais de le préserver pour le plus grand profit des États-Unis.

«  La guerre mondiale a définitivement obligé les États-Unis à renoncer à leur isolationnisme continental, écrivait Trotsky en 1920. Élargissant son essor, le programme de son capitalisme national, — « l’Amérique aux Américains » (doctrine de Monroe) — a été remplacé par le programme de l’impérialisme : « Le monde entier aux Américains ». … l’Amérique est entrée dans la guerre, a joué un rôle décisif dans la défaite de l’Allemagne et s’est mêlée de résoudre toutes les questions de politique européenne et mondiale.

La Société des Nations ne devait plus être en somme qu’une société jouissant d’un monopole mondial, sous la firme : Yankee & Co. »

Le traité de Versailles de 1919 qui concluait la guerre renforçait les empires coloniaux et il foulait au pied les vaincus, préparant ainsi la guerre suivante. Quant aux États-Unis, ils se joignaient aux autres impérialismes en envoyant plusieurs milliers de soldats en Sibérie contre la Russie des soviets, avec l’échec que l’on sait. En public, Wilson prônait la démocratie et la liberté des peuples ; en secret, il arrosait d’argent les généraux blancs les plus réactionnaires. Les États-Unis ne reconnurent l’URSS qu’en 1933, une fois que le stalinisme avait rendu fréquentable l’État issu de la Révolution russe.

 

Entre les deux guerres, une domination consolidée

Entre les deux guerres mondiales, les États-Unis étendirent leurs ramifications dans le monde entier et il était désormais évident qu’ils avaient surpassé la Grande-Bretagne. En 1924, Trotsky redoutait encore que la rivalité entre ces deux puissances ne les conduise à la guerre ; en fait, les États-Unis l’emportèrent par la seule guerre économique. Non seulement la production industrielle et le commerce américains étaient supérieurs, mais même des pays de l’Empire britannique, comme le Canada ou l’Australie, étaient maintenant bien plus intégrés à l’économie américaine qu’à celle de leur métropole impériale. La politique de la porte ouverte portait ses fruits ; en 1939, 25 % des importations chinoises provenaient des États-Unis, contre 6 % en 1913 ; et la part britannique déclinait d’autant. Les États-Unis se posaient de plus en plus en gendarmes dans leurs zones d’influence classiques : les Caraïbes, les « républiques bananières » d’Amérique latine, le Pacifique et l’Extrême-Orient. C’est à cette époque que des entreprises de cuivre comme Anaconda ouvrirent des mines au Canada, au Chili ou en Afrique, que General Motors installa des usines dans une quinzaine de pays, que ITT, United Fruit, Ford ou General Electric investirent massivement à l’étranger, que le pétrole mexicain fut partagé par les trusts américains ou que Firestone obtint sa concession de caoutchouc au Liberia. Entre 1919 et 1933, il n’y eut pas un seul jour où les marines n’intervinrent pas à l’étranger, notamment dans à peu près tous les États d’Amérique latine et des Caraïbes, de Cuba (quatre fois) au Guatemala, du Honduras à la République dominicaine. Certains pays furent occupés longtemps, comme le Nicaragua pendant 21 ans ou Haïti pendant 19 ans. Ce type d’opérations était devenu tellement banal que les marines avaient édité un petit livre, le Manuel des petites guerres (le Small wars manual), qui expliquait comment s’y prendre. Très souvent, ces interventions se faisaient au nom des « portes ouvertes » et de la « liberté des mers ». Quand les États-Unis attaquaient la Chine, c’était pour la « libérer » du Japon. Trotsky notait ironiquement : « L’Amérique libère toujours quelqu’un, c’est en quelque sorte sa profession. »

En même temps, la crise des années 1930 enraya brutalement l’expansion de l’industrie et du commerce. Les États-Unis, qui étaient jusque-là les croisés du libre-échangisme, devinrent protectionnistes. Tout le commerce mondial se contracta. En Allemagne, le retrait des capitaux américains plongea le pays dans une crise terrible. La guerre économique avec le Japon s’accentuait : depuis la fin du XIXe siècle, étouffant dans ses frontières, le Japon s’était constitué un petit empire en Extrême-Orient. En 1931, il avait envahi la Mandchourie et ses cent millions d’habitants ; en 1937, il attaquait le reste de la Chine. Le sort des Mandchous et des Chinois ne préoccupait guère les autorités américaines. Mais dans la mesure où la moitié de leurs importations de matières premières venaient d’Asie, la perspective que l’accès à ces ressources soit un jour bloqué les inquiétait.

 

La guerre de la démocratie contre le fascisme ?

À l’approche de la guerre en Europe, les États-Unis jouèrent de nouveau la carte de la neutralité. La Seconde Guerre mondiale a eu des causes très semblables à la première : les pays de « l’Axe », l’Allemagne, le Japon et, dans une mesure moindre l’Italie, étaient des puissances en expansion, que le partage du globe ne satisfaisait pas en l’état et qui voulaient une plus grosse part du gâteau. Pour les États-Unis, il s’agissait de mettre en échec leurs principaux concurrents, l’Allemagne en Europe et plus encore le Japon en Asie. Comme la Première Guerre mondiale, la Seconde était un conflit pour le partage du monde entre puissances capitalistes. Et pourtant, aujourd’hui encore, bien des Américains mais aussi des Européens pensent que c’était une guerre différente, menée par les démocraties contre les États fascistes, voire une guerre pour la liberté et contre l’oppression. En France, on apprend cela à l’école - et c’est une idée que le Parti Communiste a aidé à répandre dans les classes populaires : «  la Seconde Guerre mondiale était une guerre juste, et c’est aux États-Unis que nous devons notre liberté. »

Bien sûr, cette conviction tient à la brutalité des occupations allemande et japonaise et à l’extermination des Juifs d’Europe. Pourtant, rien mais absolument rien de cela n’entra en considération dans la politique américaine, dont les motivations étaient les mêmes qu’en 14-18. Dans les années 1930, les dirigeants américains, tout comme les dirigeants français ou britanniques, se félicitaient que Hitler ait écrasé le mouvement ouvrier allemand et mis un terme à la menace qu’il représentait pour la bourgeoisie. Quant aux persécutions que les nazis faisaient subir à leurs opposants politiques ou aux Juifs, elles ne pesaient guère. Quand la guerre éclata en septembre 1939, les États-Unis restèrent officiellement neutres. En 1940, ils livrèrent des bateaux de guerre aux Britanniques - mais en échange de bases militaires aux Antilles, à Terre-Neuve, aux Bermudes, et dans le Guyana britannique. Tout comme Wilson en 1916, Franklin Roosevelt se fit réélire en promettant la paix : « Nous ne participerons pas à des guerres étrangères, nous n’enverrons pas notre armée, notre marine, ou notre aviation combattre dans des pays étrangers, hors du territoire américain, sauf si nous sommes attaqués », disait sa plateforme électorale en novembre 1940. Cette promesse mensongère répondait à l’opposition de l’opinion publique à la guerre.

Six mois après avoir été réélu, Roosevelt engagea l’économie américaine aux côtés de la Grande-Bretagne, lui sauvant sans doute la mise et permettant à l’industrie américaine de gagner de l’argent sur le conflit. En Asie et dans le Pacifique, les intérêts des États-Unis étaient directement concernés : la plus grande part des métaux et du caoutchouc utilisés en Amérique provenait de Malaisie, de Birmanie, de Thaïlande, comme d’importantes quantités d’autres matières premières. Et ils entraient donc de plus en plus en concurrence avec les intérêts japonais. La guerre entre les deux pays ne commença qu’en décembre 1941 mais elle était envisagée depuis les années 1930, et activement préparée depuis près de deux ans. En 1941, Roosevelt tint une réunion au sommet sur cette grande question : « comment amener les Japonais à tirer les premiers sans nous mettre trop en danger nous-mêmes ? » Toute la stratégie américaine consista donc à poser des revendications au Japon (égalité d’accès à la Chine, retrait des troupes japonaises du sud de la Chine et de l’Indochine) et, par la guerre économique, à l’acculer à la guerre tout court. Les États-Unis lui coupèrent toutes les livraisons de pétrole et de fer, pour lesquelles le Japon dépendait d’eux à 80 %. L’attaque japonaise de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, permit d’emporter l’adhésion de la population : les États-Unis étaient attaqués sur leur sol, il fallait bien qu’ils se défendent. Mais malgré tout, certains refusèrent le chantage du gouvernement. Par exemple, en 1943, 500 000 mineurs firent grève pendant douze jours alors qu’ils étaient accusés de toutes parts, y compris par le Parti Communiste Américain, de trahir leur pays ; et ils ne furent pas les seuls à se battre.

Alliée du Japon, l’Allemagne déclara la guerre aux États-Unis au lendemain de Pearl Harbor. Cependant, les États-Unis n’intervinrent directement dans la guerre européenne que de façon très graduelle, en laissant leurs alliés, le Royaume-Uni et surtout l’Union soviétique, supporter l’essentiel de l’effort jusqu’en 1944, comme ils avaient laissé la France et la Grande-Bretagne le faire de 1914 à 1917. Encore en 1943, alors que les Américains s’affrontaient à six divisions allemandes en Italie, les Soviétiques devaient en combattre 185. Quand les troupes américaines débarquèrent en Normandie, les lignes allemandes étaient déjà enfoncées sur le front de l’Est et la défaite de Hitler n’était qu’une question de temps. C’est pourquoi, malgré la mobilisation de 18 millions de soldats, les États-Unis eurent 400 000 tués, alors que l’Union soviétique perdait 20 à 25 millions d’hommes et de femmes, soit 50 fois plus.

Aux États-Unis même, 110 000 Américains d’origine japonaise, citoyens américains pour trois quarts d’entre eux, furent parqués dans des camps pendant trois ans.

Les villes allemandes et japonaises furent systématiquement bombardées. Quand l’Allemagne avait bombardé les villes britanniques, Roosevelt avait dénoncé une « barbarie inhumaine ». Américains et Britanniques firent bien pire. Des villes entières comme Dresde, Hambourg, Berlin, Leipzig furent détruites par des bombes incendiaires - pas tant en raison de l’intérêt militaire qu’elles présentaient que pour terroriser, atomiser, disperser ces grandes concentrations ouvrières. Au Japon, l’armée américaine choisit aussi de se concentrer, une fois qu’elle eut la supériorité, sur les civils japonais plus que sur les cibles militaires. Avant même l’usage de la bombe atomique, l’aviation américaine avait détruit, par ses bombes incendiaires, à fragmentation, au magnésium, au phosphore ou au napalm, 40 % de Nagoya, 55 % de Kobe, 99 % de Toyama, ou encore la moitié de Tokyo (185 000 victimes en une nuit). En tout, 69 villes japonaises furent détruites. Comme le disait le général américain Curtis LeMay, qui commandait ces opérations, si les États-Unis avaient perdu, lui et d’autres auraient été jugés comme criminels de guerre ; mais ils ont gagné et ce furent les vaincus qui furent jugés. On nous répète, aujourd’hui encore, que les dirigeants américains ont utilisé l’arme atomique pour mettre plus vite fin à la guerre et donc « épargner des millions de vies humaines », comme disait le président Truman (en 1949, il ne parlait plus que de « 200 000 vies »). Mais c’est une contre-vérité. Quand la bombe atomique fut larguée sur Hiroshima et Nagasaki, la guerre était déjà gagnée. Dès juin 1945, le Japon avait offert sa capitulation, à la seule condition du maintien de l’empereur. Et les États-Unis étaient prêts à faire cette concession, qu’ils ont faite en fin de compte, car ils jugeaient que l’empereur était un facteur de stabilité. Même le chef d’état-major de Roosevelt puis de Truman, le général William Leahy, devait écrire dans ses mémoires : « L’utilisation de cette arme barbare ne nous a été d’aucune aide matérielle dans notre guerre contre le Japon. » En revanche, les États-Unis redoutaient qu’une révolte ne soulève les peuples, notamment les vaincus. Et l’utilisation de la bombe atomique était une effrayante démonstration de force, d’abord à l’égard du peuple japonais ; ensuite, à l’égard de l’Union soviétique, alliée alors mais héritière de la Révolution russe, et bientôt de nouveau ennemie ; enfin, à l’égard des travailleurs et des peuples opprimés du monde entier. À tous ceux-là, la menace du feu nucléaire devait inspirer le respect de l’ordre impérialiste.

Les États-Unis étaient les grands vainqueurs. Ils avaient assis leur domination au travers des deux guerres mondiales : ils avaient laissé pendant plusieurs années les Européens s’affronter et s’épuiser avant de s’engager et de l’emporter. Alors qu’en 1945, la Grande-Bretagne et l’Union soviétique sortaient très affaiblies du conflit, la production américaine avait plus que doublé en cinq ans, notamment grâce aux exportations. Leur hégémonie atteignait des records. Ils avaient maintenant les trois quarts des stocks d’or mondiaux, fondaient 55 % de l’acier, produisaient 60 % des biens manufacturés, 70 % du pétrole et presque la moitié des richesses de toute la planète.

 

Le partage de l’après-guerre

La perspective de la chute annoncée du nazisme avait suscité une crainte majeure parmi les vainqueurs : il fallait éviter tout vide étatique en Allemagne et dans les pays qu’elle avait occupés. Les dirigeants de l’impérialisme gardaient de la fin de la Première Guerre mondiale le souvenir de la vague révolutionnaire qui avait emporté le tsarisme, la bourgeoisie russe, les Empires allemand et austro-hongrois, et avait menacé toute l’Europe capitaliste. Le régime nazi avait imposé une dictature féroce. Dans les pays d’Europe de l’Est qu’il avait intégrés dans le Grand Reich allemand, il avait détruit les appareils d’État antérieurs. Avec son effondrement, qu’allait-il se passer ? Un Roosevelt ou un Churchill redoutaient par-dessus tout la révolution, et cela méritait bien de s’entendre avec Staline, dont les troupes étaient en train de battre celles de Hitler. Et c’était le sens du partage du monde décidé dans une série de conférences au sommet, dont celle de Yalta en février 1945. Avant même que l’Allemagne et le Japon fussent vaincus, ils décidèrent, en petit comité, de ce que serait le monde de l’après-guerre. En Europe, les grandes puissances se partageaient les « sphères d’influence » en fonction de leurs positions militaires, chacun se chargeant de maintenir l’ordre dans sa zone d’influence et de remettre sur pied des polices et des armées capables de réprimer leur population. Et là où les partis communistes étaient forts, comme en France ou en Italie, ils se mirent totalement au service du rétablissement de l’ordre, en brisant les grèves et en participant aux gouvernements de l’après-guerre.

Quant aux colonies françaises, britanniques ou néerlandaises qui avaient été occupées par les puissances de l’Axe, notamment par le Japon en Asie, elles revinrent tout bonnement à leurs anciens propriétaires. Pourtant, l’autorité des anciens colonisateurs avait souvent été sapée par leurs défaites, par la mobilisation massive de troupes coloniales aussi. Mais les États-Unis, qui avaient si souvent fait profession d’anticolonialisme, préféraient en effet voir l’ordre maintenu par leurs alliés. Partout où des révoltes éclatèrent à la fin de la guerre, comme en Algérie et en Indochine, à Madagascar, en Indonésie, les États-Unis laissèrent les anciennes puissances coloniales rétablirent l’ordre. Et parfois ils les y aidèrent, comme en finançant longuement la guerre menée par l’armée française contre les nationalistes indochinois. Et quand les impérialismes usés d’Europe ne pouvaient plus maintenir l’ordre dans leurs zones, les États-Unis se substituaient à eux, comme en Grèce en 1947 où ils aidèrent l’armée à écraser la guérilla. En Chine, ils aidèrent jusqu’au bout le régime ami de Tchiang Kaï-chek, pourtant totalement corrompu et qui avait préféré mener la guerre à Mao plutôt qu’à l’armée japonaise.

Les États-Unis étaient prêts à aider leurs alliés européens à se relever et à assumer leur part du travail dans le maintien de l’ordre international. Ce fut notamment, en 1947, le rôle du plan Marshall, qui était rien moins que désintéressé. « Il est absurde de penser qu’une Europe livrée à elle-même », disait Marshall, « demeurerait aussi ouverte au commerce américain que par le passé ». Cette aide allait de pair avec un accès à de nouveaux marchés et de nouvelles ressources. Les États-Unis étaient les vainqueurs et ils n’étaient plus prêts à se contenter des Caraïbes ou de l’Amérique centrale. Ils avaient maintenant 400 bases navales et aériennes dans le monde entier. Diplomates et hommes d’affaires américains voulaient s’assurer que la victoire leur donnerait accès à tous les marchés étrangers. Ainsi, au Moyen-Orient, une région traditionnellement dans l’orbite des Britanniques, les États-Unis les supplantèrent. Ainsi, le pétrole de l’Arabie saoudite, qui avait les plus grandes réserves au monde et que Roosevelt avait opportunément aidée pendant la guerre, serait désormais sous contrôle américain. Et il en allait de même pour le pétrole de Perse ou pour l’uranium du Congo.

La Seconde Guerre mondiale était une victoire des États-Unis contre leurs adversaires déclarés ; et jamais le Japon ou l’Allemagne ne remettraient en cause la domination politique et militaire des États-Unis sur le monde capitaliste. Mais c’était aussi une victoire contre leurs alliés, qui, quelles que fussent les gesticulations d’un De Gaulle ou plus tard d’un Chirac, étaient maintenant des impérialismes de seconde zone, et ne remettraient, eux non plus, jamais en cause, sur le fond, la domination américaine.

 

La « guerre froide »

Avec l’Union soviétique, le problème se posait différemment. L’alliance avait été nécessaire pour vaincre Hitler et pour préserver l’ordre en Europe. Une fois ces deux questions réglées, l’opposition de fond qui existait ne pouvait que ressurgir. D’abord avec l’URSS et les pays qu’elle occupait à la fin de la guerre, qui étatisaient l’économie et interdisaient l’installation de capitaux étrangers. Ensuite, à partir de 1949, avec les plus de 500 millions d’habitants de la Chine de Mao Zedong, également soustraits à la domination impérialiste directe. Cette résistance des pays dits « communistes », et l’exemple qu’elle offrait aux peuples désireux de s’affranchir de la tutelle impérialiste, étaient devenus, après 1945, une épine dans le pied des États-Unis. Plusieurs centaines de millions d’êtres humains, peut-être un tiers de l’humanité, n’étaient pas directement soumis à la dictature des multinationales et représentaient un défi par leur simple existence. Une fois que le problème de la stabilisation de l’Europe fut réglé, une fois que la menace révolutionnaire fut écartée, la « guerre froide » commença, en 1947-1948.

Les circonstances qui virent son déclenchement sont presque anecdotiques : fondamentalement, les deux pays, les deux « blocs » devaient s’opposer. Dès les débuts de la guerre froide, les États-Unis cherchèrent à isoler l’Union soviétique puis la Chine - c’est le sens de la doctrine du « containment » (l’endiguement). Les États-Unis mirent sur pied une série d’alliances, comme l’OTAN en Europe, et d’autres en Asie, au Moyen-Orient ou en Amérique du Sud. De leurs anciens adversaires, le Japon et l’Allemagne, qu’ils avaient brisés, ils firent des alliés, qu’ils aidèrent financièrement par d’énormes crédits comme le plan Marshall. Politiquement, ils avaient besoin de tels partenaires. Un de leurs principaux problèmes était d’empêcher que de nouveaux pays passent dans l’orbite soviétique et échappent ainsi à la domination impérialiste.

La division du monde en deux blocs ennemis a marqué toute la période, de l’après-guerre à la fin des années 1980. Cette guerre froide, menée par les États-Unis, fut souvent « chaude » et extrêmement tendue, notamment dans ses quinze premières années quand, dans les différents pays concernés, les peuples croyaient parfois être à la veille de la troisième guerre mondiale.

C’était surtout aux limites entre les deux blocs que les États-Unis ne voulaient pas perdre du terrain. Et quand cela risqua d’être le cas, comme en Corée ou au Vietnam, et d’une tout autre manière à Cuba, ils étaient prêts à faire l’usage de la force la plus brutale.

En 1948, une première crise importante eut lieu à Berlin : la ville, située en zone d’occupation soviétique, était elle-même divisée en deux parties, dont l’ouest, occupé par des troupes des États-Unis et de leurs alliés. Lorsque l’URSS coupa les axes routiers et ferroviaires entre la ville et l’Allemagne de l’Ouest, les États-Unis mirent en place un spectaculaire pont aérien pour ravitailler Berlin-Ouest ; ils faisaient ainsi une démonstration de leur puissance.

Le plus grave conflit armé commença en 1950 en Corée. À la suite de la Seconde Guerre mondiale, ce pays était divisé en zones d’occupation américaine et soviétique, comme l’Allemagne. Avec le début de la guerre froide, la limite entre les deux blocs passait donc entre les deux parties du pays, au niveau du 38e parallèle. Quand les troupes nord-coréennes franchirent cette limite pour réunifier le pays, le président Truman envoya les troupes américaines, qui ne se contentèrent pas de repousser l’armée nord-coréenne au nord du 38e parallèle mais poussèrent leur avantage jusqu’à la frontière chinoise. Et, avant d’être remercié, le général MacArthur qui les commandait envisageait sérieusement d’utiliser la bombe atomique pour renverser le jeune régime chinois de Mao Zedong. La guerre de Corée tua deux millions et demi à quatre millions de Coréens et 55 000 Américains. Malgré le climat de tension et de répression appelé « maccarthysme », du nom d’un sénateur anticommuniste forcené, une partie de la population américaine s’opposa à la guerre, et des milliers de soldats désertèrent.

Dans le monde capitaliste, l’effort de propagande mensongère tournait alors à l’hystérie. Il s’agissait en effet de faire croire que les dépenses militaires (qui représentaient, en 1960, la moitié du budget des États-Unis), voire les guerres menées, comme en Corée et au Vietnam, avaient pour but non pas la domination de l’impérialisme sur la planète, mais au contraire de préserver le monde dit « libre » de la « dictature communiste ». En réalité, les rapports de force furent toujours à l’avantage écrasant des États-Unis ; c’étaient l’URSS et la Chine qui étaient en position défensive. L’Amérique, renforcée par les autres puissances capitalistes, avait en effet une supériorité économique évidente. Si l’URSS parvint à faire des démonstrations scientifiques et techniques, comme la mise au point de sa propre bombe atomique ou le lancement du premier satellite artificiel dans l’espace, son niveau de développement était en réalité bien inférieur à celui des USA. En 1950, le produit intérieur brut américain était déjà trois fois celui de l’URSS ; et si on y ajoute les alliés des États-Unis, cette supériorité était écrasante. Et qui disait richesse supérieure disait également une industrie et une technologie plus avancées et donc des armements plus nombreux et plus modernes.

Moins de dix ans après la fin de la guerre de Corée, c’est à l’autre bout du monde, dans l’arrière-cour des États-Unis, à Cuba, qu’une crise majeure faillit avoir lieu. Cette île était une sorte de colonie des États-Unis : leurs compagnies contrôlaient 80 % des mines et des raffineries de pétrole de l’île, 40 % de son industrie sucrière ou 50 % de son chemin de fer. Ils s’appuyaient sur la dictature sans partage du clan Batista. En 1959, ce régime fut renversé par une guérilla nationaliste dirigée par Fidel Castro. Sans être socialiste, Castro prit des mesures élémentaires pour le développement de son île (réforme agraire, nationalisation de certaines entreprises, plans de logement, système éducatif). C’en était trop pour les États-Unis qui ne supportaient pas cet affront. Ils mirent l’embargo sur l’île et, en 1961, ils organisèrent un débarquement militaire d’exilés cubains à la baie des Cochons, qui fut une déroute.

En 1962, quand l’URSS tenta d’installer des missiles nucléaires à Cuba, le président Kennedy expliqua qu’on allait droit à la guerre nucléaire ; les dirigeants américains envisagèrent sérieusement de rayer l’île de la carte. L’armée américaine fut mise en état d’alerte et l’Union soviétique retira ses missiles. Un an avant, les États-Unis avaient installé des missiles nucléaires en Turquie, à un quart d’heure de portée de Moscou. Les responsables américains ont maintenant reconnu qu’ils avaient, en 1962, 17 fois plus de têtes nucléaires que l’URSS, qu’ils avaient fait dix fois plus d’essais. Contrairement au mensonge d’une menace soviétique, la supériorité américaine était écrasante, et elle l’est restée pendant toute la guerre froide.

Quant au peuple cubain, il paie encore aujourd’hui, plus de cinquante ans plus tard, le prix fort pour son refus de rentrer dans le giron des États-Unis.

 

Le tiers-monde et la domination de l’impérialisme américain

On l’a vu, après la Seconde Guerre mondiale, les grandes puissances ont réussi à éviter toute révolution en Europe. Mais elles ne l’ont pas évitée dans un grand nombre de pays pauvres d’Asie ou d’Afrique soumis à la domination coloniale ou semi-coloniale. À la même époque que la Chine, ce sont l’Inde, l’Indonésie, l’Indochine, la Malaisie, Madagascar, l’Algérie, le Kenya qui se sont embrasés. Des centaines de millions d’hommes et de femmes se sont engagés dans ce qu’on a appelé les « révolutions coloniales ». Ces révolutions étaient dirigées par des organisations nationalistes bourgeoises qui voulaient que leur pays échappe plus ou moins à la domination directe de l’impérialisme, mais sans pour autant remettre l’ordre capitaliste sur la planète. Dans certains cas, quand il n’y avait aucun risque de faire ainsi le jeu de Moscou, les États-Unis se sont opposés à certains de leurs alliés qui s’accrochaient à leurs possessions coloniales ou à leurs privilèges de métropoles impérialistes. Ce fut ainsi le cas en 1956 : ils désavouèrent l’expédition menée par la France et la Grande-Bretagne contre le régime égyptien de Nasser, qui avait nationalisé le canal de Suez. Les États-Unis prirent leurs distances à l’égard de la politique de la France pendant la guerre d’Algérie.

Mais dès qu’un mouvement national menaçait les intérêts de leurs groupes capitalistes ou dès qu’il risquait de faire basculer le pays dans la sphère d’influence soviétique, il trouvait les États-Unis sur son chemin. Et bien souvent, le simple soupçon de telles menaces déclenchait les pressions économiques, diplomatiques, voire militaires des États-Unis.

On ne peut ici dresser l’inventaire des interventions américaines ouvertes ou déguisées, contre toute velléité d’émancipation des peuples du tiers-monde au cours de la guerre froide : en 1953 en Iran, en 1954 au Guatemala, en 1958 au Liban. En 1964, ils parrainèrent un coup d’État au Brésil, qui mit en place une dictature militaire pour vingt ans. En 1965, ils soutinrent en Indonésie un coup d’État anticommuniste qui fit 500 000 à un million de morts. En 1965 encore, ils envoyèrent les marines en République dominicaine installer un régime conservateur, contre un soulèvement populaire. En 1973, ils aidèrent le général Pinochet à renverser le régime de Salvador Allende : les grèves, les manifestations, l’essor de la gauche révolutionnaire qui marquèrent les derniers mois de sa présidence inquiétaient l’appareil d’État et l’armée chilienne et, par contrecoup, les États-Unis ; le coup d’État fit au moins 30 000 morts.

De 1945 aux années 1980, quasiment toutes les dictatures du monde dit « libre » étaient soutenues par les États-Unis, quand elles n’avaient pas été mises en place par eux. Ces dictatures étaient souvent très brutales, comme celle de Marcos aux Philippines, du régime sud-coréen, des généraux argentins, du Chili, de la Bolivie, du Brésil, de tous les pays d’Amérique centrale, des Duvalier en Haïti, du shah d’Iran, et aussi d’Espagne, de Grèce ou de Turquie. Les États-Unis soutinrent, jusqu’au milieu des années 1980, le régime d’apartheid en Afrique du Sud, dont ils étaient un des principaux partenaires commerciaux. L’essentiel était que ces régimes préservent les intérêts américains, et qu’ils mènent une guerre efficace contre ceux qui s’opposaient à la domination impérialiste. Ces dictatures ont procédé à des assassinats de dizaines de milliers d’opposants. Elles faisaient un large usage de la torture, elles ne reconnaissaient aucune liberté démocratique - et pour l’administration américaine, c’était tant mieux ! Les États-Unis, qui donnaient des leçons de démocratie au monde entier, étaient parfaitement informés : leurs propres officiers formaient ceux des dictatures en question, dans des camps spécifiques en Amérique centrale, voire aux États-Unis même. La CIA les aidait, elles bénéficiaient de soutien financier et logistique, d’équipement, d’armes et de prêts. Et quand cela ne suffisait pas, les troupes américaines intervenaient directement.

 

Le sanglant fiasco de la guerre contre le Vietnam

Ce fut le cas au Vietnam. Le peuple vietnamien avait déjà dû mener une longue guerre d’indépendance contre la France, de 1945 à 1954. À la fin de cette guerre d’Indochine, qui se termina pour les Français par la déroute de Dien Bien Phu, l’effort militaire français était financé par les États-Unis. En effet, ceux-ci voulaient mettre à mal les anciens empires coloniaux. Mais ils ne voulaient pas que cela fasse le jeu de l’URSS, vers laquelle les nationalistes vietnamiens regardaient.

Les troupes américaines prirent progressivement le relais de la France. J.F. Kennedy envoya plusieurs milliers de prétendus « conseillers militaires » ; il y en avait 16 000 quand il fut assassiné. Ensuite, Johnson - qui, en raison de l’hostilité de la population à la guerre, fit campagne comme le candidat de la « paix » -, puis Nixon - qui promit une « paix honorable », envoyèrent toujours plus de soldats. En 1968, il y en avait plus de 500 000, pour combattre une guérilla qui était censée être minoritaire. Les États-Unis y mirent toute leur technologie, tous leurs moyens militaires. Ils cherchèrent à mobiliser la population américaine. Ils déversèrent sur ce petit pays plus de deux fois plus de bombes qu’il n’en avait été largué par la totalité des belligérants pendant toute la Seconde Guerre mondiale. L’aviation américaine utilisa des quantités d’armes chimiques, notamment des défoliants, comme l’agent orange, dont la dioxine a empoisonné quatre millions de Vietnamiens. En tout, peut-être un million de combattants vietnamiens et quatre millions de civils ont perdu la vie dans cette guerre, dont la population paye encore le prix aujourd’hui.

Celui qui incarnait la politique américaine au Vietnam, Robert McNamara, a eu un parcours emblématique. McNamara était sorti d’une grande université américaine. De 1943 à 1945, il avait mis ses compétences dans le domaine des statistiques pour optimiser les bombardements sur les villes japonaises : autrement dit, comment, en un minimum de sorties aériennes, détruire un maximum d’habitations, tuer le maximum de gens. De 1961 à 1968, il fut le secrétaire à la Défense de Kennedy et de Johnson, et à ce titre, notamment responsable du tapis de bombes déposé sur le Vietnam. Entre-temps, il avait été pendant quinze ans un des cadres dirigeants et même le PDG de l’entreprise Ford. Et après ses années à la Défense, il présida la Banque mondiale. Bref, McNamara, successivement homme d’affaires et homme d’État, illustrait comment, pour l’impérialisme américain, la guerre était et demeure, une fois qu’on a gratté tout le vernis propagandiste qui la recouvre, la recherche du profit par d’autres moyens.

Mais l’impérialisme américain tomba sur un os. Malgré les moyens mis œuvre, leur armée n’a pas réussi à écraser le Front national de libération et, au-delà, le peuple vietnamien. Et aux États-Unis même, le gouvernement fut confronté à une vague de contestation comme jamais. La révolte a d’abord touché les Noirs, dans les ghettos, contre la ségrégation, à partir de 1963. Les Noirs étaient proportionnellement bien plus nombreux que les Blancs dans l’armée et donc parmi les victimes, et ils ne voulaient pas aller au Vietnam. Puis la jeunesse étudiante se mobilisa. Le 15 octobre 1969, deux millions de personnes manifestèrent contre la guerre et en 1970 des centaines d’écoles et d’universités étaient fermées tant la contestation y était forte. L’armée était minée par les mobilisations des soldats, par les désertions, par l’insoumission et les refus de combat, par le fragging, cette pratique qui désignait les centaines d’assassinats d’officiers par des hommes de troupe - et aussi par la drogue, par l’alcool, par la démoralisation. L’armée tombait littéralement en morceaux ; comme des généraux devaient le dire, la guerre du Vietnam avait « cassé l’armée ».

Dès la vaste offensive du Têt menée en 1968 par le Viêt-Cong, les dirigeants américains étaient conscients qu’ils ne pourraient l’emporter. Et pourtant, jusqu’en 1973, ils continuèrent à noyer le peuple vietnamien sous les bombes ; ils étendirent même leurs bombardements au Laos et au Cambodge. Pour les États-Unis, il s’agissait d’adresser un message clair à tous les peuples du tiers-monde : voilà ce qui pouvait en coûter à ceux qui voudraient s’affranchir de la domination impérialiste.

Devant la résistance du peuple vietnamien, les États-Unis étaient confrontés à un choix de fond : ou ils portaient la guerre à un autre niveau, ce qui supposait une mobilisation plus vaste et aussi d’affronter la Chine. Mais mobiliser la population américaine était de plus en plus difficile. Ou il leur fallait changer de politique, trouver une solution pour se dégager, sans que l’exemple du Vietnam n’entraîne d’autres peuples, à commencer dans la région ; et donc s’entendre avec la Chine de Mao. C’est ce qu’ils ont fait : ils ont reconnu la Chine et ils ont engagé des discussions avec elle. Échaudés, les États-Unis se sont gardés pendant quelque temps de se lancer dans de nouvelles entreprises militaires d’envergure ; c’est ce qu’on a appelé le « syndrome vietnamien ». Entre la fin de la guerre du Vietnam et la guerre du Golfe de 1991, les États-Unis n’ont pas déployé de forces importantes dans des interventions extérieures, si on excepte de brèves opérations dans leur arrière-cour. Et ils n’ont plus jamais eu recours à la conscription qu’ils ont abolie à la fin de la guerre du Vietnam.

 

Les interventions militaires extérieures

L’opposition à la guerre du Vietnam avait conduit les dirigeants américains à une certaine retenue. Il y eut des exceptions. En 1983, l’administration Reagan envoya les marines dans la minuscule île de la Grenade pour renverser un régime anti-américain. En 1989, ils débarquaient au Panama pour déposer le général Noriega, qui avait longtemps travaillé pour la CIA mais lui échappait désormais et avait transformé son pays en plaque tournante du trafic de drogue vers les États-Unis. Mais Panama et la Grenade relevaient de leur arrière-cour. Et, de façon générale, jusqu’en 1990, les États-Unis ont préféré intervenir avec la peau des autres. Ils ont ainsi poussé l’Irak à mener la guerre contre l’Iran de l’ayatollah Khomeiny, avec qui ils avaient coupé les ponts mais, comme mieux vaut placer ses œufs dans différents paniers… tout en armant l’Iran contre l’Irak. De 1980 à 1988, cette guerre atroce fit un million de victimes. À l’époque, l’Iran était l’ennemi et Saddam Hussein un allié avec qui on pouvait faire affaire.

Dans les années 1980, les États-Unis ont armé la guérilla afghane contre l’occupation soviétique, en s’appuyant notamment sur les islamistes. Au Nicaragua et en Angola, ils ont financé une guérilla anticommuniste contre le régime. En 1986, ils bombardèrent la Libye, mais sans qu’un marine y mette les pieds.

L’effondrement du bloc soviétique puis de l’URSS, qui constituait un certain contrepoids à l’hégémonie des États-Unis, a augmenté leurs possibilités d’intervention. Ainsi, à partir de 1990, quand Saddam Hussein a semblé leur échapper et qu’il a envahi le Koweït voisin, il est devenu « un nouvel Hitler » et un « ennemi de toute l’humanité ». En 1991, les armées de la coalition mise en place par les États-Unis repoussèrent en quelques jours l’armée irakienne, pourtant mensongèrement présentée auparavant comme « la quatrième du monde » ! Cependant, les États-Unis firent le choix de laisser en place le régime et lui permettre de noyer dans le sang deux révoltes, chiite dans le sud et kurde dans le nord.

Dans cette guerre du Golfe, l’objectif était limité : chasser les troupes irakiennes hors du petit Koweït qu’elles avaient occupé. Et l’administration Bush avait obtenu de sa population un certain consentement pour procéder à cette intervention. Malgré cela, les opinions publiques des pays de la coalition ne souscrivaient guère à la fable de la guerre juste pour libérer le malheureux Koweït ; et aux États-Unis même, dès le début du déploiement, il y eut une petite opposition à la guerre. Dans les années 1990, les États-Unis envoyèrent aussi des troupes en Haïti, en Somalie ou en Yougoslavie - ils intervinrent plus en dix ans qu’ils ne l’avaient fait depuis la fin de la guerre du Vietnam. Cependant, ils se montraient prudents, en raison des réticences de leur opinion publique. Et cela dura jusqu’en 2001.

Les attentats du 11 Septembre ont en effet donné des possibilités à l’administration américaine. En eux-mêmes, ils ne modifiaient en rien le « cours de l’histoire », contrairement aux fadaises alors énoncées par d’innombrables commentateurs. En revanche, pour Bush et tous les « faucons » de son administration, l’émotion suscitée était une aubaine. En 2000, Bush avait été mal élu - avec moins de voix que son concurrent Al Gore - et le 11 septembre 2001 lui permit de ressouder l’opinion derrière la « guerre contre la Terreur ». En effet, c’est ce soutien qui permit à l’administration de faire accepter un climat belliqueux et deux nouvelles guerres.

 

La guerre en Afghanistan

L’administration Bush a commencé par s’en prendre, à l’automne 2001, au régime afghan des taliban, censé être le repaire des kamikazes d’Al-Qaïda, et qu’elle avait jusque-là toléré. Les taliban, qui étaient honnis par la population après leurs cinq années de dictature sanglante, ont été renversés.4

 

Hamid Karzaï, chef d'un clan en conflit avec le pouvoir des talibans, fut réintroduit dans le pays par la CIA pour être nommé président par intérim en décembre 2001. Il allait par la suite être élu à deux reprises dans des conditions frauduleuses, tout comme son successeur Ashraf Ghani.

Le pouvoir mis en place par l'impérialisme s'appuyait sur des seigneurs de guerre avec lesquels la CIA était en relation depuis longtemps. Leur nouvelle position leur a permis d'élargir leurs meurtres, viols, pillages. Tandis qu'une partie des cadres du régime précédent était absorbée par le nouveau pouvoir, d'autres formèrent une galaxie de groupes plus ou moins rivaux qui se partagèrent le contrôle d'une grande partie du territoire et étendirent la guerre au Pakistan voisin.

Le pouvoir mis en place est vomi par la population, pas seulement du fait de ses crimes et de sa corruption, mais parce que les forces impérialistes qui le protègent ont écrasé le pays sous un tapis de bombes, d'armes à fragmentation et de napalm. Fin 2009, Obama, qui avait remplacé Bush, annonça l'arrivée de renforts, ce qui porta la présence impérialiste à son maximum, 150 000 soldats. En treize ans, le nombre de soldats qui se sont relayés est bien plus considérable encore. Par exemple, 70 000 militaires français auront été envoyés en Afghanistan entre 2001 et 2012, date à laquelle le gros des militaires français a été retiré du pays... pour mener des sales guerres ailleurs.

Aujourd'hui, ce sont les États-Unis, qui tentent de se désengager. Mais c'est toute la région qui s'est embrasée, comme l'atteste l'attentat qui a fait 140 morts dans une école au Pakistan en décembre 2014. Sans doute 1 000 milliards de dollars ont été dépensés et 3 500 soldats des armées impérialistes ont trouvé la mort, le nombre de victimes afghanes se chiffrant à dix ou vingt fois plus, peut-être davantage. Tout cela pour quoi ? L'intervention militaire de l'impérialisme n'a rien à mettre à son actif, à part la croissance de la culture du pavot destinée à l'opium, au bénéfice des seigneurs de guerre qui sont ses protégés.5

 

Le renversement de Saddam Hussein et la nouvelle guerre en Irak

De la guerre du Golfe à 2001 (dont huit années sous la présidence démocrate de Clinton), l’Irak était resté soumis à un embargo occidental qui aurait tué un demi-million d’enfants et était soumis à des bombardements périodiques. Puis, après le 11 Septembre 2001, les États-Unis furent déterminés à abattre le régime irakien.

Pas parce que Saddam Hussein était un dictateur : il l’avait toujours été. Mais il refusait de se soumettre à leur ordre. Les États-Unis savaient que son impopularité en Irak rendrait son renversement plus aisé ; surtout, l’opinion américaine avait changé. Et pour faire accepter la guerre, Bush et Blair inventèrent le mensonge des « armes de destruction massives » de l’Irak et celui des liens avec Al-Qaïda. Et en avril 2003, à l’issue d’une guerre à sens unique, le régime irakien fut renversé.

Mais il est plus facile de gagner une guerre que d’occuper un pays et les États-Unis ont été bien incapables de stabiliser la situation et de mettre en place un État fort en Irak, c’est-à-dire une armée et une police capables de maintenir l’ordre dans le pays, tout en étant dévouées aux intérêts américains. Dans les jours qui ont suivi la fin de la guerre, le gouvernement Bush, convaincu que l’armée irakienne resterait fidèle au clan de Saddam Hussein, a choisi de la dissoudre. Il voulait une hiérarchie qui lui soit plus fidèle, mais il s’est ainsi retrouvé sans hiérarchie du tout. En licenciant des centaines de milliers de soldats et d’officiers, dans un pays ravagé par le chômage, les Américains ont alimenté la guérilla.6

Au final, les USA n’ont réussi qu’à détruire l’ensemble de la société irakienne. Plus d’un million d’Irakiens sont morts à cause de la guerre, ainsi que plusieurs milliers de soldats des forces d’occupation. Quatre millions d’Irakiens ont dû fuir leur maison.7

Les États-Unis ont détruit un pays entier, ont imposé à la population irakienne une descente dans le chaos et la barbarie et une guerre qui, depuis le départ, était basée sur un tissu de mensonges. Cette guerre était dirigée par les intérêts des compagnies pétrolières, d’autres grandes multinationales et des plus grandes banques.

Et c’est une guerre pour laquelle les soldats des États-Unis ont aussi payé un lourd tribut. Cette guerre n’est pas finie et ce ne sera pas non plus la dernière des guerres de l’impérialisme américain.

La guerre en Irak donne l’image exacte de l’impact gigantesque et barbare de l’impérialisme, du prix humain qu’il impose aux populations à travers le monde, y compris aux États-Unis, tout cela pour obtenir quelques dollars de profit supplémentaire.8

 

L’interventionisme subtil d’Obama

« Connais-toi toi-même », « Rien en excès », et « Sois prudent » sont trois des commandements de la sagesse grecque, que le disciple Barak Hussein Obama a essayé de mettre en œuvre dans la gestion du vaste empire US et de son environnement. Même si le bilan de la politique extérieure prenait peu de place dans son discours annuel du 28 janvier 2014 sur l’état de l’Union , il a souligné, avertissements à ses opposants inclus, qu’il suivra sa tactique de « réalisme prudent ».

 

Obama n’est pas un idéaliste ; autrement, il n’aurait pas eu une liste de citoyens du monde à assassiner et il aurait fermé Guantanamo avec un décret présidentiel. Il ne se préoccupait pas non plus de la juste redistribution des ressources comme fondement de la démocratie, parce qu’autrement, il aurait fait quelque chose pour la moitié de la population de New York qui frôlait alors le seuil de la pauvreté pendant que 1% de ses compatriotes contrôlait 40% de la richesse nationale.

 

La situation désastreuse que lui a laissé son prédécesseur – de nombreuses guerres ouvertes et ratées, une économie en récession, des dettes, effondrement su système financier, etc. – a montré la fin du réalisme traditionnel, et du « détruis les États et fuis ».

 

« Réalisme prudent »...voici comment Obama terminera ce qui lui restait de mandat : une diplomatie agressive au lieu de l’usage exclusif de la force militaire, renforcement de l’alliance avec les gouvernements clients, opérations dissimulées, financement et appui à des coups d’état, augmentation et montée en puissance des bases militaires, etc., soit un interventionnisme subtil, à faible coût pour son pays.

 

Dans son discours du 28 janvier 2014, Obama s’est attribué le mérite pour avoir obligé la Syrie à éliminer ses armes chimiques et il a exposé son intention de renouer les conversations de paix entre Israéliens et Palestiniens, sans rougir d’avoir refusé le vote du statut de l’État palestinien en tant qu’observateur alors qu’il continuait à appuyer verbalement la solution de deux états. En outre, l’unique succès réel de sa gestion était l’accord avec l’Iran à propos du programme nucléaire. C'était la réussite diplomatique majeure des USA depuis des dizaines d’années, malgré que les propres services de renseignements des États-Unis certifiaient que le dit programme était de nature non militaire.

 

Cependant, sur ces sujets il n’a rien dit :

 

- Que la guerre en Irak et en Afghanistan est terminée seulement pour les USA, mais pas pour ces nations dévastées et mal gouvernées, dans lesquelles meurent chaque jour des centaines de personnes dans les attentats, fruit direct des deux agressions militaires.

 

- Qu’au Soudan du Sud, pays que les USA et ses alliés ont divisé en deux en 2011 après une guerre par procuration, pour en garder la partie pétrolifère, auparavant des millions d’habitants ont pu mourir de faim dans un blackout de l’information alors qu’ils étaient au-dessus d’une mer d’or noir.

 

- Que la Libye prétendument « démocratique », le pays du meilleur bien-être en Afrique en 2011, a plongé dans un chaos total, où les groupes terroristes campent à leur aise.

 

- Qu’en Afghanistan, les USA négocient avec les Talibans, ceux-là même qui furent accusés d’avoir fait exploser les tours jumelles et qui écrasaient femmes et hommes sous leurs bulldozers. Les USA leur ont offert le gouvernement de territoires immenses en échange de l’autorisation de créer 9 bases militaires dans ce qui est le cœur stratégique de l’Asie centrale. Dans ce même accord, afin de renforcer la position du gouvernement de retirer la plupart des troupes de ce pays, Obama avait invité le soldat Cory Remsburg, blessé de guerre, victime et bourreau, chair à canon pour d’infâmes intérêts.

 

- Que la tuerie permanente de civils au Pakistan par les drones ont provoqué, en plus, la fuite de millions de personnes hors de leur foyer et un milieu explosif où les terroristes se mêlent aux partisans et patriotes pacifistes qui ne savent pas où porter plainte contre les actes criminels de guerre des USA.

 

- Qu’il a envoyé des troupes fin décembre 2013 en Somalie sous le prétexte de lutter contre le groupe Al Shaba, mais avec pour véritable objectif de mettre la main sur les immenses ressources pétrolières et minérales du pays avant que n’arrivent les Chinois. En outre, la Somalie est le pays d’Afrique aux côtes les plus étendues, d’où le Pentagone peut surveiller l’Océan Indien, le corridor stratégique du Golfe d’Aden qui réuni le Golfe Persique, la Mer Rouge et le Canal de Suez par où passe 30 % du pétrole mondial. La Mer Rouge est la seule mer contrôlée par les pays arabes, axe de leurs importations et exportations et sa principale source d’eau douce.

- Que pendant qu’il impose sa volonté aux pays faibles, il n’a pas été capable d’obliger Israël à arrêter la construction de colonies illégales. Évidemment, lui n’est pas Eisenhower, qui a obligé les Israéliens à quitter la péninsule du Sinaï.

 

- Qu’en Syrie, il a choisi la meilleure alternative possible pour les intérêts de son pays et ceux d’Israël : en finir de la Syrie en tant qu’État (la même chose qu’il a fait avec l’Irak et la Libye), lui faire subir une longue guerre où se détruisent les rivaux et ennemis des deux [USA et Israël, NdT].  La conférence de Genève II n’a pas été plus qu’une pantomime pour justifier son exposé hallucinant de partager les groupes armés extrémistes religieux entre « les bons », qui ne sont pas liés à Al-Qaïda, et « les mauvais » (les djihadistes ?), et de fournir des armes et financer on ne sait lesquels de ceux-là, dans un cadre surréaliste dans lequel une centaine de bande armées opèrent sans que Dieu lui-même ne puisse les distinguer. Tous ces groupes, ramassis de bandits et de mercenaires à gages, ont transformé les zones qu’ils contrôlent en boucherie. Les USA et l’ONU ont invité ces organisations en question, mais pas l’opposition démocratique non armée de Syrie.

- Qu’il envisageait de reprendre l’aide de 1,5 milliard de dollars pour les militaires corrompus, criminels, partisans de Mubarak, en Égypte. Obama ignorait que même en achetant la loyauté de l’ami Al Sisi, cela ne le blinderait pas contre la furie de millions d’Égyptiens affamés, qui n’ont pas peur de perdre l’unique chose qui leur reste : leurs chaînes.9

 

 

L’impérialisme américain prédateur et criminel

Décrit dans un livre fleuve, voici une synthèse de La Stratégie du choc de Naomi Klein qui informera plus d’un sur l’impérialisme américain, qui fait tant de mal à la planète depuis plus d’un siècle et fait des USA le plus grand prédateur de la planète, au mépris de ses nations et de ses peuples.

Dans la mentalité des gouvernements américains, rien ne vaut une bonne catastrophe pour ouvrir de nouveaux territoires.

Cette stratégie est motivée par le profit à grande échelle et la cupidité. Elle est responsable des plus grands génocides socioéconomiques de la planète.

Cette stratégie comprend plusieurs phases :

 

Le renversement d’un état souverain

Pour mettre la main sur un pays, les USA fomentent des fausses révolutions en finançant les groupes d’opposition qui commencent par essayer de déstabiliser le pouvoir en organisant des manifestations, sous prétexte de soustraire une nation opprimée à la brutalité d’un régime forcément dictatorial et de lui apporter la démocratie !

La seconde étape, si la première échoue, est d’essayer d’associer l’armée à ce coup d’état, de financer son coup de main et de la former aux techniques de guérilla et à la torture.

Si l’armée reste fidèle et le gouvernement en place résiste, des mercenaires sont formés et envoyés dans le pays visé, afin d’essayer de prendre le pouvoir par les armes. Si l’infiltration échoue aussi, la dernière solution est l’invasion du pays par les forces armées américaines.

Une fois le gouvernement renversé, les opposants au coup d’état sont capturés, emprisonnés, torturés, pour semer la terreur et réduire chez eux tout velléité de résistance.

Sont même formés des brigades policières indépendantes de l’armée et de la police nationale, dont le financement est assuré par des multinationales américaines et dont l’impunité est responsable de tous les débordements que la population a vécu dans tous les pays renversés.

La torture est utilisée pour extorquer le plus d’information sur la résistance, puis comme thérapie, afin de faire des hommes des terrains vierges prêts à accepter la nouvelle idéologie que les USA veulent leur imposer.

L’enlèvement de masse est utilisé pour créer l’effroi chez la population et les familles sont rançonnées pour pouvoir récupérer leur parent vivant ou leur cadavre, ou l’arrêt des tortures.

Sans scrupules, s’il faut en passer par là, toute une partie de la population est massacrée comme au Chili pendant les années 1970.

Pour l’autre partie de la population qui était favorable à ce renversement, une grande part cède de vastes pouvoirs à ceux qui prétendent sortir le pays du chaos engendré par ce coup d’état.

La culture et l’expression politique sont censurés, au profit de l’idéologie que les USA veulent imposer et qu’ils ont le culot d’appeler démocratie !

Une dictature se met donc en place au détriment de toute une nation traumatisée et affaiblie, voire désorientée par le traitement de choc qu’elle vient de subir.

 

Le pillage du pays

Il ne suffit pas de renverser un pays, mais d’avoir convaincu certains opposants aux théories économiques que les USA vont imposer au pays ciblé.

Des jeunes économistes sont formés aux théories de Milton Friedmann et envoyées sur place, afin de mettre en application cette théorie absurde et dévastatrice, le but étant de mettre la main sur les richesses du pays et de ses matières premières (pétrole, eau), sur l’économie du pays sans aucune contrepartie et d’installer des bases américaines, afin d’augmenter l’emprise de l’empire américain sur le monde.

Même si cette théorie devient impopulaire, car détruisant l’économie du pays cible, elle est imposée par la force, mais en général l’état de choc et l’effroi que le renversement du pays a provoqué, suffit à supprimer toute résistance de la population.

Les entreprises conquistador américaines, envoyées après la conquête militaire du pays, pillent avec la même détermination et énergie impitoyable, les états traités comme des territoires coloniaux, ou cherchent sans relâche de nouvelles sources de profit dans le domaine public.

La phase du pillage peut aussi être découpée en plusieurs temps :

 

- Privatiser le pays

Pour se faire : toutes les entreprises d’état sont privatisées en masse en les vendant à des multinationales américaines pour des cacahuètes, et sous le prétexte que leur vente est essentielle au redressement du pays. Ce racket est organisé avec la protection du gouvernement américain.

La plupart des employés sont licenciés pour soi-disant accroître leur compétitivité.

Les concurrents sont écartés. Ainsi un pan entier de l’économie de ce pays est mis à sac de façon paisible et démocratique.

La main mise sur le pétrole est le premier objectif de ce racket : des contrats longs sont signés et la plupart des profits sont confisqués, privant la population des bénéfices de cette manne.

Ces multinationales mettent aussi la main sur les marchés locaux facilement au milieu du champ de bataille qu’est devenu le pays.

Ne résistant pas à cette concurrence déloyale, de nombreuses entreprises nationales ferment leur porte.

Les fonctions régaliennes sont sous-traitées au secteur privé au prix du marché, mais sans plus d’efficacité et de résultats, voire en accroissant les gaspillages.

Dès lors l’État se contente à superviser plus ou moins bien les contrats passés avec les entreprises privées très souvent cliente du gouvernement américain.

Une armée de banquiers font la tournée des sociétés de courtage et des banques dans l’espoir de les acquérir pour une bouchée de pain.

Pour faciliter l’invasion du pays par les entreprises américaines, le contrôle du mouvement des capitaux est supprimé.

Bien sûr ces privatisations engendrent un chômage de masse, car les employés autochtones sont remplacés par des étrangers. Elles provoquent aussi des vagues de suicides.

Tout le monde est touché : fonctionnaires, petits agriculteurs, entrepreneurs, syndicalistes, ou toute personne ne réussissant pas à remonter la vague dévastatrice. Beaucoup viennent grossir les bidonvilles. La reconstruction du pays détruit est réservé aux entreprises amies du gouvernement américain et aucune industrie du pays n’en bénéficie.

Même l’État américain pâtit de cette stratégie : une administration privée fantôme ayant été créée à l’aide des fonds publics, celle-ci mène le pays à la crise budgétaire, tant le déficit accumulé a fait grossir l’endettement des USA.

Les citoyens, qui ont financée cette économie parallèle, n’ont même pas leur mot à dire !

 

- Déréglementer l’économie du pays

Ayant fait table rase du passé, le second temps consiste à passer de la dictature à la guerre économique : toutes les lois sociales et règlements sont supprimés (abolition du salaire minimum, conventions collectives), imposition d’un modèle économique dur et acharné qui rend la vie dure à une majorité de gens : d’un côté un secteur public faible, mal financé et inefficace ; d’un autre une structure privée parallèle et grassement financée.

Les sociétés américaines sont autorisées à posséder des parts entières des actifs des sociétés du pays envahi.

Les lois environnementales sont abolies, ouvrant la porte à un capitalisme sauvage.

Les frontières, au nom du libre-échange, sont ouvertes à la concurrence sauvage des entreprises principalement américaines et de ses alliés et l’impôt sur les sociétés est supprimé.

Une zone de franchise dite verte apparaît chaque fois que le complexe militaro-industriel s’abat sur le pays, creusant un fossé entre ses privilégiés : les entreprises américaines et les autochtones marginalisés.

Aussi, faute de pouvoir supporter la concurrence des produits importés, de nombreuses entreprises du pays ferment leurs portes.

L’État envahi et le secteur à but non lucratif, sont considérés comme des concurrents empiétant sur le marché privé.

Même les dirigeants des USA profitent du cataclysme qu’ils ont déclenchés en réalisant des profits grâce au désastre dont ils étaient responsables, comme Rumsfled et Bush pendant la guerre en Irak.

 

- Réduire les dépenses sociales

Toutes les dépenses sociales de la région, du pays envahi sont comprimées au maximum, voire supprimées. Le déficit budgétaire est éliminé en taxant les petits contribuables.

Bien sûr, il s’ensuit une recrudescence du chômage, de la pauvreté et des suicides.

Même les Américains pâtissent de cette stratégie : lorsqu’il faut rémunérer les entrepreneurs qui ont colonisé le pays, il n’y a pas de limite, par contre quand il faut financer les fonctions essentielles de l’État, les coffres sont vides.

Le gouvernement des USA ferme les yeux sur les gaspillages, la mauvaise gestion, la surfacturation de ces entreprises, les erreurs en tout genre même répétées, l’important étant que celles-ci cotisent à sa caisse électorale et fournissent des bénévoles pour sa prochaine campagne.

Les entrepreneurs sont grotesquement surpayés, alors que la base qui fournit le travail est sous-payée.

Pour compenser les milliards versés, le budget fédéral, c’est à dire les aides sociales, est drastiquement réduit.

 

Le nettoyage ethnique et culturel

Ayant détruit et pillé le pays ou profitant de sa destruction suite à un cataclysme naturel, les Américains n’hésitent pas à chasser ou faire chasser une partie de la population de ses villages et de ses terres, si elle devient un obstacle à la reconstruction made in USA, sous le prétexte d’une relance rapide de l’économie comme au Sri Lanka, lorsque des familles entières de pêcheurs furent chassées des plages, après le Tsunami.

Le peuple conquis en état choc est devenu très vulnérable et est surtout préoccupé à sa survie matérielle. Dès lors, il s’agit de supprimer la nation forte, profondément enracinée dans le territoire et le laisser envahir par d’autres ethnies en ouvrant les frontières et en remplaçant sa culture par le modèle américain : le way of life américain.

Pour se faire, on commence par supprimer d’abord les vestiges de l’ancienne culture, l’exemple de l’Irak est tout fait exemplaire.

Enfin, pour donner le coup de grâce, on avive les affrontement entre communautés, leur division finissant par disloquer complètement la nation.

 

La démocratie confisquée

Le gouvernement renversé est remplacé par des représentants américains ou par des représentants locaux désignés par les US.

Tant que les USA gardent le contrôle du pays, les promesses d’élections et la rédaction d’une nouvelle constitution sont ajournés.

 

L’asservissement du pays par la dette

Une fois que le peuple envahi a réussi, après des années d’occupation, à chasser la dictature qui l’opprimait, ou en remplaçant les chocs de l’invasion, de la destruction, du pillage et de l’occupation par un noyautage du pays, les USA réduisent les peuples à la pauvreté, afin de les maintenir dans un état de dépendance et de soumission.

Comment ? La technique consiste à mettre en esclavage le peuple par la dette : au nom du libéralisme,  l’État a été obligé d’emprunter auprès des banques privées (plus à sa banque centrale), c’est-à-dire auprès des banques anglo-saxonnes et leurs complices :  le FMI et la Banque Mondiale.

Avec le temps, la dette augmente et les impôts ne servent plus qu’à rembourser les intérêts de cette dette, et l’État n’est plus capable de rembourser la dette elle même, tellement elle est devenue insupportable !

Une autre technique consiste à trafiquer les comptes d’un État, comme en Grèce, et de le déclarer en faillite, afin de pouvoir lui imposer le volet économique de la stratégie du choc avec l’aide du FMI et de la Banque Mondiale, qui ne sont que les agents de l’impérialisme américain.

Cette croisade néolibérale n’apporte jamais la prospérité et la paix, mais la pauvreté, l’insécurité, l’accroissement des inégalités, la corruption, la dégradation de l’environnement. Elle extorque un pays de toutes ses richesses au profit des USA.

Entre 25 % et 65 % de la population est mise au rancart à cause de cet impérialisme criminel et prédateur.

Les pays qui ont été victimes de cette stratégie du choc depuis Nixon sont :

L’Argentine, le Chili, l’Uruguay, la Bolivie, l’Équateur, le Guatemala, le Venezuela,  la Thaïlande, la Corée, la Malaisie, l’Indonésie, le Sri-Lanka, le Brésil, l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan, l’Afrique du Sud, la Pologne, la Russie.10

 

 

Les empires d’hier et d’aujourd’hui

Les grands empires, comme Rome et l’Empire britannique, étaient exploiteurs. Ces empires réussirent parce que la valeur des ressources et des richesses tirée des territoires conquis excédait le coût de la conquête et de la gouvernance des terres conquises. La raison pour laquelle Rome n’a pas étendu plus avant son empire à l’Est en Allemagne n’a rien eu à voir avec les prouesses militaires des Germains mais tout à voir avec le calcul fait par Rome que le coût de la conquête excéderait la valeur des ressources exploitables.

L’Empire romain s’est effondré parce que les Romains épuisèrent leurs ressources humaines et naturelles dans des guerres civiles, se déchirant entre eux pour la conquête du pouvoir. L’Empire britannique a échoué parce que celui-ci s’est épuisé à combattre l’Allemagne dans deux guerres mondiales. Dans son livre “La règle des empires”, publié en 2010, Timoty H. Parsons remet en perspective le mythe de l’empire civilisateur avec la vérité de l’empire exploiteur. Il décrit le succès des Romains, du califat d’Umayyad, des Espagnols au Pérou, de Napoléon en Italie, des Britanniques en Inde et au Kenya, succès dû à l’extraction des ressources. Pour baisser le coût de gouverner le Kenya, les Britanniques ont développé une conscience tribale et inventé des coutumes tribales qui favorisaient la gouvernance britannique.

 

Parsons n’examine pas l’Empire américain, mais dans son introduction au livre, il se demande si l’Empire américain est vraiment un empire dans la mesure où les Américains ne semblent pas tirer profit de l’exploitation faite. Après huit ans de guerre et une tentative d’occupation de l’Irak tout ce que Washington a reçu pour ses efforts ne sont que quelques milliers de milliards de dollars de dette supplémentaire. Après 10 ans et une lutte ayant également coûté plusieurs milliers de milliards de dollars contre les Talibans en Afghanistan, Washington n’a rien à montrer si ce n’est de manière possible, quelques parts dans le commerce de la drogue qui est utilisé pour financer les opérations secrètes de la CIA.

 

Les guerres de l’Amérique sont très coûteuses. Bush et Obama ont doublé la dette nationale et le peuple américain n’en a tiré absolument aucun bénéfice. Aucune richesse, aucun pain et aucun jeu n’abondent pour les Américains des guerres de Washington. Alors pourquoi ? de quoi s’agit-il ?

 

La réponse est que l’Empire de Washington exploite les ressources du peuple américain lui-même pour le pur bénéfice des intérêts personnels de quelques groupes qui régissent les États-Unis. Le complexe militaro-industriel, Wall Street, l’agro-business et le lobby d’Israël utilisent le gouvernement pour pomper les ressources des Américains tout à leur profit et soif de pouvoir. La constitution des États-Unis a été pompée pour les intérêts de l’état policier et les revenus des citoyens ont été redirigés dans les poches du 1 %. Voilà comment fonctionne l’Empire américain.

 

Le nouvel Empire est différent. Il existe sans avoir à conquérir. La force militaire américaine n’a pas conquis l’Irak et a été obligée de quitter le pays par un gouvernement fantoche que Washington avait elle-même installé. Il n’y a pas de victoire en Afghanistan et après une décennie de guerre, l’armée américaine ne contrôle toujours pas le pays.

 

Dans le nouvel Empire, le succès des guerres n’est plus important. L’exploitation se produit par le fait d’être en guerre. Des sommes énormes d’argent des contribuables ont été siphonnées dans les industries de l’armement et une énorme partie du pouvoir absorbée par la Sécurité de la Patrie (NdT : Roberts, l'auteur de l'article, fait ici référence au DHS, Department of Homeland Security, la Stasi, Securitate du pays du goulag levant). L’Empire américain ne fonctionne qu’en privant, volant les citoyens de leur richesse et de leur liberté.

 

Voilà pourquoi la guerre ne peut pas prendre fin, ou si l’une s’arrête, une autre doit commencer. Rappelez-vous lorsqu’Obama est arrivé à la Maison Blanche et qu’on lui demanda ce qu’était la mission américaine en Afghanistan ? Il répondît alors qu’il ne savait pas en quoi elle consistait et qu’il fallait définir cette mission.

 

Obama n’a jamais défini cette mission. Il a renouvelé la guerre en Afghanistan sans jamais en établir le but. Obama ne peut pas dire aux Américains que le but de la guerre est de renforcer le pouvoir et les profits du complexe militaro-industriel aux dépends des citoyens américains.

 

Il est ironique de constater, que sous le nouvel empire, ses citoyens sont siphonnés de leur richesse et de leur liberté afin de détruire les vies des populations étrangères ciblées. Tout comme les musulmans bombardés et assassinés, les Américains sont les victimes de leur propre empire.11

 

 

Qui, de la bourgeoisie capitaliste ou du peuple américain dirigera les États-Unis ? Une question décisive pour toute l’humanité

Au début du XXe siècle, la domination des États-Unis se limitait à leur arrière-cour. Entre les deux guerres, la Grande-Bretagne leur disputait encore la suprématie. De 1945 à 1990, l’existence de l’URSS demeurait un contrepoids. Aujourd’hui, les États-Unis sont devenus en fait la seule superpuissance. Ils ont des bases sur les cinq continents, des bateaux de guerre sur tous les océans. Ils écrasent les autres puissances de leur supériorité militaire. Ils sont les principaux gendarmes de l’ordre impérialiste. Bref, ils sont le principal frein à une transformation de la société.

Mais les États-Unis ce n’est pas que cela. Non seulement ils constituent la plus grande puissance capitaliste mais aussi celle où le capitalisme est arrivé au maximum de ses possibilités, où il a fait le mieux qu’il pouvait faire. Les États-Unis sont en tête de la recherche dans tous les domaines scientifiques. Ils dominent tous les secteurs de pointe, de la médecine ou de l’informatique aux biotechnologies ou à l’aérospatiale. Aucun autre pays n’a atteint le niveau de leur développement.

Ces ressources formidables, cette puissance technique et scientifique sont aujourd’hui au service de la classe capitaliste, qui vise à soumettre les populations du monde entier à sa dictature. Aujourd’hui l’ingéniosité, la technique américaines sont utilisées pour le pire.

Et en même temps, si elles étaient utilisées pour le meilleur, elles pourraient être porteuses d’énormes progrès. Les États-Unis restent un pays qui représente l’avenir de l’humanité, du point de vue technique et scientifique. Trotsky écrivait déjà en 1939 : « La république nord-américaine a été plus loin que les autres dans le domaine de la technique et de l’organisation de la production. Ce n’est pas seulement l’Amérique, c’est toute l’humanité qui bâtira sur ces fondations. »

Personne ne peut deviner comment, dans quelles circonstances, renaîtra un mouvement populaire révolutionnaire12. Mais si la vague révolutionnaire pourrait partir de n’importe quelle région de la planète, elle ne pourra définitivement l’emporter, c’est-à-dire jeter les fondements d’une nouvelle organisation sociale sans exploitation, c’est-à-dire une société anticapitaliste, qu’à condition de l’emporter aux États-Unis.

Les États-Unis sont le centre mondial du capitalisme donc un nouveau monde, débarrassé du capitalisme, ne pourra se bâtir que sur leurs fondations. Savoir ainsi qui, de la bourgeoisie ou du peuple américain, dirigera les États-Unis, est une question décisive non seulement pour ce pays mais pour toute l’humanité. Il n’y aura pas de révolution anticapitaliste mondiale victorieuse sans révolution américaine.

 

 

 

Le premier président de l'histoire des États-Unis est George Washington. Il fut élu à l’unanimité par le collège électoral, le 4 mars 1789.

4 mars = 4 3

4 3 = D C

D C se prononce DÉCÉS.

Le DÉCÈS est synonyme de MORT.

 

George Washington est né le 22 février 1732 (22 2 1732).

22x2x1732 = 76208

Le code postal 76208 est l'un des code postaux de la ville de DIEPPE.

DIEPPE = DIE PEP

DIE signifie MOURIR en anglais.

PEP signifie DYNAMISME en anglais.

Dieu associe le premier président de l'histoire des États-Unis à la MORT, car il nous fait comprendre que pour préserver le DYNAMISME de l'économie américaine, les présidents des États-Unis ont semé la MORT aux quatre coins du monde en menant des guerres impérialistes pour mettre la main sur les richesses de la Terre.

 

La capitale des États-Unis est WASHINGTON DC.

D C = DÉCÉS

Depuis sa création, les États-Unis sont responsables du DÉCÈS de plusieurs dizaines de millions d'êtres humains.

Les guerres contre les Indiens furent un véritable génocide, on estime que peut-être dix millions d’Indiens peuplaient l’Amérique du Nord lors de l’arrivée des premiers Européens ; à la fin du XIXe siècle, ils n’étaient plus que 250 000 aux États-Unis, parqués dans des réserves sordides. Les guerres contre le Mexique firent 25 000 morts13. La période suivant la Seconde Guerre mondiale « est caractérisée par une succession de théâtres de guerre parrainés par les USA (la Corée, le Vietnam, le Cambodge, l’Afghanistan, l’Irak et la Yougoslavie), de diverses formes d’interventions militaires comprenant des conflits de faible intensité, des "guerres civiles" (Congo, Angola, Somalie, Éthiopie, Soudan), des coups d’État militaires, des escadrons de la mort parrainés par les USA et des massacres (Chili, Guatemala, Honduras, Argentine, Indonésie, Thaïlande, Philippines), des guerres secrètes menées par les services de renseignements des USA , etc. Cette période entière de "l’après-guerre" est marquée par un accroissement des crimes de guerre ayant pour résultat la mort de plus de dix millions de personnes. Ce chiffre n’inclut pas ceux qui ont péri en raison de la pauvreté, de la famine et de la maladie. »14

 

À partir de l'élection de George Washington, tous les présidents des États-Unis entraient en fonction un 4 mars (4 3).

4 3 = D C

D C = DÉCÈS

Dieu associe les présidents américains à la mort car les États-Unis étaient programmés pour TUER et nous pour les aimer.

AMERICAIN = AIMER CAIN

Dans la Bible, CAIN est le premier meurtrier de l'histoire de l'humanité.

Les États-Unis sont le pays le plus meurtrier de l'Histoire : jamais dans l'histoire humaine un pays n’a été responsable d’autant d’agressions, directes ou indirectes, contre d’autres nations.

Mais pourtant, une majorité de citoyens occidentaux continue d'AIMER ce pays.

Alors comment les États-Unis ont-ils survécu à leur atroce passé, et font-ils aujourd’hui si bonne figure ? Pas en l’admettant, pas en réparant, pas en s’excusant auprès de leurs victimes et certainement pas en changeant leurs méthodes. « Comme la plupart des autres pays, les États-Unis ont réécrit leur histoire. Mais ce qui distingue les États-Unis des autres pays, et les place loin devant dans la course, c’est qu’ils se sont assurés les services de l’entreprise publicitaire la plus puissante et la plus prospère du monde : Hollywood.

Dans la version à succès du mythe populaire en tant qu’histoire, la ''bonté'' des États-Unis a atteint son plus haut niveau pendant la deuxième Guerre mondiale (alias la guerre de l’Amérique contre le fascisme). Perdu dans le vacarme du son de la trompette et du chant de l’ange, il y a le fait que quand le fascisme était en plein progrès en Europe, le gouvernement des États-Unis a véritablement détourné le regard. Lorsque Hitler exécutait son pogrom génocidaire contre les Juifs, les fonctionnaires américains ont refusé l’entrée aux réfugiés juifs fuyant l’Allemagne. Les États-Unis ne se sont engagés dans la guerre qu’après le bombardement de Pearl Harbour par les Japonais. Étouffé par les bruyants hosannas, il y a leur acte le plus barbare, en fait l’acte le plus féroce dont le monde ait jamais été témoin : le largage de la bombe atomique sur des populations civiles à Hiroshima et Nagasaki. La guerre était presque finie. Les centaines de milliers de Japonais qui ont été tués, les innombrables autres qui ont été invalidés par des cancers pour les générations à venir, n’étaient pas une menace pour la paix mondiale. C’était des civils. Exactement comme les victimes des bombardements du World Trade Center et du Pentagone étaient des civils. Exactement comme les centaines de milliers de personnes qui sont mortes en Irak en raison des sanctions dirigées par les États-Unis étaient des civils. Le bombardement de Hiroshima et de Nagasaki était une expérience froide et délibérée exécutée pour faire une démonstration de la puissance de l’Amérique. À ce moment-là, le président Truman l’a présenté comme ''la plus grande chose de l’histoire''.

On nous dit que la deuxième guerre mondiale était une ''guerre pour la paix''. Que la bombe atomique était une ''arme pacifique''. On nous invite à croire que la force de dissuasion nucléaire a empêché une troisième guerre mondiale. (C’était avant que le président George Bush Jr ne suggère la ''doctrine de frappe préventive''). Y a-t-il eu un débordement de paix après la deuxième guerre mondiale ? Il y avait assurément la paix (relative) en Europe et en Amérique — mais considère-t-on cela comme une paix mondiale ? Pas tant que les guerres féroces par personnes interposées menées dans les pays où vivent les races de couleur (Chinetoques, Nègres, Asiates,…) ne sont pas considérées comme des guerres du tout.

Depuis la deuxième guerre mondiale, les États-Unis ont été en guerre contre, ou ont attaqué, entre autres, les pays suivants : la Corée, le Guatemala, Cuba, le Laos, le Vietnam, le Cambodge, la Grenade, la Libye, El Salvador, le Nicaragua, Panama, l’Irak, la Somalie, le Soudan, la Yougoslavie et l’Afghanistan. Cette liste devrait également comprendre les opérations clandestines du gouvernement des États-Unis en Afrique, en Asie et en Amérique Latine, les coups d’État qu’il a manigancés, et les dictateurs qu’il a armés et soutenus. Elle devrait comprendre la guerre soutenue par les États-Unis d’Israël au Liban, dans laquelle des milliers de personnes ont été tuées. Elle devrait comprendre le rôle-clé joué par l’Amérique dans le conflit au Moyen-Orient, dans lequel des milliers de personnes sont mortes pour combattre l’occupation illégale du territoire palestinien par Israël. Elle devrait comprendre le rôle de l’Amérique dans la guerre civile en Afghanistan dans les années 80, dans laquelle plus d’un million de personnes ont été tuées. Elle devrait comprendre les embargos et les sanctions qui ont causé directement, et indirectement, la mort de centaines de milliers de personnes (c’est particulièrement évident en Irak).

Mettez tout cela ensemble, et cela donne tout à fait l’impression qu’il y a eu une troisième guerre mondiale et que le gouvernement des États-Unis était (ou est) un de ses principaux protagonistes. »15

 

L'entrée en fonction du président des États-Unis a cessé de se dérouler un 4 mars, à partir du second mandat du 32e président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt, entré en fonction un 20 janvier. Désormais plus aucun président américain n'entrera en fonction un 4 mars (DC).

Dieu associe ainsi le mot « DÉCES » avec Franklin Delano Roosevelt.

Roosevelt est DÉCÉDÉ au cours de son 4e mandat de président, le 12 avril 1945 (12 4 1945).

12 4 1945 = BAD AIDE

BAD signifie MAL en anglais.

À partir du DÉCÈS de Roosevelt, tous les présidents des États-Unis ont affirmé qu'ils multipliaient les guerres aux quatre coins du monde pour apporter leur AIDE à l'humanité – afin d'intaurer la paix et la démocratie ; or Dieu nous fait comprendre qu'ils n'ont sémé que le MAL sur la Terre car ils ont provoqué le DÉCÈS de millions d'innocents pour établir leur domination sur le monde.

 

Le 12 avril 1945, Harry Truman a succédé à Roosevelt, devenant ainsi le 33e président des États-Unis.

33 = CC

C C se prononce CESSER.

À partir de l'élaboration de la doctrine Truman, dont l'objectif était la consolidation de la domination mondiale de l'impérialisme américain, les États-Unis n'ont CESSÉ de semer la mort sur la Terre, particulièrement durant la Guerre froide, ce qui a entraîné le DÉCÈS de plus de 10 millions d'êtres humains.

Dieu nous fait comprendre que nous mettrons un terme aux DÉCÈS de millions d'êtres humains en détruisant l'impérialisme américain. Car pour établir leur domination sur le monde, les USA sont passés maître dans le financement, l’entraînement et l’armement des groupes armés en Amérique latine et ailleurs depuis des lustres, en imposant des dictatures et des régimes alliés. « Depuis l’époque de la Guerre froide et l’intervention militaire soviétique en Afghanistan en 1979, l’islamisme politique ou armé a été encouragé et soutenu dans toute la région par les USA et leurs alliés occidentaux. Les révélations sur les liens de ben Laden et sa branche Al-Qaïda avec la CIA sont connues de tous. Depuis 15 ans, sous l’égide des États Unis et de leurs vassaux de l’OTAN, de nombreux pays et leurs économies ont été détruits. Bill Clinton a prétexté des arguments humanitaires pour bombarder la Serbie au printemps de 1999, sans aucun mandat des Nations Unies et en dehors de toute loi internationale, détruisant villes et villages de ce pays. Les conséquences de ces destructions ont été nombreuses, dont des milliers de morts, et celle de créer des centaines de milliers de réfugiés et de provoquer des exodes massifs de populations.

George W. Bush n’allait pas être en laisse, et il entreprit lui aussi de détruire un autre pays, cette fois-ci l’Irak, en mars 2003, à partir de mensonges et de fausses allégations, et cela une fois de plus sans aucun mandat des Nations Unies et en dehors du cadre de toute loi internationale. Cette politique d’agression s’est poursuivie en Libye avec Barack. Obama quand le gouvernement de Moammar Khadafi fut renversé par la force en 2011. Et la Libye sans lois et sans frontières est devenue, avec la Serbie et la Macédoine, une des principales portes de transit de milliers de migrants africains et moyen-orientaux, en route vers l’Europe occidentale. La politique d’agression de certains gouvernements occidentaux s'est poursuivi en Syrie avec la volonté des États Unis et de leurs alliés européens (Royaume-Uni et France) et au Moyen-Orient (Arabie Saoudite, Turquie, Israël, etc.) de renverser le gouvernement syrien de Bashar el-Assad, sous couvert d’une campagne tiède, non prioritaire et en grande partie hypocrite contre le monstre moyenâgeux du groupe terroriste État Islamique (EI), monstre qu’ils ont eux-mêmes contribué à créer en l’armant et en facilitant son recrutement de djihadistes étrangers.

Toutes ces incursions armées et ces bombardements étaient illégaux mais leurs dégâts sont réels et dévastateurs. En plus de tuer des milliers de civils, ils ont chassé de leurs villages des centaines de milliers de personnes. Et, ce sont ces personnes désespérées qui tentent aujourd’hui de s’enfuir par tous les moyens des enfers que de telles interventions ont produits. »16

Depuis 1990, les guerres de l'Occident au Moyen-Orient ont tué plus de 4 millions de musulmans, alors pour empêcher le DÉCÈS de millions d'êtres humains dans les années futures, nous devons détruire l'impérialisme américain et seul les citoyens des États-Unis en ont le pouvoir.

 

Le premier président des États-Unis, George Washington, est entré en fonction un 4 mars (4 3).

4  3 = D C

D C = DÉCÈS

Le 43e président des États-Unis est George W. BUSH et il est responsable d'une véritable BOUCHERIE, notamment aux États-Unis, car sous son mandat, selon une étude réalisée en 2009 par la Harvard Medical School, 45 000 personnes sont mortes chaque année parce qu’elles ne possédaient pas d’assurance médicale adéquate. Comme le précise l’un des auteurs de l’étude, cela équivaut à un DÈCÈS toutes les 12 minutes17. Ce qui signifie que des centaines de milliers de personnes sont mortes parce qu'elles n'avaient pas suffisamment d'argent pour se soigner alors que les États-Unis sont le pays le plus RICHE du monde, mais la majeure partie des richesses est accaparée par une minorité de la population, donc les pauvres sont exterminés à grande échelle ; mais ça ne fait pas la « Une » des médias occidentaux, contrairement à l'attentat du World Trade Center, pourtant bien moins meurtrier avec ses 3 000 victimes. Alors avant de faire la guerre au terrorisme islamiste, George W. BUSH aurait dû s'attaquer à la guerre du RICHE contre pauvre, qui a tué plus de 350 000 personnes durant son mandat.

À travers GEORGE W. BUSH, Dieu nous fait comprendre que BUSH est responsable d'une BOUCHERIE car les pauvres ont été tués en masse dans un pays qui REGORGE de richesses.

La lettre W est l'inverse de la lettre M (AIME), car en votant pour George W. Bush, ses électeurs ont voté pour la HAINE d'un programme politique qui a massacré les citoyens les plus démunis.

 

George W. BUSH est également responsable d'une BOUCHERIE au Moyen-Orient, étant à l'origine de l'intervention militaire en Irak, en 2003, qui a provoqué sur le long terme la mort de plus d'un million d'Irakiens et entraîné la création de Daech. Vous comprenez pourquoi Dieu associe BUSH au mot « DÉCÈS ».

 

George W. Bush a remporté l'élection présidentielle en 2000, face au candidat démocrate Al GORE.

Le mot GORE est utilisé dans le genre cinématographique et littéraire dérivé de l'horreur, il symbolise un flot de sang.

Effectivement, George W. Bush a fait couler le sang d'un million d'Irakiens pour mettre la main sur le pétrole, et depuis, le pays est plongé dans le chaos.

« Ce qui distinguait l’administration Bush dans la longue liste de crimes et d’atrocités commis par les USA  c’était le fait que les camps de concentration, les assassinats ciblés et les chambres de torture étaient ouvertement considérés comme des formes légitimes d’intervention qui soutenaient ''la guerre globale contre le terrorisme'' et appuyaient la propagation de la démocratie occidentale. »18

Malgré la connaissance des mensonges divulgués par George W. Bush pour envahir illégalement l'Irak, la majorité des électeurs américains a voté pour sa réélection le 13 décembre 2004.

2004 = 20 04

Adolf Hitler est né un 20 04 (20 avril).

Dieu associe clairement George W. Bush à Adolf Hitler car la politique impérialiste et antisociale de Bush a provoqué le DÈCÈS d'environ 1,5 million de personnes.

 

George Washington, le premier président de l'histoire des États-Unis, est entré en fonction un 30 avril et son mandat s'est terminé un 4 mars (4 3).

Adolf Hitler est mort un 30 avril.

Le 43e président des États-Unis, l'un des plus meurtriers de l'histoire, a été réélu en 2004.

Adolf Hitler est né un 20 04.

Dieu associe ainsi George W. Bush et les présidents des États-Unis à Adolf Hitler car l'impérialisme américain a exterminé des dizaines de millions d'êtres humains afin de régner sur le monde. Et à travers le prénom GEORGE (Washington-Bush), Dieu précise que les présidents des États-Unis les ont exterminé pour mettre la main sur les richesses dont le monde REGORGE.

 

GEORGE Washington est mort un 14 décembre.

137 jours séparent le 14 décembre et le 30 avril qui célèbre la mort d'Adolf Hitler.

Jules CESAR est né un 13 7 (13 juillet).

CESAR = RACES

Adolf Hitler a exterminé des millions de juifs parce qu'il avait établi une hiérarchie au sein d'une espèce humaine divisée en RACES.

 RACES signifie COURSES en anglais.

Dieu nous révèle que les présidents des États-Unis exterminent des dizaines de millions d'êtres humains dans leur COURSE pour dominer le monde.

 

Le premier président de l'histoire des États-Unis a été élu en 1789 et Adolf Hitler est né en 1889, soit 100 ans après.

100 = SANG

Les présidents des États-Unis considèrent appartenir à une RACE supérieure donc ils ont fait couler le SANG en exterminant des millions d'êtres humains pour diriger le monde.

 

En 1912, dans le cadre de la politique impérialiste des États-Unis en Amérique centrale, le président William H. Taft affirmait : « Le jour n’est pas éloigné où trois drapeaux étoilés signaleront en trois points équidistants l’étendue de notre territoire : l’un au pôle Nord, l’autre sur le canal de Panama, et le troisième au pôle Sud. Tout l’hémisphère sera, de fait, le nôtre, comme il l’est déjà moralement en vertu de la supériorité de notre race. »19

Le premier président de l'histoire des États-Unis est entré en fonction le 30 avril 1789 et Adolf Hitler : le dirigeant du IIIe REICH – est mort un 30 avril, car Dieu nous fait comprendre que nous signerons la mort d'Adolf Hitler : le RICHE – en mettant hors d'état de nuire les président des États-Unis.

À travers le 30 avril 1789, qui est l'année de la Révolution française, Dieu nous révèle que nous ne pourrons pas éradiquer le nazi-capitalisme de la surface de la Terre sans une révolution américaine, car pour débarrasser le monde de l'impérialisme et du capitalisme, les citoyens des États-Unis devront obligatoirement faire la révolution pour prendre le pouvoir en main et ainsi faire régner la paix dans le monde en détruisant les bases militaires US, et en partageant équitablement les richesses phénoménales de leur pays.

La date du 30 avril 1789 est donc symbolique puisque le 30 avril symbolise la mort du dirigeant du IIIe REICH et l'année 1789 la révolution, donc à travers l'entrée en fonction du premier président des États-Unis, Dieu appelle les citoyens américains à faire la révolution en votant pour le mouvement humaniste, afin de prendre le pouvoir politique en main et éliminer le RICHE dans le pays « démocratique » le plus RICHE du monde.

 

Désormais, les présidents des États-Unis entrent en fonction le 20 janvier (20 1).

Aux États-Unis, la date s'écrit en plaçant le mois avant le jour, par conséquent, le 20 janvier s'ecrit 1 20.

Adolf Hitler – le dirigeant du IIIe REICH – est mort le 120e jour de l'année 1945.

1945 = AIDE

À travers la date d'entrée en fonction des présidents américains, Dieu demande aux citoyens des États-Unis d'apporter leur AIDE aux milliards de pauvres sur Terre, en prenant collectivement le pouvoir politique en main afin de signer l'arrêt de mort du RICHE – qui génère la guerre et la misère dans le monde.

 

George W. Bush est le principal responsable du chaos dans lequel sont plongés actuellement plusieurs pays du Moyen-Orient ; et il a été élu pour la première fois à la présidence des États-Unis, le 18 décembre 2000 (18 12 2000).

18x12x2000 = 432000

43 2 = DC 2

DC 2 se prononce DÉCÈDE.

Dieu nous demande ainsi de voter le jour de l'élection présidentielle pour que le prédateur politique DÉCÈDE – en prenant collectivement le pouvoir en main – afin de l'empêcher de semer le chaos sur la Terre.

 

Le premier président des États-Unis a été élu le 4 mars 1789 (4 3 1789).

4x3x1789 = 21468

Le code postal 21468 est l'un des codes postaux de la commune de SOISSONS-SUR-NACEY dans le département de la Côte-d'Or.

Le maire de SOISSONS-SUR-NACEY est GABRIEL DELOGE.

Dieu demande ainsi aux citoyens des États-Unis de DÉLOGER le prédateur qui LOGE à la Maison-Blanche.

Dans la Bible et le Coran, GABRIEL est le nom d'un ANGE.

Dieu te transmet ainsi le message suivant : « DÉLOGE le prédateur politique et tu deviendras un ANGE. »

 

La commune de SOISSON dans le département de l'Aisne est surnommée « la cité du VASE ».

La VASECTOMIE est la clé pour empêcher les prédateurs de se reproduire.

 

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Dans la famille Bush, le père, George, et le fils cadet, George W., ont été présidents des États-Unis, et le fils aîné, Jeb Bush, est l'ancien gouverneur de Floride.

La VASECTONOMIE du père nous aurait épargné d'avoir le fils cadet ensuite au pouvoir. Dieu nous demande ainsi de pratiquer la VASECTOMIE le jour de l'élection présidentielle afin que les prédateurs ne puissent plus jamais se reproduire, car en l'absence d'une telle opération, George W. Bush a pu devenir président, ravager l'Irak, créer Daech, et ainsi enfanter un monstre à son image ; alors vous comprenez l'importance de la VASECTOMIE.

 

Barack Obama a succédé à George W. Bush en devenant le 44e président de l'histoire des États-Unis à partir du 20 janvier 2009.

Le président des États-Unis entre en fonction pour 4 ans, soit 48 mois.

Barack Obama est né un 4 août.

4 août = 4 8

Ayant effectué deux mandats successifs, Obama a donc passé 96 mois au pouvoir.

Le cahier des écoliers est composé de 96 pages.

Dieu nous fait comprendre qu'il écrit chaque ligne de l'Histoire dans laquelle il a donné les pleins pouvoirs à SATAN.

Obama est le 44e président des États-Unis.

Le chef-lieu du département 44 est la ville de NANTES.

Dans NANTES, il y a toutes les lettre du mot SATAN.

Hugo Chávez comparait George W. Bush à SATAN et il n'avait pas tord car à travers les présidents des États-Unis, Dieu nous fait comprendre que SATAN dirige le monde.

43 = DC = DÉCÈS

DÉCÈDE !

Dieu nous demande de tuer SATAN afin d'écrire nous même l'histoire de l'humanité parce que si nous laissons les présidents des États-Unis l'écrire pour nous, le monde sera sans cesse à feu et à sang.

 

Les citoyens des États-Unis sont les seuls à pouvoir enchaîner SATAN alors nous allons devoir nous allier avec un parti politique aux États-Unis, et l'avenir est plutôt prometteur car un sondage de 2016, réalisé par l’université Harvard, indiquait que 51 % des jeunes de 18 à 29 ans affirmaient rejeter le capitalisme, 33 % d’entre eux allant jusqu’à soutenir le « socialisme ». « En 2018, une nouvelle enquête révélait que 61 % des électeurs démocrates âgés de 18 à 34 ans avaient une ''vision positive du socialisme''. Des phénomènes qui se cristallisent au-delà des sondages, du succès de la campagne de Bernie Sanders (qui a obtenu, lors des primaires démocrates en 2016, plus de voix chez les jeunes que Trump et Clinton réunis) à l’afflux militant du côté des Democratic Socialists of America (DSA), qui entre 2014 et 2016, ont vu leurs effectifs passer de 6 000 à plus de 40 000 (50 000 selon certaines estimations), avec un rajeunissement considérable des effectifs (la moyenne d’âge passant de 68 à 33 ans). 

Il ne s’agit bien évidemment pas de surestimer la radicalisation en cours. Le ''socialisme'' tel qu’il est entendu par les millions d’Étatsuniens qui tournent leur regard vers la gauche n’a pas grand chose à voir avec l’expropriation des capitalistes, l’abolition de la propriété privée et la socialisation des moyens de production. Il s’agit plutôt d’un version ''social-démocrate'' du socialisme, comme en témoignent les plate-formes électorales des candidats de DSA aux primaires du Parti démocrate, à l’image de celle d’Alexandria Ocasio-Cortez, 28 ans, vainqueure en 2018 d’une primaire face à Joe Crowley, élu de New York depuis 20 ans à la Chambre des représentants : ''Sécurité sociale pour tous, frais d’inscription à l’université gratuits, […] protection des locataires chassés par la hausse des loyers et la gentrification, un "nouveau New Deal" avec 100 % d’énergies renouvelables aux États-Unis en 2035, et l’abolition de l’ICE, l’agence anti-immigration devenue hors de contrôle sous Trump.'' »20

Mais, dans le paysage politique étatsunien, nul doute que le soutien de plus en plus massif à de telles revendications est un pas en avant, et nous tenterons alors d'exporter l'économie révolutionnaire aux États-Unis afin de nous allier avec ses citoyens qui désireront renverser le capitalisme et construire un nouveau monde dans lequel toutes les richesses seront équitablement redistribuées.

Concernant Barack Obama, « il est le premier président de l’histoire américaine à servir deux mandats complets avec la nation en guerre. Cela comprend la tuerie en Afghanistan et en Irak, le bombardement de la Libye, la guerre de six ans pour le changement de régime en Syrie et le soutien à la destruction saoudienne du Yémen21. » « Selon un sondage, en 2016, des forces spéciales américaines ont été déployées dans 138 pays, soit 70 % des pays du monde. Pour un président de paix, il y eut plus de guerres plus d’armes vendues. Un rapport du Council on Foreign Relations (CFR) a montré que Washington a bombardé la Syrie, le Pakistan, l’Afghanistan, la Libye, le Yémen ainsi que la Somalie en 2016. Pas moins de 26 171 bombes ont été larguées. 72 par jour. Trois par heure. »22

« Les ''guerres du 21 siècle'', lancées sous Bush et élargies sous Obama, ont tué plus d’un million de personnes et chassé des millions de personnes de leurs foyers, ce qui a provoqué le pire désastre de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le ''pivot vers l’Asie'' d’Obama a enflammé les tensions de la Mer de Chine méridionale à l’Inde et au Pakistan.

Le 44e président des États-Unis a quitté la Maison-Blanche alors que les troupes de l’OTAN se déployaient en Europe de l’Est sur fond d’une hystérie belliqueuse anti-russe alimentée par les médias et le Parti démocrate.

Obama est le président des ''drones'', ayant supervisé le meurtre de quelque 3 000 personnes au Pakistan, au Yémen, en Somalie et en Libye au moyen de ces véhicules aériens sans pilote, ainsi que de plusieurs milliers d’autres en Irak et en Afghanistan.

Au moins trois des individus tués dans des frappes de drones étaient des citoyens américains. La déclaration de l’administration Obama en 2011 selon laquelle le président a le pouvoir d’assassiner n’importe qui, y compris les citoyens américains, sans procédure régulière, résume l’attitude envers les préceptes démocratiques de base de cet ancien professeur de droit constitutionnel.

Le centre de détention et de torture des États-Unis dans la Baie de Guantánamo, qu’Obama avait promis de fermer lors de sa journée d’entrée en fonctions, est toujours ouvert. »23

Vous comprenez mieux pourquoi Dieu associe Obama à SATAN à travers le chiffre 44.

Par ailleurs, on aurait pu croire que le premier président Noir des États-Unis aurait tenté de mettre un terme au génocide des pauvres en Afrique, mais il n'a rien fait ; au contraire, il a combattu ses frères et sœurs en continuant, notamment à travers le FMI, à leur imposer une politique ultra-libérale qui les a exterminé en masse, et condamné les survivants à vivre dans la misère. Obama s'est battu pour sauver 276 lycéennes au Nigeria mais le reste du temps, durant ses deux mandats, il est resté immobile et muet devant l'extermination en huit ans de plus de 120 millions d'hommes, femmes, et enfants, assassinés par la pauvreté dans les pays du Tiers Monde. Pourtant, pour sauver une bonne partie d'entre eux, il n'avait pas besoin de combattre des terroristes armés jusqu'aux dents, mais simplement de débloquer 30 milliards de dollars par an pour éradiquer la malnutrition. En 2014, le budget militaire des États-Unis représentait 660 milliards de dollars, par conséquent, Barack Obama aurait pu sauver la vie de millions d'enfants en réduisant le budget militaire de seulement 4 %. La mort de ces millions d'enfants était donc délibérée car elle dépendait d'un shoah politique, et la sécurité des citoyens américains n'était certainement pas menacée en réduisant le budget militaire de 4 %. L'indifférence de Barack Obama devant le génocide des pauvres ne l'a pas empêché de recevoir le prix Nobel de la paix en 2009.

Les États-Unis sont le pays le plus riche du monde et ses citoyens ont la possibilité de mettre un terme au DÉCÈS de millions d'êtres humains chaque année, mais malheureusement, ils ne votent pas pour redistribuer une partie des richesses phénoménales de leur pays en faveur des plus démunis. C'est la raison pour laquelle le DC est inscrit dans leur histoire.

Dans le mot WASHINGTON, il y a WASH.

WASH signifie LAVER en anglais.

Les citoyens des États-Unis doivent désormais LAVER le sang qu'ils ont fait couler sur la Terre étant donné qu'ils ont voté à chaque élection présidentielle pour des psychopathes. Désormais, les citoyens des États-Unis ont la possibilité de changer le monde en écrivant pendant 96 mois les plus belles pages de leur histoire en votant pour la première fois en faveur d'un président humaniste. Dieu appelle ainsi les citoyens des États-Unis à prendre le pouvoir politique en main pour construire le nouveau monde.

 

Dieu associe également les États-Unis au mot « DÉCÈS », car c'est le pays leader au palmarès des pays de l’OCDE (à l’exception du Mexique), pour le nombre d’homicides par armes à feu : 11 208 en 2013. Quant au marché des armes à feu, il continue de prospérer : quelque 308 millions d'armes légales étaient, selon des chiffres de 2012, en circulation dans le pays.
Les États-Unis sont ainsi « le pays de l’insécurité chronique, de la peur et de la violence armée et institutionnalisée. Des dépêches quotidiennes font état de violences raciales, de fusillades, de rapts, de tueries, d’assassinats et d’incendies criminels. Des dizaines de personnes meurent tous les jours en raison de cette violence armée. Cette ''démocratie'' s’est transformée en un État policier dans lequel les forces de l’ordre ont le droit de tuer  À la fin du mois de juillet 2015, un policier blanc fut inculpé de meurtre pour la mort d’un Noir en Ohio. À la fin d’août, s'est déroulé l’assassinat en direct d’une journaliste et de son collègue en Virginie. Ensuite, huit personnes (cinq enfants et trois adultes) furent assassinées dans une résidence à Houston. Au même moment, la cérémonie de commémoration pour Michael Brown, un jeune noir assassiné par un policier blanc en août 2014, a tourné à la violence. Une fusillade a éclaté. Les policiers ont tiré sur un jeune homme qui s’est retrouvé dans un état critique. L’état d’urgence a été décrété à Tyrone au Missouri. Le 26 septembre 2015 un homme Noir en fauteuil roulant fut abattu par la police dans la ville de Wilmington en Caroline du Nord.  Le 1er octobre une dizaine de vies furent fauchées avec une quinzaine de blessés dans une tuerie dans l’Umpqua Community College, à Roseburg en Oregon, cette tragédie s’avérant la 45ième fusillade à se produire dans un établissement scolaire en 2015.

Ces dépêches quotidiennes font frémir. Aucun État n’est épargné. Les Étasuniens s’entre-tuent. Une véritable hécatombe qui s’avère le reflet d’un processus réel de décomposition sociale, elle-même amplifiée et aggravée par la circulation libre des armes à feu, la propagande haineuse et raciste et l’état de pauvreté dans lequel se retrouve une proportion de plus en plus importante de cette société. Cette entité nationale qui correspond aux États-Unis a développé un environnement marqué par l’insécurité pour la majorité des citoyens. Les règles non écrites de la ''self-defence'' sont suivies. Les meurtres deviennent une chose banale et ils se multiplient dans l’indifférence.

Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette situation d’insécurité chronique : L’augmentation de la pauvreté et son corollaire la marginalisation d’un nombre croissant de citoyens, l’augmentation du chômage, le recours obligé à des emplois précaires, des emplois qui ne permettent pas de répondre aux besoins essentiels. Ainsi, le vol devient une pratique répandue.  Les règles de l’État de droit sont bafouées pour laisser place aux activités criminelles.

Il convient de faire un bref exposé sur le processus de l’implosion sociale qui tend à s’accentuer à l’intérieur du territoire national et dans lequel nous ferons état de cette situation alarmante qui prévaut dans ce pays considéré encore par plusieurs comme un eldorado alors que l’augmentation générale du taux de pauvreté, avec comme toile de fonds l’effondrement de l’économie, a gravement affecté le tissu social au cours des dernières années.

 

1. La mort est au rendez-vous. De Columbine à Newtown, 13 tueries en 13 ans

Chaque jour aux États-Unis, les armes à feu tuent plus de 30 personnes. Si la plupart sont des règlements de comptes entre criminels, des innocents périssent régulièrement dans des tueries de masse, comme ce fut le cas le 14 décembre 2012 à Newtown dans le Connecticut, où 26 personnes, dont 20 enfants, ont trouvé la mort. (20minutes.fr)

Voici les principales tueries qui ont marqué l’histoire récente des USA entre le 20 avril 1999 et le 14 décembre 2012:

20 avril 1999: Columbine, 13 morts. Deux adolescents lourdement armés sèment la mort dans le lycée Columbine de Littleton, dans le Colorado, tuant 13 lycéens, professeurs et membres du personnel administratif avant de se donner la mort.

29 juillet 1999: Atlanta, 12 morts. Un homme tue neuf personnes dans deux sociétés de courtage d’Atlanta, en Georgie, après avoir semble-t-il tué sa femme et leurs deux enfants. Il se suicide cinq heures plus tard.

Octobre 2002, Washington D.C. : 10 morts. John Muhammad et Lee Malvo tirent au hasard de leurs pérégrinations dans Washington DC pendant plusieurs jours. Le bilan total est de dix morts.

16 avril 2007, Virginia Tech: 32 morts. Sur le campus de l’université de Virginia Tech, à Blacksburg, en Virginie, un étudiant sud-coréen tue 32 personnes avant de se suicider. C’est à ce jour la tuerie la plus meurtrière de l’histoire des États-Unis.

5 novembre 2009, Fort Hood: 13 morts. Un psychiatre de l’armée américaine, le commandant Nidal Malik Hasan, fait treize morts sur la base militaire de Fort-Hood, au Texas.

8 janvier 2011, Tucson: six morts. Un déséquilibré ouvre le feu en plein meeting électoral de Gabrielle Giffords, élue démocrate de l’Arizona au Congrès. Six personnes sont tuées et treize autres blessées, dont la députée.

2 avril 2012, Oakland: 7 morts. Un homme d’origine coréenne fait sept morts et trois blessés dans un collège chrétien d’Oakland.

20 juillet 2012, Aurora: 12 morts. James Holmes ouvre le feu dans un cinéma d’Aurora, dans la banlieue de Denver, Colorado, durant une projection du dernier Batman. Il tue 12 spectateurs et en blesse 58 autres.

5 août 2012, Oak Creek: 6 morts. Six personnes sont tuées lors d’un office dans un temple sikh d’Oak Creek, dans le Wisconsin. Le tireur est abattu par la police.

31 août 2012, New Jersey: 3 morts. Une fusillade fait trois morts, dont le tireur, dans un supermarché du New Jersey.

27 septembre 2012, Minneapolis: 5 morts. Un ancien employé licencié ouvre le feu dans son ancienne entreprise à Minneapolis, il tue cinq personnes avant de mettre fin à ses jours.

12 décembre 2012, Portland: 2 morts. A Happy Valley, dans la banlieue de Portland, Oregon, deux personnes sont tuées lorsqu’un individu ouvre le feu dans un centre commercial où les clients effectuaient leurs achats de Noël.

14 décembre 2012, Newtown: 26 morts. Une fusillade se produit dans une école élémentaire de Newtown, dans le Connecticut. Vingt-six personnes, dont 20 enfants, sont tuées. Le corps de l’auteur présumé a également été découvert dans le bâtiment. La police du Connecticut évoque un autre mort sur une scène de crime «secondaire». (20minutes.fr).

Il convient d’ajouter, ici, quelques-unes plus récentes : Celle de Ferguson en août 2014, de Charleston en juin 2015 et celle de l’Oregon en octobre 2015.

 

Charleston. Une tuerie horrifiante

Une fusillade est survenue, dans la nuit du 17 au 18 juin 2015, dans l’église épiscopale méthodiste de Charleston, ville du sud-est des États-Unis située en Caroline du sud. L’édifice religieux est fréquenté par une population noire. Neuf personnes ont été tuées par les coups de feu, trois hommes et six femmes

 

2. Les racines de la haine raciale

L’augmentation générale du taux de pauvreté, avec comme toile de fonds l’effondrement de l’économie, a gravement affecté le tissu social au cours des dernières années.

 

L’augmentation de la pauvreté

Les données statistiques de 2015 sur la pauvreté révèlent que 50 millions d’Étasuniens vivent sous le seuil de la pauvreté et que 80 % de la population totale des États-Unis vit près du seuil de la pauvreté ou sous ce seuil. Le seuil de la pauvreté aux États-Unis correspond à moins de 18 552 dollars par an pour une famille de trois et moins de 23 834 dollars pour une famille de quatre. En 2013, la pauvreté affectait 45.3 millions de personnes, soit 14.5% de la population totale des États-Unis (http://talkpoverty.org/basics/).

Cette nouvelle statistique étonnante signifie que 80% de la population est aux prises avec le chômage, ou la quasi-pauvreté. Beaucoup d’entre eux comptent sur l’aide du gouvernement pour les aider à payer les factures ou nourrir leur famille. Sans cette aide, cette quasi-pauvreté statistique signifie qu’eux aussi seraient pauvres. L’Associated Press a noté qu’en septembre 2015, les données statistiques ont indiqué un écart croissant entre riches et pauvres.

En dépit de l’affirmation sans cesse répétées que les choses vont mieux, la perte d’emplois bien rémunérés dans le secteur manufacturier, qui sert à fournir un salaire décent pour ce qui était de la "classe ouvrière", est la cause probable de la tendance croissante de la pauvreté en Amérique. Selon un recensement révisé publié en novembre 2013, le total de 3 millions de pauvres de plus que ce que l’on pensait. Cet ajustement a entraîné une réévaluation des données sur la pauvreté (countercurrentnews.com, 2013).

Les données réévaluées disent aussi que 5 millions de personnes ont été aidés par des coupons alimentaires pour garder la tête hors du seuil de la pauvreté. Sans les suppléments de coupons alimentaires, le taux de pauvreté réel serait encore plus élevé. Cela signifie que le nombre d’Étasuniens très pauvres devrait passer de 16% à 17,6%.

En termes de communautés minoritaires aux États-Unis, le nombre d’Étasuniens latino-américains et asiatiques dans la pauvreté a augmenté depuis les derniers rapports. Les taux de ces collectivités ont augmenté de 27,8% et 16,7% respectivement. Auparavant, ils avaient été de 25,8% et 11,8% selon les estimations du gouvernement. Les communautés afro-Américaines, cependant, ont légèrement baissé de 27,3% à 25,8%. L’étude du gouvernement indique que ce changement est entièrement dû aux programmes d’aide du gouvernement, encore peindre un tableau sombre, que les politiciens républicains ont voté à plusieurs reprises de couper ces programmes. Les taux non-hispaniques blancs de la pauvreté ont augmenté de 9,8% à 10,7%.

La principale raison qui explique que la pauvreté reste si élevée", a déclaré Sheldon Danziger, économiste à l’Université du Michigan, réside dans le fait que “les avantages d’une économie en croissance ne sont plus partagés par tous les travailleurs comme ils l’étaient au cours des 25 ans qui ont suivi  la Seconde Guerre mondiale.” "Compte tenu des conditions économiques actuelles,” il ajoute que "la pauvreté ne sera pas sensiblement réduite si le gouvernement ne fait pas plus pour aider les travailleurs pauvres".

"Alors que 80% de la population parvient à peine à se maintenir au-dessus du seuil de la pauvreté, les politiciens continuent de proposer des coupures dans les programmes qui permettent de garder à flot un si grand nombre". (R. Abraham)

 

L’extrémisme se fait de plus en plus menaçant

On constate aussi que les "extrémistes" tuent plus d’étasuniens que les djihadistes. Selon le Times, le pays a connu une série d’attaques mortelles perpétrées par des personnes incitant à la haine raciale, à une hostilité envers le gouvernement tel que le mouvement "citoyen souverain", qui nie la légitimité de la plupart des lois. Ces actions ont causé la mort d’agents de police, les membres des minorités raciales ou religieuses et des civils au hasard.

Le journal de New York précise que les "extrémistes", non musulmans, ont effectué 19  attaques depuis le 11 Septembre, au dernier décompte, compilé par David Sterman, un associé du programme New America, et supervisé par Peter Bergen, un expert en terrorisme. Durant la même période (avant la tuerie d'Orlando en 2016) sept attaques mortelles auraient été perpétrées par des militants islamistes.

 

L’effondrement de l’économie

Dans un article fort bien documenté et succinct, Paul Craig Roberts, ancien secrétaire adjoint du Trésor américain, rédacteur en chef adjoint du Wall Street Journal et collaborateur assidu et apprécié de Global Research, propose une analyse qui expose avec clarté et lucidité les indicateurs qui démontrent que l’économie américaine est entrée dans un processus d’effondrement. Il analyse, notamment,

''les données officielles sur le chômage qui ne traduisent pas la réalité sur le terrain. Toute une série de tergiversations avec les statistiques font que le taux de chômage réel est falsifié de manière à donner l’impression que l’économie américaine est entrée dans une période de reprise. Les chiffres indiquent, en effet, que le taux de participation au marché du travail a diminué depuis la reprise qui aurait commencé en juin 2009 et se poursuit aujourd’hui. Ceci est très inhabituel. Normalement, lors d’une reprise économique, les emplois rebondissent, et les gens affluent au travail. Basé sur ce qu’il a dit à ses conseillers économiques, le président Obama a attribué la baisse du taux de participation aux baby-boomers qui prennent leur retraite. En réalité, pendant la prétendue reprise, la croissance de l’emploi a concerné principalement les personnes de 55 ans et plus. Par exemple, en juillet tous les emplois salariés nouveaux concernaient des personnes de 55 ans et plus, alors que la classe d’âge de 25 à 54 ans a perdu 131 000 emplois en juillet''.  Il ajoute : ''Au cours de l’année précédente (juillet 2014 – juillet 2015), la tranche d’âge 55 et plus a gagné 1 554 000 emplois et les classes jeunes, 16-18 et 20-24, ont perdu respectivement 887 000 et 489 000 emplois. De 2009 à 2013, le nombre d’Américains au travail dans la classe d’âge de 25 à 54 ans a diminué de 6 000 000 emplois. Ces années de reprise économique présumée ont apparemment contourné les Américains de la classe d’âge d’activité maximale''.

''En juillet 2015, les États-Unis avaient 27 265 000 personnes occupant un emploi à temps partiel, dont 6,3 millions, soit 23%, parce qu’ils ne peuvent pas trouver un emploi à temps plein. Il y a 7 124 000 Américains qui détiennent plusieurs emplois à temps partiel pour joindre les deux bouts, soit une augmentation de 337 000 en un an".

"Les jeunes ne peuvent pas fonder de foyers sur la base d’emplois à temps partiel, mais les retraités prennent ces emplois afin de compenser le revenu manquant sur leurs économies à cause de la politique d’intérêt à taux zéro de la Réserve fédérale, qui a pour but de soutenir les bilans d’une poignée de banques géantes, dont les dirigeants contrôlent le Trésor américain et la Réserve fédérale. Avec un si grand nombre d’emplois industriels et de compétences professionnelles délocalisé en Chine et en Inde, tels que l’ingénierie logicielle,  les carrières professionnelles disparaissent aux États-Unis".

(http://www.mondialisation.ca/leffondrement-de-leconomie-americaine/5469064).

 

Conclusion

Le système capitaliste "appliqué à l’extrême", sans égard aux situations sociales problématiques, constituerait la racine de cette insécurité et de cette violence que nous observons aujourd’hui aux USA. Ce pays montre un malaise profond qui laisse présager un déclin inexorable à l’intérieur du processus de marginalisation sans cesse croissante de la majorité de la population. Il faut le dire : Le capitalisme débridé et contrôlé par une infime minorité ne peut que générer la pauvreté et ce dans un contexte d’une crise qui se perpétue et dont les effets dévastateurs accablent la société toute entière.

Les données réelles sur la situation de l’emploi et du taux de pauvreté ne peuvent que semer l’inquiétude chez la majorité. L’importance accrue des emplois à temps partiel et la délocalisation à l’étranger des emplois bien rémunérés fragilisent l’économie et détériorent le tissu social.

La dégradation générale des conditions de vie contribue à la croissance de l’insécurité. Dans ce contexte et pour réprimer tout mouvement de protestation un véritable régime de répression policière a été mis en place, le tout encadré par des pratiques militaristes. On peut alors évoquer l’idée que la gouvernance générale de cet État peut être assimilée à un régime dictatorial. »24

Pour expliquer ces tueries, « Obama a blâmé les lois laxistes sur les armes à feu au plan national, un problème qui, selon lui, aurait pu être résolu par une loi adéquate. "Nous savons que la plupart des États qui ont des lois sur les armes à feu ont tendance à avoir moins de décès du à ce type d’armes. Donc la notion que les lois sur les armes à feu ne marchent pas, ou que la loi ne fera que rendre plus difficile l’achat d’armes aux citoyens respectueux des lois et que les criminels sauront toujours où en trouver, n’est pas étayée par des preuves'', a-t-il dit.

Les solutions à ces tueries avancées par Obama – principalement destinée à augmenter les pouvoirs de l’État et de la police – n'apporteraient pas une solution effective aux problèmes sociaux sous-jacents qui causent ces tragédies à répétition.
Bien que chaque fusillade ait ses particularités, un phénomène d’une telle régularité doit avoir des causes profondes. Quel est l’environnement social qui les produit ? Des décennies de suppression de la lutte des classes et la promotion de l’individualisme, une idéologie qui explique les échecs ou les réussites individuelles par les caractéristiques personnelles de l’un ou de l’autre, ont conduit à une désillusion et une aliénation profondes.

Un sentiment général de désespoir règne parmi une génération de jeunes gens, qui, s’ils ont eu la chance d’aller au collège, subissent la charge d’une dette de mille milliards de dollars de prêts aux étudiants, sans perspective d’emploi décent qui leur donnerait un bon niveau de vie.

Quant à la violence omniprésente, elle est en premier lieu due à l’État et à la classe dirigeante qui le contrôle. Au cours des derniers vingt-cinq ans, les États-Unis ont été en guerre plus ou moins continuelle dans un pays ou un autre, causant la mort de plus d’un million de personnes et le déplacement de millions d’autres. Bon nombre des auteurs de ces fusillades ont grandi dans la "guerre contre la terreur", utilisée par la classe dirigeante pour favoriser une atmosphère de paranoïa et de suspicion, et justifier toutes sortes d’actes violents de l’État.

Avec le programme d’assassinats par drone d’Obama, le meurtre au grand jour est devenu la politique officielle du gouvernement américain. Le président, les responsables du gouvernement et d’autres qui se vantent publiquement "d’éliminer" les personnes placées sur leurs listes de gens à tuer, dont des citoyens américains. Si le gouvernement américain garde secret le nombre de personnes qu’il a tué par drones, des estimations prudentes basées sur des informations publiques indiquent que des milliers, dont des femmes et des enfants, ont été sommairement exécutés sans inculpation ni jugement.

Sur le plan intérieur, la société, déchirée par une inégalité économique croissante, a en outre été de plus en plus militarisée ; l’engagement militaire est glorifié à tout moment comme le plus grand service rendu à la nation. Les forces de police ont été armées jusqu’aux dents, recevant des véhicules blindés et des fusils d’assaut, et sont impossibles à distinguer de l’armée. Les meurtres et la brutalité sont la routine ; près de 900 personnes ont été assassinées dans des rencontres avec la police durant les 9 premiers mois de l'année 2015.

Les États-Unis restent le dernier pays avancé économiquement à imposer la peine de mort. Depuis 1976, 1.416 personnes ont ainsi été mises à mort de façon cruelle et inhumaine.

Les solutions toujours avancées à la suite de ces fusillades ne feront rien pour remédier aux causes de massacres qui, en dernière analyse, ont leur origine dans la brutalité de la société américaine. »25

 

 

Des raisons d'espérer un sursaut révolutionnaire

 

 

Occupy Wall Street

 

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Occupy Wall Street (en français : « Occupons Wall Street/New York » ) est un mouvement de contestation pacifique dénonçant les abus du capitalisme financier. Le mouvement débute le 17 septembre 2011 alors qu'environ 1 000 personnes manifestent dans les environs de Wall Street, le quartier de la bourse à New York. Une partie des manifestants érigent des installations de fortune dans le parc Zuccotti, « occupant » l'endroit dans une sorte de sit-in. Au cours des semaines suivantes, plusieurs centaines de manifestants vivent et dorment dans le parc.

Très actif sur les réseaux sociaux, le mouvement s'inspire du printemps arabe, en particulier des révolutions tunisienne et égyptienne, ainsi que du mouvement des Indignés en Europe.

À partir du 9 octobre, le mouvement s'étend à l'ensemble des États-Unis et des manifestations similaires se tiennent dans 70 grandes métropoles avec la participation de 600 communautés. Le 15 octobre, date choisie pour être la première journée mondiale de protestation pour de vraies démocraties, le mouvement Occupy s'étend dans environ 1 500 villes de 82 pays.

À la mi-novembre, dans la nuit du 14 au 15, les manifestants sont expulsés du parc par la police de New York, qui y interdit le campement.

 

Principales revendications

« Ce que nous avons tous en commun, c'est que nous sommes les 99 % qui ne tolèrent plus l'avidité et la corruption des 1 % restant. »

— OccupyWallSt.org, ‘Occupy Wall Street' to Turn Manhattan into ‘Tahrir Square'.

Selon Adbusters, un des premiers organisateurs des manifestations, le principal objectif de la protestation est de demander au président Barack Obama « d'ordonner une commission présidentielle pour mettre fin à l'influence que l'argent a sur la représentation (du peuple) à Washington ».

Les manifestants protestent notamment contre le sauvetage des banques avec des fonds publics, les expulsions de logements par les banques et le taux élevé de chômage.

 

Septembre 2011

À la suite des appels de la fondation Adbusters et du collectif Anonymous à protester contre Wall Street, le début de l'occupation est prévu pour le 17 septembre.

Lors d'une conférence de presse tenue avant le début des protestations, le maire de New York Michael Bloomberg affirme que « le peuple a le droit de protester, et s'il veut protester, nous serons heureux de nous assurer qu'il aura des lieux pour le faire ».

Le premier jour d'occupation de Wall Street, environ 1 000 personnes sont présentes. Les officiers du NYPD interdisent aux manifestants d'ériger des tentes, invoquant des règles contre le flânage. Roseanne Barr s'adresse aux manifestants. Environ 80 arrestations ont été faites le 24 septembre, après que les manifestants ont forcé la fermeture de plusieurs routes. La majorité des 80 arrestations mettaient en cause le blocage du trafic routier, tandis que certaines autres mettaient en cause la résistance aux forces de l'ordre.

 

Octobre 2011

Les indignés tentent de traverser le pont de Brooklyn. La police new-yorkaise arrête 700 contestataires. Plusieurs manifestants arrêtés portent plainte le 4 octobre contre la ville de New York, son maire et sa police, affirmant que la police les a trompés en les poussant à aller sur la route du pont avant de les interpeller parce que cela était interdit.

En date du 9 octobre, 900 villes à travers le monde sont occupées parmi lesquelles Auckland, Sydney, Hong Kong, Taipei, Tokyo, São Paulo, Paris, Madrid, Berlin, Hambourg, Leipzig et un bon nombre d'autres villes. Le mouvement s'étend à d'autres villes américaines telles Boston, Chicago, Los Angeles, Washington, Miami, Portland (Maine), Denver et Kansas City. Le 5 octobre, de 5 000 à 12 000 personnes défilent dans les rues du quartier financier de New York en soutien au mouvement. Elles marquent le début d'un soutien politique et syndical au mouvement. Le 6 octobre, le mouvement s'étend à 146 villes américaines, dans 45 États américains, ainsi qu'à 28 villes à l'étranger.

Des militants projettent d'occuper des villes canadiennes à partir du 15 octobre. Le 15 octobre, des manifestations sont organisées dans environ 1 500 villes de 82 pays, suivant l'appel de la plate-forme Democracia Real Ya. À New York, 6 000 personnes manifestent à Times Square. Ailleurs, 4 000 personnes manifestent à Londres, 6 000 à Berlin, 5 000 devant le siège de la Banque centrale européenne (BCE) à Francfort, plusieurs milliers à Paris, Montréal et Toronto, 200 000 à Rome (où des violences ont été commises), 600 à Séoul, 200 à Hong Kong, etc. En même temps, selon El Pais, environ 500 000 personnes étaient rassemblées Puerta del Sol à Madrid.

Le président Barack Obama encourage les manifestants durant le 16 octobre et la maison-Blanche explique qu'Obama travaille sur les intérêts des 99 %.

 

Novembre 2011

Le 12 novembre, environ 10 000 personnes manifestent à nouveau devant le siège de la BCE. Ils dénoncent les excès de la spéculation et demandent au gouvernement américain le démantèlement des grandes banques.

Dans la nuit du 14 au 15, les manifestants sont expulsés du parc par la police de New York. Il n'est désormais plus toléré d'y camper.

Le 17 novembre, des milliers de manifestants soulignent les deux mois du mouvement dans les rues de New York. On dénombre une dizaine de manifestants et de policiers blessés ainsi qu'environ 200 arrestations.

 

Violences policières

La police de New York réprime de façon assez sévère les manifestants, frappant également sur les journalistes. Le photographe Roy Isen et le journaliste Dick Brennan de la chaîne de télévision Fox, ont été, d'après les informations de Reporters sans frontières, respectivement « aspergé de gaz lacrymogène et frappé à l'abdomen à coups de matraque le 5 octobre 2011 ».

En septembre 2011 à New York « Les forces de l’ordre ont frappé plusieurs manifestants, faisant des blessés ».26

 

 

Une lutte d'une ampleur sans précédent

Le mouvement ‘Occupy Wall Street‘ a posé le problème des inégalités dans la société capitaliste, mettant les riches sur la défensive, du moins en public. La croissance des inégalités depuis trente ans, et particulièrement dans la dernière décennie, avait été évoquée depuis des années dans de nombreux milieux, par des analystes économiques et même des politiques.

Mais avant que le mouvement ‘Occupy Wall Street’ (OWS) ne proclame le slogan des 1 % contre les 99 %, cette situation ne soulevait pas de controverses et n’était considérée (à moins que vous ne fassiez partie des 1 %) que comme un état de choses indésirable mais inévitable. Les inégalités qui ont donné à OWS son cri de ralliement sont à proprement parler obscènes et rappellent l’écart entre les anciens monarques et leurs serfs. D’un côté, 50 millions de personnes vivent de rations alimentaires, 47 millions sont officiellement pauvres, la moitié de la population est au chômage ou en situation de sous-emploi, sans parler des bas salaires de dizaines de millions de travailleurs.

 

D’un autre côté, de 2001 à 2006 les 1 % de la haute société ont obtenu 53 % des revenus. De 1979 à 2005 le décile supérieur de cette tranche des 1 % (soit 0,001 % – 300.000 personnes) a plus gagné que les 180 millions de personnes les plus pauvres. En 2009, alors que les travailleurs faisaient l’objet de licenciements massifs, les cadres des 38 plus grandes entreprises « gagnaient » un total de 140 milliards de dollars.

 

Ces chiffres ne reflètent qu’en partie l’énorme inégalité des revenus entre les banquiers, traders et autres agents de l’exploitation par les grands groupes d’une part, et la masse du peuple de l’autre. C’est devenu un scandale, mais personne n’a fait quoi que ce soit pour y remédier. C’est pourquoi le mouvement OWS a entrepris sa lutte au nom des 99 % contre les 1 %. Et celle-ci a pris une ampleur sans précédent.27

 

 

À Ferguson, révolte contre un système d’oppression

À l’esclavage puis à la ségrégation a succédé aux États-Unis un nouveau système d’oppression de la population noire, basé sur la criminalisation et l’incarcération de masse. C’est contre ce système qu’à Ferguson et ailleurs émerge aujourd’hui une nouvelle génération militante.

« Je n’ai pas d’arme, arrêtez de tirer ! » : ce furent les dernières paroles de Michael Brown, afro-américain de 18 ans, assassiné par l’officier de police blanc Darren Wilson le 9 août 2014 à Ferguson, Missouri, dans la banlieue de Saint Louis. Michael avait déjà été touché dans le dos quand, selon les témoins, il s’est retourné et a levé les bras pour se rendre et supplier qu’on le laisse en vie. Le soir même, de nombreux jeunes et membres de la communauté afro-américaine sont descendus dans les rues de Ferguson avec des chandelles, levant les mains dans le geste ultime de Michael.

La police de Saint-Louis a mobilisé de l’équipement militaire, des snipers dont les viseurs rouges se baladaient sur les visages des manifestants, et des véhicules d’assaut blindés. Face au scandale, à la colère populaire et à la multiplication des manifestations dans tout le pays, les autorités fédérales par la bouche du président Obama ont condamné ce déploiement de force excessif.

Cependant, ces promesses n’ont pas suffi à désarmer la communauté noire et notamment sa jeunesse, et la mobilisation continue à Ferguson et dans de nombreuses villes, avec des manifestations régulières à défaut d’être aussi massives que celles ayant eu lieu en août. La revendication principale est que justice soit faite pour Michael Brown et que Darren Wilson soit poursuivi. Au-delà des revendications, on a vu dans ce mouvement une nouvelle jeunesse militante émerger, plus radicale, se confrontant aux forces de l’ordre, remettant en cause les leaders traditionnels du mouvement pour l’égalité des droits comme les activistes et pasteurs Al Sharpton et Jesse Jackson, liés au Parti démocrate, qui appelaient au calme et au recueillement.

La colère de cette jeunesse s’est cristallisée autour de l’assassinat de Michael Brown. Mais elle porte sur tout un système. Le cas de Michael n’est pas isolé. On se rappelle l’affaire Trayvon Martin, adolescent afro-américain assassiné en février 2012 en Floride par le vigile George Zimmerman qui n’a pas été condamné, selon une loi de l'État de Floride disposant que quelqu’un qui se sent menacé a le droit de tirer (« stand your ground law » ), alors que rien ne démontrait l’intention hostile de Martin. Selon le Malcolm X Grassroots Movement, un groupe basé à New York, qui a épluché les coupures de presse nationales et locales, au moins un homme afro-américain est assassiné par la police ou des forces de sécurité privées toutes les 28 heures ; moins de 13 % des victimes avaient une arme à feu sur elles, et il est impossible de savoir si elles avaient l’intention de s’en servir ou non.

Ainsi, 50 ans après les grandes luttes pour les droits civiques, et sous la présidence du premier président noir de l’histoire du pays, les événements de Ferguson jettent une lumière crue sur la situation réelle de la majorité des afro-américains, et singulièrement sur un type très particulier de criminalisation de masse qui les frappe depuis les années 1980.

 

La « guerre contre la drogue » : une guerre contre les Noirs

Toutes les études montrent que 10 % des Américains consomment des stupéfiants, quelle que soit leur couleur de peau ou leur classe sociale. S’il fallait établir un portrait-robot du dealer moyen, celui-ci serait plutôt un jeune étudiant blanc. Cependant, la « guerre contre la drogue » touche quasi uniquement les Afro-américains et les Latinos, et ce sont eux les principales victimes des assassinats policiers, de l’incarcération de masse et de l’exclusion de la société en tant qu’ex-prisonniers.

Le système opère à différents niveaux, et aboutit à ce que les Afro-américains soient arrêtés et jugés à des taux bien plus élevés que la moyenne, et portent jusqu’à la fin de leurs jours le stigmate de la prison. Alors que seulement 15 % des conducteurs de la banlieue de Washington sont afro-américains, ils représentent 90 % des arrestations par la police. Une bataille juridique a été menée dans les années 1980 par des avocats du mouvement des droits civiques afin que ces pratiques discriminatoires soient abandonnées, mais une série d’arrêts de la Cour suprême ont déterminé qu’il n’était pas raciste d’arrêter des Noirs davantage que les Blancs... car ceux-là auraient plus de chance d’être des dealers, contrairement à ce que montrent toutes les études disponibles.

Ainsi les protections juridiques garanties notamment par le Quatrième amendement de la Constitution, protégeant les citoyens contre « les fouilles et saisies disproportionnées (…) et non fondées sur une cause probable », ne s’appliquent pas aux Afro-américains.  Au niveau des peines, la rhétorique anti-drogue a permis de faire passer des « peines planchers » pour la détention de drogues, mais uniquement pour certaines drogues et même formes de drogue. Ainsi, les peines pour la cocaïne sous forme de crack, consommée principalement dans les ghettos noirs, étaient jusqu’à Obama cent fois (!) plus élevées que pour la cocaïne sous forme de poudre, drogue consommée par les cadres blancs et les étudiants riches. Obama a changé la loi, et les peines planchers pour le crack ne sont plus que 33 fois plus élevées que pour la cocaïne... Un jeune Blanc arrêté avec quelques grammes de cocaïne s’en tirera sans rien ou avec quelques travaux d’intérêt général, alors qu’un jeune Noir avec quelques grammes de crack ira en prison pour au moins cinq ans.

La majorité des arrestations ne vont pas jusqu’au procès : les procureurs, véritables rois du système judiciaire, font pression sur les jeunes Noirs, au niveau d’études généralement faible, leur enjoignant d’accepter un marché : ou cinq ans de prison (pour quelques grammes de drogue) ou risquer vingt ans lors d’un procès... Les avocats de l’aide juridictionnelle ont en charge plusieurs centaines de dossiers et conseillent souvent à leur client, dont ils ont étudié le dossier en cinq minutes, d’accepter le « deal ». Si l’affaire arrive au procès, un arrêt de la Cour Suprême de 1995 (Purkett vs. Elm) a considéré que le fait qu’un prévenu noir soit jugé par un jury entièrement blanc n’était pas discriminatoire si les jurés noirs avaient été éliminés du jury pour une raison qui ne soit pas liée à la race, sachant que n’importe quelle raison – le juré est trop éduqué, ou pas assez, il est célibataire, ou a une famille, etc.  – est suffisante.

Ces millions d’Afro-américains, une fois leur peine purgée, sont dans 48 États américains interdits de voter temporairement, et dans deux de ces États pour toute leur vie. Privés de leur permis de conduire, expulsés de leur logement social, devant notifier à tout employeur putatif leur statut d’ex-prisonnier, ils n’ont donc aucune chance de retrouver un travail. Ils doivent même payer une fraction du prix de leur incarcération à l’État. Il est dès lors assez logique que nombre d’ex-prisonniers reprennent la voie du crime.

Les quartiers noirs sont quadrillés par les agences de sécurité locales, d’État et fédérales, qui peuvent récupérer du matériel de l’armée à prix cassé. Résultat de cette « guerre contre la drogue » : en plus des assassinats et de la brutalité policière, aujourd’hui, un Américain sur 100 est en prison (2,5 millions de personnes, soit 0,8 % de la population, contre 0,1% en France), un taux d’incarcération proche de ceux de la Russie... et de la Corée du Nord. Pour les Afro-américains, un adulte de 30 ans sur 10 est ou est déjà allé en prison dans sa vie. Dans une ville comme Baltimore, les trois quarts des jeunes Afro-américains entre 20 et 25 ans sont soit en prison, soit sous contrôle judiciaire. Et plus de la moitié des 2,5 millions de prisonniers le sont pour des infractions légères.

 

Un nouveau système oppressif

Cette situation dramatique est bien entendu le résultat du poids écrasant de la misère, des inégalités et des préjugés racistes de la société américaine, qui s’entretiennent mutuellement. Mais elle est aussi le fruit d’une politique consciente. Au début des années 1980, le Parti démocrate a perdu le soutien de la classe ouvrière blanche du sud et d’une partie des grandes villes pour avoir cédé à certaines revendications du mouvement des droits civiques. Les républicains menés par Reagan ont engagé une « révolution conservatrice » : austérité massive, destruction des syndicats, attaques contre les droits des femmes, etc.  La « guerre contre la drogue » a fait partie d’une stratégie générale pour solidariser la classe ouvrière blanche avec le Parti républicain autour du leitmotiv suivant : les difficultés des Blancs pauvres sont dues aux Noirs qui sont des « profiteurs du système ». Des mythes politiques réactionnaires, déjà largement ancrés dans la population américaine, ont alors été développés par les républicains, comme celui de la « reine de l’assurance sociale » (welfare queen), ces mères noires accusées de cumuler des centaines de milliers de dollars d’aide gouvernementale... Une fois de plus ils tentaient de jeter le discrédit sur toute forme de programme social ou de sécurité sociale en sous-entendant qu’ils ne feraient que favoriser le crime et la paresse des Noirs. Cependant, contrairement à la période de la ségrégation, il n’est plus assumable politiquement ni possible juridiquement de mettre en place une politique discriminatoire sur la base de la couleur de peau. La guerre contre la drogue et le crime est ainsi devenu le nom d’un système d’oppression raciale qui ne dit pas son nom. Reagan, élu président en 1980, a mis lentement en place ce système qui sanctionne les Noirs sans que le mot race ne soit jamais mentionné. L’espoir, caressé par Malcolm X et Martin Luther King avant leurs assassinats, d’un grand mouvement social interracial pour la justice et l’égalité économiques, ce qu’ils appelaient tous deux des « droits de l’homme », n’est plus qu’un souvenir.

L’autre fonction de la criminalisation de masse, inséparable de la première, se gagner les faveurs de la classe ouvrière blanche et diviser les classes populaires, est de faire comprendre sa « place » à la population noire. Depuis la fin de l’esclavage, de nombreuses promesses ont été faites à la population afro-américaine... et bien peu ont été tenues. Des « 40 acres et une mule » promis aux anciens esclaves par le pouvoir issu de la guerre de Sécession à l’égalité juridique qui suivit la fin de la ségrégation, la relégation des Noirs comme citoyens de seconde zone a provoqué une faim d’égalité et une radicalité sans cesse renaissante. L’incarcération de masse a aussi la « vertu » de faire comprendre aux Afro-américains qu’ils resteront toujours dans une position subalterne et que chacune de leurs tentatives de libération sera escamotée par le système. La criminalisation et l’incarcération de masse ont pris d’une certaine façon le relais de l’esclavage et de la ségrégation. Avec des différences évidemment notables ! Alors que les deux premiers systèmes d’oppression avaient pour but d’exploiter la force de travail des Afro-américains, la criminalisation de masse les exclut largement du monde du travail, avec des taux de chômage cinq fois plus importants que pour les Blancs dans les grandes villes. Chômage et criminalisation s’entretenant mutuellement… La main d’œuvre immigrée, plus docile historiquement même si cela a tendance à changer ces dernières années, est même préférée. Et surtout, la criminalisation de masse écrase d’autant plus la population noire qu’il est difficile de mobiliser du soutien politique pour des individus ayant reçu le label infamant de « criminel ».

Ce système crée sa propre logique : de juteux contrats pour construire de nouvelles prisons privées ; l’exploitation du travail des prisonniers par des firmes industrielles et des centres d’appel, avec des salaires autour de 3 dollars de l’heure alors que le salaire minimum à l’extérieur est de 7,25 dollars ; les agences de sécurité qui ont toute latitude pour saisir tout bien connecté à une affaire de drogue même minime, jetant des familles à la rue uniquement parce qu’un de leurs fils a été arrêté avec un joint. Conséquence moins officielle mais logique : le rôle des policiers dans le trafic de drogue et leur corruption endémique.

 

L’ère Obama : une Amérique sans préjugés ?

Ce système développé sous Reagan s’est perpétué jusqu’à nos jours, sous des administrations aussi bien démocrates que républicaines. Une question est présente sur toutes les lèvres, y compris dans la communauté afro-américaine : comment tout cela peut-il encore durer avec un président noir ?

Les politiques de discrimination positive ont fait qu’il y a également des chefs de police noirs, des fonctionnaires noirs et des patrons noirs. S’il faut défendre ces politiques face aux attaques qu’elles subissent depuis Bush fils, l’exceptionnalisme noir est une des conditions de fonctionnement du système de la criminalisation de masse. Le fait que certains réussissent pendant que des millions finissent en prison n’est-t-il pas la preuve que le crime est un choix individuel et non le produit de dynamiques sociales ? Par ailleurs, les élites noires n’ont pas une solidarité innée avec les Afro-américains emprisonnés.

Cependant, à Ferguson, pour la première fois depuis longtemps, il s’est forgé une jeune génération de militants, qui ont refusé de rentrer chez eux et ont dit que l’élection d’Obama n’avait pas mis fin au racisme. Des groupes dénoncent la criminalisation de masse et tentent de battre en brèche les discours qui font de la « guerre contre la drogue » un problème d’ordre public, soulignant son caractère de race et de classe.

Depuis les années 1960, les mobilisations de masse ont eu des destins politiques différents. Quand les émeutes de Watts avaient contribué à l’émergence du Black Panther Party, celles ayant suivi le tabassage de Rodney King n’ont pas eu comme conséquence la formation de nouvelles organisations politiques. S’il est impossible de prévoir quel type d’organisations et de buts se donnera la nouvelle génération militante qui émerge autour de Ferguson (il est déjà évoqué de créer un réseau national d’information et de réaction rapide face aux brutalités policières – rapid response network), il est sûr que celle-ci est en marche.28

 

 

Aux racines de l'oppression des Noirs

 

De l'esclavage à la ségrégation

« L'esclavage direct, écrivait Marx, est le pivot de l'industrie bourgeoise, aussi bien que les machines, le crédit, etc. Sans esclavage, vous n'avez pas de coton ; sans le coton, vous n'avez pas d'industrie moderne. » La déportation d'Africains vers les Amériques avait un objectif économique : constituer une force de travail, alors que la main-d'œuvre de travailleurs blancs engagés, très utilisée aux tout débuts de la colonisation, était plus coûteuse et moins abondante. Aux Caraïbes, le capitalisme a en quelque sorte redécouvert l'esclavage, à partir du XVIe siècle, dans ces plantations sucrières qui sont devenues les vaches à lait de la bourgeoisie européenne. En Amérique du Nord, la même exploitation s'est poursuivie avec le tabac puis le coton. Sa finalité, c'était l'enrichissement de la bourgeoisie, britannique notamment. Et ce qui a commencé dans le cadre colonial au XVIIe siècle s'est poursuivi à partir des années 1780 dans des États-Unis politiquement indépendants, mais où les intérêts britanniques étaient toujours très présents au Sud. C'est cette accumulation primitive de capital, réalisée dans le commerce transatlantique d'esclaves, de sucre ou de coton, qui a permis à la bourgeoisie un enrichissement prodigieux. L'esclavage du Sud, c'était donc un système économique d'exploitation capitaliste, car les planteurs produisaient pour le marché mondial en formation. « Dans le même temps que l'industrie cotonnière introduisait en Angleterre l'esclavage des enfants, accusait Marx dans Le Capital, aux États-Unis elle transformait le traitement plus ou moins patriarcal des Noirs en un système d'exploitation mercantile... le capital [est venu au monde] suant le sang et la boue par tous les pores » .

Les Noirs américains ont donc été à la base du développement économique des États-Unis. Ils vivaient pour l'essentiel dans le Sud et étaient même en majorité dans quelques États. Quelques milliers de familles blanches seulement constituaient la bourgeoisie des planteurs. La majorité des Blancs n'avaient donc pas d'intérêt direct à l'exploitation des Noirs ; mais les planteurs opposaient les Blancs pauvres aux Noirs pour mieux les dominer. Comme le soulignait l'abolitionniste Frederic Douglass : « Souvent, en dénonçant l'émancipation comme tendant à placer le travailleur blanc sur un pied d'égalité avec le Nègre, les esclavagistes en appellent à leur fierté ; ce faisant, ils réussissent à faire oublier aux Blancs pauvres le fait qu'ils sont déjà, aux yeux du riche maître d'esclave, à un pas de devenir les égaux de l'esclave. » Même dans le Nord, les travailleurs blancs étaient souvent opposés à l'abolition, car ils redoutaient que l'arrivée de Noirs émancipés ne tire les salaires vers le bas.

Depuis la guerre d'indépendance, en 1776, la bourgeoisie s'était tout à fait accommodée de l'esclavage au Sud, complémentaire en quelque sorte de l'économie capitaliste fondée sur le salariat, qui prédominait au Nord. Un sordide compromis avait même été trouvé pour que la représentation politique du Sud dans les institutions fédérales tienne compte des esclaves, à raison de trois cinquièmes de leurs effectifs ! Mais au milieu du XIXe siècle, les conflits entre le Nord et le Sud se multipliaient. D'une part, l'abolitionnisme progressait dans les cercles libéraux du Nord. Le pouvoir politique des États du Sud était bien établi au sein de la fédération, mais les planteurs avaient besoin de nouveaux espaces cultivables, et ils s'inquiétaient du statut des nouveaux territoires colonisés à l'Ouest : seraient-ils « libres » ou esclavagistes ? Le conflit était également économique : le coton était produit par le Sud, mais la part la plus importante des profits revenait aux capitalistes du Nord, à travers les activités de transport, de stockage et d'industrie. La bourgeoisie du Nord était en concurrence avec la bourgeoisie britannique, à laquelle les planteurs du Sud étaient liés. C'est ce conflit, bien plus que la volonté d'émanciper les esclaves, qui a débouché sur la guerre civile ; autrement dit, c'était aussi la poursuite de la guerre entre d'une part les États-Unis, la bourgeoisie du Nord et d'autre part la Grande-Bretagne, associée aux planteurs du Sud.

Quand la guerre a pris fin en 1865, l'esclavage était aboli pour les 4 millions de Noirs. Mais une nouvelle guerre commençait, pour savoir quelle serait désormais leur condition. En théorie, ils étaient libres. Nombre d'entre eux quittèrent les plantations de coton et cherchèrent à bénéficier de droits nouveaux : celui de voter et d'occuper différentes fonctions électives (juges, shérifs, représentants dans les assemblées des États et même au Congrès fédéral), une justice équitable et l'éducation publique gratuite. Ils en bénéficièrent dans un premier temps, pendant la « Reconstruction radicale », cette période évoquée par le roman d'Howard Fast, La Route de la liberté (1944). Très politisés au travers de ces circonstances, les Noirs s'organisèrent souvent aux côtés de Blancs pauvres du Sud, par exemple dans des unions de métayers et de travailleurs agricoles. C'était la preuve, s'il en était besoin, qu'aucun atavisme n'opposait les uns aux autres ; cette opposition était voulue, fabriquée par les possédants.

La réaction des planteurs et des politiciens blancs racistes ne s'est pas fait attendre. Surtout qu'au milieu des années 1870, après que le grand capital eut pris pied dans le Sud en rachetant de vastes étendues de terres, le gouvernement fédéral passa un compromis avec les États du Sud. Les politiciens bourgeois du Nord ne voyaient pas d'un bon œil cette alliance des pauvres. Ils retirèrent l'armée du Sud et laissèrent les Noirs livrés à eux-mêmes. Le Ku Klux Klan, formé en 1866, organisa des campagnes de terreur contre eux et contre les Blancs pauvres qui refusaient de se détourner de leurs frères de classe. La ségrégation se mit en place : des « codes noirs » formalisaient l'infériorité légale des Noirs. Si leur oppression a donc survécu à l'esclavage, c'est d'abord parce qu'elle était à la base de l'économie du Sud, toujours centrée sur le coton. Les planteurs exploitaient la main-d'œuvre noire, et cette situation procurait à des Blancs des emplois de contremaîtres, dans les forces de l'ordre, de minuscules privilèges. Pour la plupart des petits paysans blancs, cela ne changeait pas grand-chose, sinon qu'il y avait toujours plus pauvre qu'eux. Les emplois qui étaient réservés aux Blancs étaient un moyen pour les patrons de s'attacher leur loyauté, tout en maintenant les salaires les plus bas. S'ils revendiquaient des augmentations, leurs patrons les menaçaient de les remplacer par de la main-d'œuvre noire. Quant à la bourgeoisie du Nord, désormais hégémonique, elle s'accommodait fort bien de cette inégalité. Les présidents américains successifs, mais aussi les cours fédérales, le Congrès, les différentes institutions ont accepté, défendu la ségrégation pendant des décennies. En s'appuyant sur les cadres sociaux hérités de l'esclavage, la bourgeoisie blanche a tout fait pour mettre en place cette nouvelle forme de domination. À l'origine de l'oppression des Noirs, il y avait donc la politique des classes privilégiées : les planteurs du Sud, mais la bourgeoisie de façon plus générale.

La ségrégation était consacrée par une série de lois adoptées au Sud, surnommées « Jim Crow ». Au niveau fédéral, il n'y avait pas de distinction légale sur la base de la couleur ou de la race. Mais en réalité, une série de mesures discriminatoires pesaient sur les Noirs. La forme la plus violente de ce racisme institutionnel, c'était sans doute le lynchage, c'est-à-dire les exécutions sommaires. Entre 1877 et 1950, quelque 4 000 Noirs furent lynchés, soit près d'un par semaine. C'était une forme de terreur : les Noirs devaient rester à leur place, sous peine de mort. Ainsi un Noir fut lynché parce qu'il n'avait pas dit « Mister » à un policier, un autre parce qu'il avait refusé d'enlever son uniforme militaire à son retour de la guerre. Il n'était pas possible, jusqu'aux années 1950, de contester la domination blanche sans risquer d'être arrêté, battu, assassiné, brûlé vif, etc. Les lyncheurs n'étaient en général pas inquiétés par la justice, quand ce n'étaient pas eux-mêmes des policiers ou des juges. D'une certaine façon, les tribunaux prolongeaient le lynchage ; en 1945, un Noir fut ainsi exécuté pour le prétendu viol d'une blanche, après une délibération de deux minutes et demie. Cette pratique était sanctifiée par les plus hautes autorités. En 1894, l'évêque du Mississipi justifiait le lynchage en disant : « Les lois sont trop lentes et les prisons trop pleines. » La chanteuse de blues Billie Holiday fut harcelée par le FBI et la justice américaine jusqu'à la fin de ses jours, parce qu'elle avait dénoncé le lynchage avec la chanson « Strange fruit » (1939), écrite par le communiste Abel Meeropol : « Les arbres du Sud portent un étrange fruit / Du sang sur les feuilles et du sang aux racines / Un corps noir qui se balance dans la brise du Sud / Étrange fruit suspendu aux peupliers ».

La ségrégation prenait bien d'autres formes, telle que la séparation dans les logements, les écoles, les lieux de travail, les transports, les bars, les cinémas, les parcs et les hôpitaux, tous les lieux publics de façon générale. Par exemple, dans l'Alabama, une loi précisait : « Tout restaurant ou tout autre endroit où est servi de la nourriture sera illégal s'il ne prévoit pas des salles distinctes pour les personnes blanches et de couleur, à moins que celles-ci ne soient efficacement séparées par une cloison pleine s'étendant du plancher vers le haut à une distance minimale de sept pieds et à moins qu'une entrée séparée soit prévue. » Les Noirs étaient privés de nombreux droits, y compris du droit de vote, qu'ils pouvaient exercer en théorie, mais rarement dans la pratique.29

 

La campagne contre la ségrégation

Rosa Parks a reçu des funérailles nationales lors de sa mort en 2005. Mais lorsque, à l’âge de 43 ans, le 1er décembre 1955, elle refusa de céder sa place à un Blanc dans un bus de Montgomery, en Alabama, elle fut condamnée à de la prison. Ce fut le début du mouvement des droits civiques.

Des militants noirs organisèrent, en signe de protestation, un boycott des bus largement suivi qui fit baisser le chiffre d’affaires de la compagnie de 60 %. La lutte dura plusieurs mois et dû faire face aux attentats terroristes du Klan. Finalement, le 4 juin 1956, le tribunal fédéral de district décréta illégales les lois de ségrégation dans les transports publics de l’Alabama. Á la fin de 1956, des boycotts semblables avaient obtenu la fin de la ségrégation dans les transports de 21 autres villes du Sud. Jeune pasteur noir en exercice à Montgomery, Martin Luther King devint une des figures de ce mouvement. Il fut parmi les fondateurs, en janvier 1957,  de la Southern Christian Leadership Conference.

Une importante campagne de « sit-in » fut menée par de jeunes étudiants – qui créèrent en 1961 le SNCC, Comité de coordination des étudiants non-violents – pour occuper des endroits, bars, restaurants, commerces, interdits aux Noirs. D’autres actions, consistant à refuser la ségrégation qui s’appliquait dans les bus longue distance dès qu’ils quittaient le Nord, furent organisées par le CORE (Congrès pour l’égalité raciale) et menées par de jeunes militant-e-s noirs et blancs venant du Nord qui s’appelaient les « Freedom riders ». Elles eurent un fort retentissement lorsque le New York Times publia à sa une en 1961 une photo d’un de ces bus après son explosion causée par les racistes.

La ségrégation sévissait aussi dans les établissements scolaires et universitaires, malgré l’arrêt « Brown » pris par la Cour suprême en 1954 qui l’y interdisait. En 1957, à Little Rock, en Arkansas, le gouverneur raciste, Orval Faubus, ordonna à la Garde nationale qu’il commandait d’empêcher l’entrée de neuf étudiants noirs dans l’université. Ils furent bousculés, insultés par les gardes et la population blanche mais ne cédèrent pas. Lorsque l’administration fédérale intervint pour permettre aux étudiants, dès lors escortés par des militaires, d’intégrer leur université, des étudiants blancs en sortirent ; plus tard, les autorités locales préférèrent faire fermer l’université. En juin 1963, c’est le gouverneur d’Alabama lui-même, George Wallace, qui se posta devant l’entrée de l’Université d’Alabama afin d’en interdire l’entrée à deux étudiants noirs.

Là où, comme dans les bus ou les restaurants et bars, il y avait des intérêts commerciaux, les campagnes de ségrégation parvinrent à leur but. Il fut beaucoup plus difficile d’imposer l’intégration dans les écoles. La lutte pour le droit de vote effectif le fut encore davantage mais elle était déterminante. Elle se produisit après que la « loi sur les droits civiques » signée le 2 juillet 1964 eut interdit dans tous les États-Unis la ségrégation dans les lieux publics, sur les places publiques et dans les écoles. Cette loi, qui interdisait aussi les discriminations à l’emploi, ne traitait pas du droit de vote.

 

La campagne pour le droit de vote, la marche de Selma

Celui-ci pouvait être accordé, limité ou refusé par les autorités locales. Il était souvent conditionné par le paiement d’un impôt, mais ce n’était  pas le plus gros obstacle, car pour le Klan, dans le Sud, le vote était une « affaire de Blancs » et les Noirs qui voulaient voter subissaient toutes les exactions possibles, jusqu’à la mort.

C’était là où les Noirs étaient majoritaires que les obstacles à leur inscription sur les listes électorales étaient les plus forts. La ville de Selma, en Alabama, comptait plus de 50 % de Noirs, 15 000 au total. Seuls 383 d’entre eux étaient enregistrés sur des listes électorales. Dans l’État du Mississippi, 6,4 % des Noirs pouvaient voter.

Dans cet État, lors de la campagne du SNCC pour l’inscription des Noirs sur les listes électorales, au cours de l’été 1964, 35 églises furent incendiées, 30 bâtiments détruits par des explosions, 80 personnes furent battues et l’on compta au moins six morts.

À Selma, suite à la mort, le 18 février 1965, d’un jeune militant sous les coups de matraque des flics, le SCLC décida d’appeler à une marche jusqu’à Montgomery, la capitale de l’Alabama, afin d’y interpeller  le gouverneur, George Wallace. Martin Luther King soutint la marche mais ne participa pas à la première qui eut lieu le 7 mars 1965. Ce jour-là, 600 marcheurs s’engagèrent sur le pont Edmund Pettus, du nom d’un général confédéré qui fut Grand Dragon du Ku Klux Klan d’Alabama. 150 hommes armés, des gendarmes et les hommes du shérif,  étaient déployés de l’autre côté du pont, certains à cheval. Ils portaient des masques à gaz et avaient des matraques, des bâtons, des fouets et des bâtons électriques destinées à diriger le bétail. De nombreux Blancs de la ville étaient là aussi pour regarder.

Après à peine une sommation, les flics chargèrent, puis les hommes à cheval avec lancers de gaz lacrymogène. Au final, 90 marcheurs furent blessés. Mais la presse et les caméras de télévision étaient là. Le soir même la chaîne ABC diffusa le reportage, un quart d’heure de cris et de coups de matraques, sans commentaires.

Luther King retourna à Selma et jura que la marche continuerait. Des appels furent diffusés nationalement. Près d’un millier de personnes se préparaient à traverser à nouveau le Pont Pettus mais un juge fédéral de district, habituellement plutôt favorable au mouvement, décréta que la marche devait être différée jusqu’à nouvel ordre. Elle eut lieu finalement le 9 mars. King conduisait les manifestant-e-s le long du pont. Les gendarmes sommèrent à nouveau les marcheurs de se disperser. Mais subitement, ils s’écartèrent, invitant King à défier l’ordre du juge. King fit faire demi-tour aux manifestant-e-s et ils rentrèrent à Selma, suscitant la colère des militants de la SNCC.

Cette nuit-là, trois hommes d’Église blancs furent attaqués après avoir quitté un restaurant à Selma. L’un d’entre eux reçut un coup de matraque à la tête. Il mourut deux jours plus tard.

Le 15 mars, devant l’émotion causée par la diffusion de ces événements,  le juge fédéral se ravisa et autorisa la marche sur Montgomery. Le même soir, le président Johnson prit la parole devant le Congrès et, à la télévision nationale, se prononça pour une loi sur les droits électoraux. Le 21 mars, 3600 marcheurs, protégés par la Garde nationale d’Alabama, se mirent en route à Selma en direction de Montgomery. Quatre jours plus tard, Martin Luther King s’adressait à 25 000 personnes depuis les marches du Capitole de Montgomery. Johnson envoya ce même jour une loi sur les droits de vote au Congrès.

Cette même nuit, sur la route 80 près de Montgomery, des membres du Klan tuèrent Viola Liuzzo, une femme de 39 ans de Detroit, mère de cinq enfants, qui conduisait à leurs domiciles des marcheurs. Le Voting Rights Act fut adopté à une très forte majorité au Sénat et à la Chambre des représentants. La loi fut signée par Johnson le 6 août 1965.

Entre 1965 et 1968, 740 000 nouveaux électeurs afro-américains s’enregistrèrent dans le Sud profond. Le pilier central de Jim Crow était détruit et, avec lui, le régime de ségrégation légale qui avait prévalu pendant 70 ans.30

 

Du recul des années 1970 à aujourd'hui

Cela nous amène à la période des quarante dernières années. La bourgeoisie et l'État américains ont joué sur deux tableaux : l'intégration et la répression.

Du côté de l'intégration, à la suite des luttes des années 1950 à 1970, des progrès importants ont eu lieu. En 1960, 20 % des Noirs étaient inscrits sur listes électorales ; 1972 : 62 %. Le niveau de vie des Noirs n'était que de 41 % de celui des Blancs en 1940, il était de 60 % en 1970. En 1930, 27 000 Noirs étaient inscrits dans les facultés ; en 1970, ils étaient un demi-million. Une minorité a pu accéder pleinement aux études supérieures qui leur étaient auparavant fermées et par la suite aux professions libérales, juridiques, intellectuelles ou encore aux carrières politiques et dans l'appareil d'État. Une petite bourgeoisie noire s'est constituée. Des maires noirs, des représentants, des sénateurs noirs ont été élus, et Obama est l'exemple le plus connu d'un certain nombre de réussites personnelles, présentées comme la preuve que le racisme ne compterait plus dans la politique américaine. Mais Obama fut élu en 2008 malgré un racisme persistant, surtout parce que Bush et les Républicains s'étaient complètement discrédités, en particulier avec la guerre en Irak. Et si les médias sont prompts à mettre en évidence quelques réussites individuelles, les Noirs sont largement sous-représentés dans les différentes couches de la bourgeoisie, la plus grande en particulier. Et même dans la petite bourgeoisie ils sont moins nombreux et moins riches que les Blancs.

L'intégration a cependant des limites, qui sont celles du capitalisme : le prolétariat ne peut être intégré. Et l'immense majorité des 40 millions de Noirs appartiennent aux classes populaires, quand ils ne sont pas plongés dans le chômage chronique et la pauvreté qui va avec. En 1992 une révolte eut lieu à Los Angeles à la suite de l'acquittement, par un jury blanc, de policiers blancs qui avaient tabassé l'automobiliste noir Rodney King. Elle dura six jours et fit plus de 50 morts, montrant déjà que, vingt ans après le mouvement des droits civiques, le racisme et son potentiel explosif étaient toujours là. En 2005, quand l'ouragan Katrina dévasta des zones entières du Sud, des dizaines de milliers de Noirs pauvres de La Nouvelle-Orléans furent sinistrés, et il y eut quelque 2 000 morts. Et le gouvernement Bush expliquait que les gens auraient dû quitter la ville - alors qu'ils n'avaient pas les moyens de le faire et nulle part où aller... L'État américain déployait des centaines de milliers d'hommes et des équipements ultrasophistiqués en Afghanistan et en Irak, mais n'avait rien prévu pour aider les pauvres au cœur de ses propres villes !

Et puis, les choses se sont encore dégradées depuis 2008 et la crise économique.

 

Crise économique et crise sociale

Toute la classe ouvrière a été frappée. La crise des prêts hypothécaires, les subprimes, s'est traduite par quelque 6 millions de saisies. Autant de familles ont été condamnées à vivre dans leur voiture, dans une caravane, dans un logement de fortune ou dans la rue. Les sociétés immobilières qui avaient placé ces prêts avaient ciblé les plus pauvres, les Noirs en particulier. Ensuite, la crise s'est traduite par la destruction de millions d'emplois et une augmentation importante du chômage. Là aussi, toutes les catégories du monde du travail ont été touchées. Et si le chômage a maintenant officiellement diminué, c'est aussi parce que des millions de travailleurs ont quitté la population active, pour des raisons diverses. Dans cette situation, les choses ont été plus graves pour les Noirs. Officiellement, le chômage des Noirs est le double de celui de l'ensemble de la population. En réalité, chez les jeunes Noirs, il est sans doute autour de 50 %, voire de 70 % pour ceux qui sont sans diplôme secondaire.

Une famille blanche gagne en moyenne deux fois plus qu'une famille noire. Le taux de pauvreté est trois fois plus élevé chez les Noirs que chez les Blancs, comme dans les années 1960. Des millions de personnes ont vu leurs biens se déprécier, bien plus chez les Noirs que chez les Blancs. En moyenne, les familles blanches possèdent un patrimoine six fois plus élevé que les familles noires. Aux États-Unis, avoir un peu de patrimoine n'est pas synonyme d'opulence ; avoir des économies peut s'avérer indispensable, par exemple, pour payer les études supérieures de ses enfants, ou encore acquitter les frais d'un traitement médical ou d'une opération. Bref, les Noirs ont vécu une dégradation de leur niveau de vie sans précédent depuis la crise des années 1930.

La crise économique s'est aussi traduite par des pertes pour les finances publiques de nombreuses villes et par des attaques massives contre l'éducation publique : la privatisation, les coupes dans les budgets, les fermetures d'écoles, les licenciements d'enseignants et de personnel scolaire ou encore la dégradation des conditions matérielles. À la différence de la bourgeoisie, qui peut tout à fait profiter de la privatisation rampante du système d'éducation, les classes populaires n'ont pour seul choix que d'envoyer leurs enfants à l'école publique. Les écoles étant principalement organisées et financées à l'échelon local, les districts scolaires des quartiers aisés ont donc bien plus d'argent à consacrer à leurs élèves que ceux des quartiers plus pauvres, même quand les taux d'imposition de ces derniers sont plus élevés, comme c'est en général le cas. Et les Noirs habitent majoritairement les quartiers pauvres. Le pays dépense pour les enfants noirs pauvres des grandes agglomérations moins d'un tiers de ce qu'il dépense pour les enfants blancs des quartiers riches. Des ressources moindres, cela signifie des effectifs plus élevés. Les écoles ne disposent pas des équipements dont disposent celles des quartiers riches. Les écoles des quartiers populaires paient moins bien leurs enseignants, qui sont souvent moins qualifiés, moins nombreux, et se succèdent, avec d'importantes périodes où il n'y a pas d'enseignant du tout. Sans compter les cas, nombreux, où des communes en difficulté, ferment tout simplement les écoles, licencient les enseignants, parfois pour en réembaucher de nouveaux, sans formation ni ancienneté, et donc moins coûteux.

Le résultat de ces inégalités, c'est que seulement 54 % des jeunes Noirs achèvent leur scolarité secondaire, contre 75 % des Blancs. Et si 14 % des adultes blancs sont illettrés en pratique, ils sont 38 % chez les Noirs. Comment pourrait-il en être autrement ? Un jeune Noir sur dix meurt avant d'atteindre ses 18 ans : certains à la suite de maladies, faute d'un traitement satisfaisant, en raison de leur pauvreté ; d'autres sont tués par des racistes, d'autres par des policiers, et d'autres - les plus nombreux - par d'autres jeunes Noirs.31

 

 

Le peuple afro-américain à la recherche des voies de son émancipation

Des premières révoltes d’esclaves aux soulèvements dans les ghettos, en passant par la mobilisation de masse pour la conquête des droits civiques, l’histoire du peuple noir des États-Unis recèle une richesse infinie d’expériences, d’élaborations et d’enseignements.

Dans le cours même de la révolution noire des années 1955-1970, nombre d’organisations se sont créées, en rupture avec celles qui existaient déjà. Des débats virulents ont éclaté, des critiques acerbes ont été émises, mais dans une recherche passionnée des moyens de conquérir pour le peuple afro-américain son émancipation.

 

Les organisations noires avant le mouvement des droits civiques

Une des organisations noires les plus anciennes et influentes a été le NAACP (National Association for the Advancement of Colored, Association nationale pour le progrès des gens de couleur), créée par W.E.B. Du Bois et d’autres jeunes intellectuels noirs en 1909, à une époque où la terreur pour imposer aux Noirs la ségrégation faisait rage. La NAACP combattit toutes les formes de discrimination, mena des combats sur le terrain de la justice, prit la défense des Noirs victimes d’actes de violence. Elle eut plus de 540 000 adhérents au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Rosa Parks en était une militante comme beaucoup de militants du mouvement des droits civiques.

Alors que la NAACP militait pour l’intégration des Noirs, Marcus Garvey, né en Jamaïque en 1887, ouvrier dans une imprimerie devenu journaliste, formula après la Première Guerre mondiale le projet d’un « Empire d’Afrique » qu’il invitait à reconquérir. Il connut une popularité immense, jusqu’à compter plusieurs millions d’adhérents dans les années 1920-1921. On pourrait s’étonner qu’un tel rêve ait eu tant de succès, mais c’est qu’il exprimait pour la population noire la  fierté de ses origines et la conviction qu’il n’y avait rien à attendre des Blancs. Garvey combattait la NAACP mais Du Bois, qui s’était tourné vers les idées marxistes et communistes, rompit avec la NAACP lorsqu’elle refusa de lancer un appel du peuple noir américain aux Nations-unies, milita pour le panafricanisme et l’union des Noirs américains avec les Africains en lutte contre le colonialisme.

Elijah Muhammad, qui dirigeait la « Nation of Islam », défendait comme Garvey l’idée que Dieu était noir mais en prônant l’islam, il exprimait une rupture avec la religion chrétienne protestante, celle de l’esclavagisme. C’est dans cette organisation, après ses années en prison consacrées à la lecture et à l’étude, que Malcom Little fit ses premières armes d’orateur et d’organisateur. Son père, un pasteur, avait été menacé en 1925 par un commando du Ku Klux Klan parce qu’il était partisan des idées de Marcus Garvey. Lorsque Malcolm se convertit aux idées des Black Muslims, il abandonna, comme eux tous, son nom d’esclave et devint Malcolm X.

 

Continuité et ruptures

Dès le début du mouvement des droits civiques a émergé la personnalité de Martin Luther King, pasteur à Montgomery au moment du boycott des bus en 1955. Il avait alors 26 ans et sa vie s’est confondue avec ce mouvement jusqu’à son assassinat le 4 avril 1968.

Martin Luther King faisait profession de non-violence, sans aucun doute du fait de ses convictions religieuses mais certainement aussi pour des raisons tactiques.
« Martin Luther King, écrit Daniel Guérin, se défendit d'être un pacifiste et insista davantage sur les aspects concrets et positifs de ses méthodes de lutte que sur leur idéalisme. Sa non-violence n'était pas une méthode de lâcheté, mais de militantisme. Elle était au plus haut degré active et non passive.

« […] De fait, pour une minorité comme celle que forment les Afro-américains, minorité désarmée ou dont l'armement ne peut être que disproportionné par rapport à celui de l'adversaire, officiel aussi bien que privé, la violence était aux yeux du pasteur une tactique téméraire. En outre, toujours selon King, elle risquait d'être non rentable, dans la mesure où elle indisposait la portion de l'opinion publique prête à s'indigner contre l'adversaire raciste qui, lui, lynche, terrorise et tue, massacrant jusqu'à des enfants.»

Il fut durement critiqué par Malcolm X qui l’accusa d’être un « oncle Tom » utilisé par le pouvoir blanc au moment de la marche sur Washington qui rassembla 250 000 personnes le 28 août 1963. Malcolm X reprochait à King d’avoir traité avec Kennedy, d’avoir permis à celui-ci de récupérer la marche et de se présenter comme l’ami de la lutte des Noirs alors que l’État fédéral ne faisait rien contre les racistes.

Il fut critiqué aussi en d’autres occasions par les jeunes militants de la SNCC (coordination des étudiants non-violents) dont certains allaient devenir des dirigeants des Black Panthers, comme Eldridge Cleaver, Stockely Carmichael ou Huey Newton. Cité par Daniel Guérin, Eldridge Cleaver lui rendit cependant hommage après son assassinat en rappelant « “la réaction furibonde” qu'il avait provoquée lorsqu'il avait “demandé l'arrêt des bombardements américains au Viêt-Nam du Nord, des négociations avec le Front de libération nationale et l'admission de la Chine aux Nations unies” [...] II se peut qu'en définitive “King ait tout de même marqué l'Amérique, qu'il l'ait touchée en profondeur, et que c'est parce qu'il alla si loin que nous pourrons réussir dans notre lutte révolutionnaire”. »

C’est dans le mouvement des droits civiques que ces militants, influencés par les idées de Malcolm X, lancèrent le slogan du « Pouvoir noir » puis créèrent le parti de la Panthère noire.

 

Malcolm X 

Malcolm X avait acquis un grand prestige auprès des jeunes révoltés des ghettos. Il leur transmettait la fierté d’être noirs, le sentiment de leur dignité, la volonté de conduire leur vie et d’échapper à la délinquance. Il exprimait la haine qu’ils ressentaient à l’égard des racistes et des Blancs. Il fustigeait les principes de la non-violence revendiqués par Martin Luther King. « Il n’existe pas de révolution où on tende l’autre joue. Une révolution non-violente, ça n’existe pas. »

Les Black Muslims revendiquaient un État noir. Il n’était donc pas question pour eux de participer au mouvement des droits civiques dont l’objectif était, selon eux, de se faire accepter par les Blancs. « Nous voulons que notre peuple dont les parents et grands-parents sont descendants d’esclaves puisse établir un État séparé ou un territoire qui leur appartienne sur ce continent ou un autre. Nous croyons que nos anciens propriétaires d’esclaves nous doivent cette terre ».

Comme toutes les organisations noires, les Black Muslims se renforcèrent énormément après la guerre. Ils purent se revendiquer de 150 000 membres et étaient présents dans 82 villes. Leur audience, en particulier celle de Malcolm X, était énorme. Le fait d’assurer leur auto-défense à travers leur service d’ordre, Fruit of Islam, était très apprécié par la jeunesse noire.

Mais Malcolm X fut suspendu par Elijah Muhammad lorsque, après la mort de Kennedy, il fit une déclaration irrévérencieuse – Daniel Guérin traduit celle-ci par « La haine fait boomerang ». Il se trouva dès lors isolé, sans organisation, mais très populaire. Il fit plusieurs voyages en Afrique et se convainquit que les peuples coloniaux et le peuple afro-américain avaient un combat commun à mener contre l’impérialisme. Après sa rupture avec les Black Muslims, il abandonna leur sectarisme et chercha les moyens d’agir avec le mouvement des droits civiques et les Blancs favorables aux droits des Noirs.

Il fut assassiné lors d’un meeting le 21 février 1965, à 40 ans, par des militants des Black Muslims, mais probablement le FBI y avait-il eu une part.

 

Le Black Power et les Black Panthers

Les idées de Malcolm X influencèrent des jeunes militants des droits civiques. Leurs slogans, « Freedom Now » (Liberté tout de suite) puis, à partir de 1966, « Black Power » (« pouvoir noir » ou « force noire »), exprimaient la révolte de la jeunesse noire et son impatience. Le « Black Power», c’était l’idée que les Noirs devaient former une force, contrôler eux-mêmes leurs villes, leurs quartiers, ne compter que sur eux-mêmes et pas sur une illusoire bienveillance des Blancs. De là aussi la nécessité de créer un parti noir indépendant. Ce que fut le parti de la Panthère noire, créé par Huey Newton, Eldrige Cleaver puis Stockely Carmichaël. Convaincus d’avoir à affronter l’appareil de répression de l’État blanc, comme cela a été le cas au cours des émeutes, ils prônaient  l’auto-défense, utilisant le deuxième amendement de la constitution américaine sur le port d’armes pour créer des patrouilles armées dans les quartiers noirs.

Travail d’implantation dans les ghettos, actions d’éclat et coup de poing, participation à des élections, élaboration théorique, le Black Panther Party a cherché à agir dans toutes les directions. Il a donné lieu également à un intense travail dans les prisons où se retrouvaient un grand nombre de jeunes qui avaient participé aux émeutes. Mais la répression féroce qu’il subit ne lui laissa pas le temps de développer pleinement ses possibilités. Beaucoup de ses membres furent assassinés ou contraints à l’exil.

 

En guise de conclusion

Les militants et organisations de la révolution noire n’avaient guère les moyens de dépasser les limites de leur époque, l’absence d’une perspective réellement socialiste, internationaliste, du fait des difficultés du mouvement ouvrier américain à créer un parti indépendant, du fait de la subordination de tous les partis communistes aux tournants de la politique stalinienne. Ils ont cherché une perspective du côté des forces politiques qui dirigeaient les révolutions anticoloniales, face aux ennemis qui leurs étaient communs, les colonialismes et l’impérialisme américain.

Mais de la même façon qu’il était impossible aux peuples coloniaux de conquérir une indépendance réelle sans s’engager dans le renversement du capitalisme, le peuple noir des États-Unis ne peut espérer en finir avec l’oppression raciale qu’en mettant fin à la domination de la bourgeoisie et en renversant le capitalisme. En effet, la discrimination raciale ne peut exister sans l’inégalité et l’exploitation sociales. Le racisme ne recouvre pas l’inégalité sociale mais il en est le complément. Les classes exploiteuses utilisent les différences pour justifier une plus grande exploitation, diviser les exploités entre eux, créer l’illusion d’une communauté d’intérêts qui naîtrait de la même couleur de peau, comme, ailleurs, de la même appartenance nationale.

La révolte des Noirs américains a eu un caractère extraordinairement subversif tant elle a affaibli l’impérialisme le plus puissant de la planète en lui ôtant sa crédibilité de puissance démocratique. Elle compte pour beaucoup dans la révolte de la jeunesse blanche, dans la défaite des États-Unis au Vietnam. Mais quel rôle encore plus formidable elle aurait pu jouer si elle avait trouvé une alliée dans la classe ouvrière blanche ! Ce n’est pas un hasard si toutes les tentatives d’unité entre travailleurs noirs et blancs ont toujours été férocement combattues par les classes dirigeantes américaines, y compris par le pogrom, qu’il soit conduit par le Ku Klux Klan ou par d’autres. C’était de leur intérêt. Elles avaient conscience qu’il en allait de leur existence même.

Gageons que les conditions nouvelles créées par l’évolution économique et la révolution noire, comme par exemple la plus forte proportion de salariés noirs dans le prolétariat américain, rendront possible cette unité.32

 

 

Ultra-riches contre classe moyenne : les États-Unis en déséquilibre

En 2015, pas moins de 51 % des salariés américains gagnent moins de 30 000 $ par an, et 49 % perçoivent une aide gouvernementale. 46 millions sont affiliés au régime des bons alimentaires — un chiffre qui recoupe parfaitement la statistique de la pauvreté, laquelle concerne 47 millions de personnes.

Le patrimoine moyen des ménages était de 138 000 $ en 2007 (juste avant la crise) ; il est tombé à 82 750 $, c’est-à-dire le même montant qu’en 1992 mais 250 $ de moins qu’en 2010. Cela malgré le sursaut des prix immobiliers et un Wall Street au zénith, qui a plus que doublé depuis 1990.

Pour les 20 % d’Américains les plus pauvres (soit 65 millions de personnes, l’équivalent de la population de la France), il n’est même plus question de patrimoine mais bien de déficit net (crédits et découverts, arriérés fiscaux, dette étudiante, etc.). Il était de -1 000 $ en l’an 2000, il est passé à -6 000 $ en 2015.

Les jeunes payent le plus lourd tribut, plombés par plus de 1 000 milliards de dette étudiante. Ils sont 49 % à vivre encore chez leurs parents à 25 ans, contre 40 % avant le début de la crise.

Les jeunes sont plus endettés mais décrochent des diplômes plus élevés… Pas de chance, cependant, ils sont moins bien payés à l’embauche qu’en 2007 : effet ciseau imparable !

Trouver un bon emploi reste très difficile car malgré un taux de chômage officiel de 5 %, on compte 900 000 emplois salariés de moins qu’avant le début de la récession.

Enfin, le nombre d’enfants sans abri aux États-Unis a augmenté de 60 % depuis 2009. 1,6 million ont dû dormir dans un foyer pour sans-abri ou toute autre forme d’hébergement d’urgence en 2014… et un enfant sur cinq se nourrit grâce aux bons alimentaires, contre un sur huit avant la crise.

 

Alors, après six ans de pseudo-reprise, qu’est-ce qui va mieux pour les Américains ?

Eh bien, comme le veut la tradition en temps de crise, cela va mieux pour les 10 % de la population la plus riche… mais ce n’est qu’une moyenne. Cela va en fait vraiment très très fort pour les 0,1 % les plus riches qui détiennent autant de richesse cumulée que les 90 % d’Américains les moins fortunés.

Les 20 Américains les plus riches viennent de franchir le cap de la moitié de la richesse totale détenue (c’est-à-dire plus que ce que possèdent les 250 millions les plus pauvres).

Les 400 Américains les plus riches possèdent une fortune de plus de 2 350 milliards de dollars. C’est plus que le PIB de la France en 2014 (2 330 milliards de dollars).

Jamais depuis la fin du 19ème siècle l’Amérique n’était devenue à ce point ultra-inégalitaire.

Certains membres de l’hyperclasse devenus un peu paranoïaques déclaraient à Davos en début d’année 2015 redouter un méga-1789 planétaire ; ils avouaient avoir investi dans des yachts naviguant dans les eaux internationales ou dans des abris les protégeant de potentielles insurrections.33

 

 

La tuerie d'Orlando

La fusillade du 12 juin 2016 à Orlando est une tuerie de masse perpétrée aux États-Unis, dans la boîte de nuit LGBT le Pulse, en Floride.

Le bilan est de quarante-neuf morts, sans compter l'auteur de la tuerie qui a été abattu par la police.

Il s'agit, dans toute l'histoire des États-Unis, du plus lourd bilan pour un massacre par arme à feu commis en temps de paix. Visant spécifiquement un lieu fréquenté par la communauté LGBT, cet attentat est également un des crimes homophobes les plus graves de l'histoire américaine.

Le tueur a déclaré agir au nom de l'organisation terroriste État islamique, qui a revendiqué ensuite l'attentat.34

 

Un acte révélateur de la violence de la société

Le FBI, Obama et la presse ont affirmé que Omar Mateen, le tueur du club gay le Pulse, a agi pour Daech. Personne ne saura jamais ce qu’il avait en tête. Nous ne connaissons que ses actes. Et ce que Mateen, qui était employé dans une agence de sécurité, a fait, est de tuer des homosexuels, originaires d’Amérique latine pour la plupart.

Il voulait entrer dans la police et il fit tout pour y parvenir. Il a obtenu un diplôme en technologies de justice criminelle, a travaillé dans une maison de correction pour adultes. Puis, pendant neuf ans jusqu’à sa mort, il a travaillé comme garde armé pour l’entreprise de sécurité G4S Secure Solution. On l’envoyait travailler dans différents endroits, y compris dans une institution pour jeunes délinquants ou un tribunal.

Pourquoi des homosexuels ? Il n’y a pas que Daech pour tuer des homosexuels ? Les États-Unis ont un terrible passé de violence contre les gays, les lesbiennes et les transgenres.

Trente-deux personnes sont mortes brûlées en juin 1973 dans une attaque qui a transformé en enfer un bar gay de la Nouvelle-Orléans. Cinq personnes ont été blessées par l’explosion d’une bombe dans un bar pour lesbiennes en 1997. Un tireur a ouvert le feu dans un bar gay en 2000 après avoir vu deux hommes s’embrasser. En 1969, l’ignoble raid de la police dans un pub de New York, The Stonewall Inn, provoqua des émeutes et le mouvement moderne pour les droits des homosexuels. Non, la fusillade du Pulse n’a pas été le premier acte de violence contre les homosexuels.

Cette violence ne vient pas de nulle part. Elle est encouragée par les prêcheurs chrétiens. Quelques heures à peine après le massacre d’Orlando, un prêcheur baptiste de Sacramento l’a glorifié en ces termes : « Êtes-vous tristes que 50 pédophiles aient été tués aujourd’hui ? Hum – non – Je pense que c’est génial ! Je pense que cela rend service à la société. Je pense qu’Orlando, la Floride, seront un peu plus sûrs ce soir. »

Cette société, avec ses lois, soutenue par toutes sortes de religions intégristes, considère l’homosexualité comme un crime et un péché. Le propre père de Marteen disait : « Dieu punira ceux qui sont impliqués dans l’homosexualité. »

Il ne faut pas s’étonner qu’un individu à la vocation de policier ait tué de sang-froid 49 hommes, la plupart homosexuels. C’est en phase avec le vitriol et la haine que sécrète cette société.35

 

 

Élection présidentielle américaine de 2016

 

Contexte

La campagne pour la présidentielle se passe dans un climat extrêmement peu serein sur fond, notamment, de précarité pour les classes populaires, de tensions raciales et de guerre contre le terrorisme. À l'occasion des primaires démocrates et républicaines, ce climat profite aux candidats « anti-système » dans les deux camps : Bernie Sanders au Parti démocrate et Donald Trump au Parti républicain, même s'ils sont en profond désaccord sur la grande majorité des sujets. Mais, de ces deux candidats anti-système, seul Trump remportera la nomination, Sanders devant s'incliner, après une course serrée et riche en péripéties, devant Hillary Clinton.

 

C'est la première fois qu'une femme est investie candidate par l'un des deux grands partis historiques américains (Clinton étant, de surcroît, une ancienne première dame des États-Unis et considérée comme la personne la plus qualifiée à avoir jamais prétendu à la fonction présidentielle). Le profil de son principal adversaire, Donald Trump, est également atypique : riche homme d'affaires et présentateur d'une émission de téléréalité, celui-ci n'a jamais occupé de fonction publique, politique ou militaire. Autre fait marquant : si les deux candidats agrègent des publics très différents l'un de l'autre (alors que Clinton ramène à elle l'électorat féminin ou celui des minorités ethniques, Donald Trump doit en grande partie sa popularité aux électeurs de sexe masculin, blancs et sans diplôme universitaire — catégorie représentant près de la moitié des votants), ils doivent conjointement faire face à un taux de popularité anormalement bas, aussi bien dans l'opinion générale qu'au sein de leur propre famille politique. Par ailleurs, ils sont les deux candidats les plus âgés à entrer en campagne après Ronald Reagan, âgé de 73 ans en 1984.

 

Cette défiance se fait jour dès les primaires. Hillary Clinton, avant d'être investie, est fortement concurrencée par la candidature de Bernie Sanders, portée par de jeunes militants soucieux de faire pencher l'appareil du parti démocrate vers sa gauche et qui voient en Clinton une figure de l'etablishement. Pourtant décrite par Barack Obama comme la candidate la plus qualifiée pour le poste qu'aient jamais connu les États-Unis, l'image de Clinton reste ternie par diverses affaires comme celle de l'affaire des e-mails compromis — piratées par des services russes souhaitant se mêler des élections, d'après des services de renseignement fédéraux — lorsqu'elle était secrétaire d'État ou celle de l'attaque de Benghazi.

 

De son côté, Donald Trump, dont la candidature aux primaires n'est d'abord pas prise au sérieux par les observateurs politiques, élimine successivement tous les favoris du parti républicain. Mais par ses déclarations souvent jugées originales, provocatrices, voire racistes et sexistes, le milliardaire voit plusieurs grandes figures conservatrices lui tourner le dos ou le soutenir a minima après son investiture. Son langage violent, parfois grossier et extrêmement agressif lui vaut l'animosité d'un grand nombre de personnalités qu'il a personnellement attaquées ; ainsi son principal rival, le sénateur Ted Cruz, refuse dans un premier temps de le soutenir officiellement, Trump ayant insulté son épouse et son père, avant de revenir sur sa décision deux mois plus tard. De même, les anciens présidents George H. W. Bush et George W. Bush, ainsi que le candidat battu aux primaires Jeb Bush, n'approuvent pas la candidature de l'homme d'affaires, tout comme les deux précédents candidats républicains John McCain et Mitt Romney, le premier ayant notamment vu son statut de héros de guerre remis en question par Trump tandis que le second a tenté à de multiples reprises de convaincre les électeurs de ne pas voter pour le milliardaire qu'il estime grossier et dangereux. La divulgation, début octobre 2016, d'un enregistrement dans lequel Donald Trump profère des propos obscènes à l'égard des femmes marque également une rupture significative entre le candidat et une partie du Parti républicain.

Pour le politologue Dominique Moïsi, le duel entre Hillary Clinton et Donald Trump représente le premier « face-à-face entre une démocrate interventionniste et un républicain isolationniste » depuis l'élection présidentielle de 1940 et la victoire de Franklin Delano Roosevelt sur le républicain Wendell Willkie.

 

Résultat

L'élection présidentielle se déroule le 8 novembre 2016 et conduit à la désignation du républicain Donald Trump comme quarante-cinquième président des États-Unis d'Amérique. Il s'impose face à la candidate démocrate Hillary Clinton grâce au collège électoral (306 grands électeurs contre 232), mais c'est cette dernière qui le devance au nombre total de voix (vote populaire), avec environ 200 000 voix d'avance (47,67 % des voix contre 47,50 % pour Donald Trump).36

 

 

Un cirque électoral où le capital gagne à tous les coups

La victoire de Trump aux élections américaines a déjoué la plupart des pronostics. En France bien des journalistes et des politiciens cachaient mal leur dépit de voir un candidat ayant fait une campagne aussi démagogique parvenir à l’emporter.

Mais toute une partie de la population qui vote traditionnellement pour les Républicains, s’est reconnue dans le discours anti-mexicain ou anti-musulman de Trump et n’est certainement pas fâchée de voir tourner la page d’un président noir qu’elle n’avait pas accepté. L’électorat évangélique, très conservateur et traditionnellement républicain, se pinçait le nez pour voter Trump, un homme marié trois fois, et manifestement plus prédateur sexuel que grenouille de bénitier. Mais l’aversion pour les Démocrates l’a emporté.

Trump l’a aussi emporté dans des États industriels du Midwest, non seulement l’Ohio, un des « swing states », un État basculant tantôt du côté républicain, tantôt du côté démocrate, mais aussi dans le Michigan, traditionnellement acquis aux Démocrates. Dans ces États, les fermetures d’usines se sont multipliées et la condition ouvrière s’est dégradée. Même les salariés qui gardaient leur emploi ont souvent vu leur contrat de travail renégocié à la baisse, en termes de régime de retraite ou de salaire. La campagne démagogique de Trump pour le protectionnisme et contre les « délocalisations » a porté.

Trump a également repris des thèmes du mouvement contestataire « Occupy Wall Street », contre le « système », en dénonçant par exemple la hausse des cotisations qui a accompagné la réforme de l’assurance-maladie dont Obama est si fier. Dans ces États, les hommes blancs ont largement voté pour Trump ; par exemple, deux tiers des hommes blancs de l’Ohio ont voté pour Trump, contre seulement un tiers pour Clinton ; dans le Michigan, 64 % des hommes blancs auraient voté pour Trump, 28 % pour Clinton.

Certes, 88 % des Afro-Américains et 65 % des Hispaniques auraient voté pour Clinton. Mais ils ne représentent qu’une minorité de  l’électorat, et ils ne se sont pas mobilisés plus massivement pour la championne de Wall Street. Toute une partie de la population, notamment sa fraction la plus pauvre, ne vote pas : soit elle n’est pas inscrite sur les listes électorales, soit elle n’en a pas le droit après une condamnation, ce qui est le cas pour six millions de personnes. Soit encore qu’elle ne voit pas d’enjeu dans l’élection présidentielle. Le 8 novembre, moins de 60 % des Américains en âge de voter l’ont fait. Trump a donc été élu avec quelque 60 millions de voix, sur environ 230 millions de personnes en âge de voter.

Hillary Clinton était la chouchoute des milieux d’affaires et des politiciens européens. Mais ce n’est pas le meilleur brevet aux yeux des électeurs des classes populaires ! Les Démocrates ont été au pouvoir au cours de 16 des 24 dernières années, dont les huit dernières, et l’électorat a vu les inégalités se creuser et son niveau de vie se dégrader. Clinton était particulièrement associée à cette politique. Déjà en 2008, Obama, alors un inconnu, l’avait sèchement battue dans les primaires démocrates. Encore en 2016, un autre inconnu se présentant comme socialiste, Bernie Sanders, l’a emporté dans 22 des 50 États, en dénonçant Clinton comme la favorite de Wall Street.

Trump s’est fait élire en se présentant comme le candidat anti-système ; quelle escroquerie, pour un magnat de l’immobilier ! Il s’est présenté comme le garant d’un meilleur avenir pour le peuple américain ; quelle comédie ! Dans son discours de victoire, il a promis de doubler la croissance, de rétablir les emplois perdus, de construire des hôpitaux et de réparer les routes ; quel cinéma ! Comme tous les politiciens, Trump fera ce que la grande bourgeoisie exigera de lui. Et pas plus qu’aucun autre, tout milliardaire qu’il est, il ne dominera l’économie capitaliste.

Pendant sa campagne, Trump a multiplié des promesses démagogiques qu’il ne tiendra pas.

Il a promis de mettre fin à l’immigration clandestine. Si son succès reflète une progression de la xénophobie, il risque aussi de l’exacerber. Trump peut prendre des mesures symboliques, comme le renforcement du mur à la frontière mexicaine. Mais il y a sans doute onze millions d’étrangers sans-papiers aux États-Unis, et toute une partie des entreprises, y compris celles de l’empire Trump, fonctionnent avec des étrangers sous-payés et n’ont pas l’intention de s’en priver. Les expulsions, déjà très nombreuses sous Obama, vont peut-être se multiplier, et la vie des immigrés sera sans doute plus dure, mais l’immigration ne va pas cesser : la bourgeoisie en a trop besoin.

Trump a fait du protectionnisme son cheval de bataille, en promettant de ramener des emplois aux États-Unis. La bourgeoisie américaine souhaite bien sûr que son marché intérieur soit protégé et, dans une certaine mesure, l’État fédéral mène déjà la guerre commerciale. Mais les grandes multinationales tiennent également à pouvoir accéder à de nombreux marchés étrangers. La Chambre des représentants et le Sénat sont majoritairement républicains et acquis au libre-échange. Et Apple ne fera pas produire ses iPhone et ses iPad dans le Midwest, plutôt qu’en Chine !

Ceux des travailleurs américains qui ont voté pour Trump en espérant que leur condition s’améliore en seront donc pour leurs illusions.37

 

 

Le programme économique de Trump en sept thèmes clés

Donald Trump Donald Trump sera le 45e Président des Etats-Unis. Il faut donc aller regarder de près ce qu’il a annoncé en matière économique lors de sa campagne. Son programme peut être résumé en quelques grandes mesures phares censées définir le futur de l’Amérique.

 

1/ Moins d’impôts

La fiscalité a été l’un des thèmes phares de la campagne. Sur ce point, Trump vise une réduction d’impôts de 4 400 milliards de dollars sur dix ans, soit l’équivalent chaque année de 6 % du total des recettes fiscales. Tous les Américains bénéficieront d’une baisse d’impôts avec le nombre de tranches d’imposition ramené de sept à trois (12-25-33 %). De plus, des réductions d’impôts seront offertes pour aider à l’éducation des enfants. Les plus fortunés sont privilégiés avec une diminution du taux d’imposition marginal pour la tranche la plus haute (de 39,6 % à 33 %) ainsi que par la suppression de l’impôt sur les successions qui ne touche aujourd’hui que celles supérieures à cinq millions de dollars. L’Amérique de Trump a des chances de devenir encore plus inégalitaire.

Côté entreprises, le nouveau Président veut ramener le taux d’imposition sur les bénéfices de 35 % à 15 % pour toutes les sociétés. Il a également promis de proposer aux entreprises qui conservent une partie de leurs bénéfices à l’étranger, notamment dans les paradis fiscaux, de les rapatrier au taux d’imposition réduit de 10 %. Le coût fiscal d’une telle baisse d’impôt serait de l’ordre de 1 500 milliards de dollars.

 

2/ Plus de dépenses d’infrastructures

Donald Trump a annoncé un plan de développement des infrastructures de 1 000 milliards sur dix ans. Un crédit d’impôt sera offert aux entreprises privées qui lanceront des projets. Ceux-ci seraient financés avec du capital privé, à 85 % par de la dette. Il est certain que les États-Unis ont aujourd’hui besoin d’un effort en la matière qui pourrait démarrer dès 2017 et apportera un soutien à la croissance.

Le candidat a promis que sa politique budgétaire sera, au final, neutre grâce à 1 800 milliards de recettes supplémentaires issues du surcroît de croissance entraîné par les baisses d’impôts, 1 800 milliards de plus grâce aux autres mesures de relance de l’économie. Le tout est accompagné d’une baisse de 800 milliards des dépenses publiques, notamment par une diminution du nombre de fonctionnaires (mais incluant une hausse des dépenses militaires qui passeraient de 3 % du PIB à 6,5 %).

Si on retombe bien sur les 4 400 milliards de baisse d’impôts promise pour les ménages, le coût de la diminution de l’impôt sur les sociétés n’est pas pris en compte. De plus, selon les calculs de Florence Pisany, spécialiste de l’économie américaine à Candriam, il faudrait que l’économie américaine connaisse une croissance moyenne de 3,5 % au cours des 10 prochaines années pour obtenir ce résultat, ce qui paraît pour le moins incertain. Les plans budgétaires de Trump conduisent plutôt au final à un accroissement du déficit budgétaire et de la dette des États-Unis. Une situation supportable si la croissance est au rendez-vous, qui prend le risque d’un dérapage de la dette sinon.

 

3/ Arrêt de la lutte contre le changement climatique

Donald Trump a promis d’arrêter le plan climat de son prédécesseur qui visait en particulier à réduire l’activité énergétique liée au charbon (une mesure bloquée par la Cour suprême) pour engager à l’inverse une relance de l’investissement dans l’extraction de charbon, ainsi que du pétrole et du gaz offshore.

Les régulations environnementales seront remises en cause. Donald Trump veut retirer la participation des États-Unis à l’accord de Paris issu de la COP 21. Il a également suggéré durant sa campagne de relancer le projet d’oléoduc Keystone XL entre le Canada et les Etats-Unis.

 

4/ Moins de commerce international

Un autre grand thème de la campagne a porté sur le commerce international. Pour Trump, c’est l’une des causes des problèmes d’emplois aux États-Unis. Le candidat a annoncé vouloir condamner la Chine pour manipulation de son taux de change et vol de propriété intellectuelle, imposer des droits de douanes sur les produits chinois (jusqu’à 45 %) et mexicains (jusqu’à 35 %) afin de favoriser l’achat de produits locaux.

Il a également annoncé la fin des grands accords commerciaux : il veut renégocier l’Alena avec le Canada et le Mexique, sortir du Partenariat transpacifique avec les pays d’Asie. Nul doute que le TAFTA est également mort dans ce contexte.

Les États-Unis pourraient ainsi contribuer aux forces actuelles allant dans le sens d’une démondialisation. Mais les multinationales américaines devraient faire entendre leur voix.

 

5/ Moins d’immigrés

Les propositions radicales du candidat n’ont pas suffi à mobiliser le vote de l’électorat issu de l’immigration. Il souhaite expulser l’ensemble des immigrés illégaux et bâtir un mur à la frontière mexicaine. Il veut également renforcer les contraintes liées à l’accueil de migrants légaux.

Il paraît probable que les entrepreneurs américains, qui utilisent cette main-d’œuvre, feront passer le message au nouveau Président de ne pas y aller trop fort en la matière.

 

6/ Une couverture santé privatisée

Le nouveau Président a annoncé vouloir supprimer l’Obama Care, c’est-à-dire le programme obligatoire de couverture santé qui a bénéficié à 20 millions d’Américains ces dernières années.

Il souhaite le remplacer par des assurances privées subventionnées par l’Etat et promouvoir des comptes d’épargne santé individuels.

 

7/ Remettre en cause la régulation financière

Le candidat a clairement indiqué son souhait de remettre en cause la nouvelle régulation financière issue de la crise. Mais il n’a pas donné de détails concrets à ce stade au-delà d’un positionnement général visant à libérer la finance de tout contrôle étatique. Les institutions financières qui ont dépensé des centaines de millions de dollars pour obéir aux nouvelles normes et accru de dizaines de milliards de dollars leurs fonds propres sont plus en quête d'aménagements que d'une nouvelle révolution.

Nul doute que le nouveau Président reprendra le combat des élus républicains qui bloquent le plus possible les pouvoirs du nouveau Bureau de protection financière des consommateurs, capable de limiter le pouvoir des banques créancières dans leurs relations avec leurs clients en difficulté. Ils souhaitent sérieusement encadrer ses prérogatives, voire le supprimer, arguant du fait que les contrôles du Bureau empêcheraient les banques locales de distribuer des crédits immobiliers et aux PME.

L’autre piste évoquée consiste à établir un contrôle politique plus serré de la banque centrale.38

 

 

Standing Rock : victoire mais prudence !

 

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Le « Dakota access pipline »  est un projet de 3,8 milliards de dollars qui vise à installer un oléoduc de plus de 1886 km pour relier les domaines de productions de Bakken et Three Forks au nord du Dakota à Patoka dans l’Illinois afin de transporter 470 000 barils par jour. Le but est double : baisser les couts d’exploitation (en reliant ces domaines d’une façon plus directe) ainsi que les couts d’approvisionnement du marcher intérieur (en réduisant l’exploitation des transports ferroviaires et routiers).

Il passe par 50 comtés dans 4 états et traverse des communautés locales, des terres agricoles, des terres tribales indigènes, des sites sacrés ainsi que des zones naturelles sensibles.

Achevé à 60%, ce projet climaticide de transport de pétrole brut léger devait rentrer en service fin 2016, mais dès l’accord du feu vert au consortium « Energy Transfer Partners », des amérindiens de la tribu Sioux de Standing Rock, de Navajo (Diné), Shoshone-Bannock, Apache, Kickapoo, Les Sioux de la rivière Cheyenne, Rosebud, Winnebago, Ho-Chunk, Crow et plus de 300 autres tribus en plus d’organisations comme Greenpeace, Sierra Club, Bold Iowa, Bold Nebraska, Bold Louisiana font front depuis le 10 Aout pour s’opposer à ce projet. On parle du plus grand rassemblement des peuples autochtones de tous les temps.

Ils se sont donné un nom : les Water protectors (protecteurs de l’eau) et défendent la seule source d’eau douce de la tribu Sioux de Standing Rock car selon la route initiale, l’oléoduc devait passer deux fois par la rivière Missouri qui se trouve en amont de la réserve. Ils sont tout à fait conscients de l’effet néfaste des fuites de carburant sur la terre et les eaux d’autant plus qu’Energy transfer a un précédent. Certains placent cette lutte dans un contexte plus large, celui du « changement climatique » et réclament le maintien des combustibles fossiles sous terre. Pour d’autres, c’est un rassemblement spirituel car ils voient en ce projet la réalisation de la prophétie lakota du  « zuzeca sape- le serpent noir » qui surgira des profondeurs amenant la dévastation sur son chemin.

La résistance gravite autour de plusieurs camps (Sacred Stone, Sicangu, Oceti Sakowin, red warrior…) et n’a comme armes que des protestations pacifiques et des prières. En contrepartie, un site de sépulture Sioux sacré aurait été délibérément détruit et les protecteurs font face à une répression inouïe d’abord de la part des services de sécurité du projet qui n’ont pas hésité à asperger des protecteurs de gaz lacrymogènes et à les attaquer avec des chiens puis par les autorités du Dakota du Nord qui à l’aide de police militarisée ont procédé à des d’arrestations musclées et à des poursuites par centaines même à l’encontre de journalistes au mépris de la loi fondamentale.

En effet, la liberté de la presse est protégée par le premier amendement de la Constitution étasunienne.  Dans une tentative d’imposer le black-out sur ces événements, la journaliste Amy Goodman, la seule à couvrir les attaques du 03 Septembre par les agents de sécurité, a été poursuivie pour avoir fait son travail. La vidéo qui met en scène les violences a été vue plus de 14 millions de fois. Aucune charge n’a finalement été retenue contre elle.

Un cran dans la violence a été franchi le 21 novembre 2016 lorsque la police a brutalement réprimé des protecteurs de l’eau qui tentaient de libérer l’accès d’un pont près du camps Oceti Sakowin bloqué par cette même police. En usant de canaux à eaux, de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogène. Plus de  100 personnes ont été blessées.

Après la délivrance de l’ultime permis de construction accordé de façon illégitime au mois de juillet par le corps d’ingénieurs de l’armée, un arrêt momentané a été décidé le 09 septembre conjointement par ce corps ainsi que le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Justice suite à la mobilisation des tribus indigènes et de leurs alliés. L’administration Obama a tenté de tergiverser et de gagner du temps comme pour se débarrasser de ce dossier épineux. Mais devant l’amplification de la mobilisation et le ralliement de milliers de vétérans pour servir de boucliers humains, le corps d’ingénieurs de l’armée a refusé le droit de passage de l’oléoduc par la rivière Missouri et étudie actuellement les alternatives de déroutement possibles.

Une bataille de gagnée, mais le chemin est encore long. Ce coup d’arrêt ne fournit aucune garantie, il est réversible et l’administration entrante pourrait donner l’approbation finale pour deux raisons. D’abord, pour les propos inquiétants tenus par les collaborateurs et conseillers de Trump :  1. Ils affirment que cette décision sera révisée dès la prise des fonctions en janvier tout en précisant que Trump soutient ce projet.  2. Ils affichent la volonté de privatiser les terres tribales riches en énergies fossiles (bien qu’elle ne représentent que 2 % du territoire étasunien, elles contiendraient 1/5 des énergies fossiles). Autant de raisons en ligne avec le climatoscepticisme du président élu.

La pression doit être maintenue contre « Energy Transfer Partners » qui n’est pas à son premier coup d’essai. Deux autres pipelines appartenant à ce consortium, le Trans Pecos Pipeline (TPPL) et le Comanche Trails Pipeline, menacent des sites amérindiens sacrés au Texas.39

 

 

L'investiture de Donald Trump

De nombreux artistes refusent de participer à l'investiture du nouveau chef de l'État les 19 et 20 janvier 2017. Le chanteur de country Toby Keith accepte de se produire sur scène, et la jeune lauréate de l'émission America's Got Talent, Jackie Evancho, chante l'hymne national après la prestation de serment.

Donald Trump devient officiellement le 45e président des États-Unis en prêtant serment au Capitole à Washington, D.C. le .

Une polémique éclate sur l'importance de la foule présente sur le Mall de Washington, D.C. le jour de son investiture, estimée par de nombreux médias comme étant très inférieure à celle ayant assisté à l'investiture de Barack Obama huit ans plus tôt (les chiffres avancés sont de 250 000 personnes en 2017 contre 1,8 million en 2009), ce que l'équipe du nouveau président réfute totalement, le porte-parole de la Maison-Blanche Sean Spicer déclarant : « Ce fut la plus grande foule ayant assisté à une investiture, point barre » et la conseillère Kellyanne Conway expliquant promouvoir « les faits alternatifs ».

Dès le lendemain de son investiture, Trump est confronté à d'importantes manifestations de protestation, principalement féministes, dont la principale, la Marche des femmes sur Washington, D.C., réunit entre 500 000 et un million de personnes. Des manifestations similaires ont lieu dans 400 autres villes américaines et dans 70 pays, les organisateurs estimant qu’entre deux et trois millions de personnes y ont participé. Les investitures de présidents tels que Richard Nixon en 1973, Ronald Reagan en 1981 et George W. Bush en 2001 avaient elles aussi donné lieu à des manifestations, sans toutefois atteindre la même ampleur ; la manifestation précédente la plus importante n'avait ainsi réuni que 60 000 participants en 1973.

Simultanément, lors de sa visite au quartier général de la CIA, Donald Trump déclare être en guerre contre les journalistes, « les êtres humains les plus malhonnêtes sur terre » selon lui.40

 

 

Provocateur xénophobe

À peine investi, Trump a signé toute une série de décrets provocants, dont celui intitulé « protéger la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux États-Unis », qui interdit pendant trois mois l’entrée du pays à tous les ressortissants de sept pays musulmans, Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen. Il suspend aussi pendant quatre mois le programme d’accueil des réfugiés de toutes nationalités, à l’exception de chrétiens persécutés.

L’application de ces décrets a été immédiate, y compris contre ceux qui avaient déjà reçu un visa ou une autorisation d’entrée, ou même à l’encontre des détenteurs de la carte verte qui permet à un étranger de résider et de travailler aux États-Unis.

Des centaines de personnes se sont retrouvées bloquées dans bien des aéroports du monde, empêchées d’embarquer, ou coincées dans des zones de transit ou même carrément interpellées à leur arrivée aux États-Unis. Des résidents étrangers, partis en vacances, ne pouvaient plus revenir. Un Irakien qui a travaillé dix ans pour l’armée américaine et qui émigrait avec sa famille a été arrêté à sa descente d’avion à New York, menotté, et incarcéré pendant dix-neuf heures avant que des avocats lui obtiennent l’autorisation d’entrer aux États-Unis.

Ces mesures absurdes et inhumaines ont suscité l’indignation, et des milliers de personnes ont manifesté dans les aéroports pour faire entendre leur colère et apporter leur soutien à ceux qu’on empêchait de rejoindre les États-Unis. Des avocats se sont immédiatement portés au secours de personnes arrêtées et ont attaqué en justice le décret présidentiel. Les critiques ont fusé de toute part, des milieux intellectuels et universitaires, des milieux patronaux, le dirigeant de Goldman Sachs en tête, des responsables religieux, musulmans bien sûr mais même catholiques, qui estiment qu’il n’est pas chrétien de traiter différemment les chrétiens ! Mais surtout des milliers, puis des dizaines de milliers de personnes ont manifesté le refus de ces mesures discriminatoires.

La décision de Trump a tous les traits d’un geste complètement démagogique et parfaitement arbitraire. D’après une étude citée par le New York Times, la population américaine est bien plus menacée par le terrorisme intérieur que par des terroristes venus d’ailleurs. « Depuis le 11 septembre 2001, il y a eu 123 personnes tuées par les terroristes musulmans sur un total de 230 000 personnes tuées par des gangs, des trafiquants de drogues, des conjoints en colère, des partisans de la suprématie blanche, des psychopathes, des ivrognes et des gens de toute sorte. » Même en comptant les victimes du 11 Septembre, cela ne représente que 1 % des tués. De plus, parmi ces 123 tués, aucun ne l’a été pas par un ressortissant de l’un des sept pays stigmatisés par Trump.

Trump tient à montrer qu’il tient ses promesses démagogiques contre les immigrés, pour détourner l’attention de ses électeurs des promesses qu’il ne pourra pas tenir en matière d’emplois. Il est réconfortant de voir que cette démagogie révoltante se heurte à une forte résistance et engendre des manifestations comme on n’en avait pas vu depuis longtemps.41

 

 

Climat de désaccord

Le 1er juin 2017, Trump a démonstrativement annoncé que les États-Unis se retiraient de l’accord de Paris contre le réchauffement climatique. Cet accord international, laborieusement élaboré en 2015 par la COP21, est supposé limiter le réchauffement de la planète à 2°C par rapport aux niveaux préindustriels.

En fait, l’accord de Paris, qui avait été à l’époque présenté comme un succès historique de la diplomatie française, n’était qu’une déclaration d’intention de la part des dirigeants de près de 200 États. Le geste de Trump l’a ramené à ce qu’il était depuis le départ : un texte n’ayant rien de contraignant, que les États peuvent appliquer ou non au gré des circonstances.

Ce n’est pas la première fois que les États-Unis signent, puis se retirent d’un accord sur le climat. En 1997, Bill Clinton, qui occupait la Maison-Blanche, avait approuvé le protocole de Kyoto, mais le Sénat américain avait refusé à l’unanimité de le ratifier.

L’accord de Paris, lui, a bien été ratifié par les États-Unis en 2016, mais Trump a choisi de le dénoncer pour satisfaire la partie la plus nationaliste de son électorat. Selon lui, cet accord était au bénéfice « des capitales étrangères et des mondialistes, qui ont toujours cherché à s’enrichir aux dépens des États-Unis », et lui aurait imposé un « fardeau économique et financier ». C’était développer jusqu’au ridicule l’idée que la première puissance mondiale, dont les banques et les grandes entreprises dominent l’économie, dont l’armée est présente sur tous les continents, serait opprimée par le reste du monde.

Dans son discours du 1er juin, Trump a aussi réclamé de la justice « pour les États-Unis, leurs entreprises, leurs salariés, leur population », voulant faire croire à ses électeurs ouvriers, qui attendent toujours qu’il crée des emplois par millions, que leurs intérêts sont les mêmes que ceux des grandes entreprises. Ce n’est pourtant pas l’accord de Paris, entré en vigueur sept mois auparavant, qui est responsable du chômage, mais bien le patronat.

Bien qu’il parle en son nom, une bonne partie de la bourgeoisie américaine juge cette décision de Trump irresponsable. Pas tant parce qu’elle se préoccupe du climat, mais parce que bien des grandes entreprises américaines ont investi depuis des années des capitaux dans les énergies non fossiles. Elles craignent de voir ce président, qui considère le réchauffement climatique comme un « canular inventé par les Chinois », arrêter de subventionner les énergies renouvelables et ruiner leurs espoirs de gros retours sur investissement.

C’est le cas de Walmart, qui équipe depuis des années les toits de ses supermarchés de panneaux solaires. Elon Musk, le patron de Tesla, qui produit des voitures électriques et qui a investi dans les panneaux solaires, a claqué la porte des instances chargées de conseiller Trump sur l’économie. Les patrons des géants de l’Internet, de General Electric, de Disney, de la puissante banque d’affaire Goldman Sachs, et même ceux des pétroliers Chevron et ExxonMobil, ont dit qu’ils désaprouvaient la décision de Trump.

Ces très grandes entreprises veulent rappeler au locataire de la Maison-Blanche qu’il est chargé de défendre leurs intérêts. En s’élevant contre sa décision, en s’inquiétant ouvertement des répercussions négatives des diatribes protectionnistes sur le commerce international, elles exercent une pression sur Trump et entraînent avec elles des dirigeants de grandes villes et d’États américains comme la Californie.

Un climatologue réaliste a déclaré que, déjà avant l’annonce de Trump, « la limite de 2°C était très difficile à respecter ». En effet, quelle que soit l’issue des pressions et des jeux de pouvoir à Washington, tant que l’économie sera motivée par la recherche capitaliste du profit maximum bien plus que par ce qui est nécessaire à l’humanité, celle-ci sera menacée par la catastrophe climatique… et aussi par bien d’autres.42

 

 

Trump du côté des racistes

L’assassinat le 12 août 2017, à Charlottesville, d’une militante antiraciste par un raciste fonçant sur elle en voiture a provoqué une vive émotion, aux États-Unis et au-delà. Une émotion amplifiée par les déclarations de Trump, accusant au lendemain du meurtre les manifestants antiracistes d’être responsables de la violence dont ils avaient été victimes.

Les manifestants racistes de diverses obédiences s’étaient rassemblés à quelques milliers dans cette ville de Virginie, pour protester contre la décision de la municipalité de Charlottesville de déboulonner la statue du général Lee, chef des sudistes durant la guerre de Sécession, devenu une figure symbolique de la défense de l’esclavage et, depuis, des défenseurs des thèses racistes.

Il existe encore aux États-Unis quelque 1 500 monuments célébrant ces tristes héros sudistes qui, lors de la guerre de Sécession, s’insurgèrent contre les États du Nord. Pour vaincre cette Confédération du Sud, les États du Nord durent émanciper les esclaves noirs. Au cours de la période de Reconstruction qui suivit (1865-1877), les anciens esclaves et les Blancs pauvres purent bénéficier de quelques droits, droits de vote et d’éligibilité, à l’éducation, à la propriété, etc. Mais cela ne dura que le temps pour la bourgeoisie industrielle du Nord d’établir un nouvel accord avec l’aristocratie terrienne du Sud, lui laissant les mains libres pour rétablir une oppression féroce envers la population noire.

C’est alors que le Ku Klux Klan vit le jour, afin de terroriser les Noirs et de créer un fossé avec les Blancs pauvres. Les lynchages de Noirs mais également de Blancs, se terminant par des pendaisons après tortures et mutilations, se généralisèrent. Cette ségrégation fut légalisée à la fin du siècle par des lois dites Jim Crow dans le Sud. C’est à cette époque qu’une bonne partie des monuments à la gloire des héros esclavagistes furent érigés. D’autres le furent en réaction au mouvement des droits civiques combattant pour l’abolition de la ségrégation, dans les années 1950 et 1960.

Pour justifier sa défense de ces symboles du racisme, Trump a déclaré qu’« ils font référence à une partie de l’histoire du pays ». Mais aucun de ces monuments n’évoque les souffrances des esclaves ni leurs révoltes, ni les massacres de la Guerre civile, qui font tout autant partie de l’histoire des États-Unis. Lorsque qu’il a affirmé qu’il y avait des « des gens bien dans les deux camps », faisant la part belle aux suprématistes blancs, aux néo-nazis, au Ku Klux Klan, il a été désavoué par des politiciens de son propre parti. Des patrons ont même démissionné d’instances gouvernementales.

Ces grands patrons s’étaient jusqu’alors accommodés de son racisme. Ils estiment sans doute désormais que l’intérêt de leurs affaires leur commandait de s’écarter de ce président sulfureux. Pourtant, des propos racistes, Trump en tient depuis longtemps, et ce n’est pas original. L’appareil d’État américain est imprégné de racisme, pas seulement dans le Sud ex-esclavagiste. C’est ce que reflètent les propos abjects du locataire de la Maison-Blanche.

En réaction au meurtre de Charlottesville et aux propos de Trump, des manifestations ont eu lieu dans tout le pays le 19 août, dont certaines nombreuses (40 000 à Boston selon la police).

Et d’autres protestations avaient répondu aux meurtres répétés perpétrés par la police. Il ne sera pas dit que ce seront les racistes qui auront le dernier mot.43

 

 

Cyclone Harvey : Changement climatique et catastrophes « naturelles » 

Le comté Harris au Texas compte 4,5 millions d’habitantEs. Un tiers de sa superficie était sous l’eau suite au passage du cyclone Harvey.

Les dégâts ont été énormes, beaucoup de gens furent ruinés, surtout dans les couches modestes. La gravité de la catastrophe était parfaitement conforme aux projections scientifiques sur les effets du changement climatique.

 

Violence croissante des cyclones : un effet du changement climatique

Kerry Emanuel, professeur de sciences de l’atmosphère au Massachusetts Institute of Technology, a comparé l’évolution de 6 000 tempêtes simulées, respectivement dans les conditions du 20e siècle et dans les conditions de la fin du 21e siècle si les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter. Sa conclusion : dans les années 1900, la probabilité de voir un cyclone gagner plus de 55 km/h pendant les 24 heures précédant son arrivée sur la terre était de une par siècle. Dans les décennies qui viennent, ce genre de phénomène pourrait s’observer tous les 10 ans.

 

Trump, un pyromane sur les lieux de l’incendie

Donald Trump a tenté de profiter de Harvey pour détourner l’attention de ses problèmes : les retombées de Charlottesville, ses rodomontades dangereuses face à Kim Jung Un ... Le 29 août, il s’est rendu sur place avec son épouse et six membres au moins de son administration. Pour se mettre en valeur, pas pour réconforter les victimes : il ne les a même pas visitées !

Trump sur les lieux d’une catastrophe climatique, c’est un peu comme un pyromane qui vient contempler son incendie. Mégalomane narcissique, le président national-populiste veut entrer dans l’Histoire. « Nous voulons faire mieux que jamais auparavant », a-t-il déclaré. « Nous voulons qu’on nous regarde dans cinq ans, dans dix ans, comme un modèle de ce qu’il faut faire. »

Il va de soi que c’est au contraire comme un modèle de ce qu’il ne faut pas faire que Trump entrera dans l’Histoire.

D’abord, parce qu’il nie la réalité du changement climatique. Parce qu’il a dénoncé l’accord de Paris sur le climat (bien que totalement insuffisant, cet accord a l’avantage de fixer un objectif : 2 °C maximum de réchauffement et « continuer les efforts pour ne pas dépasser 1,5 °C »). Parce qu’il fait tout pour relancer l’exploitation du charbon et pour soutenir celle des sables bitumineux du Canada. Parce qu’il veut couper les financements publics aux chercheurs qui travaillent sur le réchauffement. Parce qu’il fait du pathos sur Houston mais se soucie comme un poisson d’une pomme des catastrophes climatiques au moins aussi graves dans les pays du Sud, qui, eux, ne portent pratiquement aucune responsabilité dans le réchauffement. Comme à la Nouvelle-Orléans après Katrina, les pauvres seront les dindons de la farce. Vous avez dit « lutte de classes » ? 44

 

 

Les jeunes contre les armes

Le 24 mars 2018, les manifestations contre les armes à feu ont réuni plus d’un million de personnes, en particulier de très nombreux jeunes, dans les villes des États-Unis. Ils étaient 800 000 à Washington, 175 000 à New York.

Avec les slogans « Trop c’est trop » et « Plus jamais ça », cette Marche pour nos vies protestait contre le manque de volonté des pouvoirs publics de contrôler la vente des armes, suite à la tuerie du lycée de Parkland en Floride, qui a fait 17 morts le mois d'avant. Des actions ont déjà eu lieu dans tout l’enseignement le 14 mars, contre les armes mais aussi contre une société où les jeunes n’ont pas d’avenir.

Les armes à feu font chaque année 30 000 morts dans le pays. Les manifestants du 24 mars dénonçaient le lobby des armes à feu et la puissante NRA (Association nationale des armes à feu), qui combattent toute tentative de limiter si peu que ce soit le commerce ou le port d’armes de toute catégorie. L’ex-président Barak Obama a plusieurs fois proposé des lois ou des mesures de restriction en fonction de l’âge, la santé mentale ou le type d’armes. À chaque fois il s’est heurté à une majorité de députés : la plupart des républicains et aussi bon nombre de démocrates.

Trump, lui, qui est un défenseur fanatique du droit de s’armer, a tergiversé dans les jours qui ont suivi la tuerie de Parkland. Il s’est même payé le luxe de dénoncer les politiciens qui doivent leur carrière à la NRA, alors que lui, avec ses milliards, ne dépend pas du tout des 30 millions de dollars investis par la NRA pour le faire élire. Finalement, Trump a répété, comme à chaque massacre dans une école, que les armes ne sont pas le problème, que le meurtrier était un malade mental, que les responsabilités sont multiples. Il refuse même d’interdire aux déséquilibrés mentaux d’acheter des fusils d’assaut, et tout ce qu’il a proposé après la tuerie de Parkland est d’armer les enseignants !

Ces manifestations contre la politique de Trump peuvent évidemment servir le Parti démocrate. On a entendu ses orateurs appeler à « poursuivre la révolution dans les urnes ». Début novembre auront lieu les élections de mi-mandat présidentiel, qui renouvelleront tous les postes de députés et un tiers des sénateurs. Les démocrates espèrent bien y regagner des voix et des postes. Ils n’ont pourtant jamais mené une opposition bien déterminée au lobby des armes, car la NRA finance aussi nombre de leurs candidats. Mais cela peut être l’occasion de marquer quelques points face à Trump et aux républicains.

Un contrôle même sévère de la vente et du port d’armes ne résoudrait pas à lui seul le problème de cette violence présente dans la société américaine, telle que des tueries comme celle du lycée de Parkland se produisent régulièrement. Elle a des racines profondes dans cette société percluse d’injustice et de racisme. En manifestant comme ils le font, les jeunes disent combien la répétition de telles tueries dans les écoles est inacceptable. Mais c’est bien toute cette société d’exploitation, incapable même de protéger la jeunesse, qui est inacceptable et qu’il faut changer de fond en comble.45

 

 

La mort de George Floyd

Le , George Floyd, un homme afro-américain de 46 ans, est menotté et interpellé suite à l'intervention d'une équipe de policiers. Il est soupçonné d'avoir utilisé un faux billet de vingt dollars. Pendant neuf minutes, George Floyd est plaqué au sol sur le ventre, le policier Derek Chauvin le maintenant notamment d'un genou sur la nuque. Malgré les interpellations des passants et les protestations de l'homme au sol, il finit par perdre connaissance et est déclaré mort moins d'une heure plus tard à l'Hennepin County Medical Center.

Une vidéo de l'interpellation provoque un grand émoi dans le pays et des manifestations sont organisées dès le lendemain.

Ces manifestations contre le racisme et les violences policières s'étendent rapidement dans les 50 États des États-Unis touchant plus de 2 500 villes et villages, puis, à partir du , dans le reste du monde. Celles-ci se transforment parfois en émeutes au cours desquelles ont lieu des incendies volontaires, du vandalisme, des affrontements avec les forces de l'ordre et des pillages. 32 personnes sont tuées dans le cadre des manifestations et émeutes.46

 

L’élection présidentielle en ligne de mire

Ce mouvement s'est déployé alors que la campagne pour l’élection présidentielle du 3 novembre 2020 se préparait. De part et d’autre, de grandes manœuvres politiciennes ont été à l’œuvre.

Du côté des républicains, Trump visait la réélection. Il a continué de s’adresser surtout à sa base électorale conservatrice et aux Blancs, qui représentaient 70 % des électeurs et avaient majoritairement voté pour lui en 2016. Quand, pour protester contre les meurtres impunis de Noirs par des policiers, le joueur de football américain Colin Kaepernick mit un genou à terre pendant la diffusion de l’hymne national, déclenchant un mouvement parmi les sportifs, Trump le traita de « fils de pute » et réclama, avec succès, qu’il soit viré. Après le meurtre de George Floyd, il n’a pas eu un mot de sympathie pour la victime. Se décrivant comme « le président de la loi et de l’ordre », il a paraphrasé l’ancien président républicain Nixon, qui avait tenu ce langage en 1968 pour attirer les voix des racistes horrifiés par les grandes émeutes urbaines. Voulant réduire les protestations à l’action de quelques bandes qui incendiaient et pillaient des commerces, Trump a aussi repris la déclaration d’un shérif raciste de Miami dans les années 1960 : « Quand les pillages commencent, les tirs commencent », ajoutant : « Merci ! », pour bien signifier que la répression serait encouragée. Quant à son premier meeting de campagne, il l’a organisé le 20 juin 2020 à Tulsa (Oklahoma), choisi à dessein parce qu’il est le lieu du plus important lynchage de l’histoire du pays, où 300 Noirs avaient été massacrés en mai 1921.

Cependant, cette posture démagogique, sécuritaire et raciste, n'a pas été payante cette fois-ci. Certes, l’extrême droite s’en est réjouie. Mais l’horreur suscitée par la mort de George Floyd a largement dépassé les milieux de gauche et la jeunesse antiraciste. Le mouvement antiraciste est populaire, et de nombreux Américains aimeraient tourner la page de l’époque de la ségrégation et des lynchages, dont le meurtre de Floyd fut un écho sinistre. Un sondage a indiqué que 70 % d’entre eux, et donc toute une partie des électeurs de Trump, considéraient qu’il y avait un vrai problème de racisme dans la police. Même des policiers et des soldats ont manifesté leur sympathie pour les manifestants et ont multiplié les gestes et les déclarations pour se désolidariser de leurs homologues meurtriers de Minneapolis. Et plusieurs hauts cadres militaires, dont le chef d’état-major, ont désavoué Trump, qui voulait recourir à l’armée face à des manifestations pourtant pacifiques. D’anciens dirigeants de la CIA et de l’armée ont pris position contre Trump, se payant le luxe de se poser en protecteurs du peuple et d’expliquer, sans rire : « L’Amérique n’est pas un champ de bataille » et « Nos concitoyens ne sont pas l’ennemi. »

Quant aux démocrates, ils ont compris le bénéfice électoral qu’ils pouvaient tirer de cette séquence. Ils ont montré de l’empathie pour la famille de Floyd, ont participé aux manifestations et ont mis un genou à terre aussi souvent que nécessaire. Cette attitude semble avoir été payante, le candidat Joe Biden ayant progressé dans les sondages les semaines suivantes. Les démocrates portent pourtant une responsabilité écrasante dans la condition des Noirs américains. Ils ont été au pouvoir pendant de longues années, récemment sous Clinton (1993-2001) et Obama (2009-2017). Ils dirigent de nombreux États et des grandes villes où les violences policières sont la norme, comme Los Angeles, New York ou Chicago. À Minneapolis, municipalité démocrate, Derek Chauvin, le policier qui a étouffé Floyd, avait fait l’objet de 17 plaintes, dont plusieurs pour des violences caractérisées ; il n’avait reçu que deux lettres de réprimande. Et le cas de Chauvin n’est pas isolé. Au cours des huit dernières années, 3 000 plaintes avaient été déposées contre la police de Minneapolis, sans sanction dans neuf cas sur dix. Des procureurs ont souvent refusé de poursuivre des policiers violents. Amy Klobuchar, alors sénatrice et ex-candidate aux primaires démocrates, était procureure à Minneapolis, où elle a refusé de poursuivre des policiers à de multiples occasions, dont justement Chauvin, impliqué dans la mort d’un homme en 2006.

Quant à Biden, vieux routier de la politique, il a même une responsabilité personnelle dans la condition des Noirs. En 1989, alors sénateur, il critiquait George W. Bush au motif que son plan de lutte contre la drogue n’était pas assez dur, et il proposait de traduire en justice chaque consommateur. En tant que président de la commission judiciaire du Sénat, il a ensuite rédigé plusieurs lois en ce sens. En 1994, sous Clinton, il défendit une nouvelle loi répressive qui contribua encore à de nouvelles incarcérations. Désormaisi, il postulait à la présidence du pays, avec des chances de l’emporter.

Si Trump est un défenseur acharné des intérêts de la bourgeoisie américaine, celle-ci a d’autres cartes en main. Cela fait longtemps que le système politique fonctionne sur la base de l’alternance : quand un parti est discrédité, un autre le relaie pour gérer les affaires des plus riches. Cela peut permettre de canaliser la colère et la révolte contre l’injustice à l’intérieur des institutions, sans les remettre en cause.

Il faut espérer que la jeunesse qui s'est mobilisée tourne sa colère contre ce système capitaliste. Car le racisme et les violences policières ne sont que le produit de l’histoire de ce pays. Les États-Unis se sont construits sur l’esclavage, l’oppression et l’exploitation féroce des Noirs, sur la division des pauvres entre Blancs et Noirs, entre nationaux et immigrés, bref entre travailleurs, au profit du grand capital américain. Alors, il faut espérer que ce vaste mouvement s’attaque à la racine même des problèmes et remette en cause les bases du capitalisme américain, dans lequel l’oppression, le racisme et les violences policières sont inscrits.47

 

 

Victoire de Joe Biden à l'élection présidentielle

Trump a donc été renvoyé par les électeurs américains à son golf et à ses casinos. Pendant quatre ans, il a incarné la politique capitaliste dans ce qu’elle a de plus cupide et de plus brutal. Par sa xénophobie, son racisme, sa démagogie crasse, il a aussi creusé les divisions parmi les travailleurs, entre Blancs et Noirs, entre Américains et migrants. Contre le Covid-19, pour préserver les profits patronaux, il a refusé tout confinement et jusqu’au port du masque et aux gestes barrière. Il a ainsi favorisé la propagation du virus et l’hécatombe qui a frappé la population, en particulier les plus pauvres. Avec la crise, la condition des ouvriers américains, qu’il prétendait défendre, s’est encore dégradée. Des dizaines de millions de personnes se sont retrouvés au chômage et dépendantes de l’aide alimentaire. À l’inverse, les capitalistes ont vu leurs impôts baisser et leurs profits augmenter.

L’élection de Biden a suscité un soulagement chez ceux qui ne supportaient plus Trump, mais cela ne durerait pas. D’abord, Trump a recueilli 71 millions de voix, huit millions de plus qu’en 2016. Les milices armées et les groupes d’extrême droite qu’il a encouragés seront toujours là. Ils vont représenter, avec l’aggravation de la crise sociale et économique, un danger pour les Noirs, les migrants et en fin de compte tous les travailleurs.

De ce point de vue-là comme du reste, il n’y avait rien à attendre des démocrates et de Biden, que les médias français et européens nous ont vendu comme le sauveur du monde entier. Biden est dans la politique depuis 1972, il a eu tout le temps pour montrer quelle classe il servait : la bourgeoisie de la première puissance mondiale. Au Sénat pendant 36 ans, vice-président d’Obama pendant huit ans, il fut toujours loyal envers le monde des affaires. De nombreux grands patrons l’ont soutenu financièrement pendant la campagne. Et le lundi, Wall Street et les Bourses mondiales ont célébré sa victoire. Biden était même prêt à prendre des républicains dans son administration. On nous disait que Biden sera moins grossier et moins stupide que Trump, ce qui n’était pas difficile. Mais derrière le vernis, la politique menée par l’administration américaine sera la même, tout entière dédiée aux intérêts des multinationales : les Exxon, Amazon et autres Tesla.

Les États-Unis sont la première puissance mondiale et leur loi s’impose à bien des peuples. Partout, ils ont soutenu les dictatures qui servent leurs intérêts, des rois du pétrole aux colonels sud-américains. Au Moyen-Orient, ils ont toujours appuyé Israël contre les Palestiniens. Quant aux régimes qui refusent leur férule, ils en paient parfois le prix fort, comme Cuba, sous embargo depuis 1962… Et nombreux sont les pays dont le travail est pillé par les multinationales des États-Unis ; c’est le cas de la plupart des pays d’Asie et d’Amérique latine.  

Ce rôle combiné de premier brigand et de gendarme du monde, les États-Unis l’ont assumé quel que soit le parti au pouvoir. C’est une administration démocrate qui engagea le pays dans la terrible guerre du Vietnam. Et plus récemment, Biden approuva les guerres d’Afghanistan et d’Irak.

Non, les choses n'allaient pas changer avec un nouveau président. Nous en savons quelque chose ici. Certes, chaque pays a ses particularités. Mais l’alternance gouvernementale entre des partis pro-capitalistes, nous connaissons. Les faiseurs de promesses et les marchands d’illusions, la démagogie xénophobe et raciste comme dérivatif à la crise sociale : tous ces ingrédients de la politique américaine, nous les connaissons aussi ! À vrai dire, au même moment, nous avions même un Biden à l’Élysée et une Trump dans l’opposition…

Le peuple américain a aussi une histoire de luttes et de combats. Dans les années 1930, la classe ouvrière se mobilisa massivement. Dans les années 1960, le pays fut ébranlé par la révolte des Noirs, qui inspira des luttes dans le monde entier. Plus récemment, après le meurtre de George Floyd, des dizaines de millions de personnes ont manifesté contre le racisme et les violences policières.

Ce qui va compter à l’avenir, ce sont les mobilisations, les luttes du monde du travail, des jeunes, des opprimés.48

 

Quand l’extrême droite dresse la tête

Le 6 janvier 2021, lorsque des centaines de partisans de Trump ont pris d’assaut le Capitole, siège du Congrès, cette attaque n’était pas une surprise totale.

Depuis des semaines, les partisans de Trump organisaient la montée vers Washington, pour une grande manifestation, le jour où les représentants et les sénateurs seraient réunis pour valider les résultats de l’élection présidentielle. Sur les réseaux sociaux, l’extrême droite préparait un envahissement du bâtiment. Avec son discours aux quelques milliers de manifestants venus de tout le pays, Trump n’a donné que le signal de l’assaut.

Depuis la fin de la guerre de Sécession et la défaite des États esclavagistes, les États-Unis ont toujours compté une extrême droite plus ou moins forte, mettant en avant en particulier la préservation de la suprématie blanche. Ces derniers mois, elle s’était manifestée dans de nombreux États, parfois selon des modalités proches de celles du 6 janvier. Le 30 avril, des paramilitaires armés avaient ainsi envahi le Capitole du Michigan, à Lansing, en une démonstration de force. Au cours de l’été, d’autres miliciens ont paradé à Portland dans l’Oregon, contre les antifascistes. À Kenosha et à Louisville, des miliciens s’en sont pris à des manifestants antiracistes du mouvement Black Lives Matter, tuant plusieurs d’entre eux. En octobre, un projet de kidnapping de la gouverneure démocrate du Michigan a été déjoué : quatorze hommes avaient prévu le renversement violent des autorités de cet État.

Trump s’est appuyé sur les différents courants d’extrême droite, suprémacistes blancs, conspirationnistes du mouvement QAnon, néo-nazis, milice des Proud Boys…. Enhardis par ses exhortations, ils ont été chauffés à blanc par l’élection présidentielle et les accusations de tricherie. S’ils s’en prennent en premier lieu aux Noirs, aux musulmans, aux migrants, aux Juifs, ils peuvent aussi s’attaquer aux travailleurs. Ces dernières années des syndicalistes ont été à plusieurs reprises pris pour cible. Devant le Capitole, un manifestant expliquait ainsi que la violence était nécessaire « contre le socialisme ».

Un assaut similaire, s’il avait été mené par les antiracistes de Black Lives Matter, se serait certainement soldé par un bain de sang. À Washington, la police a une longue tradition de contrôle des foules. Même pour une manifestation ordinaire, écologiste ou antiraciste, elle déploie des forces importantes. Là, tout le monde a pu voir que, si certains policiers se sont opposés aux manifestants, rien n’avait été réellement prévu pour les empêcher d’entrer. La police a été inefficace et passive, et certains de ses éléments peut-être complaisants, voire complices. Bien des policiers pouvaient considérer les manifestants comme des proches. Beaucoup d’ailleurs étaient d’anciens policiers ou militaires, à l’instar d’Ashli ­Babbitt, une femme tuée pendant l’assaut, qui avait servi quatorze ans dans l’armée avec des séjours en Afghanistan et en Irak.

Cette proximité entre la police et l’extrême droite n’est pas nouvelle. Le Ku Klux Klan a longtemps compté dans ses rangs de nombreux policiers et, si les lyncheurs de Noirs n’étaient jamais arrêtés, c’était en raison de cette collusion. Il est toujours illusoire de compter sur la protection de la police pour contenir l’extrême droite, a fortiori quand elle est encouragée par le président en titre.

Les manifestants du Capitole n’avaient certes ni l’intention ni les moyens de mener une véritable insurrection ou une tentative de putsch, comme on a pu le dire. Certains étaient violents et déterminés, mais une fois sur place, une partie d’entre eux, se prenant en selfie dans les allées du bâtiment, semblaient désœuvrés. En revanche, malgré les déguisements qu’ils arboraient, il ne s’agissait pas d’un épisode de carnaval. Malgré toutes les différences entre les situations, on peut faire un parallèle avec le 6 février 1934 en France. Quand l’extrême droite marcha sur le Palais-Bourbon à Paris, les affrontements avec la police firent 20 morts, les Camelots du Roi et autres Croix-de-Feu ne cherchaient pas la prise du pouvoir ; mais, un an après celle de Hitler en Allemagne, ils faisaient une première démonstration de force.

Dès l’après-midi du 6 janvier, les dirigeants des grandes entreprises capitalistes américaines ont fait part de leur désapprobation. Plusieurs organisations patronales ont condamné l’assaut, voire ont demandé la destitution de Trump. Les géants d’Internet, soucieux de se ménager les bonnes grâces de l’administration démocrate qui s’installait le 20 janvier 2021, ont poussé le zèle jusqu’à supprimer ses comptes Twitter ou Facebook. Pour le moment, la bourgeoisie américaine n’a pas besoin de rompre l’alternance démocrates-républicains qui fonctionne si bien pour elle. Biden vient du sérail. Depuis presque cinquante ans, il a pu montrer sa loyauté envers les capitalistes, et Wall Street a salué sa victoire. Mais demain, si la crise sociale et économique s’aggrave, les choses peuvent changer.

En 1923, l’ancien caporal Adolf Hitler, alors dirigeant d’un petit groupe d’extrême droite, échouait dans une tentative de putsch à Munich et se retrouvait en prison. Dix ans plus tard, alors que l’Allemagne, frappée par la crise, comptait six millions de chômeurs et une petite bourgeoisie déclassée et enragée, le même Hitler, à la tête du parti nazi qui avait connu un développement fulgurant, était appelé au pouvoir par ces grands bourgeois qui le méprisaient tant.

L’avenir dira si l’assaut du Capitole restera sans lendemain, ou s’il annonce un péril fasciste réel, favorisé par la crise. L’extrême droite existe déjà, fût-ce de manière embryonnaire. Elle doit trouver une opposition puissante face à elle. Par le passé, le mouvement ouvrier et le mouvement noir ont pu offrir de tout autres perspectives. Comme l’ont montré les manifestations de juin 2020, des dizaines de millions de personnes sont prêtes à se mobiliser, dans ce cas contre le racisme. Si les travailleurs, les jeunes, les femmes, les Noirs, révoltés par l’ordre social actuel, s’organisent et luttent pour leurs intérêts et leurs perspectives, s’ils luttent avec détermination, sans compter sur la police ni sur les démocrates pour les protéger, ils peuvent contrer les projets de ceux qui se sont manifestés le 6 janvier 2021 à Washington.49

 

 

Les droits des femmes bafoués

Par son arrêt du 23 juin 2022 ne reconnaissant plus le droit à l’avortement, la Cour suprême des États-Unis a nié clairement le droit des femmes à décider de ce qu’elles font de leur corps.

Cette institution, au sommet du système judiciaire du pays le plus riche, qui pose en défenseur des droits démocratiques dans le monde, met la santé des femmes, leur bien-être physique, psychologique et social à la merci des dirigeants de chaque État américain, dont beaucoup sont de fieffés réactionnaires gouvernant au nom de préjugés religieux.

Des lois locales interdisant l’avortement étaient jusqu’à présent suspendues par l’arrêt de 1973 « Roe vs Wade ». Elles sont immédiatement rentrées en application, amenant par exemple les dernières cliniques du Missouri ou du Mississippi pratiquant l’IVG à fermer leurs portes. Bientôt, l’avortement sera criminalisé d’une façon ou d’une autre dans la moitié des États-Unis. C’est une revanche pour des autorités qui avaient été obligées, il y a cinquante ans, sous la pression de larges mouvements contestataires, de reconnaître aux femmes le choix de donner ou pas la vie.

L’arrêt de 1973 n’a pourtant jamais été une garantie pour les femmes de pouvoir avorter. Dans de vastes zones du pays, il n’y a plus de cliniques pratiquant les avortements depuis de nombreuses années, soit par manque de moyens financiers, soit par peur des attentats de l’extrême droite religieuse qui, au nom de la « défense de la vie », a été jusqu’à l’assassinat.

En 1976, l’amendement proposé par le représentant républicain Hyde interdisant le remboursement de la plupart des IVG par Medicaid, l’assurance médicale fédérale pour les familles pauvres, a été voté par un Congrès à majorité démocrate. C’est ainsi que 300 000 femmes – évaluation de 1980 – n’ont plus pu avorter en sécurité, renvoyées pour beaucoup à des méthodes non médicalisées, moins chères mais beaucoup plus dangereuses. Depuis, jamais le Parti démocrate, qui fait pourtant du droit à l’avortement un argument électoral, n’est revenu sur cette disposition qui rend théorique ce « droit » pour les adolescentes, les travailleuses ou les mères seules qui n’ont pas les 700 à 1 500 dollars nécessaires pour cette intervention.

Au moment où les effets de l’inflation sur le niveau de vie de nombreux électeurs le mettaient en difficulté, Biden s’est dit attristé par la décision de la Cour suprême, tout en ne proposant rien d’autre que de voter pour les démocrates aux élections intermédiaires de novembre prochain. Les défenseurs du droit à l’avortement auraient eu tort de s’en remettre à cette perspective et à ce président, catholique fervent, qui a souvent exprimé sa réticence à reconnaître ce droit élémentaire.

Il faudra bien autre chose pour contrer la campagne permanente menée contre l’avortement par des forces réactionnaires, souvent religieuses, qui sont largement relayées au sein du Parti républicain. À coups de millions de dollars, de grandes entreprises – Coca Cola, General Motors, Amazon… – ont financé la propagande encourageant des juges nommés à vie à renverser l’arrêt de 1973. Comme dans tous les pays et à toutes les époques où ce droit a été réprimé, cela provoquera des avortements clandestins, aux conséquences souvent dramatiques.

Les prochaines cibles annoncées des cliques réactionnaires sont maintenant la contraception et les droits des homosexuels. Ils étaient criminalisés il n’y a pas si longtemps.

L’arrêt de la Cour suprême s’inscrit dans un courant prêt à toutes les remises en cause et qui pourrait ne pas s’arrêter là. Le droit de grève ou de former des syndicats, le droit de vote des Noirs eux aussi n’ont été acquis qu’au travers de luttes importantes et ils ne bénéficient pas davantage de garanties légales que celui qui vient d’être attaqué.

Les droits des femmes, des travailleurs, de la population pauvre sont liés parce qu’ils ont en commun d’avoir été conquis dans une société dirigée par une bourgeoisie qui ne peut maintenir sa domination qu’en entretenant les préjugés les plus réactionnaires. Les hommes qu’elle porte au pouvoir n’ont de cesse que de revenir sur ce qu’ils ont dû concéder sous la pression à un certain moment.

On ne peut y répondre qu’à travers des luttes pour instaurer ou réinstaurer un rapport de force plus favorable aux opprimés. Mais, en fait, c’est tout cet ordre social, qui régurgite sans cesse une barbarie mal digérée, qui doit être renversé.50

 

 

Des jeunes meurent au travail

Le 14 juillet 2023, un adolescent de seize ans a trouvé la mort dans un accident du travail, à l’abattoir de volailles qui l’employait illégalement dans le Mississippi.

La loi fédérale des États-Unis interdit d’employer des moins de 18 ans dans les abattoirs, qui sont des usines dangereuses. L’entreprise Mar-Jac Poultry a juré qu’elle ignorait l’âge de la victime, qui avait émigré avec sa famille depuis le Guatemala lorsqu’il avait dix ans, et rejette la faute sur le sous-traitant qui lui fournit de la main-d’œuvre. C’était le troisième accident mortel chez Mar-Jac Poultry en trois ans.

En février 2023, une entreprise spécialisée dans le nettoyage des abattoirs et de leurs instruments tranchants a dû payer une amende de 1,5 million de dollars. Il avait été rendu public qu’elle employait de nuit une fille de treize ans. Suite à cela une enquête avait révélé qu’elle exploitait illégalement une centaine d’adolescents dans des usines situées dans huit États. Beaucoup de ces enfants de migrants ne pouvaient pas être scolarisés.

L’exploitation de très jeunes ouvriers n’est toutefois pas limitée au secteur des abattoirs. Deux autres adolescents de seize ans ont déjà perdu la vie au travail lors de cet été 2023 : l’un dans une scierie du Wisconsin, l’autre dans une décharge du Missouri.

Les autorités fédérales reconnaissent que depuis 2018 les infractions en matière de travail des enfants ont bondi de presque 70 %. Beaucoup sanctionnent des dépassements du nombre d’heures de travail autorisées en fonction de l’âge. Au cours de l’année fiscale commencée en octobre 2022, près de 4 500 jeunes travailleurs exploités dans des conditions illégales ont été recensés. Il y en a certainement beaucoup d’autres.

Certains États ont réagi, non pas pour sanctionner les patrons exploitant des enfants, mais en rendant légal ce qui ne l’était pas sous prétexte du manque de main-d’œuvre. Ils ont élargi à des industries dangereuses la possibilité d’employer des adolescents ou ont déplafonné le nombre d’heures de travail hebdomadaires des jeunes.

Au 21e siècle, le capitalisme est ce qu’il a toujours été : un système d’exploitation inhumain, y compris dans le pays le plus développé et le plus riche du monde où le travail d’enfants contribue à l’opulence de la grande bourgeoisie.51

 

 

Sources

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Am%C3%A9rindiens_aux_%C3%89tats-Unis
(2) Stéphane Trano  http://www.marianne.net/obj-washington/Indiens-d-Amerique-un-genocide-tranquille-et-presqu-acheve_a40.html
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tats-Unis
(4) https://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky/article/l-imperialisme-americain-des
(5) Jean Sanday  http://www.lutte-ouvriere-journal.org/lutte-ouvriere/2423/dans-le-monde/article/2015/01/07/36121-afghanistan-un-bilan-catastrophique-de-lintervention-imperialiste.html
(6) https://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky/article/l-imperialisme-americain-des
(7) Vanina Giudicelli  http://npa2009.org/content/irak-que-va-changer-le-retrait-des-troupes-americaines
(8) http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/irak-la-guerre-americaine-pour-le
(9) Nazanin Armanian https://www.investigaction.net/fr/L-interventionisme-subtil-d-Obama/
(10)  Dornach  http://charlesdornach.wordpress.com/2012/10/21/limperialisme-americain-predateur-et-criminel/
(11) Paul Craig Roberts https://www.investigaction.net/fr/Les-empires-d-hier-et-d-aujourd/  Article original en anglais : http://www.globalresearch.ca/empires-then-and-now/29988
Traduction par Résistance 71
(12) http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky/article/l-imperialisme-americain-des
(13) https://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky/article/l-imperialisme-americain-des
(14) Michel Chossudovsky  http://www.mondialisation.ca/la-politique-trang-re-des-usa-une-politique-criminelle/4711  Article original en anglais: The Criminalization of US Foreign Policy, 5 février 2007.
Traduit de l’anglais par Dany Quirion et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala.
(15) Arundhati Roy http://www.les-crises.fr/la-solitude-de-noam-chomsky-par-arundhati-roy/
(16) Rodrigue Tremblay  http://www.mondialisation.ca/crise-des-transmigrations-du-nouvel-ordre-mondial-provoque-par-le-desordre-international-du-neoliberalisme-et-les-guerres-otan/5471778
(17) David Cecere https://news.harvard.edu/gazette/story/2009/09/new-study-finds-45000-deaths-annually-linked-to-lack-of-health-coverage/
(18) Michel Chossudovsky  http://www.mondialisation.ca/la-politique-trang-re-des-usa-une-politique-criminelle/4711  Article original en anglais: The Criminalization of US Foreign Policy, 5 février 2007.
Traduit de l’anglais par Dany Quirion et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala.
(19) William H. Taft cité par Gregorio Selser dans « Diplomacia, garrote y dólares en América Latina », Buenos Aires, 1962.
(20)Julien Salingue https://npa2009.org/idees/international/un-renouveau-socialiste-aux-etats-unis
(21) Joseph Kishore http://www.mondialisation.ca/lheritage-dobama-guerre-repression-et-inegalite/5567866
Article paru en anglais, WSWS, le 10 janvier 2017
(22) Chems Eddine Chitour http://www.mondialisation.ca/une-fin-de-regne-sans-gloire-pour-barak-obama-un-nobel-qui-a-fait-la-guerre-a-la-paix/5569768
(23) Joseph Kishore http://www.mondialisation.ca/lheritage-dobama-guerre-repression-et-inegalite/5567866
Article paru en anglais, WSWS, le 10 janvier 2017
(24) Jules Dufour  http://www.mondialisation.ca/la-democratie-aux-etats-unis-une-image-ternie-par-linsecurite-la-violence-et-limplosion-sociale/5480316?print=1
(25) Niles Williamson  http://www.mondialisation.ca/la-fusillade-dans-une-ecole-de-loregon-et-la-brutalite-de-la-societe-americaine/5479954  Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 3 octobre 2015
(26) https://fr.wikipedia.org/wiki/Occupy_Wall_Street
(27) ?
(28) Stan Miller http://www.npa2009.org/idees/ferguson-revolte-contre-un-systeme-doppression
(29) https://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky/article/la-longue-lutte-des-noirs
(30) Galia Trépère  https://npa2009.org/idees/face-la-segregation-et-la-terreur-raciste-le-mouvement-des-droits-civiques
(31) https://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky/article/la-longue-lutte-des-noirs
(32) Galia Trépère  https://npa2009.org/idees/le-peuple-afro-americain-la-recherche-des-voies-de-son-emancipation
(33) Philippe Béchade  http://cdn.publications-agora.com/elements/lca/newsletter/html/151215_LCA.html
(34) https://fr.wikipedia.org/wiki/Fusillade_du_12_juin_2016_%C3%A0_Orlando
(35) The Spark. http://journal.lutte-ouvriere.org/2016/06/22/etats-unis-orlando-un-acte-revelateur-de-la-violence-de-la-societe_68871.html
(36) https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection_pr%C3%A9sidentielle_am%C3%A9ricaine_de_2016
(37) http://www.lutte-ouvriere.org/editoriaux/trump-lemporte-sur-clinton-un-cirque-electoral-ou-le-capital-gagne-tous-les-coups-72188.html
(38) Christian Chavagneux  http://www.alterecoplus.fr//programme-economique-de-donald-trump-sept-themes-cles/00012567
(39) Asma Mechakra http://www.investigaction.net/standing-rock-victoire-mais-prudence/
(40) https://fr.wikipedia.org/wiki/Donald_Trump
(41) Dominique Chablis http://journal.lutte-ouvriere.org/2017/02/01/trump-provocateur-xenophobe_76167.html
(42) Lucien Détroit https://journal.lutte-ouvriere.org/2017/06/07/etats-unis-climat-de-desaccord_93422.html
(43) Jacques Lequai https://journal.lutte-ouvriere.org/2017/08/23/etats-unis-trump-du-cote-des-racistes_95946.html
(44) Daniel Tanuro (Extraits de « Cyclones, changement climatique et spéculation immobilière : le cas Harvey » publié le 31 août)
https://npa2009.org/actualite/ecologie/cyclone-harvey-changement-climatique-et-catastrophes-naturelles
(45) Vincent Gelas https://journal.lutte-ouvriere.org/2018/03/28/etats-unis-la-jeunesse-mobilisee_106544.html
(46) https://fr.wikipedia.org/wiki/Manifestations_et_%C3%A9meutes_cons%C3%A9cutives_%C3%A0_la_mort_de_George_Floyd
(47) https://mensuel.lutte-ouvriere.org//2020/07/05/etats-unis-un-vaste-mouvement-contre-le-racisme-et-les-violences-policieres_150267.html
(48) https://www.lutte-ouvriere.org/editoriaux/de-trump-biden-deux-styles-pour-une-politique-capitaliste-152725.html
(49) Michel Bondelet https://journal.lutte-ouvriere.org/2021/01/13/etats-unis-quand-lextreme-droite-dresse-la-tete_154053.html
(50) Lucien Détroit https://journal.lutte-ouvriere.org/2022/06/29/etats-unis-les-droits-des-femmes-bafoues_369534.html
(51) L.D. https://journal.lutte-ouvriere.org/2023/08/02/etats-unis-des-jeunes-meurent-au-travail_725874.html